‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 40 sur 186 · Lettre sur le commerce de la librairie · texte numérisé non relu

Lettre sur le commerce de la librairie

LES HOMMES DE LETTRES ET LE POUVOIR 6l

Mais que valaient-elles? Peu de chose, si l'on excepte les sinécures comme celles dont nous avons parlé et qui ne furent que de rares aubaines. Le titre d'historiographe de France, très honorifique, puisqu'il « procurait à celui qui en était revêtu les entrées de la chambre chez le roi* », ne rapportait pas plus de 2 000 francs au titulaire; l'historiographe des bâtiments du roi avait

1 800 livres ; l'historiographe de l'ordre de Saint-Louis touchait la même rétribution. Les appointements d'un bibliothécaire du roi ne s'élevaient pas au-dessus de

2 000 francs, et, quant aux places de secrétaires ordinaires elles étaient moins lucratives encore. Si Collé en a désiré une, ce ne fut pas pour le profit : « Ce qui me la fait désirer, dit-il, c'est que ces charges sont très honorables, que M. de Fontenelle en avait une et que les secrétaires des Académies française et des sciences, et tous les écrivains de quelque réputation les ont possédées. Ce n'est que cette espèce de célébrité que leur ont donnée les gens illustres qui les ont eues qui fait rechercher ces places ; car, d'ailleurs, elles ne rapportent que 4oo francs^. »

Il va de soi, d'autre part, que l'on n'attribuait pas toujours ces emplois aux plus dignes : « Heureux, écrit Diderot, si c'était toujours le mérite qui y conduisît. Mais, si je ne craignais d'être satirique, je dirais qu'il y en a où l'on exige plus scrupuleusement un habit de velours qu'un bon livre \ » Et ce qu'il y avait de plus fâcheux encore, c'est qu'en accordant ce genre déplaces aux gens de lettres, le gouvernement, se croyant parla

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