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Amsterdam

2. Voir son ouvrage sur Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps, Paris, igoS.

LES HOMMES DE LETTRES ET LES COMÉDIENS ibj

Constatation du refus par un commissaire ; grand tapage ; menace d'une lettre de cachet contre Mercier qui se réfugia au Parlement et, sans perdre courage, tente quelque temps après une seconde fois de forcer l'entrée du Théâtre-Français. Repoussé de nouveau, il assigne les comédiens au Châtelet et les fait condamner à 2 coq écus de dommages-intérêts. Mais il ne put aller plus loin ; cet incident ne lui permit pas de rappeler l'affaire principale, car les Gentilshommes de la Chambre obtinrent en 1776 un arrêt d'évocation au conseiP.

Avant d'avoir pu mettre Mercier hors de combat, les comédiens se trouvèrent aux prises avec un autre adversaire, moins impétueux, mais non pas moins tenace et bien plus habile. Beaumarchais avait naturellement suivi ces contestations entre la Comédie et ses confrères. Encore qu'il eût beaucoup d'affaires sur les bras et qu'il eût jusque-là vécu en bonne intelligence avec les comédiens à qui il avait donné ses deux premières pièces, son humeur l'engagea à jouer un rôle dans ce débat. Son Barbier de Séville avait été représenté le 28 février 1776 ; après quelque trente représentations, il demanda son compte de droits. On lui offrit un aperçu qu'il refusa^ insistant poliment, mais avec fermeté, pour avoir un compte en réglée Le maréchal de Duras, alors Gentilhomme de la Chambre en exercice et qui, récemment élu à l'Académie française, voulait avoir mine de proté-

1 . Signalons parmi les pamphlets publiés alors contre la Comédie- Française une brochure qui parut à Berne en 1776 sous ce titre : La littérature renversée, ou l'art de faire des pièces de théâtre sans paroles (NorcARET, Anecdotes secrètes du xyiii» siècle, I, m, Paris, 1808).

2. Voir pour les détails Beaumarchais et son temps, par de Loménie, II, I et suiv.

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ger les littérateurs, engagea Beaumarchais à se montrer moins pressant, mais l'invita en même temps à se consulter avec ses confrères et à préparer avec eux un plan de réforme qui lui serait soumis. De là la circulaire du 27 juin 1777 par laquelle Beaumarchais convoquait tous les auteurs de pièces reçues à venir « manger sa soupe » et à discuter en commun leurs intérêts. Vingt- trois auteurs répondirent à son appel et, le 3 juillet, se trouva ainsi constitué le « Bureau de législation dramatique » qui nomma quatre commissaires, Beaumarchais, Marmontel, Saurin et Sedaine, pour travailler à un projet de règlement.

Nous n'avons pas dessein de suivre les négociations de cette assemblée. Ce fut pendant trois ans un véritable imbroglio très enchevêtré par les divisions des auteurs, les petites trahisons du duc de Duras, la mauvaise foi de Gerbier, avocat de la Comédie-Française et les roueries de Beaumarchais, qui ne voulait pas être en restée Bornons-nous à résumer les revendications capitales des gens de lettres. — Ils demandaient, en ce qui touchait à leurs intérêts pécuniaires, que le produit de la location des petites loges fût compté dans la recette, que l'on ne fît plus entrer dans les frais, les dépenses étrangères aux auteurs, telles que pensions des comédiens et employés retirés, les rentes de dettes et d'emprunts, les jetons, les feux, les gages des soldats, les frais de voyage à la cour, etc.; il paraît aussi qu'ils proposèrent la reconnaissance de la propriété littéraire perpétuelle. (Les arrêts du3o août 1777 reconnaissaient cette propriété aux auteurs de livres.) Ils demandaient de plus à être au-

I. Pour les détails voir Bonnassies, Les Auteurs dramatiques et la Comédie-Française aux xyii^ et xyiii^ siècles, 48-98.

torisés à faire corps, à s'assembler ou, du moins, à avoir un comité toujours subsistant qui pût les représenter. Considérant qu'ils ne pouvaient absolument se soustraire à la dépendance des comédiens pour la lecture, réception, jeu, succès et payement de leurs œuvres, ils proposaient que les acteurs fussent rangés par classes et de faire ordonner par le roi qu'ils ne pourraient désormais monter de l'une à l'autre sans l'agrément et le suffrage du Bureau de législation dramatique ou, du moins, de ses commissaires ; ils réclamaient l'institution d'un président de lecture pris dans l'ordre des auteurs dramatiques. Les bulletins de vote devaient être motivés ; « le président en prendra communication pour décider si l'opinant est en état de porter un suffrage et surtout pour faire punir ceux qui se seraient permis des sarcasmes injurieux contre la personne du poète ou même contre son ouvrage. Le président rend compte de la séance au Gentilhomme de la Chambre d'année, qui jugera du délit et exigera une seconde lecture si les règles n'ont pas été observées à la première*. »

Les comédiens, de leur part, résistaient de toutes leurs forces à ces prétentions. Aux mémoires présentés par les auteurs, ils opposaient des mémoires de leur façon ou de celle de leurs amis : c'est ainsi que le marquis de Bièvre rompit des lances pour leur cause et composa pour eux deux plaidoyers, l'un adressé au duc de Duras, l'autre à Voltaire^. De plus, ils fomentaient des divisions, provoquaient des défections dans le groupe

1. Voir dans V Espion anglais, la lettre VI qui présente un très bon résumé des réclamations et vœux des auteurs.

2. Voir Le Marquis de Bièvre, par G. Mareschal de Bièvre, p. i34 et suiv., Paris, 19 lO.

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des auteurs ^ ; ils faisaient accueil à des débutants pour pouvoir les lancer contre leurs confrères. Un certain Dubuisson eut ainsi une tragédie assez ridicule jouée à la Comédie; mais aussi, quand il la fit imprimer, il y mit une préface oii il daubait « la nouvelle congrégation dramatique » et « l'esprit de calcul et de commerce qui présidait à toutes ses délibérations^». Les comédiens enfin ne négligeaient pas de remontrer aux Gentilshommes de la Chambre que les auteurs empiétaient sur leur autorité^.

En dépit de tout, si Beaumarchais et les autres n'eurent pas une victoire complète, ils emportèrent du moins certaines positions. Voici quelques-uns des résultats qu'ils obtinrent.

En premier lieu, la Comédie fut contrainte de produire ses registres et d'oflrir de compter désormais « de clerc à maître* » avec les auteurs. Beaumarchais en effet ne lâcha pas prise tant qu'il n'eut pas un compte exact et régulier de ses droits : « Par le résultat de ce compte, dit Collé, il s'est trouvé que ceux qui le rendaient avaient commis une infidélité qui ne montait qu'à près de moitié ^ » Beau sujet de confusion pour les comédiens.

D'autre part, l'arrêt du conseil du 9 décembre 1780

1. « M. Rochon de Chabannes, qui était du troupeau des poètes

dramatiques a pris le parti de faire schisme et de ne plus venir

aux assemblées. » Paris et Versailles, Journal anecdotique de ijôsà 178g, Paris, 1869. La défection de Rochon de Chabannes est mise à la date du i5 juin 1780.

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