‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 57 sur 186 · Dans l'édition des Œuvres complètes de Diderot, I, xlii · texte numérisé non relu

Dans l'édition des Œuvres complètes de Diderot, I, xlii

tion de la nature (1764). Mais, pour plus d'une raison, il convient de se méfier de l'exactitude de ce renseignement ; d'ailleurs, aucun de ces quatre livres ne fut publié sous la rubrique de Paris et nous ne savons pas s'ils furent acquis par des libraires parisiens.

En revanche, nous pouvons nous fier aux indications que nous fournit Diderot lui-même sur le marché qu'il fit avec les éditeurs de V Encyclopédie. Elles se trouvent dans une lettre qu'il écrivit à M"** Voland (3i juillet 1762), dans le temps même oij ces conventions venaient d'être définitivement arrêtées : « Les libraires, dit-il, viennent enfin de m'accorder, outre la rente de quinze cents livres qu'ils me font jusqu'à la fin de l'ouvrage, outre trois cent cinquante livres par volume de planches, et il y en aura quatre, outre trois cent cinquante livres par volume de discours, et l'on peut compter sur huit, les cinq cents francs par volume de discours qu'ils faisaient à d'Alembert. Ce sera environ quinze mille francs dans l'espace de cinq ans. » Voltaire (lettre à d'Argental, 26 février 1768) trouve qu'en raison de l'énorme labeur que comportait l'entreprise, c'est là un salaire assez mince. Mais Diderot juge qu'il ne serait pas fondé à se plaindre : « Ne dites point de mal de ces libraires, écrit-il à M^'^Volland le i5 août 1 762; ils font tout ce que j'ai exigé. Voila l'équité qu'il faut attendre de tout le monde. La générosité consisterait à aller au delà. » Il estime, au reste, d'une façon générale, et non pas seulement pour ce qui le concerne, que la rémunération du travail littéraire tend à devenir satisfaisante. « Il y a, dit-il, des hommes à qui leur travail a produit dix, vingt, trente, quatre-vingts, cent mille francs. 11 y en a qui ne nous dédiraient pas pour quarante mille écus. »

Peut-être Diderot, le philosophe, a-t-il trop de pen- ■chant à se satisfaire à bon compte. De son avis on peut toutefois retenir que, quand s'ouvrit la seconde jQaoitié du xvin® siècle, les prix payés aux gens de lettres deviennent moins misérables. Un mouvement, en ce sens, faible encore sans doute, est commencé. Panc- ( koucke, lorsqu'il vint s'installer à Paris en 1764, contribua à le précipiter. Qu'il ait été un charlatan, un Turcaret littéraire, comme dit Brissot*, ou un bienfaiteur des lettres, comme l'assure Garât ^, ses confrères, en tout cas, furent contraints de le suivre de plus ou moins près. Après 1770, on voit que des écrivains très humbles recevaient un salaire convenable : en 1778,1a veuve Desaint s'engageait à payer à Paucton i 200 francs un traité de Métrologie \* Lottin traitait sur le même pied avec Garaccioli pour une paraphrase des Psaumes*. Manifestement, il y avait hausse, et, cette hausse, c'est par l'action commune et continue des gens de lettres qu'elle fut d'abord déterminée.

Dans le même passage 011 Diderot déclare qu'il ne convient pas de trop se plaindre des prix payés par les libraires, il fait pourtant une réserve ou, plutôt, il exprime un regret : « Les auteurs, dit-il, ne s'enrichiraient peut-être pas, mais ils acquerraient de l'aisance,

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