‹ Les Hommes et Les IdeesChapitre 20 sur 23 · L'ABBÉ CONSTANTIN^ PAR M. LUDOVIC HALÉVY · texte numérisé non relu

L'ABBÉ CONSTANTIN^ PAR M. LUDOVIC HALÉVY

Au temps de ses grands succès au Ihéâtre, nous n'étions pas des amis littéraires de M. Ludovic Halévy. Notre religion pour la Grèce s'offensait de la fa(;on cavalière dont il traitait les dieux de Phidias et les héros d'Homère. Les pantalonnades du Jupiter des BoufFes-l'arisiens jious irritaient, et les coq-à-l'àni^ de l'Agameumon des A ariétés nous paraissaient ixhi divertissants. Nous reconnaissions, d'ailleurs. q\u' sur d'autres scènes, M. Ludovic Halévy obtenail par les qualités d'um^ observation très juste et très j)énétrante des succès plus mérités. Heureusement [K)ur lui-même et pour le public, ce néo-créateur ih r01ym})e traviîsti a vite renoncé à Thnitation sté'rile de Scarron. Orphée aux Enfers et la Belle Hélène sont allés rejoindre la descente de la Courtille,

h\ coiir^o du bœuf gras et les neiges d'antan. Depuis 1870, M. Ludovic Halévy a abandonné ce genre de liUérature, et, quand on lit les pages si émues qu'il a écrites sui* Tinvasion, on serait tenté de croire, ([ue l'affreuse guerre de la défaite a été pour lui une autre vision de Damas. En effet, n'était-ce pas fini de rire?

(^est donc depuis longtemps déjà que M. Halévy a jeté 1(^. masque funambulesque, et qu'il s'est montré sous sa véritable physionomie, comme un lettré délicat, un observateur spirituel et incisif, doué au suprême de{»ré du sens de la modernité, un écrivain dont le style concis a beaucoup de nerf et de piguant. Dans l'Invasion, les misères, les épouvantes, les traits héroïques, les vains sacrificesde laguerrede France, et aussi, hélas I ses ridicules, peut-être plus tragiques encore, sont rendus d'une façon saisissante en leur navrantiî réalité, tantôt avec la fine pointe d'un Callot, tantôt avec le crayon vengeur d'un Goya. Faut-il reparler <lo Monsieur et madame Cardinal? Qui n'a goûté la sav(>ur concentrée de cet exquis petit livre? C'est un chef-d'œuvre d'observation et d'ironie : l'observation de Henry Monnier, avec plus de finesse et de goût; l'ironie de Gavarni, — avec plus de profondeur, dirions-nous, si l'on pouvait être plus profond que ne l'a été Gavarni sous son apparente légèreté. Mon^ sieur Cardinal est un type qui restera comme Joseph

Prud'homme; madame Cardinal, autre type non moins bien formulé et non moins viable, personnifie 3n une seule figure pleine de rdief toutes les mères i'actrices et de courtisanes. On a dit que, pour faire un bon préfet de police, il faut être honune d'esprit :^t Parisien. A ce compte-là, M. Ludovic Halévy serait un excellent préfet de police. Il a de l'esprit infiniment et nul n'est plus Parisien. Monsieur et madame Cardinal, c'est de l'essence de « Parisine », SLurait dit Nestor Roqueplan.

Après les tableaux de la guerre et des coulisses, et après les Nouvelles (car un Mariage d^amour n'est encore qu'une longue Nouvelle), voici M. Ludovic Hajévy qui aborde le roman avec VAbbé Constantin. C'est une œuvre charmante, simple et audacieuseinent honnête. Aussi tout le monde de s'irriter ou l'admirer. Les uns dans une indignation vraiment comique, crient au scandale, dénoncent le transfuge, le menacent du prixMontyon. Les autres prodiguent d'autant plus de louanges à M. Halévy pour sa nouvelle manière qu'il semblait plus éloigné de la prendre jamais. 11 est le néophyte pour lequel il n'y a pas trop d'encouragements et de chaudes paroles. H est l'ouvrier de la onzième heure, et il reçoit le même salaire que ceux qui ont travaillé tout le our à la vigne du Seigneur. — Peut-être même reçoit-il un salaire plus élevé? — Pour nous, nous

