‹ Les Hommes du jourChapitre 23 sur 46 · ZO · texte numérisé non relu

ZO

sition a Toronto est mieux connu. "Je suis un fils d'Ontario: je suis un Canadien," voilà comment il résume son credo politique. Il croit fermement à la nécessité de réformes dans la voie du prog^rés matériel et intellectuel.. Il poursuit une politique nationale tendant k faire du Canada une nation parfaitement unie, et, pour cela, il est partisan d'un pouvoir central, plutôt que de la division de l'administration qui, croit-il, ne peut manquer d'amener des faiblesses dans la direction des affaires du pays.

Le fait est que M. Meredith a souvent été accusé de radicalisme dans renonciation de ses idées politiques. De vieux conservateurs n'aiment pas et n'accepteront jamais ses principes sur le suffrag"e universel, et regrettent profondément le succès des efforts de leur chef qui a forcé le g-ouvernement Mowat à donner à Ontario son système électoral actuel. D'autres appréhendent la possibilité de l'application des notions américaines sur la position des employés publics, notions que M. Meredith partage et qui lui ont valu déjà les applaudissements de l'extrême droite et, à la fois, une certaine froideur parmi nombre de ses partisans. Naturellement, nous parlons là de choses qui datent parfois de longtemps, et il ne faut pas oublier que l'histoire politique d'aucun homme d'Etat n'est exempte de certaines contradictions avec les idées du parti auquel il a appartenu.

La carrière politique de M. Meredith date de 1872, lors de son élection à la législature pour remplacer M. John Carling, qui entrait alors dans la sphère fédérale. Le charme de ses manières et son éloquence, ajoutés à l'intérêt considérable qu'il prit, dès le début, dans les questions ouvrières, lui \alurent immédiatement une large place dans les sympathies du public. Les actes concernant les gages des ouvriers et les accidents dans les fabriques, et d'autres mesures semblables, passées vers ce temps-là, sont, en partie, dûs à ses travaux législatifs.

Ce ne fut donc une surprise pour personne de voir M. Meredith choisi comme chef de l'opposition, en 1878. C'était un événement attendu, et nul n'était mieux qualifié pour succéder dignement au vétéran politique Mathew Crooks Cameron, appelé à la magistrature. Le jeune chef se jeta de suite dans la mêlée avec une vigueur et une habileté remarquables ; mais sa tâche lui fut rendue excessivement difficile par la question des frontières d'Ontario, qui sur\int dans le cours de l'année siiixan'.e. Il se trou\ait placé dans cette mallieureuse

3o8 I.KS HO.MMhS DV JOUR

position davoir h appuyer le <^ouvernement fédéral a l'encontre des prétentions de la province dont il aspirait a devenir le premier ministre. Cette situation fut exploitée contre Iji par ses adversaires avec une mauvaise foi dont il eut beaucoup à souffrir, malgré l'injustice de cette accusation. M. Meredith était d'opinion qu'après le refus par le Dominion d'accepter la décision dos arbitres, l'unique chose à faire était de référer toute la question au comité judiciaire du conseil privé. Après bien des discussions, on se décida enfin h accepter ses vues, et la province dOntario obtint, par la confirmation du jugement des arbitres, tout le territoire qu'elle réclamait ; et cela, malgré le gouvernement fédéral, que l'on disait appu}'é par le chef de l'opposition provinciale. Ainsi M. Meredith amena pratiquement, par le triomphe de ses vues, un résultat que le premier ministre d Ontario réclame pour lui-même. Pourtant M. Mowat avait combattu pendant des années l'idée, énoncée par M. Meredith, de référer la décision des arbitres au conseil privé.

Plus tard, survint l'agitation de 1S02 pour le désaveu de cette loi, et, encore là, il parut se trouver en désaccord avec le sentiment populaire. Mais il ne faut pas oublier que M. Meredith est un partisan de l'union législative et ne croit pas à l'épatpillement des pouvoirs ni h une autonomie cjui enlève au Dominion dos forces qu'elle ajoute aux provinces.

Dans les élections de 1883, le parti Meredith fut défait par une petite majorité, et les efforts du chef de l'opposition, à la suite de ces élections, n'eurent guère de succès, lin 18S6, M. Mowat fut soutenu par une majorité plus considérable, et ce fut encore la même chose en 1893. Cette dernière élection g'énérale fut, cependant, remarquable par son importance. M. Meredith sema dans les rangs de son parti une ardeur nouvelle en se jetant dans la lutte avec impétuosité et en définissant son programme dans ses deux superbes discours du début, h London et h Toronto. Il parcourut la province ; mais, à l'exception du concours apporté par deux ou trois t'.e ses lieutenants, il ne reçut pas l'appui qu'il avait droit d'attendre. Le peuple n'était pas encore assez instruit dans le sens d'une politique large et élevée ; 'a province était au pouvoir d'un parti qui contrôlait toutes les influences et qui se faisait, avec la l.)i des licences, avec les nominations d'employés publics, des moyens de succès auprès du peuple. D'autre part, des accusations de bigoterie et de fanatisme étaient lancées contre le

WM. KALPH MEREDITH 309

chef conservateur. Les discussions, dans la presse, enire 1 arclievêquc Cleary et M. Meredith, palpitantes d'intérêt pour le public, brillantes de tout l'éclat du talent et de la position élevée des deux adversaires, furent lari^ement exploitées, au bénéfice de M. Mowat, auprès des catholiques.

