‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 52 sur 186 · Mss. français, 23o63, fol. 3o · texte numérisé non relu

Mss. français, 23o63, fol. 3o

naturel Par ce qui précède on a pu voir que, d'une façon générale, elle n'était pas imméritée. Cependant, on aimerait savoir, avec quelque précision, dans quelle mesure, suivant les temps, elle s'est justifiée. Malheureusement c'est un point sur lequel il n'est pas aisé de s'éclairer complètement. Les traités passés entre auteurs et libraires, se faisant sous seing privé, n'ont pas eu place dans les archives des notaires ; les documents de cette nature ne nous sont donc parvenus que par hasard et Ton n'en a qu'un petit nombre.

Mais, après tout, pour avoir une idée de ce que fut à divers moments la rémunération du travail littéraire, peut-être n'est-il pas indispensable de posséder un grand nombre de données. En cette matière, sans grand risque de faire des généralisations abusives, on peut se tenir pour renseigné par quelques faits, à cette condition

I. A l'occasion, ils protestaient là contre. — En 1717, on parla d'établir une taxe sur les livres. Ils réclamèrent, et firent ressortir ce que la vente avait d'incertain et combien la fabrication était coûteuse. On lisait dans leur Mémoire : « La première chose qu'il faut considérer par rapport à cette fabrique est ce qu'il en coûte aux libraires pour l'honoraire des auteurs. On pourrait citer une infinité d'ouvrages pour lesquels les auteurs ont reçu des sommes considérables. On en a les preuves par écrit qu'on ne juge pas devoir exposer dans ce mémoire. Il suffira dédire qu'il y en a dont les auteurs ont retiré des dix, quinze, vingt et trente mille livres pour un seul ouvrage. » Il est bien fâcheux que les libraires aient jugé superflu de donner les preuves écrites qu'ils avaient, disaient-ils, entre les mains. De plus, il faut remarquer que, parlant d'une infinité d'ouvrages, ils se contentent d'en citer en marge cinq ou six. Parmi ceux-là figurent : V Histoire de France du P. Daniel, qui a 17 \ohimes ; V Histoire romaine du P. Catrou, ai volumes; V Antiquité expliquée de Montîdiucon, i5 volumes. Voilà qui rend moins magnifiques le& honoraires dont ils parlent. — Le Mémoire dont il s'agit se trouve à la Bibliothèque nationale (Mss. français, 21820, fol. i).

qu'ils soient bien établis. Tels sont ceux que nous nous sommes efforcé de grouper ici.

Que trouvons-nous dans la période qui s'étend de 1 780 à 1 760 ? — Il nous a été conservé une série de traités passés entre Destouches et le libraire Prault : le 2 mai 1735, Destouches cède à Prault contre une somme de 2 000 livres la propriété de toutes les œuvres qu'il a données au théâtre jusqu'à ce jour et, en outre, trois pièces qui n'ont pas encore été imprimées (V Envieux, le Tambour nocturne, la Fausse Agnès') ; l'année suivante (22 avril 1737), Prault acquiert le Dissipateur pour4oo livres; le 10 août 1787, cession par Destouches de sa comédie intitulée V Ambitieux et du recueil de ses épigrammes pour 700 livres ; enfin le 27 février 1760, Prault lui paie 2 /ioo livres les quatre comédies suivantes : \di Force du naturel, \q Jeune homme à répreuve, V Homme facile, VArchimenteurK

Le même Prault, en 1737, fait marché avec Voltaire qui lui donne pour i 000 livres le manuscrit de l'^^nfant prodigue^; en 1748, il achète 3 600 francs le Catilina de Grébillon^, et, en 17^9, le Xerxès pour 800 francs.

Ces prix, sauf celui de Catilina^ paraissent bien modiques, quand on songe que Destouches, Voltaire et Crébillon sont alors déjà loin de la période des débuts et se sont rangés parmi les littérateurs les plus illustres ou, au moins, les plus notoires. Encore est-il que, si médiocre, cette rémunération n'est pas tout à fait mi-

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