Voici le texte de la capitulation de Manille
« Les soussignés, nommés commissaires pour le règlement ces détails de la capitulation de la ville et des ouvrages de défense de Manille et de ses faubourgs, ainsi que des forces espagnoles y stationnées, conformément à un accord survenu la veille entre le major général Wesiey Merritt, commandant en chef des forces des Etats- Unis aux Philippines et S. Exe. Don Fermin Jaudenès, faisant fonctions de général en chef de l'armée espagnole aux Philippines, ont convenu ce qui suit :
» 1" Les troupes espagnoles, tant européennes qu^indigènes, capitulent ainsi que la ville et les ouvrages de défense avec tous les honneurs de la guerre.
» Elles déposeront leurs armes aux endroits qui seront désignés par les autoritéis des Etats-Unis.
> Elles resteront dans les quartiers qui leur seront affectés sous la garde de leurs officiers, et seront soumises au contrôle des sus-
Paris entre les Etats-Unis et l'Espagne ; mais il était indispensable de montrer dès à présent le parti que voulurent tirer les Américains de la capitulation de Manille survenue vingt- quatre heures après la signature des préliminaires de paix.
Cette capitulation de Manille eut un autre effet ; elle mit fin définitivement à la bonne entente entre iguinaldo et l'amiral Dewey. Et nous allons entrer dans la période où les Américains vont chaque jour, par de nouveaux incidents, froisser leurs anciens alliés et multiplier les provocations à Tégard de ceux qui devenaient gênants après avoir été indispensables. Du jour au lendemain l'attitude de l'amiral et des généraux américains se modifia du tout au tout.
dites autorités des Etats-Unis jusqu'à la conclusion d'un traité de paix entre les deux nations belligérantes.
» Toutes les personnes non comprises dans la capitulation restent €n liberté.
» Les officiers resteront dans leurs domiciles respectifs, et seront respectés aussi longtemps qu'ils observeront les règlements qui les régissent et les lois en vigueur.
» 2« Les officiers conserveront leurs armes blanclies, leurs chevaux et les objets leur appartenant en propre.
» Les chevaux et objets appartenant en commun, de quelque nature qu'ils soient, seront remis à des officiers d'état-major désignés par les Etats-Unis.
» 3<^ Un état d'effectifs complets des hommes par corps ou services et une liste complète du matériel et des approvisionnements seront remis en double expédition aux Etats-Unis dans un délai de dix jours à compter du présent jour.
» 4® Toutes les questions relatives au rapatriement des officiers «l des soldats des forces espagnoles et de leurs familles ainsi qu'aux
Aguinaldo raconte en ses mémoires comment le jour même de la capitulation, parurent les premiers nuages :
a Nos troupes, dit-il, virent les Américains débarquer sur le rivage près de la Luneta et du Paseo de Santa-Lucia, et tout le monde remarqua que les soldats espagnols qui occupaient les forts de la ville ne tiraient pas sur eux (sur les Américains). Ce mystère s'éclaircit au lever du soleil, quand les détails de la capitulation de Manille par le général Jaudenès, aux termes d'une convention faite avecle général Merritt, furent connus de tous. Les généraux américains se réservèrent exclusivement le
dépenses que ledit rapatriement peut occasionner seront déférées au gouvernement des Etats-Unis à Washington.
> Les familles espagnoles pourront quitter Manille à tous les moments qu'il leur conviendra.
» La remise des armes rendues par les forces espagnoles aura lieu quand ces forces évacueront la ville, ou quand l'armée américaine y entrera.
» 5° Les officiers et soldats compris dans la capitulation seront pourvus par les Etats-Unis, conformément à leur rang, des vivres nécessaires, attendu qu'ils seront prisonniers de guerre jusqu'à la conclusion d'un traité de paix entre les Etats-Unis et l'Espagne»
» Tous les fonds qui se trouvent à la Trésorerie espagnole et dans toutes les autres caisses publiques seront versés aux autorités des Etats-Unis.
» e** La ville de Manille, ses habitants, ses églises, ses édifices religieux, ses établissements d'éducation et ses propriétés privées de toute nature seront placés sous la sauvegarde de la foi et de l'honneur de l'armée américaine. »
Suivent les signatures des sept commissaires, dont quatre Américains et trois Espagnols.
