‹ Les Hommes du jourChapitre 26 sur 46 · I.ES HOMMIiS Df UHK · texte numérisé non relu

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de cette ville, ot président, pendant plusieurs années, de la " Société historique du Xou\ eau-Brunswick."'- M. Lawrence est mort en novembre, 1892, à un âge avancé et entouré du respect de tous ceux qui l'avaient connu. Il fut à Saint-Jean ce que le Dr. Henr\ Scadding^ est à Toronto, ce que M. J. M. Lemoine est à Québec. M. Smith m'a dit, un jour, qu'il arrivait assez souvent aux jeunes Tilley et Lawrence de continuer, après le travail de la journée, dans la pharmacie, la discussion des sujets traites au club. Jusqu'à ces derniers temps, les membres survivants du club avaient l'habitude de se rencontrer une fois par année, à dîner, à la résidence du lieutenantg'ouverneur à Saint-Jean, où l'on évoquait avec plaisir le souvenir des anciennes discussions et des réunions d'autrefois.

Dès ses débuts, le jeune Tilley s'identifia avec la question des réformes de teni;,érance. Non-seulement il joig'nit la société, mais il se fit le défenseur intrépide des principes qui avaient provoqué son org^anisation. Et il n'a pas changé depuis : il a été toute sa vie ce que les Anglais appellent un ice-totaller. Il n'ajamais manqué l'occasion de prêcher l'abstinence totale, et il a donné l'exemple en s'abstenant lui-même de toute boisson enivrante. Pour reconnaître les services importants qu'il a rendus à leur cause, la division nationale des lits de tempérance d' Ame ni] ue \c nomma, en 1S54, au plus haut poste de cet ordre, celui de Most Wortliy Pafrinrch. poste qu'il occupa avec distinction pendant deux ans.

Après avoir complété ses études comme pharmacien, il entra en affaires, pour son compte personnel, avec feu Thomas William Peters, connu plus tard comme le colonel Peters et descendant, comme lui, d'une famille loyaliste. Leur société dura plusieurs années, et, après la retraite du colonel Peters, S. L. Tilley continua les aflFaires seul jusqu'à l'époque de la confédération, cédant alors ses intérêts à son beau-frère, M. T. B. Rarker, qui est encore maintenant à la tête de cette maison.

Le nom de M. Tilley, en rapport avec la politique du Xou\-eau- Brunswick, apparaît en 1849, alors qu'il se rangea du côté des protectionnistes de l'époque et qu'il travailla à élire un candidat pour la législature. Le nouveau tarif proposé parle gouvernement était trop élevé, et les principaux marchands et les consommateurs exprimèrent leur dissatisfaction d'une manière si emphatique que cette mesure inopportune fut retirée. Alors, la taxe, même la plus légère, était

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considérée comme une atrocité. Il ne sera peut-être pas sans intérêt de dire que la loi proposée ne devait constituer qu'un droit uniforme de dix pour cent sur toutes les marchandises, avec un léger droit additionnel sur les spiritueux, le tabac, le sucre, les mélasses, etc.. Le peuple, cependant, n'en voulait pas entendre parler.

Vers la fin de 1854, M. Tilley prit une part très active dans l'organisation de la ligue des chemins de fer du Nouveau-Brunswick, qui avait pour but la construction d'une voie ferrée de Saint-Jean à Shédiac. La ligue réussit à se gagner des influences considérables. Sa création avait été provoquée par une assemblée d'indignation des citoyens, en protestation de la conduite de la législature, qui avait renvoyé les différents projets soumis pour la construction de divers chemins de fer. Une pétition avait été adressée au lieutenantgouverneur, sir Edmund Walker Head, lui demandant de dissoudre le parlement et d'en appeler au peuple M. Tilley était un des membres les plus ardents de la ligue et, aux élections générales de juin, 1850, il fut choisi comme candidat à la législature par un puissant parti politique dans les intérêts réformistes. Il se présenta dans la ville de Saint-Jean et fut élu par une belle majorité. Le vieux parti coalitionniste était brisé et tombé en disgrâce, et les réformistes regardaient l'avenir avec confiance. Toutefois, en 1851, les libéraux furent très embarrassés par suite de la défection de deux des principaux membres du parti : l'honorable John Hamilton Gray, plus tard juge de la cour suprême de la Colombie Anglaise et l'auteur d'une Histoire de la Confédéraiioii , dont un volume seulement a paru, mais d'une grande valeur, et Robert Duncan Wilmot, plus tard orateur du sénat, à Ottawa, puis lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick. Tous deux sont morts, mais, à cette époque, ils exerçaient une grande influence dans la politique provinciale. Ils entrèrent dans le nouveau gouvernement le jour même où leur abandon fut communiqué à leurs anciens amis et alliés, MM. Tilley, Ritchie, (plus tard sir William Johnston Ritchie, juge en chef de la cour suprême du Canada), et Charles Simonds, qui en furent justement indignés. Tout le parti libéral fut peiné et surpris de la conduite de M^L Cîra\ et Wilmot. Le fait que tous deux étaient des hommes d'une grande habileté rendait leur perte d'autant plus sensible. Une assemblée fut immédiatement convoquée, c'était en août. 1851, — et MM. Tillev, Simonds, Ritchie et William IL Xeedham décidèrent de

