Correspondance inédite de Galiani, I, igS
go LES HOMMES DE LETTRES AU XVIII^ SIECLE
était rempli*. » Reste toujours que, si cette rétribution n'avait rien de brillant, du moins elle était décente.
Rousseau, à ses débuts, n'avait pas eu à se louer de son libraire Pissot. « Il ne m'a pas donné un sou, dit-il, de mon premier discours, ni aucune espèce de présent, sinon quelques exemplaires pour mes amis. J'ai traité avec lui, pour la gravure du Devin du Village, sur le pied de 5 00 francs, moitié en livres et moitié en argent, qu'il s'obligea de me payer en plusieurs fois et à certains termes ; il ne tint parole à aucun et j'ai été obligé de courir longtemps après mes 260 livres. » Plus tard, Rousseau sut mieux défendre ses intérêts ; il eut vingt-cinq louis de son Dicours sur l'Inégalité, trente louis de sa Lettre à d'Alembert^. Il est vrai que, pour ces deux ouvrages, il avait affaire à un libraire de Hollande. Mais nous avons le projet de traité qu'il passa avec Duchesne pour V Emile, le 29 août 1760 : il ne cédait son œuvre que « moyennant le prix et somme de six mille livres » , dont il devait recevoir la moitié comptante
Si nous nous en rapportions au témoignage de M"* deVandeuP, Diderot aurait pu d'assez bonne heure tirer profit de ses ouvrages ; elle assure qu'il aurait vendu 5o louis chacun des ouvrages suivants : Essai sur le Mérite et la Vertu (i745) ; Pensées philosophiques (1746) ; Bijoux indiscrets (1747); Interpréta-
1. Revue des Deux Mondes, i5 novembre 1908. — Il faut noter que les chiffres donnés ici par M. d'Avenel représentent les honoraires de Buffon évalués en monnaie actuelle. — Nous avons, au contraire, conservé partout les chiffres du temps. D'après M. d'Avenel, la valeur de l'argent aurait été triple jusqu'en i75o, et après 1760, double de ce qu'elle est aujourd'hui.