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délégués se rassemblèrent dans l'ancienne capitale et conférèrent à huit-clos jusqu'au 27 du mois, alors que des résolutions définitives furent adoptées. Il avait été décidé de soumettre ces résolutions, sans en rien chang^er, à chacune des assemblées légfislatives pro\ inciales et de garder un secret absolu sur les délibérations jusqu'à la convocation des chambres. La curiosité publique était éveillée et fut bientôt satisfaite. Un journal de l'Ile-du-Prince-Edouard s'était procuré subrepticement une copie des fameuses résolutions et les publia /// extenso. De ce jour commença une ag-itation sans bornes. Dans bien des quartiers, les craintes allaient jusqu'à la consternation. Le pays fut couvert de pamphlets ; les journaux ne suffisaient pas à discuter la question, et les journalistes s'épuisaient à trouver des arg-uments nouveaux contre les résolutions ou pour les appuyer. Les factions rivales oublièrent pour un moment qu'elles étaient libérales ou conservatrices, Subtaih ou Smashers, et se trouvèrent réunies sous deux bannières nouvelles, pour ou contre la confédération. Les vieux libéraux favorisaient en partie l'union, pendant que les conservateurs la combattaient. Une société nouvelle fut formée, sous le nom de V Association a)iglo-américaine, et compta parmi ses membres les politiciens et les journalistes les plus éminents qui favorisaient l'union. Des brochures furent publiées par cette société et répandues en très g;rand nombre. D'un autre côté. Le Patriote était rédigé avec une grande habileté et soutenu par une bonne partie de la presse.
Ce fut une lutte passionnée. En mars, les élections g"énérales eurent lieu, et M. Tilley, malg'ré toute sa popularité et son prestige, fut écrasé dans son château-fort, pendant que son parti était luimême dérouté. Pas un seul des délég-ués à la conférence de Ouébec ne fut réélu. La province fut unanime et emphatique dans sa protestation contre le parti confédéré. On avait dit partout que la conséquence inévitable d'une confédération serait l'annexion aux Etats-Unis, et ce cri avait eu pour résultat de soule\or ciMitro le projet les puissants et nombreux descendants des \ ieux loyalistes.
Malgré sa défaite, M. Tille}- ne perdit jamais un instant foi dans le succès final du grand projet. Il sentait qu'il suffirait de le faire comprendre au peuple pour le faire accepter. "L'association angloaméricaine," encouragée par des libéraux ardents, continua sa propagande et l'on ne perdit pas vmo iK-casion de discuter plus larg^ement
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1<H chose t'ii public. Le nouveau i^ouvernement, arri\ c au pouvoir avec la détermination de détruire l'idée fédérati\e, axait k sa léte Albert J . Smith et George L. Hathewa\ . Leur majorité était considérable dans l'assemblée, mais c'était le ceintraire dans le conseil Ié:pslatif. Ce corps, conduit par Peter Mitchell, présenta une adresse au lieutenant-gouverneur, en faveur de la confédération.
M. Mitchell était, à cette époque, un politicien ardent, impétueux. Persévérant autant qu'énerg-ique, il réussissait généralement à faire triompher les causes dont il se faisait l'apôtre. On lui a\ ait donné le surnom de " Bismarck Mitchell," qui lui resta longtemps après. Appuyé fortement dans le conseil législatif, il était vivement encouragé par M. Tilley, que les conservateurs appelaient par dérision le " 42ème membre," (l'assemblée comprenait 41 représentants). Ce fut M. Mitchell qui rédigea la mémorable adresse au lieuLenantgouverneur, qui provoqua une crise parlementaire. Co fut alors que le gouvernement impérial fit connaître son approbation du projet de confédération. Cet encouragement ne fut pas sans effet et contribua largement au travail préparatoire c]ui se faisait de tous côtés.
