I. Lettre à Thieriot, 28 avril
a. Voir Mémoires de M'^* Dumesnil, 98 et suiv.
indique tout justement que les infractions étaient fréquentes. On reconnaissait le droit de l'auteur ; mais on ne l'assurait pas, et l'on pourrait citer de nombreux exemples de comédiens refusant le rôle qui leur avait été distribué. Contentons-nous de rappeler ce qu'il advint à Destouches pour son Glorieux. Quand la pièce fut présentée, le héros, au dénouement, était puni de son orgueil. « Mais l'acteur qui devait jouer le Glorieux, d'autant plus propre à ce personnage qu'il le jouait jusque dans le monde, crut sa personne avilie par ce dénouement humiliant et déclara qu'il ne consentirait jamais à jouer le rôle d'un homme éconduit et puni. Destouches fut obligé de sacrifier la perfection de son ouvrage au caprice de cet acteur et au besoin que la pièce avoit de lui^ »
Les auteurs pouvaient assister aux répétitions de leurs œuvres ; on n'osa pas aller jusqu'à les en exclure. Mais de quoi cela leur servait-il ? Leurs interprètes ne daignaient pas les consulter sur le sens et les intentions de leurs pièces ; donnaient-ils des avis, sans en être priés, les comédiens n'en tenaient nul compte et n'en faisaient qu'à leur tête*. « Il n'y en a point, disait Voltaire, qui n'ait la rage de mettre du sien dans les choses qu'on lui confie^. » Aussi vint-il un temps où, estimant que les répétitions n'étaient qu'une formalité inutile et gênante, il leur arriva de les supprimer sans plus de façons. « Depuis plus de quinze ans, écrit Collé, ces grands messieurs ne se donnent plus la peine de répéter les pièces, même les nouvelles, encore moins de