I. Voltaire, Le Pauvre diable
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« poliment et clairement », ont peut-être de la clarté, mais se dispensent d'être polis. « Combien de propos souvent injurieux ne glissent-ils pas dans leurs bulletins lors de la lecture d'une pièce ! Le prince de la tragédie est un benêt; si V auteur n'a point d'esprit, il a de la mémoire. Voilà les moindres gentillesses qu'ils imaginent pour se faire rire. Il faut qu'un auteur à qui on les lit l'une après l'autre en soit l'immobile plastron, parce qu'il ne connaît point ceux qui tirent sur lui K »
Quels règlements, au reste, auraient pu remédier aux deux vices essentiels de rassemblée des comédiens : incompétence et partialité? Capables de saisir ce qu'on nomme les effets, ils étaient, pour la plupart, trop ignorants pour pouvoir apprécier le noble de l'ouvrage. Clairon le savait bien, qui écrivait dans ses Mémoires : « Ce n'est pas assez d'avoir le droit de recevoir ou de rejeter un ouvrage, il faut se montrer digne de le juger. » Il eût fallu que, moins avides de gagner de l'argent, les comédiens n'eussent pas préféré à tous autres les écrivains qui leur donnaient leurs œuvres, c'est-à-dire ceux qui ne prétendaient rien au droit proportionnel sur les recettes* ; que, moins préoccupés de plaire aux grands, ils n'eussent pas tant de « déférence pour certaines recommandations puissantes qui leur font souvent recevoir de mauvaises pièces, dont ils sentent tout le faible et dont ils pourraient annoncer la chute au parterre en même temps qu'ils lui en annoncent le sujet ^ ; » que, plus détachés d'eux-mêmes, ils n'eussent pas en-
I. Préface de Térée et Phiîomèle, par Renou, Amsterdam, 1778. a. Voir Journal et Mémoires de Collé, III, 319. 3. Voyage au séjour des Ombres, par l'abbé de La Porte, La Haye,
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couru le reproche que leur fait Voltaire : « Ils ne jugent jamais de Fensemble que par la partie qui les regarde et dans laquelle ils croient pouvoir réussira » Il eût fallu tout cela pour que leurs décisions eussent quelque autorité. Mais, tout au contraire, ils se discréditèrent par des injustices et des bévues qui firent scandale. Sauvigny a rappelé qu'ils refusèrent d'abord Œdipe, Zaïre, Mérope, la Mélanide, de la Chaussée, le Philosophe marié, de Destouches, la Métromanie, de Piron, d'autres encore ^ On s'égaya fort du tour que leur joua Voltaire : il leur fit présenter par un jeune homme inconnu une comédie intitulée le Droit du Seigneur ; elle fut conspuée par toute l'assemblée. Peu de temps après, il leur adressa, en s'en déclarant l'auteur, cette même pièce sous le titre de VÉcueil du Sage ; on la reçut avec transport.
Sa pièce une fois reçue, l'auteur pouvait-il, du moins, en régler l'interprétation comme il l'entendait. Aux termes des divers règlements, il lui appartenait de distribuer les rôles : « Monsieur l'auteur, dit le règlement de 1726 (art. 2), distribue les rôles à son gré ; aucun acteur ne peut en refuser un. » Cette prescription est renouvelée et confirmée dans tous les règlements qui suivent; le règlement de 1767 établit une amende de 5o livres contre quiconque l'enfreindra ; cette amende est portée à 100 livres dans le règlement de 1766 qui prévoit même contre les délinquants, en cas de récidive^ la privation de leur part d'acteur pour les représentations de la pièce dans laquelle ils auraient refusé de jouer. Mais cette gradation ascendante dans les pénalités