Lettre de Voltaire à l'abbé Moussinot, octobre
3. « Je n'ai eu d'autre affaire avec lui que celle de l'impression du Catilina, que je lui achetai 3 600 francs » (Note du libraire Prault dans le Bulletin du Bibliophile. i85o, p. 872).
sérable. Mais il n'en va plus de même dès qu'il s'agit de débutants ou de travailleurs encore obscurs.
En 1782, dom Rivet et ses collaborateurs pour V Histoire littéraire de la France n'obtiennent de Grange que i4o écus par volume ^ J.-J. Rousseau affirme que Condillac, en 1747, put, non sans peine, vendre 100 écus à Durand son Essai sur V origine des connaissances humaines ^ L'avocat général Séguier nous apprend que le manuscrit de VArt de vérifier les dates (1750), dont chaque exemplaire se vendait 60 livres, ne fut payé aux religieux qui y avaient travaillé plus de vingt années qu'une somme de 600 francs^. Il est vrai qu'en 17^0 l'abbé Mallet s'entendait avec Prault pour lui livrer, à raison de i 000 francs le volume, une traduction de d'Avila. Mais, comme il n'avait fait qu'une convention verbale, Prault n'eut pas de scrupule à ne pas tenir sa promesse, et l'abbé dut prier Malesherbes d'intervenir pour contraindre le débiteur récalcitrant à s'exécuter*.
Sans être enclin aux conclusions hâtives, on peut croire, après ces quelques exemples, que ce fut alors le teinps des^prix de famine.
^Voltaire, dont la vogue allait grandissant sans cesse, aurait pu sans doute servir les intérêts des littérateurs, ses confrères, en se montrant peu accommodant avec ses éditeurs. Mais, riche de bonne heure et ne voulant pas
I. Nouv. acq. françaises, 3346, fol. 201. a. Confessions, Partie II, livre VIL
3. Réquisitoire de l'avocat général Séguier dans les audiences du Parlement des lO, 17 et 3i août 1779, cité dans la Propriété littéraire au xviiie siècle, par Laboulaye et Guififrey, Paris, iSSg, p. 590, 591.