Sur ces entrefaites, se produisit l'agitation fénienne. C'était dans l'été de 1866. L'impression produite dans toutes les provinces anglaises de l'Amérique du Nord fut immense. ^L (îray décrivit l'attentat comme " une des \ iolations les plus outrageantes et les plus injustifiables des lois internationales dont la ci\ilisation moderne ait été témoin." Et il ajoute : " Bien que cet attentat n'ait pas été une des causes qui amenèrent la confédération, il v contribua cependant, en faisant comprendre la nécessité de l'organisatiof» militaire qui résulterait d'une union des provinces, organisation qui fut une des premières mesures adoptées après 1867. Il donna, en outre, l'exemple de l'enthousiasme avec lequel la jeunesse du pays était prête à courir aux armes au premier appel du devoir, et il intensifia les sentiments de patriotisme qui existaient chez le peuple du Canada."
D'autres écrivains vont plus loin que Gray et déclarent que l'agitation fénienne contribua plus a accomplir définitivement la confédération que les hommes d'Etat de chaque province n étaient prêts à l'admettre. Ce mouvement était, répétons-le, toul-à-fait injustifiable; mais ce fut un de ces épisodes qui pro\oquent des résultats inattendus, résultats que leurs promoteurs n'auraient jamais rè\és. Dans une
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nuit, les opinions politiques de milliers de personnes changèrent dt; tout au tout.
Le g'ouvernement pro\"incial qui, le premier, en sentit les effets lut celui du Nouveau-Brunswick. Il comprit la portée du chang-ement et résig-na presque immédiatement. Le lieutenant-g"Ouverneur charg-ea M. Tilley de former la nouvelle administration ; une élection générale eut lieu, et les anti-confédérés se \ irent réduits à un nombre infime. On peut dire, sans crainte de contradiction, que le Xouveau-Brunswick entra dans l'union avec l'assentiment unanime de ses populations. Des délég"ués d'Ontario, de Québec, de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick furent envoyés en Ang^leterre pour compléter les termes de l'union, -TIle-du-Prince-Edouard refusant de joindre l'union à cette époque.
A la conférence de Londres, M. Tilley représenta brillamment sa province et, pour reconnaître ses services, la reine lui conféra la distinction civile de chevalier du Bain.
Aux élections g-énérales de 1867, M. Léonard Tilley posa sa candidature à Saint-Jean pour la chambre des communes, fut élu et devint ministre des douanes dans le premier cabinet de la confédération. De novembre, 1868, à avril, 1869, il agit, en outre, comme ministre suppléant des travaux publics, et, le 23 février, 1873, il devint ministre des finances, poste qu'il occupa jusqu'à la chute du gouvernement Macdonald-Cartier, amenée par l'afiaire du Pacifique, le 5 novembre de la même année. Avant de résigner, sir John Macdonald nomma M. Léonard Tilley lieutenant-gouverneur du Nouveau- Brunswick, pour succéder ;i l'honorable Samuel Allan Wilmot, D.C.L., le juriste éminent dont l'éloquence est restée proverbiale et qui fut le premier gouverneur du Nouveau-Brunswick natif de cette province.
A l'expiration de son terme d'office, en 1878, sir Léonard aurait pu obtenir un second terme; mais, à la sollicitation de sir John A. Macdonald et de ses collègues et sur la pressante invitation do ses amis politiques, il se décida à rentrer dans la vie acti\ e.
La campagne de septembre, 1878, est restée célèbre h cause des eflForts désespérés que les deux partis firent pour triompher, et résulta dans la déroute absolue du parti libéral. Le Nouveau-Brunswick donna, dans plusieurs comtés, un \ote adverse, et ^L Tilley lui-même n'échappa à la défaite que par la faible majorité de neuf voix sur s^ .i concurrent, M. T. Boies Deveber, qui axait représenté la \ille de
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Saint-Jean dans le dernier parlement. La faiblesse du vote donné en sa faveur était due au fait qu'il avait cpousé la cause de la protection, naturellemeiit très impopulaire dans un district imbu des principes du libre-échang'e et strictement opposé a une auijmentation de droits douaniers.
