‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 60 sur 186 · Voir Appendice V · texte numérisé non relu

Voir Appendice V

96 LES HOMMES DE LETTRES AU XVIIl* SIECLE

Rousseau, ayant composé sa Dissertation sur la musique moderne, chercha à la pubher : « La difficulté, dit-il, fut de trouver un libraire qui voulût se charger de mon manuscrit, vu qu'il y avait quelque dépense à faire pour les nouveaux caractères, que les libraires ne jettent pas leurs écus à la tête des débutants, et qu'il me semblait cependant bien juste que mon ouvrage me rendît le pain que j'avais mangé en l'écrivant. Bonnefond me procura Quillau le père, qui fit avec moi un traité à moitié profit, sans compter le privilège que je payai seul. Tant fut opéré par le dit Quillau que j'en fus pour mon privilège et n'ai tiré jamais un liard de cette édition qui, vraisemblablement, eut un débit médiocre' ». Pour la publication de ses Mélanges de littérature, d'histoire et de philosophie (lySS), d'Alembert s'entendit de la même manière avec Briasson. Mais c'est une affaire dont il ne se félicite point : « j'ai fait avec mes libraires un assez plat marché, écrit-il à M™* du Deffand : c^est qu'ils feront les frais et que nous partagerons le profit. »

Répétons-le, d'ailleurs, les formes de conventions que nous venons d'indiquer sont d'un usage exceptionnel. Diderot a dit ce qui se passait dans l'immense majorité des cas : « L'auteur appelait le libraire et lui proposait son ouvrage ; ils convenaient ensemble du prix, de la forme et des autres conditions. Ces conditions et ce prix étaient stipulés dans un acte sous seing privé par lequel l'auteur, à perpétuité, cédait et sans retour son ouvrage au libraire et à ses ayants cause. »

Ainsi, pour une somme une fois reçue, l'écrivain laissait au libraire le droit perpétuel d'exploiter son œuvre. A cela, il n'y eût pas eu trop à redire, si le prix

Page 1