Journal et Mémoires de Collé, II, i
3. Brissot fut clerc chez M. Nolleau, procureur au Parlement de Paris, à qui il avait confié ses premiers essais littéraires et qui en avait été ravi. Cet amateur de littérature donnait à son clerc iioo francs d'appointements et il semble que, dans ces circonstances, ce devait être un prix fort.
LES HOMMES DE LETTRES DAÎÎS LA VIE PRIVÉE l65
bel emploi vis-à-vis d'un soldat aux gardes, qui copiait d'autres misères à sa portée, moyennant vingt sols par jour^ » D'autres couraient le cachet, pour parler notre langage : ils donnaient leçon de sciences qu'ils ignoraient parfois et qu'il leur arrivait d'apprendre en les enseignant. Certains, qui ne pouvaient faire publier leurs propres œuvres, rafistolaient de vieux ouvrages pour le compte des libraires^. Heureux ceux que le hasard mettait en rapports avec des prédicateurs peu diligents ou peu diserts : ils pouvaient tirer quelquefois un assez bon prix des sermons qu'ils leur fabriquaient. Un missionnaire commanda à Diderot dix sermons pour les colonies portugaises ; et ce fut, au dire de Diderot, une des bonnes affaires de sa vie'.
Ces ressources, maigres le plus souvent, étaient toujours aléatoires. Il fallait donc faire pauvre chère. Aux bons jours, on dînait à six sous chez le traiteur. Diderot se rappelle avec plaisir ces repas qu'il partageait avec Tabbé de Bernis et où les joyeux propos remplaçaient le rôti ; mais, d'autres fois, on devait se contenter de se rappeler qu'on avait dîné la veille. Ces apprentis littérateurs n'avaient, comme on pense, qu'une garderobe sommaire et souvent bien fatiguée. Ils allaient par la ville en piteux équipage, « bas troués, souliers percés, cheveux plats et ébouriffés », avec « une redingote de peluche déchirée ou quelque mauvais habit noir dont les coutures commençaient à manquer ». Quant à leur gîte, ils le prenaient sous les toits ; c'était eux qui peuplaient « les greniers de la littérature », comme dit