Lettre à Malesherbes du 5 novembre
leur objet, n'auraient pu obtenir une permission du sceau, par exemple les romans et poésies, qui, « quoique modérés et décents, respirent cependant une certaine licence ou une liberté que le gouvernement ne peut autoriser d'une manière authentique. En conséquence, l'ouvrage revêtu de cette espèce de permission paraît sous un frontispice étranger et ne semble se vendre chez un libraire national que parce qu'il a été déjà imprimé à l'étranger S). C'était le garde des sceaux qui, après avis favorable d'un examinateur, délivrait ces permissions tacites. Naturellement elles ne passaient pas par le sceau et l'avis de Texaminateur n'était pas publié.
Ainsi l'on maintenait le texte de la loi dans toute sa rigueur ; mais la loi elle-même était tournée, disons mieux : relie était violée. Malesherbes, d'ailleurs partisan des peri missions tacites, ne fait pas difficulté d'avouer qu'elles j^sont incontestablement illégales, quoique d'usage courant. On alla plus loin dans cette voie. Par Malesherbes nous apprenons encore que l'on donnait aussi des permissions clandestines : « On prenait le parti de dire à un libraire qu'il pouvait entreprendre son édition, mais secrètement ; que la police ferait semblant de l'ignorer et ne le ferait pas saisir ; et, comme on ne pouvait pas prévoir jusqu'à quel point le clergé et la justice s'en fâcheraient, on lui recommandait de se tenir toujours prêt à faire disparaître son édition dans le moment qu'on l'en avertirait, et on lui promettait de lui faire parvenir cet avis avant qu'il ne fût fait des recherches chez lui. Ce n'est pas le magistrat de la librairie qui donne cette assurance au libraire, c'est le lieutenant de police. » Et Malesherbes ajoute : « Je ne sais pas bien quel nom donner à