Bachaumont, 3i janvier
l52 LES HOMMES DE LETTRES AU XVin* SIECLE
Ajoutons que, grâce au goût de jouer la comédie bourgeoise qui fit rage durant tout le siècle, les comédiens avaient accès dans tous les mondes, qu'ils étaient partout fêtés et cajolés ^ Mais ces succès mondains ne les empêchaient pas de sentir le discrédit social oii leur profession était tenue^. Pour quelques-uns ce fut une blessure cuisante; irrités et humiliés, ils se vengeaient sur les auteurs qui n'en pouvaient mais : « Ils se dédommagent de leur mieux, disait Voltaire, en prodiguant à un pauvre auteur dramatique tout le mépris dont ils sont couverts. Avilis, comme nous le sommes, disait l'un d'eux, auprès de tous ceux qui n'ont rien à craindre de nous, que serions-nous sans la ressource et la consolation d'être insolents avec ceux qui ont besoin de notre secours?^ »
Il faut bien avouer enfin que, pendant cinquante ans et plus, les auteurs, loin de se redresser sous Foutrage, se tinrent l'échiné courbée et qu'ils ont à l'envi flagorné les comédiens. En leur offrant le recueil de ses œuvres, Palissot leur écrivait : « Il me semble, Messieurs, qu'il vous manque une bibliothèque dramatique et que vous êtes d'autant plus intéressés à vous en former une qu'elle contiendrait en quelque sorte les archives de votre propre gloire*. » Voici la formule plus que protocolaire par laquelle Voltaire termine une lettre qu'il leur adresse : « J'ai l'honneur d'être avec l'estime que j'ai pour ceux
1. Sur ce point, voir la Comédie satirique au xviiie siècle, par G. Desnoiresterres, p. 194 et suiv., Paris, i885 et aussi les Demoiselles de Ferrières, par G. Maugras, p. ii4 et suiv., Paris, IQO^-
2. Voir l'article de Ganderax sur la Condition des comédiens au xviiie siècle dans la Revue des Deux Mondes du i5 septembre 1887.