Au mois d'octobre, M. Tilley accepta le portefeuille de ministre des finances et fut réélu par acclamation. Le 13 février suivant, 1879, pendant la première session du quatrième parlement du Dominion, il lormula, dans un discours de maître, la noinelle politique du gouvernement. Il fut clair, convaincant, et, malgré une forte opposition, il fit adopter la mesure qui est restée depuis la base de toute la politieiue fédérale.
Le 24 mai, 1879, M. Tilley fut créé chevalier-commandeur d^ l'ordre de Saint-Michel-et-Saint-Georges, sur la recommandation du marquis de Lorne, alors gouverneur-général du Canada ; et son investiture eut lieu à l'hôtel Windsor, à Montréal, simultanément avec celles du Dr. Tupper, du sénateur Alexander Campbell, de M. Richard John Cartwright, de M, William Peace Howland, et de sir Narcisse Belleau, qui avait été créé chevalier en 1860 par le prince de Galles, lors de sa visite au Canada. Sir Léonard Tilley possède, en outre, un titre de préséance de la reine en sa qualité d'ex-conseiller privé du Nouv^eau-Brunswick.
L'état de sa santé força le ministre des finances à se retirer, en octobre, 1885, et il accepta, pour un second terme, la position de lieutenant-gouverneur de sa province native, position qu'il occupe encore aujourd'hui. Sa nomination fut accueillie avec enthousiasme par les deux partis politiques, et la réception qu'on lui donna fut aussi cordiale que spontanée. 11 fut assermenté le 13 novembre, dans le palais législatif de Fredericton, par le juge en chef, l'honorable John C. Allen. En décembre de la même année, le club libéral-conservateur de Saint-Jean, N.-B., reçut de M. Rogerson un superbe buste du lieutenant-gouverneur, et la présentation en fut faite avec beaucoup d'éclat. M. Charles A. K\erett, alors député de Saint-Jean et l'un des plus anciens amis de sir Léonard, y prononça un discours remarquable, dans lequel il traça L's grandes lignes de la carrière de l'homme d'Etat distingué qui était l'objet de cette démonstratio'
l'n dernier événement nous reste k relater pour compléter cette esquisse biographique de sir Léonard. En mars, 1892, le cabinet
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Blair fut accusé par le chef de l'opposition de dix-huit actes de corruption ; mais, en faisant ces accusations et demandant simultanément la nomination d'une commission royale pour s'en enquérir, le Dr. Stockton et ses confrères s'adressèrent directement et personnellement au lieutenant-gouverneur, refusant par là d'en appeler à la législature, qui était alors en session. Son Honneur déclina la responsabilité d'accepter vme telle suggestion et répondit par une lettre cjui restera comme l'un des documents les plus importants dans l'histoire parlementaire de ce pays.
Sir Léonard est un orateur agréable, éloquent au besoin, toujours prêt à la réplique et aimant d'autant plus passionnément à être interrompu qu'il est toujours sûr de son sujet. Il possède à un haut degré la science des chiffres. Son tact remarquable, son habileté administrative, son caractère sans tache, et ses qualités sociales n'ont jamais été contestés. Il a toujours, en tout et partout, su commander un respect absolu. Il a été conséquent avec lui-même depuis son début dans la carrière et, même depuis sa nomination comme lieutenantgouverneur, il a toujours refusé de permettre chez lui l'usage des vins et des boissons. Travailleur infatigable, persévérant jusqu'à l'héro'isme, il s'est ouvert lui-même, sans compter sur personne, le chemin aux diverses positions de confiance et d'honneur qu'il a occupées, et il restera comme un exemple de ce que le talent, l'honorabilité et Ij sentiment du devoir peuvent permettre d'ambitionner dans un pa}s comme le nôtre.
Ajoutons, pour terminer, que sir Léonard s'est marié deux fois : la première, à Julia Ann, fille de M. James T. Hanford, de Saint-Jean, et la seconde, en 1S67, à Alice, fille aînée de M. Z. C'hipman. de Saint-Stephens, X.-H .
t.LORGL STLWART, LL.I)., D.C.L.. Québec, le 10 novembre, 1892.
(Traduction de Louis-H. Taché.)
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