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oslimoiis qu'un peut abandonner la mauvaise voie sans cependant être un transfuge; nous pensons qu'après tout, revenir à la santé de l'esprit, quand on a écrit la Belle Hélène^ n'a rien qui tienne du miracle, et nous applaudissons, mais sans nous en étonner si fort, à la conversion de M. Ludovic Halévv.

Si Ton s'attend à trouver en cet abbé Constantin (|uelque prêtre ambitieux formant des rêves à la Sixte-Quint, si l'on s'imagine un Maudit, ou encore un Claude Frollo contemporain, luttant en vain contiX3 les tentations de la chair, on sera également trompé. L'abbé Constantin est un curé conune tous les curés, ou, si l'on aime mieux, comme tous les curés devraient cire. Dire la messe, lire son bréviaire, jardiner et taire l'aumône, dans l'occasion accompagner ses paroissiens, conune aumônier, sur le champ de bataille, en ceci se résume la vie de l'abbé. Il n'est pourtant ])as si détaché des choses terrestres qu'un bon dîner tous les huit jours au château de Longueval ne lui soit, pendant une partie de la semaine, un souvenir agréable et, pendant l'autre partie, une aimable espérancc\ Aussi est-il fort inquiet quand conmience le hvre, car on vient de mettre en vente le château, et nul ne sait qui couvrira cette grosse eiichèie de

î2,5OO,0OO francs. Los inquiéludes du c\\v6 vont bientôt se changer en a,larines. Il apprend que Taoquércur est une Américaine, une Yankee à cheveux rouges, une protestante, une hérétique qui mènera une vie satanique et sera pour tous un sujet de scandale. Non seulement elle n'entrera jamais h réglise, mais elle fera venir un pasteur qui glissera sous toutes lî^s portes ses petites brochures évangéliques. Ajoutez qu'on raconte déjà mille histoires sur madame Scott : (^lle a mendié dans les rues de New-York, elle a éU', écuyére dans un cirque de Philadelphie. Qu'attendre de bon de pareille paroissienne ?

Le curé de Longueval ne tarde pas h faire connaissance avec (^ diable h cheveux rouges. Comme l'abbé va s'asseoir à sa table très frugalement garnie , deux jeunes femmes , plus jolies l'une que l'autre, font une bruyante invasion dans le presbytère. !\fadame Scott et sa sœur, miss Bettina Perceval, apportent au curé, pour ses pauvres, deux rouleaux de mille francs en don de joyeuse acquisition. « Si vous saviez, monsieur le curé, lui dit » Bettina, comme je suis heureuse que vous soyez tel » (|ue vous étiîs ! Ce que je désirais, c'était un curé y) pas jeune, pas triste, pas sévère, avec l'air bon et v> doux... et vous êtes absolument ainsi. — Vous » êtes donc catholiques? s'écrie le curé, tout étonné et » encore anxieux. — Mais oui, nous sommes catho-

» liques ! Noire inère était une Canadienne d'origine » française. » Il y a vraiment de quoi rompre la j^lace, et comment ne la romprait-on pas avec d'aussi franches et d'aussi gaies jeunes femmes? Ne s'avisenlelles pas, au grand embarras du digne ccclésias^ tique, tout confus de son modeste gigot et de ses œufs au lait, de s'inviter à dîner et d'aider la servante du curé à mettre leur couvert. Après le repas, où ne manque pas la bonne humeur, les Américaines accompagnent à l'église l'abbé Constantin qui doit dire le Salut, et, pendant l'office, Bettina s'assied à l'orgue et joue un morceau de Chopin. Puis, comme deux oiseaux, les jeunes femmes s'enfuient vers Paris.

