Id., m, 3o
Pendant les quarante années qui suivirent, on ne voit pas que les gens de lettres aient de nouveau attaqué publiquement les libraires. Cette abstention paraîtra aisément explicable, si l'on songe que les éditeurs n'auraient pas manqué de mettre en interdit quiconque les aurait combattus à visage découvert. Mais si les écrivains n'entretenaient pas le public de leurs doléances, ils mettaient l'autorité au courant de leurs griefs. En 1764, Le Breton, syndic de la librairie de Paris, adressa à de Sartines* une apologie de sa communauté. La lettre d'envoi qui l'accompagnait débute ainsi : « Monsieur, — Nous osons nous flatter que le Mémoire que nous avons l'honneur de vous présenter répond raisonnablement à cette foule de mémoires donnés à nos supérieurs dans diflerents temps, dans différentes circonstances, mais toujours au désavantage de notre corps et tendant à l'abolition de nos droits et de nos privilèges^. » On sait que les libraires de province ont beaucoup écrit contre leurs confrères de Paris ; mais, dans cette foule de mémoires dont parle Le Breton, il y a grande apparence qu'il s'en trouvait aussi bon nombre où des gens de lettres avaient exposé leurs récriminations et plaidé leur cause. Malesherbes, de Sartines, auraient-ils pu connaître la situation comme ils la connurent, si, dans les bureaux de la Direction de la Librairie, ils n'avaient pas trouvé de quoi se renseigner ?
Au reste, dès longtemps, il s'était formé un courant défavorable aux imprimeurs-libraires. Déjà Molière avait parlé de 1' « avide » imprimeur. Cette épithète leur demeurait attachée comme une épithète de