I. Confessions, partie II, livre VII
payé par les éditeurs eût été, en quelque mesure, proportionné à la jouissance perpétuelle qu'ils s'assuraient. Aussi prétendaient-ils qu'ils ne manquaient pas à remplir cette condition. — Dammonneville, Saillant et Nyon, associés, eurent en 1752 une contestation avec Crébillon père. Voici ce qu'on lit en un passage du Mémoire qu'ils produisirent alors : « Tout auteur se flatte que son ouvrage aura du succès et tout libraire l'espère en s'en chargeant ; mais la confiance de l'un et l'espérance de l'autre ne se bornent pas pour l'ordinaire à un succès momentané. L'ouvrage dont ils traitent leur paraît à tous deux devoir infailliblement passer à la postérité. C'est d'après ces idées, trop souvent chimériques, que le prix de cet ouvrage est fixé^ )) Les prix que nous avons cités plus haut font assez voir qu'il y a là quelque chose de plus que de l'exagération. La vérité sur ce point, nous la trouvons dans un Mémoire des libraires de Lyon (1774), dont le témoignage sur cet article est plus désintéressé que celui de leurs confrères de Paris : « L'on ne peut, disaient-ils, juger du mérite d'un livre, ou du
moins du cours qu'il aura, qu'après sa pubHcité
D'après cela, il est certain que tout libraire qui achète un manuscrit ne peut faire son calcul que sur le produit de la première édition, et qu'il y joint aux frais d'impression le prix du manuscrit et son bénéfice qui est toujours porté fort haut. S'il arrive qu'il s'en fasse une seconde, une troisième édition ou davantage, c'est un bénéfice de surcroît dont le libraire jouit seul, et auquel il n'a aucun égard dans l'achat du manuscrite » Le libraire se contentait donc de payer tant bien que