Quand nous aurons dit qu'à cette entrevue, à ce dîner, à ce Salut en musique, assistait un jeune lieutenant d'artillerie en garnison dans la ville voisine et dont le curé est le parrain, on devinera sans peine la suite sinon la conclusion du roman.

Le lendemain de la dînette au presbytère, Bettina, loi'gnée dans sa loge à l'Opéra par tout ce que PaWs renferme d'élégants chasseurs de dot, se disait : (( Princesse Romanelli ! Princesse Bettina Romanelli ! » cela sonne très gentiment à l'oreille. Et ce prince, je » crois bien qu'il m'aime... mais, moi, est-ce que je » l'aime? Non, je ne crois pas... et j'aimerais tant » aimer. » Et, dans sa chambrelte, le lieutenant Jean

Reynaud, occupé à préparer son cours d'histoire militaire pour les sous-officiers, voyait au milieu de ses notes sur les campagnes de Turenne : « Nordlingen, » i6i3; les Dunes, 1658; Turckheim, 1673, » se dessiner sous sa plume un croquis de femme qui ressemblait h miss Bettina.

Les Américaines viennent passer Tété à Longueval. Le curé et le lieutenant, sont les hôtes assidus du château. Le prêtre mène les deux sœurs chez les pauvres, l'officier fait avec elles de longues promenades à cheval. Bientôt Jean et Bettina s'aperçoivent que ce qu'ils ont pris ingénument pour de la sympathie est un sentiment plus profond et plus doux. Mais, si Bettina se laisse aller h ce sentiment, Jean y résiste de toute sa force. Les millions de l'Américaine lui font peur, et c'est justement la peur qu'il a de ces millions qui charme Bettina. Ce n'est point le prince Romanelli, ni le duc de Montessan, ni Paul de Loverdens, ni les autres qui avaient peur des millions ! Jean part avec son régiment pour les écoles à feu. La veille, ses adieux h Bettina ont été froids et embarrassés. La jeune fille s'imagine qu'il emporte d'elle un souvenir fâché. Elle veut se faire pardonner et le voir encore une fois. Il est cinq heures du matin, il pleut à verse ; mais elle entend les trompettes sonner le boute-selle. Le régiment va défiler sous la terrasse du château.

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» liques ! Notre mère était une Canadienne d'origine » française. » Il y a vraiment de quoi rompre la j-lace, et comment ne la romprait-on pas avec d'aussi franches et d'aussi gaies jeunes femmes? Ne s'avisenlolles pas, au grand embarras du digne ecclésias^ li([uc, tout confus de son modeste gigot et de ses œufs au lait, de s'inviter à dîner et d'aider la servante du curé à mettre leur couvert. Après le repas, où ne manque pas la bonne humeur, les Américaines accompagnent à l'église l'abbé Constantin qui doit dire le Salut, et, pendant l'office, Bettina s'assied à l'orgue et joue un morceau de Chopin. Puis, comme deux oiseaux, les jeunes femmes s'enfuient vers Paris.

Quand nous aurons dit qu'à cette entrevue, à ce dîner, à ce Salut en musique, assistait un jeune lieutenant d'artillerie en garnison dans la ville voisine et dont le curé est le parrain, on devinera sans peine la suite sinon la conclusion du roman.

Le lendemain de la dînette au presbytère, Bettina, lorgnée dans sa loge à l'Opéra par tout ce que PaWs renferme d'élégants chasseurs de dot, se disait : (( Princesse Romanelli ! Princesse Bettina Romanelli ! » cela sonne très gentiment à l'oreille. Et ce prince, je )) crois bien qu'il m'aime... mais, moi, est-ce que Je » l'aime? Non, je ne crois pas... et j'aimerais tant » aimer. » Et, dans sa clianihrette, le lieutenant Jean

Reynaud, occupé à préparer son cours d'histoire militaire pour les sous-officiers, voyait au milieu de ses notes sur les campagnes de Turenne : « Nordlingen, » i6io; les Dunes, 1658; Turckheim, 1673, » se dessiner sous sa plume un croquis de femme qui ressemblait h miss Bettina.

