‹ Les hommes de révolution Aguinaldo et les PhilippinsChapitre 22 sur 33 · SECRETARIAT DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

SECRETARIAT DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

OC Général,

» En raison de la satisfaction et de la joie que le peuple philippin éprouve aujourd'hui à pouvoir célébrer le troisième anniversaire de la journée glorieuse où, dans la province de Cavité, fut jeté le premier cri de son indépendance, et aussi pour donner satisfaction du désir exprimé par l'armée, le Congrès et le gouvernement, l'honorable Président, don Emilio Aguinaldo, a tenu à bien décréter la mise en liberté des prisonniers de guerre américains.

» En me chargeant de l'exécution du présent décret, le Président me prie de signifier à Votre Excellence que cet acte de libération est aussi un acte de la profonde reconnaissance qu'il doit aux Etats- Unis ; ce sont eux, en effet, qui donnèrent l'ordre au navire de guerre Mac-Kulloc d'aller, en mai 1898, le chercher à Hong-Kong, afin qu'il vînt continuer aux Philippines la révolution qd devait en chasser les Espagnols, et donner aux populations de cet archipel rindépendance et les libertés pour lesquelles ils combattent encore aujourd'hui.

» Je termine, général, en remettant entre vos

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mains les prisonniers, vos compatriotes, et en priant Dieu qu'il maintienne en grandeur et prospérité les Etats du nord américain.

» Le secrétaire du ministre de la guerre, » Ambroise Florès.

» 12 septembre 1899. »

En même temps, Aguinaldo annonçait, par une proclamation, à ses compatriotes cette généreuse résolution.

<( J'ai rendu, disait-il, la liberté à des milliers de prisonniers espagnols, et aujourd'hui je la donne encore aux soldats américains tombés entre mes mains. Je ne puis considérer ces derniers comme des ennemis, sachant qu'il existe aux Etats-Unis un très fort parti, ardent partisan de notre indépendance. Ils diront à leur gouvernement qu'il faut qu'il tienne les engagements pris autrefois vis-àvis de nous. »

Et profitant, lui aussi, de l'anniversaire de la proclamation de l'indépendance, le Président jette au peuple philippin, un cri d'encouragement et d'espoir :

... ce Quoique très faibles, nous eûmes l'audace de braver une nation puissante comme l'est celle des Etats-Unis ; et nous l'avons osé, n'ayant organisé en toute hâte qu'une petite armée. Malgré notre faiblesse, nous persistons à ne vouloir être les

esclaves de personne ni à nous laisser tromper par de fallacieuses paroles. Fortifions donc nos cœurs, puisque nous combattons dans notre propre pays ; continuons à défendre notre mère patrie jusqu'à ce que notre indépendance soit conquise, et ce sera justice. La grande nation américaine reconnaîtra un jour que le droit est de notre côté ; elle ne peut avoir oublié cette doctrine de Monroé : L'Amérique aux Américains ; et nous, nous disons : Les Philippines aux Philippins.

» Sachez que plusieurs grands Etats de l'Union américaine militent en notre faveur ; que le parti démocratique des Etats-Unis déclare que des deux côtés il y a déjà eu un trop grand nombre d'existences sacrifiées. Ce parti accuse aussi Mac-Kinley d'avoir ordonné aux chefs de l'armée qui nous combat d'inventer n'importe quel prétexte pour nous attaquer.

» . • .Nous pourrions accepter — mais avec une arrière-pensée — l'autonomie que les Américains nous oifrent. Qu'en ferions- nous, puisque notre unique ambition est d'être indépendants? Si nous l'acceptions aujourd'hui pour la repousser plus tard par la trahison ou les armes, ce procédé serait indigne de nous. Nous voulons rester loyaux et sincères.

», . . .Persistons donc dans notre désir d'être indépendants, désir légitime, noble aspiration d'un peuple qui, à tout prix, veut garder intact son hon-

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ixeur national, qui le yeut sans tache, pue comme le crijstal. »

Nous verrons encore dans; le chapitre suivant q^ue l'appel enflammé d'Aguia£ddo fut entendu et qu'effectivement, l'honneur national du penple philippin est resté pur comme la cristal.

Hélas 1 il nlen est pas de même de celui des envahisseurs et en quittant ©ette terre de Luçan arrosée par le sang de Rizal et de tant 4!autres martyrs,J[e ne pouvais m'empêcher de me redire avea mélancolie cette parole, de Blanqui, toujours, de plus en plus vraie ;

« Lorsqu'il a organisé la. misère et la mort dans son. propre pays, le capitaliste court aux plages les plus lointaines porter l'ivrognerie, le vol, le brigandage et Tassa^inat. Après la traite des noirs, la traite des jaunes. Il a fait de la race blanche un légitime objet d'exécration pour les quatre cinquièmes de l'espèce humaine ! »

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