‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 98 sur 186 · Mémoires, livre III · texte numérisé non relu

Mémoires, livre III

2. Le Parnasse réformé, Amsterdam, 1728, p. 89. Il faut noter que la première édition de cet opuscule de Guéret est de 1668.

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moyens de gagner ce qu'il leur fallait, ils en venaient, sans trop de scrupules, à user d'expédients; et, sans compter qu'ils étaient constamment sur le pied de guerre avec leurs créanciers, ils recouraient, en certaines rencontres, à des tours de page : c'est ainsi que Diderot, en dépit de sa probité, dupa le frère Ange par un stratagème picaresque\ — Besogneux et négligés comme ils l'étaient, la bonne compagnie ne les appelait pas à elle; et, du reste, ils ne se souciaient pas de la rechercher. Plus volontiers ils fréquentaient les cabarets elles cafés, d'autant que les cafés étaient alors le rendez-vous des gens de lettres en renom. Mais, dans ces milieux, autour des illustres, se pressait une société fort mêlée. Rien n'en défendait l'accès aux aigrefins et aux aventuriers, dont le contact pouvait devenir périlleux pour des novices. Duclos a conté comment, à la suite d'un dîner où assistaient Crébillon le père et Piron, il se trouva lié avec un certain Saint- Maurice, véritable chevalier d'industrie, qui finit par se faire enfermer à Bicêtre. Ce personnage aurait voulu que Duclos l'aidât dans les entreprises qu'il imaginait pour faire des dupes et il lui prodiguait les promesses les plus propres à séduire un jeune homme. Il ne réussit pas: « L'honneur l'emporta, dit Duclos; je refusai nettement. » Et il ajoute, en faisant un retour sur cette aventure de sa jeunesse : « Quoique je ne fusse pas un mauvais sujet, je vivais avec des gens qui l'étaient passablement, et c'est un moyen de le devenir. ^ » Avec d'autres en effet, plus faibles que Duclos, les pareils de Saint-Maurice ne manquaient pas leur coup.

1. Mémoires sur Diderot, par M^^ de Vandeul, p. xxxiv à xxxvi.

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