I. Mss. français, 22122, fol
LES HOMMES DE LETTRES ET LES LIBRAIRES Il3
Paris (mars 1764)*. Ce document est accompagné de notes marginales écrites par de Sartines ou que, du moins, il a faites siennes, comme il ressort d'une lettre d'envoi signée de lui et adressée au chancelier. Ses dispositions générales s'y marquent d'une façon très nette : il ne dissimule pas son impatience à propos des idées émises par les libraires sur les privilèges qu'ils considèrent comme des sauvegardes de leur propriété, non comme des grâces de l'administration ; il a des paroles irritées, quand ils affirment que les gens de lettres ont à se louer d'eux. Qu'on lise cette note : « Il faut consulter les auteurs pour savoir la manière avec laquelle ils sont traités par les libraires. — Si cet auteur dont on parle ne fait qu'un livre et un livre excellent, le libraire s'empare du privilège, et l'auteur meurt à l'hôpital, couvert de stériles lauriers. Il serait bien flatteur, bien honorable pour le Ministère de le tirer de la misère en lui donnant le renouvellement du privilège après l'expiration de celai qui aurait été accordé au libraire. »
Dès ce temps-là, de Sartines s'était donc fait une opinion personnelle. Mais il crut de son devoir, comme homme public, d'être plus amplement informé, et il demanda en premier lieu l'avis d'un homme qui, comme collaborateur de Malesherbes, devait être bien au courant et que, d'ailleurs, son ancien chef avait honoré de sa confiance, l'inspecteur d'Hémery. D'Hémery, en effet, s'était toujours acquitté avec conscience de ses fonctions et il ne manquait ni d'esprit, ni de lumières. Mais, fonctionnaire avant tout et, comme tel, soucieux de ne pas se compromettre, il ne mit dans sa réponse