LES DÉDUIS d'une RÉPUBLIQUE I7i
bénéfice et les mérites de cette capitulation, contrairement à l'arrangement intervenu avec l'amiral Dewey relativement aux plans d'attaque finale et de prise de Manille, opérations qui devaient être efifectuées par les forces alliées, américaines et philippines.
» Sur cette conduite, en apparence inexplicable, des commandants américains, j'eus quelques éclaircissements par les télégrammes que je reçus pendant la journée du général Andersen. Il me télégraphia en effet de Maysubig pour me demander de donner l'ordre à nos troupes de ne pas entrer dans Manille, demande à laquelle je n'acquiesçai point, parce qu'elle n'était pas conforme à nos conventions et qu'en outre elle était diamétralement opposée aux desseins du gouvernement révolutionnaire, car il n'était pas admissible qu'après avoir assiégé Manille pendant deux ans et demi, sacrifié des milliers d'hommes et des millions d'intérêts matériels, on eût fait tous ces sacrifices dans tout autre but que la prise de Manille et celle de la garnison espagnole qui défendait opiniâtrement la ville.
)> Mais le général Merritt, persistant dans ses résolutions, me fit demander, non seulement par l'amiral, mais aussi par le major Bell, de retirer mes troupes des faubourgs afin, disait-il, de prévenir le danger d'un conflit que l'on doit toujours prévoir dans le cas d'une occupation militaire dualiste ; il voulait éviter aussi de cette manière de
laisser jeter le ridicule sûr les forces américaines; il offrait, d'ailleurs, dans trois lettres, de négocier lorsque ses désirs auraient été remplis, La seule chose à laquelle je voulus consentir, c'est que mes troupes se retireraient graduellement vers le bloctiaus, afin de rendre tous les habitants de Manille témoins des mouvements de notre armée et aussi de nos procédés d'amitié à l'égard des Américains, nos alliés. »
Ces procédés étaient irréprochables et on ne peut qu'admirer sans réserve l'attitude si calme, si fière, si pacifique et si sage des révolutionnaires philippins au lendemain de victoires qui auraient grisé sans doute des hommes moins pondérés.
Pendant plus de trois siècles les Espagnols, pour essayer de justifier le régime d'oppression auquel ils soumettaient leur colonie d'Extrême-Orient, avaient répété à satiété que les Philippins étaient incapables de se gouverner eax-mêmes. On comprend dès lors qu'Aguinaldo et ses partisans avaient une hâte extrême de prouver au monde entier qu'ils étaient dignes de l'Indépendance et qu'ils avaient tous les droits à prendre place parmi les nations civilisées : nous retrouverons cette préoccupation dans tous les discours, dans tous les écrits des révolutionnaires philippins . Un mois ne s'est pas écoulé depuis les derniers coups de fusil tirés contre les Espagnols que le gouvernement de la jeune République songe à organiser de plus en plus
radministration da pays et à rétablir la paix dans toutes les provinces.
A Malolos, le 15 septembre, se réunit pour la première fois le Congrès révolutionnaire : il eut lieu dans un édifice autrefois consacré au culte. La population indigène manifesta un empressement admirable à donner à cette cérémonie un éclat incomparable : de tous les points de Tarcliipel elle accourut en foule et la petite ville de Malolos prit Fair de fête que sait donner, partout où elle se manifeste, la franche gaîté populaire. Les rues sont magnifiquement décorées de drapeaux et de feuillage ; sans cesse elles sont parcourues par des bandes joyeuses, musique en tête, qui chantent des refrains patriotiques et poussent des cris d'allégresse. C'était la résurrection de tout un peuple après plusieurs siècles de servitude, et tous les visages reflétaient rintensité d'un bonheur inouï et d'une confiance complète dans l'avenir.
