‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 31 sur 186 · Eloge de Destouches · texte numérisé non relu

Eloge de Destouches

2. Voir lettre à l'abbé d'Olivet, du lo mai 1728, au tome VII, p. 222, des Œuvres complètes de Montesquieu publiées par Laboulaye, Paris, 1879.

3. Voir un article de Brunetière publié dans la Revue des Deux Mondes du i*^*" décembre 19 10.

4. Voir Helvétius, sa vie et son œuvre, par A. Keim, Paris, 1907, p. 5oo et suiv.

plus oublier que Moiellet eut part à la préparation de la paix de Versailles et que lord Shelburne signalait à notre gouvernement le rôle utile qu'avait joué en cette grande affaire ce diplomate sans mandat*.

Que, dans ces conditions, le pouvoir ait été disposé à se montrer « indulgent et paternel » aux gens de lettres, c'est ce qui semblerait assez naturel. Voyons quels furent au vrai les sentiments du roi et de ses ministres.

y II

yP On peut affirmer que, pendant la durée de son long / / règne, Louis XV à aucun moment ne s'intéressa aux lettres. Qu'on ouvre les Mémoires du duc de Luynes qui, de 1785 à 1758, reflètent la vie de la cour: dans les années où il y avait plus de chance pour que le roi, jeune encore, eût quelque goût pour les choses de Tesprit, rien ne montre qu'il s'en soit soucié à aucun degré. De 1735 à 1740, de Luynes, je crois bien, ne mentionne pas une œuvre, ne cite pas un nom d'écrivain. Dans les années qui suivent, il est parlé des spectacles des cabinets; mais si Louis XV s'y plut un moment, ce fut moins pour les pièces que l'on y donnait que parce que sa maîtresse, M"* de Pompadour, s'amusait à les monter et y tenait les premiers rôles. Lut-il jamais un des livres qui ont fait de son temps une belle époque littéraire? C'est douteux. En tout cas, on ne saurait citer de lui un seul mot qui prouve qu'il se soit mis en peine de connaître et de juger les grandes œuvres qui parurent alors.

I. Voir Lettres de l'abbé Morellet à lord Shelburne, Paris, 1898, 20A.

Indifférent aux lettres, pour les hommes de lettres il n'éprouva d'abord que du dédain. Il lui semblait qu'entre eux et lui il y avait une infinie distance. Quand il sut que Frédéric II admettait Voltaire à sa table, il en fut tout scandalisé. Que le roi de France pût dîner et souper avecFontenelle,La Motte, Maupertuis,Glairaut, d'Alembert, Piron, Grébillon, avec « tout cela », comme il p^ disait, c'était à ses yeux une idée saugrenue \ A son gré, ro' > jun homme de lettres ne pouvait se tenir devant lui que dans le saisissement. Lorsqu'il revint de la campagne de Flandres, Grébillon fut chargé de le haranguer au nom de l'Académie française. Le vieux poète se tira fort bien d'affaire ; il parla avec noblesse et une parfaite assurance. Quand il eut fini son discours, Louis XV lui dit: « Grébillon, ce qui m'a fait le plus de plaisir, c'est la dignité avec laquelle vous m'avez adressé la parole ; vous n'avez pas tremblé. — Sire, fit Grébillon, vous ne devez faire trembler que vos ennemis ^ » Le roi aurait pu voir une leçon sous cette flatterie spirituelle : nous la voyons, nous, en tout cas, et elle nous paraît justifiée.

Lorsque vint le temps où certaines œuvres et certains écrivains firent grand bruit, Louis XV, avec tout son dé- ^ dain, ne se défendit pas de quelque impatience. Il lui déplaij^ sait que l'attention publique fût accaparée par ces petites ^ \ gens ; il trouvait que les hommes de lettres devenaient importuns et encombrants ; et cette impatience se marqua bien dans une circonstance que d' Argenson a notée : « J . - J . Rousseau, de Genève, auteur agréable, mais se piquant de philosophie, a dit que les gens de lettres doivent faire trois vœux : Pauvreté, liberté, vérité. Gela a indisposé le

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