Les Américaines viennent passer Tété à Longueval. Le curé et le lieutenant, sont les hôtes assidus du château. Le prêtre mène les deux sœurs chez les pauvres, l'officier fait avec elles de longues promenades à cheval. Bientôt Jean et Bettina s'aperçoivent que ce qu'ils ont pris ingénument pour de la sympathie est un sentiment plus profond et plus doux. Mais, si Bettina se laisse aller h ce sentiment, Jean y résiste de toute sa force. Les millions de l'Américaine lui font peur, et c'est justement la peur qu'il a de ces millions qui charme Bettina. Ce n'est point le prince Romanelli, ni le duc de Montessan, ni Paul de Loverdens, ni les autres qui avaient peur des millions! Jean part avec son régiment pour les écoles à feu. La veille, ses adieux h Bettina ont été froids et embarrassés. La jeune fille s'imagine qu'il emporte d'elle un souvenir fâché. Elle veut se faire pardonner et le voir encore une fois. 11 est cinq heures du matin, il pleut à verse; mais elle entend les trompettes sonner le boute-selle. Lo ré^i^imenl va défiler sous la terrasse du château.

L'Américaine passe un peignoir, jette sur ses épaules un grand manteau écossais, chausse par-dessus ses souliers de bal de mignons sabots et s'élance bravement sous la pluie. Elle arrive à temps pour apercevoir Jean qui la salue, tandis qu'elle, avec un geste des deux mains, lui envoie ses adieux. — « Ah! se dit- )) elle, si, après c^la, il ne comprend pas que je l'aime » et s'il ne me pardonne pas mon argent !... »

Jean comprend bien, mais comme dit le proverbe : « 11 n'est pire sourd... » Pendant que le lieutenant est au camp de Gercottes, il prend une grande détermination. A son retour il demandera un congé, permutera, enfin ne reverra pas Bettina. I^ voir sans cesse et ne pouvoir l'épouser est au-dessus de ses forces. Et la pauvre Bettina qui, elle aussi, a pris une résolution héroïque ! celle de parler à Jean puisque Jean n'ose pas lui parler. Au bout de vingt jours, l'officier revient donc dans sa garnison, mais au lieu d'aller dîner chez madame Scott, ainsi qu'il l'a promis la veille de son départ, il écrit pour s'excuser, puis il va faire ses adieux à son parrain . Mais Bettina, qui a lu la lettre de Jean, comprend son sacrifice. Toute seule, en vraie young american girl,é\]e accourt au presbytère pour parlera l'abbé. L'officier s'y trouve encore. Tant pis ou tant mieux. C'est devant lui qu'elle fera au curé ce qu'elle appelle sa confession. Cette confession, faite avec

une ingénuité touchante, en môme temps qu'avec une dignité simple qui impose le respect, c'est qu'elle aime Jean et qu'elle veut être sa femme. Et le roman s'achève dans l'église de Longueval par une messe de mariage.

L'analyse d'un tel roman est très facile. On ne risque pas de s'égarer dans les complications d'une intrigue multiple. On n'a point à se demander quel épisode, quel personnage étranger à l'action il faut élaguer. L'œuvre est d'une belle venue, pareille à ces arbres élancés d'où ne part aucune branche chiffonne, où ne s'attache aucune plante parasite et dont l'œil embrasse d'un même regard la forme élégante, le tronc svelte et droit, le gracieux feuillage. Mais, s'il est fort aisé de raconter VAbbé Constantin, il est beaucoup moins facile de faire sentir le charme pénétrant de ce roman, de dénombrer ses mille détails de fine observation et d'exprimer les mille nuances de sentiment dont il vit. C'est la grâce même de la jeunesse.