C'est aux cris de : « Vive notre Président 1 Vive le libérateur des Philippines ! » qu'Âguinaldo, entouré de sa maison militaire, fait son entrée dans la la salle du Congrès, où les quatre-vingt-trois députés, tous notables et riches propriétaires de Luçon, Fattendaient. Dans les places réservées se remarquaient une députation du clergé indigène, les secrétaires du gouvernement, les représentants des journaux la Independancia et la Republica Filipina de la presse locale, les correspondants du TlmeSy
du New-YorU' Herald, de VAssociated Press of the United States, de la Chronicle de San-Fran^ Cisco et de VHarpers WeeMy, de San Francisco également.
Placé sur une estrade décorée à profusion de palmes et de la bannière nationale bleue, blanche, rouge, au centre de laquelle brille une étoile d'or, le président, debout, prononça d'une voix quelque peu émue un message dont nous détachons les passages les plas saillants.
Après avoir affirmé qu'il n'avait accepté la présidence que pour obéir à la volonté de la nation, il ajouta :
« Vos actes et vos décisions, honorables représentants, auront besoin d'être exécutés avec calme, sérénité et votre prudence habituelle ; n'oubliez pas que des miUiers d'hommes du monde civilisé ont les yeux sur vous et que ce que vous allez dire et faire sera sévèrement jugé. Nous respectons toutes les opinions s'il y en a qui nous divisent encore, mais nous les adjurons de se concentrer sur ce but suprême qui nous a coûté déjà tant de larmes et de sang, l'unité du pays. Chaque peuple a son existence individuelle, son caractère spécial, sa civilisation propre, mais chaque peuple doit suivre la marche générale de l'humanité. Si les nations anciennes et modernes se firent de si longues et cruelles guerres, c'est parce qu'elles ne s'élevèrent jamais jusqu'à penser que cette humanité devait
être une. Quant à nous, notre devise sera Fraternité, et c'est dans ce cri que nous saluons les peuples indépendants et libres.
»... Dieu est le maître de nos destinées : c'est lui qui nous mène, et la révolution qui souleva le peuple des Philippines en est l'éclatante preuve. Nous acceptons donc la mission d'organiser politiquement cet archipel. En agissant avec une grande humanité, en nous élevant à la hauteur de la conscience des peuples civilisés, nous obtiendrons certainement l'appui d'une Providence qui vient toujours en aide à ceux qui mettent en elle leurs espérances. Tenons haut et indépendant notre drapeau ; nous lutterons peut-être encore parles armes et la propagande des idées de la liberté, mais surtout par ces dernières, car ce sont elles qui finissent par gouverner le monde, et non les armes. » Que dites-vous de cette dernière phrase ? Estelle d'un sauvage, cette confiance dans la force des idées, dans le triomphe de la raison sur les armes? Qae de prétendus civilisés seraient incapables de tenir ou de comprendre un tel langage !
Au message d'Aguinaldo, c'est le grand poète Paterno, le président du Congrès, qui répondit en ces termes :
« Monsieur le Président de la République,
» La Chambre des représentants se félicite que ce soit vous qui ayez inauguré la première assem-
blée populaire de cet archipel, puisque votre personne symbolise toutes nos victoires et les légitimes espérances de notre patrie.
» En ces moments où Faurore d'une paix ardemment désirée éclaire le pays de ses premières lueurs, Faurore d'une organisation sociale et politique s'impose à nos penseurs, à nos hommes de science, à nos capitalistes, aux artistes, aux glorieux défenseurs de la nation.
» C'est à eux qu'il appartient de donner à notre gouvernement une forme correcte et définitive.
» Il est urgent, honorable Président, que notre constitution, nos codes reçoivent une sanction définitive, qu'ils soient promulgués, mis en pratique, afin que nous entrions dans le concert des nations libres et civilisées. Pour toucher à ce but, l'assemblée emploiera toutes ses forces, car, aussitôt atteint, le pays aura donné une base solide à une indépendance conquise par d'héroïques efforts et consacrée par le sang de nos frères morts en combattant.