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publier, sous leur siyfiiature, une leure définissant clairement la situation. Cette lettre demandait aux électeurs d'exprimer carrément leur opinion sur MM. Wilmot et Gray, et déclarait que, si les déserteurs étaient soutenus par le peuple, les quatre signataires abandonneraient leurs sièges dans la législature. La position était définie dune manière non équivoque ; mais le peuple capricieux, qui avait choisi, à l'élection précédente, ces deux hommes opposés au gouvernement, les réélut dune manière triomphante comme partisans de l'administration, malgré l'inconséquence de son vote.

George E. Ferrety, dans son livre : A'^ofes et obsenuifious politiques, dit qu'aucun comté du Xouveau-Brunswick n'a jamais été aussi incertain que le comté de Saint-Jean, qui est connu pour avoir élu des hommes politiques un jour, et les avoir rejetés à la prochaine occasion sans qu'aucun changement de principes ou aucune raison justifiât une telle versatilité. MM. Simonds, Tilley et Ritchie, en hommes d'honneur, remirent leur mandat ; mais M. Needham refusa de tenir sa parole en disant que son siège lui avait coûté assez cher pour qu'il le gardât. M. Tilley rentra dans la vie privée ; mais un tel homme ne pouvait y rester longtemps. Xé avec toutes les dispositions d'un véritable politicien, passionné pour la lutte, il ne pouvait abandonner ainsi une carrière dans laquelle il s'était jeté avec tant d'ardeur et de zèle. D'ailleurs, ses amis n'auraient pas permis qu'une voix aussi éloquente que la sienne demeurât silencieuse, qu'une nature si énergique restât inactive. En 1854, il reparut dans l'arène, plus déterminé que jamais à combattre avec succès dans le champ qu'il s'était donné. Il se présenta dans son ancien comté en novembre, et fut élu par une majorité considérable. Le gouvernement libéral lui offrit un portefeuille, qu il accepta, et, depuis ce jour, ses succès politiques forment une chaîne non interrompue jusqu'à l'heure présente. A deux reprises seulement, il fut défait dans son comté.

La première fois, ce fut en juin, 1856, lorsque le cabinet provincial plaça la lutte sur la question de tempérance. L'n acte avait été passé durant la session précédente ; mais le peuple s'était montré si ouvertement hostile à cette mesure que, sur des représentations pressantes, le lieutenant-gouverneur en avait conféré avec ses aviseurs et leur avait suggéré l'opportunité d'une dissolution des chambres. On sait ce qu'une telle suggestion veut dire avec nos

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usag'es parlementaires : le cabinet résig-na et un appel au peuple eut pour résultat une déroute complète pour le g-ouvernement. La nouvelle administration rencontra une chambre déterminée à abroger l'acte de tempérance, ce qui fut fait pendant la session. Sur îes autres questions, le g-ouvernement fut, toutefois, d'une faiblesse telle que, l'année suivante, l'assemblée lég^islative fut de nouveau dissoute, et M. Tilley et ses confrères furent ramenés \ ictorieusement au pouvoir. M. Tilley se trouvait de nouveau en possession de son portefeuille de secrétaire provincial, qui comprenait les fonctions de trésorier provincial. Bientôt après, il devenait le chef du cabinet.