Et pourtant vous entendez les cris des ftlcheux : Eli quoi! c'est simple comme bonjour! C'est digne de la Morale en action I Toute l'intrigue, toutes les péripéties, tout l'intérêt de rAbbé Constantin se

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ivduiscnt donc h ces doux termes ; ils s'aimèrent, ils se marièrent. Ce n'est ainsi que la plus banale des histoires d'amour. — Kn effet ; mais pense-t-on que les meilleurs romans soiiMit autre cho^e que des histoires d'amour ? S'imagine-t-on que ce sujet soit épuisé parce ([u'il a déjà servi? Croit-on qu'il n'y ait plus des Manon, des Virginie et même des Charlotte, et qu'un romancier ne soit pas toujours bien inspiré d'écouler \o cœur humain ? Ne saurait-on montrer quelque originalité qu'à la condition de peindre, selon les canons naturalistes, des scènes repoussantes, des passions morbides et des caractères faits de toutes les exceptions du mal ?

Nous n'ignorons pas qu'aujourd'hui, de par la nouvelle poétique du roman, l'amour, l'esprit, l'intérêt même sont proscrits. Aussi bien, le roman proprement dit a fait son temps ; on ne doit plus écrire que des études de mœurs, — et de mauvaises mœurs ! ce sont les seules vraies, paraît-il. — Il n'y a plus de sujet, mais une suite d'épisodes; plus d'action, mais un tableau d'un coin de la vie parisienne; plus d'amour,

mais l'appétence de bétes en rut ; plus d'esprit , mais une lourde copie des platitudes et des sottises ; plus de langue française, mais une cacographie bizarre dont la grossièreté révolte, et dont la prétention exaspère ; plus de héros, mais une galerie d'excentriciues, de niisérables et d'imbéciles. Horace

reprochait aux mauvais poètes de son temps, qui voulaient masquer le vide de leur œuvre, d'y coudre un ou deux lambeaux de pourpre pour éblouir d(^ loin :

PurpurcuSy late qui splendeat, unus et aller Assuitur pannm,.,

.Mais maintenant, le lambeau de pourpre n'est plus de mise. Ce qu'il faut, ce sont des haillons sordides et du linge sale. N'éblouissons pas : asphyxions.

Pour faire œuvre d'écrivain, M. Ludovic Halévy n'a pas eu besoin de torturer la syntaxe et d'employer un barbarisme par ligne. Pour écrire un roman vrai, il n'a pas eu besoin d'arranger quelque odieux « fait divers », ni d'aller chercher ses personnages dans les « nouvelles couches sociales ». La boue est vraie, mais aussi la prairie ; le vice est vrai, mais aussi l'innocence. Il n'y a pas que des serpents et des crapauds dans la nature, et tous les chiens ne sont point enragés. Cette jolie Bettina, si pimpante, si mutine, si ingénue et si hardie, — si romanesque, en admettant qu'il soit d'un romanesque invraisemblable de vouloir épouser un homme qu'on aime — ne l'avez- vous pas n^ncontrée, elle ou ses pareilles, au bois de lioulogne, à l'Opéra, au bal dans quelque hôtel des Champs-Elysées ou de l'avenue du Roi de Rome? Ces scènes charmantes, le dîner au presbylèn\ ladicni sous la plui(\ la confr^ssion au vieux

curé, et ce joli tableau de la jeune fille conduisant h Iravors le village son panier attelé de quatre poneys, faut-il faire un bien grand effort pour trouver tout cela vrai ? On doit mettre plus de complaisance, s'il s'agit de tenir pour véridiques maint et maint épisode de Nana, et s'il s'agit de croire qu'on ne rencontre à Paris que des monomanes et des aliénés, comme on lémoigne tel aulre roman h la mode nouvelle.

Un critique de grand talent, M. Ferdinand Brunetière, nous parlait l'autre jour dans la Revue des Deux Mondes «du faux naturalisme». Mais il ne donnait pas la définition du vrai naturalisme. Le vrai naturalisme ne serait-ce point la vérité exprimée avec naturel? et ainsi, M. Ludovic Halévy ne serait-il pas un naturaliste sans le savoir?

Mars 1882.

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