» Cette assemblée, fidèle à sa haute mission, s'engage à veiller à la fois sur le maintien du principe indiscutable de son indépendance et sur la prompte promulgation des lois qui assurent la félicité morale et matérielle du peuple. Nous seconderons également le gouvernement dans ses rapports avec les puissances étrangères, soit pour en obtenir des traités, soit pour convier les hommes de bonne
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volonté à venir cultiver des terres d'une fertilité incomparable. Un grand bien-être les y attend et en répondant à notre appel ils nous aideront à inaugurer une ère de fraternité en harmonie avec les multiples nécessités de la vie et les principes du droit international. »
Après un souvenir ému et d'éternelle gratitude donné aux martyrs de la révolution, le président du Congrès terminait son discours par ces mots :
<( Nous prions le ciel, honorable Président, qu'il conserve votre vie qui nous est si chère et que votre gouvernement soit pour les peuples des Philippines une époque de paix glorieuse, de liberté et de prospérité. »
Et pour comprendre davantage encore les pensées qui agitaient les congressistes, pour mieux saisir les sentiments qui animaient le président du Congrès et Aguinaldo, il nous faut lire les commentaires de la presse officieuse du gouvernement philippin :
« Enfin, dit Vlndependeiîcia^ le peuple philippin appartient à la grande famille universelle ; tous les peuples qui en faisaient déjà partie, bien avant lui, se réjouissent delà présence de ce robuste nouveauné qui s'envient à grands pas leur serrer la main.
» Le peuple qui avait dégainé l'épée homicide pour conquérir sa liberté et son indépendance, la remet aujourd'hui dans son fourreau, car il n'est pas assoiffé de sang. Il ne veut pas la guerre, il
veut que la Yie des citoyens pacifiques se conforme à ia raison et au droit.
» Les lauriers de la victoire maintenant l'attristent et tourmentent ses tempes. Ce peuple en est fatigué et aspire à la couronne d'épis, symbole de ia paix. »
Ceux qui tiennent ce langage sont-ils des sauvages comme le prétendaient les civilisés du Yieux et du Nouveau Monde et beaucoup de chefs dE'tat sont-ils capables de tenir, comme Aguinaldo et Paterno,des discours où se révèlent une telle élévation de sentiments et une pareille noblesse d'âme ?
Encore une fois je m'excuse de multiplier les citations, mais je me suis donné la tâche de faire connaître non seulement les grandes lignes des événem.ents, mais encore et surtout Fétat intellectuel et moral des hommes qui furent à la tête du mouvement révolutionnaire. Quel meilleur moyen, pour cela que d'écouter leurs discours et de lire leurs professions de foi?
Nous allons donc trouver dans les journaux philippins les principaux articles du programme que se traçait alors la République naissante.
D'abord, il est visible que la jeunesse révolutionnaire des Philippines s'est inspirée des exemples de notre grande Révolution de 1789 et dans le numéro qui célèbre la proclamation de la République et la conquête de l'Indépendance, on peut lire, en gros caractères, la Déclaration des Droits
de Thomme et du citoyen, sigaée de Sieyès. Les passages qui ont le plus spécialement frappé les rédacteurs y sont soulignés : ils deviendront les articles les plus importants du programme de réformes que le gouvernement philippin se propose de réaliser*
La RepuMica FUipina détermine ainsi ce programme :
D'abord elle explique comment elle conçoit Findépendance qui vient d'être proclamée :
c< Les Philippins, dit-elle, ayant conquis leur indépendance, respectent par cela même l'indépendance des autres peuples. La nation philippine, fière d'avoir conquis ses droits naturels, ne les violera pas chez les autres -.jalouse de son indépendance, elle n'attentera pas à celle de toutes les autres nations. Notre système ne se fonde pas sur la domination, mais sur la fraternité, et sur tout le globe nous ne voyons que des hommes avec des droits égaux. Notre politique s'inspire des droits d'humanité, de droit et de liberté qui amènent la paix, loi primordiale du genre humain. Le gouvernement que nous désirons est le gouvernement du peuplé par lui-même avec le concours de tous les éléments qui existent dans l'archipel sans distinction de races. Pour nous les Américains équivalent aux Européens et aux Asiatiques du moment qu'ils reconnaissent loyalement la nationalité philippine avec la forme républicaine. »
hSO AGUINALDO ET LES PHILIPPINS
Puis notre confrère philippin entrait dans quelques détails de sa conception politique :
a Si la consécration de Tunité et l'existence d'un fort pouvoir central sont des conditions indispensables pour la vie d'un Etat, il n'en est pas moins certain que la décentralisation en favorise la prospérité.
