‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 47 sur 186 · I. Mss. français, 22171, fol · texte numérisé non relu

I. Mss. français, 22171, fol

a. Article Librairie dans V Encyclopédie.

des gens de lettres qui se livrassent à un pareil travail*. » Avec ses idées très libérales, Malesherbes pensait que l'action du pouvoir sur la littérature devait ainsi rester tout indirecte ; de même il n'était pas d'avis que le gouvernement se mêlât de « protéger » les gens de lettres. Le roi, à son sens, eût tenu une conduite presque anachronique, s'il eût prétendu reprendre avec eux le rôle qu'avait joué Louis XIV. Très nettement, il a dit son opinion à ce sujet dans son discours de réception à l'Académie française : a Lorsqu'on sortait de la barbarie, c'était aux princes à faire de grands efforts pour introduire la littérature dans leur patrie ; mais, chez une nation déjà instruite et par qui la science et les talents sont révérés, le plus précieux de tous les biens, pour les gens de lettres, est la liberté de donner l'essor à leur génie. » Ce qui ne signifie pas que. Directeur de la librairie, il se soit désintéressé du sort des écrivains. Tout au contraire, sans prétendre à les protéger, il se montra toujours prêt à les obliger. — D'humeur généreuse, c'était un plaisir pour lui que de venir en aide aux débutants. « M. de Malesherbes, ayant pénétré les besoins d'un jeune auteur qui s'était présenté à son audience pour lui demander un censeur , le fit entrer

dans son cabinet et le pria d'accepter une bourse d'argent en lui disant avec beaucoup d'affabilité : « Il se passera quelque temps. Monsieur, avant que vous tiriez parti de votre manuscrit. Le censeur et le libraire peuvent vous faire attendre ; ainsi, permettez que je vous

I. Mss. français, 22i5i, fol. 85. — Il ne paraît pas que les hommes au pouvoir aient eu, comme Malesherbes, le désir de voir la province s'éveiller à la vie intellectuelle. Voir dans la thèse de l'abbé Deberre : La Vie littéraire à Dijon au. xviiie siècle, Paris, 1902, p, 260, une lettre de Saint-Florentin à Richard de Ruffey.

prête cette bagatelle* ». Sa libéralité délicate épargna souvent aux auteurs dans la gêne la confusion des sollicitations prolongées : « il lui arriva plus d'une fois, quand un homme de lettres peu fortuné venait solliciter quelque encouragement pour d'utiles travaux, de lui faire entendre que le roi lui accordait une gratification, tandis qu'il la faisait lui-même aux dépens de sa bourse^. » Et, comme ses ressources personnelles ne pouvaient suffire à tout et à tous, il faisait lui-même des démarches afin d'obtenir pour ses clients les « grâces » du roi. Nous le voyons ainsi intervenir en faveur de Diderot sans en avoir été prié\

Mais le service éminent qu'il rendit aux gens de lettres, ce fut d'ouvrir les yeux sur leurs rapports d'intérêt avec les libraires. Il vit comment ils étaient traités sans aucune équité et comprit qu'il y avait là des abus qui appelaient une réforme. Cette réforme, le loisir lui manqua pour l'accomplir; mais, du moins, il mit la question à ï étude et c'est lui qui amorça la refonte des règlements d'où, comme on le verra dans le chapitre qui suit, devait sortir une législation nouvelle par laquelle les droits des auteurs furent mieux garantis.

Si, quand on parle d'un pouvoir indulgent et paternel aux gens de lettres, on songe à l'administration de Malesherbes, ces termes, nous l'accordons volontiers, n'ont que de la justesse. Veut-on les appliquer au temps qui précéda et suivit les années où il fut à la Direction de la librairie, alors, après examen des faits, nous ne pouvons pas ne pas les juger excessifs.

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