‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 68 sur 186 · I. Mss. français, 2 2o63, fol · texte numérisé non relu

I. Mss. français, 2 2o63, fol

Pellisson. 8

que ce qui lui paraissait de nature à ne pas déplaire à son chef hiérarchique. La propriété des auteurs n'est pas consacrée par les règlements ; il en fait donc bon marché. Il veut que l'homme de lettres ne puisse rien prétendre au delà du prix d'une première édition ; car, dit-il, l'ouvrage est copié et réimprimé à l'étranger, sans qu'il en puisse tirer aucun profit : « Qu'est-ce, ajoute t-il, qu'un droit quiji'est fondé sur aucun principe et n'est constaté par aucune loi. » Il ne lui vient pas à l'esprit que ce droit pourrait être constaté par une loi nouvelle. En somme, dans ses conclusions, défavorables à la fois aux libraires et aux gens de lettres, il ne songe qu'aux intérêts du domaine public et surtout du pouvoir. Ce qu'il propose, le voici : i** « Les auteurs ne peuvent vendre leur manuscrit qu'une seule fois et à un seul libraire, ou, ce qui revient au même, n'en faire des éditions à leur profit que pendant le temps prescrit par le privilège qu'ils en auront obtenu ; 2" l'ouvrage appartient au public après l'expiration de ce premier privilège ; 3" M. le Vice-Chancelier, à qui l'intérêt public en cette partie et celui de la librairie sont confiés, est le seul juge de la nécessité ou de l'utilité de la réimpression des ouvrages acquis au public, il est le seul en droit de choisir les imprimeurs et les libraires à qui il jugera à propos de permettre de les réimprimer et débiter. » De Sartines ne pouvait pas ne pas approuver l'esprit général qui avait dicté ces conclusions. Il fit pourtant une réserve sur un point. A la suite du Mémoire de d'Hémery se trouve une note non signée, mais qui est évidemment de Sartines, et ainsi conçue : « Je ne suis point absolument de l'avis de M. d'Hémery pour ce qui concerne les droits des auteurs. Ces droits sont sacrés, et il y

aurait de l'injustice et de la barbarie de les en priver * . »

Le Directeur de la librairie voulut aussi prendre une consultation près d'un bomme de lettres ; c'est à Diderot qu'il s'adressa. Il se trouva qu'il s'adressait mal. Non que Diderot, s'il eût été libre, ne fût très capable de l'éclairer; mais Diderot, en cette affaire, n'était pas ou ne se croyait pas libre. On sait par M"® de Vandeul que, pour avoir de quoi se passer quelques fantaisies, « il travaillait pour des corps, pour des magistrats, pour ceux qui pouvaient lui donner le prix de sa besogne sans être gênés ». C'est ainsi qu'il avait accepté de rédiger les Représentations et Observations... que les officiers de la communauté des libraires de Paris avaient adressées en 176^ à de Sartines. Diderot pensa sans doute qu'il y eût eu de la déloyauté à abandonner ceux qu'il avait eus un moment pour clients. La consultation qu'il donna à de Sartines dans sa Lettre sur le commerce de la librairie (1667) reproduisit donc les idées du mémoire de 166/i. Et, ce qui est bien singulier, elle en reproduisit, non seulement le fond, mais la forme : l'argumentation est la même, présentée dans le même ordre, le plus souvent dans les mêmes termes ; tout au plus, dans la Lettre, Diderot met-il de-ci de- là un peu plus de vivacité et d'accent ^ Persuadé sans doute que ce qui entre dans les bureaux y demeure enseveli, il ne crut pas que M. de Sartines eût eu jamais sous les yeux les Représentations des libraires. En quoi il se trompait, comme on sait. Le Directeur de la librairie

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