» Nous protestons énergiquement contre toute absorption de la province ou de la commune par i'Etat.
» A quoi servirait à un individu sa vigueur, si on lui ligote les membres lorsqu'il veut s'en servir ? A quoi servirait à une nation d'être forte si elle se trouve sous le joug d'une administration oppressive ?
» Il est bien entendu d'ailleurs que pour espérer de bons fruits de la décentralisation il faut encore l'instruction du peuple, l'exactitude dans l'accomplissement de ses devoirs et la volonté énergique d'exercer et de réclamer ses droits lorsque ceux-ci sont méconnus. L'homme étant naturellement sociable, loin de le contrarier, il faut l'aider dans cette inclination naturelle.
» Il faut donc une liberté absolue de réunion et d'association afia d'aider l'Etat dans l'accomplissement de sa mission, c'est-à-dire dans le développement du droit.
» L'Etat représente la société et a pour mission la réalisation des hautes finalités sociales. A cette œuvre s'associent les citoyens mais la RepuUica
LES DÉBUTS D'UNE RÉPUBLIQUE 18t
Filipina ne peut appuyer ceux qui veulent la contrecarrer sous n'importe quel prétexte.
» L'inamovibilité est la condition indispensable de rindépendance du pouvoir judiciaire. Mais il n*est pas suffisant que le pouvoir soit fort : il faut aussi qu'il soit juste et la responsabilité est la garantie de ce caractère de justice.
» L'arbitraire qui s'abrite derrière le prétexte de la loi est le plus insupportable de tous.
» La liberté du citoyen ne saurait être complète si, autant que sa personne, son domicile, sa propriété, sa correspondance ne sont pas invio« labiés.
^) Nous demandons pour tous la liberté d'écrire, de parler, de penser, sous la responsabilité qui sert de garantie à cette liberté.
» Nous demandons un peuple très libre et un gouvernement très fort.
» Bésumons-nous :
» La décentralisation, la liberté de réunion et d'association, l'inviolabilité du domicile et de la propriété apaiseront les esprits, en ramenant la paix et la tranquillité dans nos provinces et dans nos communes.
» La sévérité implacable de la loi purifiera l'administration : l'inamovibilité et la responsabilité des employés formeront des serviteurs fidèles de l'Etat.
» La liberté de l'enseignement nous permettra de
suivre les courants scientifiques du siècle, de même que la liberté religieuse émancipera les consciences et celle de la presse la pensée humaine. Le peuple philippin pourra ainsi déployer ses ailes et voler Yers des horizons sans bornes. Il pourra aussi occuper la place qui lui revient au milieu des gr-andes puissances par son génie et sa bravoure, par sa prospérité et par sa grandeur. »
Et ce n'étaienfc pas là de vaines paroles. Aguinaldo et les représentants philippins se mirent aussitôt à l'œuvre pour réaliser le programme si éloquemment défini.
Le jeune gouvernement s'efforça de faire rentrer le calme dans les âmes et de convier la population à se livrer de nouveau aux travaux de la paix.
Les propriétaires de rizières, les planteurs, les cultivateurs furent invités à revenir sur leurs terres ; malgré les difficultés de toute nature, la justice fut organisée, ainsi que Tinstruction publique. Des collecteurs d'impôts furent nommés, mais les impôts étaient extrêmement réduits.
Si bien que, dans une brochure de propagande, éditée par le comité philippin de Hong-Kong, les indigènes pouvaient s'écrier avec quelque orgueil :
ce Maintenant, après une telle impulsion donnée au système d^éducation, pourra-t-on prétendre que les Philippins sont des sauvages et des hommes sans instruction ?
» Ne doit-on pas dire au contraire, avec équité.
qu'ils sont capables de s'organiser et de se gouverner eux-mêmes.
» La nation américaine, qui est raisonnable et juste, doit nous rendre maintenant justice. »
Hélas ! non, les Américains ne s'apprêtaient nullement à leur rendre justice : bien au contraire, ils allaient redoubler de zèle dans l'application d'un régime de provocations systématiques qui devaient inévitablement amener un conflit.