Dans son témoignage devant la commission royale de tempérance, présidée par sir Joseph Hickson, en 1892, sir Léonard Tilley fait l'historique de la fameuse campagne prohibitionniste de 1855-56. L'opinion n'était pas encore mûre alors pour un acte de tempérance tel que celui qu'avait passé la législature du Xouveau-Brunswick. Ses promoteurs avaient présumé, d'après le nombre de pétitions reçues de toutes parts, que la majorité de la population était en faveur de cet acte ; mais les élections prouvèrent le contraire. L'époque non plus n'était pas favorable à une élection générale, et sir Léonard croit que le résultat eût pu être différent, si l'élection avait eu lieu un peu plus tard. Il explique aussi, dans son témoignage, la conduite du lieutenant-gouverneur et la politique suivie par ses avlseurs pendant toute l'agitation.

Parlant d'aujourd'hui, sir Léonard se prononce fortement en faveur de la prohibition, du moment que le sentiment public \oudra l'accepter ; mais il craint que le temps ne soit pas. encore opportun pour cette rr.esure : son adoption ne devrait a\oir lieu que le jour où toutes les provinces lui seront unanimement favorables.

En 1854 et 1856, dej.ix nouvelles expressions politiques furent créées, qui s'identifièrent, jusqu'à l'époque de la confédération, avec chacun des partis politiques du Xouveau-Brunswick. En iSbj, ces deux expressions disparurent, n'ayant plus leur raison d'être. Elles sont pourtant encore familières à ceux qui ont vécu à cette époque : Sinusher et Subtail éVcùent. synonymes de libéral et tory. Le mot gn'/ n'était pas alors connu en dehors d'Ontario. Vn journaliste de marque prédit alors que les deux nouvelles expressions deviendraient historiques et que les partis provinciaux seraient désormais désignés par elles. C'est en 1854 que le mot Snuishcr fit son apparition : un

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députe disliiii^uc avait déclaré de son sièg^e que le motto du parti libéral devrait être : ".l/(x vdinquciirs. les dcpouilles." Cette déclaration avait soulevé de vives protestations, et i>x\ appela les libéraux un parti de Snius/n-rs, parce qu'ils paraissaient prêts à briser les traditions et les usag^es reconnus pour se maintenir au pouvoir. Aux élections générales de 1856, l'opposition lut accusée de vouloir influencer les votes par une distribution de farine d'une qualité intérieure, connue sous le nom de siibtail. Les libéraux ne perdirent pas cette bonne occasion de baptiser les conservateurs, qu'ils appelèrent un parti de Subtails. Cette petite digression ne sera peut-être pas sans intérêt pour ceux qui ont suivi la politique de l'époque, au Xouveau- Brunswick.

De juin, 1857, à mars, 1865, M. Tillev fut premier ministre. En septembre, 1864, il se rendit à Charlottetown, I.-P.-E.. comme délégué ri la conférence tenue en vue d'une union législative pour les trois provinces maritimes. La convention s'ouvrit le 8 du mois, sous la présidence de l'honorable Hamilton Gray, alors premier ministre de rile-du-Prince-Fldouard. Les divers partis politiques étaient bien représentés. Les instructions des divers gouvernements, approuvées par les lieutenants-gouverneurs, étaient claires et d'un esprit très large. La conférence eut lieu à huit-clos, dans la salle de l'assemblée législative, le désir de tous étant " d'éviter toute pression qui aurait pu être faite sur les délégués de l'île par leurs constituants ; de garder une liberté de discussion absolue et de pouvoir étudier intelligemment tous les aspects des très importantes questions soumises à la considération des délégués." Comme on ne parlait pas pour la galerie, les discours furent précis et pratiques. 11 faut se rappeler que ces délégués ne constituaient pas un corps législatif, mais seulement un comité d'hommes publics, chargés d'étudier, en vue d'une entente générale, vme proposition qui pourrait être adoptée par les chambres des diverses provinces.

Plusieurs membres du gouvernement du Canada se trouvaient alors W visiter les provmces maritimes et demandèrent à être admis k la conférence. Ils y furent invités et plaidèrent avec tant de conviction l'opportunité d'une union plus considérable, que le projet de réunir ensemble les provinces maritimes seulement fut abandonné. Ow décida en même temps de tenir une autre conférence A Québec, povir discuter l'union des cinq provinces. Le 10 octobre, 186:;, les

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