Pour bien faire comprendre les vues du chef conservateur sur la question des écoles, donnons ici un court extrait, qui les résume parfaitement : " Dans cette province, la minorité catholique a été traitée, non-seulement avec justice, mais avec générosité. Et si, dans certains quartiers, des préjugés existent contre les catholiques, ces préjugés ont été provoqués uniquement par la politique suivie par l'Eglise romaine, qui empêche la jeunesse du pays de recevoir une instruction commune, et dont I3 système d'éducation tend à éloigner une section du peuple du reste de la nation, à cause de croyances différentes. Le présent état de choses a été amené par les déclarations intempestives ou violentes de citoyens qui, de côté et d'autre, oublient ce que la liberté civile et religieuse implique." Ce^ paroles, aussi claires qu'énergiques, jointes à la position hostile et aux efforts de l'archevêque Cleary, enlevèrent à M. Meredith des milliers de votes catholiques.

Plusieurs discours remarquables furent prononcés par le chef de l'opposition à cette époque, entre autres un discours dans l'assemblée législative au sujet de la loi concernant les écoles séparées et de son application. Les murs des vieux édifices parlementaires résonnèrent au f.on de sa voix dans sa dénonciation du favoritisme qu'il accusait le gouvernement Mowat d'avoir exercé envers l'université catholique provinciale et de son injustice à l'égard de la majorité protestante. La soumission aveugle à cet élément qui tient la balance du pouvoir fut la base de cette dénonciation. " Tout contribuable," déclara M. Meredith, " doit, de prime abord et avant tout, assumer sa part dans le soutien des écoles publiques. Les écoles soutenues par l'argent du public doivent être sous le contrôle et soumises à l'inspcclion de l'iùat. J'affirme que les commissaires des écoles séparées sont pratiquement sous la direction de leurs autorités ecclésiastiques : l'Eglise d'abord, l'Etat ensuite. Les li\res d'école ne sont pas à la hauteur de ce qu'ils devraient être. De plus, ces livres n'enseignent pas le patriotisme et sont étroitement bornes aux idées d'une secte." Puis le chef de l'opposition dénonça les modifications apportées ;'i diverses époques

-lo i.KS )io.\i.Mi;s m' jchk

dans la loi des écoles séparées d'Ontario, et prétendit que ces modifications avaient été inspirées par le désir de g'ag'ner et de garder pour l'administration Mowat l'appui de la hiérarchie et de l'Eglise catholique. " lustice éi^alc pour tous, liberté partout, ni intolérance d'un côté, ni l'axoritisme de l'autre, voilà," termina-t-il, "la politique que mes amis et moi voulons faire triompher."'

Un peu plus tard, aux grandes assemblées tenues a London et à Toronto sous les auspices de divers clubs de jeunes conservateurs, il développa encore ces vues et définit sa politique générale. Le gouvernement Mow at fut vigoureusement blâmé pour a\ oir diminué la réserve laissée au trésor par le cabinet de John Sanfield Macdc^nald, - pour la rapidité avec laquelle on avait disposé de cet actif considérable, en même temps que des richesses forestières, au bénéfice de spéculateurs, au lieu de les utiliser dans l'intérêt du public. M. Meredith dénonça aussi la politique du gouvernement, qui s'était créé un patronage nouveau en s'attribuant les nominations des greffiers des cours de division, des huissiers, des commissaires pour octrois de licences de mariage, des inspecteurs et d'autres employés auparavant nommés par les corporations municipales. Il appuya surtout sur le fait que les intérêts de l'éducation avaient été enlevés des mains d'un surintendant impartial et indépendant pour être mis sous le contrôle d'un politicien et d'un ministère politique. Les manipulations des octrois de licences, dans le but d'obtenir des fonds et des influences pour les élections des candidats libéraux, n'échappèrent pas non plus à sa critique vigoureuse.

Parmi les sujets les plus importants traités alors par le chef de l'opposition, se trouva celui des écoles françaises et de l'enseignement du français dans les comtés d'Ontario-Est, question soulevée à la suite des protestations de ^L Dixon Craig, député provincial, et autres, au sujet de l'extension de la langue et des habitudes françaises et de la doctrine et des pratiques catholiques enseignées dans les écoles. A la suite de la position prise par les conservateurs d'Ontario dans la chambre d'assemblée, une commission, chargée de s'enquérir des faits et de faire rapport, avait été nommée. Plusieurs des faits allégués avaient été reconnus de\ant cette commission, et M. Meredith ne manqua pas d'infliger à l'honorable G, "W. Ross, ministre de l'instruction publique, une semonce que ce dernier n'oubliera jamais. La position prise par le chef de l'opposition était aussi claire qu'éner-

Page 1