Paris, 1874, Livre III, chapitre i
cinq cents écus la Psyché de La Fontaine; c'était en 1669, l'année qui suivit la publication des six premiers livres des Fables ; ce même Barbin ne donnait à Molière pour son Tartuffe, que deux cents pistoles, malgré tout le bruit que cette pièce avait fait ; et Thierry payait quinze cents livres à M"'' Molière les œuvres posthumes de son mari (sept pièces, dont le Malade imaginaire^). On Yoit par là quels pouvaient être les honoraires des auteurs du commun, et il ne semble pas que Furetière ait forcé les choses quand il écrit: « Comment pourrait vivre un auteur qui n'a pas de patrimoine? Il aurait beau travailler nuit et jour; dès qu'il est à la merci des libraires, il ne peut gagner avec eux de l'eau pour boire ^. »
Au cours des années, cette situation finit par se modifier ; mais ce fut avec une extrême lenteur que s'opéra ce changement. On le voit commencer à peine dans la seconde moitié du xvn® siècle ; et alors il fut dû plutôt à l'action des circonstances qu'aux démarches des écrivains.
On peut noter d'abord que, vers cette époque, le nombre des auteurs « amateurs », de ceux qui n'écrivent que par loisir, pour le plaisir et l'honneur, tend sensiblement à décroître. — Les rouages de la vie publique deviennent de plus en plus compliqués ; les hommes « constitués en dignité » ont à tenir un rôle de plus en plus absorbant ; la vie de cour, dans cette oisiveté laborieuse que Saint-Simon a décrite, rend ceux qui la mènent de plus en plus assujettis. Les hommes publics, les hommes de cour auraient alors trouvé difficilement des
1 . L'abbé de Villiers {Entretiens sur les contes de fées, Paris, 1699, p. 12) dit qu'un in- 12 était payé trente pistoles, mais cela paraît un prix maximum.