Par exemple, Diderot, pour son Père de famille
2. Hallays-Dabot, Histoire de la Censure théâtrale, Paris, 1862, p. 59.
10 LES HOMMES DE LETTRES AU XVIIl'' SIECLE
clientèle à qui il voulait marquer quelque faveur. Mince faveur, au reste ; car il n'était attaché à cette place qu'un émolument très faible : un censeur, au xviii*' siècle, ne touchait pas plus de /loo francs. Encore tous n'avaient-ils pas cette pension si modique. De Sartines dans une lettre au chancelier (/4 juillet 1764) dit que, sur 128 censeurs alors en exercice, 33 seulement en bénéficiaient \ Gomment exiger beaucoup de gens qui recevaient si peu, qui même, pour la plupart, ne recevaient rien.^ Gouverneurs, précepteurs, professeurs des collèges, petits abbés, secrétaires et commis des gens en place, pouvaient donc, s'ils avaient quelque appui, prétendre à obtenir le titre de censeur. Si, avec une culture moyenne, ils ne manquaient pas de bon sens, l'administrationjugeait que c'était assez. Mais comment s'étonner que les gens de lettres sentissent quelque impatience de se trouver soumis au jugement de ces subalternes.^ Devant la liste des censeurs donnée dans 1'^/manach royal, « je ne saurais m'empêcher de lever le§ épaules, disait Diderot. Il faut rayer les trois quarts de ces gens qui ont été revêtus de la qualité de juges de nos productions dans les sciences et dans les arts, sans qu'on sache trop sur quels titres^. »
Et pourtant l'administration avait essayé dans une certaine mesure de mettre les censeurs à l'abri du reproche d'incompétence. Dans la pratique, avant de rendre leur sentence, il arrivait souvent qu'ils conféraient avec l'auteur pour lui donner un avis, l'engager à modifier, atténuer, supprimer tel ou tel passage qui leur paraissait discutable ou dangereux. Partant, il était