‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 54 sur 186 · Mss. français, a2i36, fol · texte numérisé non relu

Mss. français, a2i36, fol

apparemment perdre son temps à batailler pour un gain médiocre, il ne demandait pas d'honoraires pour ses livres ou, du moins, n'en demandait pas pour luimême : tantôt il faisait cadeau de ses ouvrages aux libraires qui les éditaient, tantôt il donnait les sommes qu'il recevait à des amis, à des protégés qu'il voulait assistera On comprend que, dans ces conditions, il n'était pas tenté d'élever très haut ses prétentions. Il est regrettable qu'il en ait usé ainsi. On peut croire que, s'il s'en fût mêlé, il eût hâté le moment où se relevèrent les prix du travail littéraire. Mais la pression qu'il négligea d'exercer, peu à peu les libraires la sentirent venir de toutes parts et force leur fut, tout en résistant de leur mieux, de lâcher pied de jour en jour.

De 1760 à 1770, on voit bien qu'ils n'ont pas complètement cessé de donner aux auteurs des prix presque avilissants : un certain Graville, en 1760, pour un recueil intitulé le Chansonnier français, en six volumes, reçoit de Chaubert et Hérissant, une somme de 600 fiancs^; Restif, en 1767, touche cinq louis pour son premier roman : la Famille vertueuse, et, l'année suivante, trois louis pour sa Lucile ; les Mélanges historiques et critiques (2 vol. in-12) de Gomicourt lui sont payés 100 francs le volume. Voilà bien, à la lettre, des prix de famine. Considérons pourtant que Graville ne donne qu'une compilation, presque un travail de copiste ; que Uestif n'est alors qu'un artisan, un simple ouvrier typographe ; que Gomicourt, en remettant son manuscrit, n'a pas même jugé utile de donner son nom au libraire^.

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