‹ Les hommes et les moeurs aux États-UnisChapitre 12 sur 31 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Hew-York. — Bal. — Dandies américains. — Premier de Pan.-- Arsenal. — Partis politiques. — Fédéralisme. — Améliorations intérieures. — Francs-maçons. — Différences politiques. — Difficulté de s'entendre. — Société des ouvriers. — Avenir de l'Union. — Épreuve de la constitution. —Désavantage de FUnion. — Dangers menaçons. — Suffrage universel. — Jefferson. — Madison. — Monroe.—Adams.— Jackson. — Burr. —Visite •«colonel Burr.

La jour de mon arrivée à New- York , tonte la ville fut en émoi en apprenant qu'on signalait en mer un paquebot de.LiverpooL Depuis long-temps \e* ^enta contraires avaient rendu fort rares le* nowveWe* èfl&a

rope, et chacuns'en montrait avide. Je dînai ce jour-là avec un de mes amis , et comme nous n'avions aucune réunion pour le soir, nous résolûmes de quitter la table pour aller lire les papiers d'Europe et revenir ensuite terminer notre repas. 1! y avait foule autour du cabinet de lecture, et l'on lisait sur les carreaux :

• Retraite du duc de Wellington et du ministère; no-

• minatiou de lord Grcy, Brougham , etc., etc. »

Il était impossible de n'être pas frappé du vif intérêt qu'inspiraient ces nouvelles. Chacun dissertait sur les conséquences probables de ces mesures. Les uns prévoyaient une révolution certaine, seconde représentation des trois fameuses journées de Paris; les autres croyaient bien qu'une révolution était inévil ;ible, mais arriverait moins subitement. Un troisième parti annonçait le prochain retour de Wellington aux affaires; et vraiment en considérant l'intérêt qu'on prenait à ces discussions , on se serait cru plutôt à Liverpool qu'à New- York.

Il y eut pour le dernier jour de l'année une grande soirée à laquelle je fus invité; le salon était assez convenablement orné, mais quelle entrée ! un escalier d'une malpropreté révoltante, obscurci par des nuages de fumée de tabac, qui asphyxiaient les dames au passage. Je lus bien dédommagé, il faut l'avouer, par le grand nombre de jolies femmes que je trouvai réunies dans ce salon. Rien n'est plus séduisant qu'une jeune Américaine de dix-sept ans; mais, à vingt-deux, elles perdent presque toutes leurs charmes , et se métamorphosent eu grandes marnant. Je n'avais pas encore assisté à une assemblée aussi no nAuraie et aussi radiée} tout, cependant, davisXe «ve, çavAa\V\H\ctt-

[ iTAis-unts.

r Ue bonne compagnie qui n'excluait pat «ne

îgeté de manières , qui les distinguait des dames anglaises, et leur donnait le cachet transatlantique. 11 ue fallait pas chercher ici ce que les Français appellent l'air noble , celte tournure distinguée qui commande le respect sans l'imposer. Il ne faudrait pas croire non plus qu'on put être choqué par des manières vulgaires et communes : loin delà; seulement il leur manquait un je ne sais quoi qui faisait que ce n'étaient pas lout-à-fait des Européennes, elvraimenton peut le leur pardonner en faveur de leurs grâces et de leur amabilité. Mais que dire des hommes? qu'en dire? que des soldats de notre police anglaise eussent tenu ayee autant de grâce leur rang dans ce bal. Il y a chez enxuneraideur musculaire qui priveleurs membre» de toute souplesse , et les rend les plus lourds danseurs du monde. Les femmes l'emportent encore sur ce point; jamais on ne remarque chez elles aucun mouvement disgracieux ou grotesque.

Un Dandy américain est un être d'une espèce particulière ; il a presque toujours voyagé en Europe, et en a rapporté un tas de chaînes, de bagues, de bijoux qu'il étale avec complaisauce aux yeux de ses concitoyens; il l'ait la mode, donne le ton pendant la première année de son retour. 11 introduit de nouvelles figures dans les quadrilles, et tous ses gestes sont minutieusement imités. Les tailleurs sollicitent la faveur de visiter sa garde-robe; se» amis le considèrent aveo un œil d'envie. Il parle de ducs, de comtes, d'armoiries, de grand train, de croix, de décoration», comme s'il n'eut jamais vu que cela dès soaenÎMitt. it /'Apollon de son pays , et ses AecceV* vwft.

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écoutés avec le même respect <]ue les oracles d Delphes. L'année finie, le voyageur retouri vieilles li.ihituJcs <i<: Comptoir; ses habits sont remplacés par d'antres pins modestes; il perd son crédit pour la mode, ou ne le consulte plus, et le voilà redevenu Américain, occupé du Lien-être de la vie, et s'inquiétant peu d'élégance. Le bal l'ut charmant; souper délicieux, potage aux huîtres, dindes, jambons, crabes, crèmes, punchs, fruits et glaces lurent distribués avec profusion. Je vis encore danser quelques quadrilles ; j'assistai à la première tentative de galop faite en Amérique , et je me retirai.

A New-York, au premier de l'an, on visite toutes j l'oubli d'une seule personne serait une marque de mépris impardonnable. Le clergé est visité par toutes les congrégations. Quant à moi, pour un manquer en rien à mes hôtes, ■e , et ce n'est que fort tard que je fus quitte de cette corvée. Ma première station fut docteur Wainright , attaché à I église de ■racechurch ; je le trouvai en grand costume, devant de couverte de rafraichissemens , et donnant gnées de main â tous ses paroissiens ; je me remis en roule pour quatre grandes et mortelles heures. Voici , au reste , les usages suivis dans cette occasion : les femmes restent à la maison pour recevoir ; les hommes font les courses. Vous entrez , restez deux minutes, et prenez la fuite aussi vite que possible. On vous offre du vin et des gâteaux ; cette coutume vient do Hollande; elle n'est pas en usage '--/s les autres villes de l'Union. C'est le jour des i/stj'es et des réconciliations, e\ Von vtfc\.MvA<vci elle

dernier maire de la ville , m'ac-

visite que je fi» à l'arsenal de

jdore ChauBcey , qui commande

type*

esl fort utile pour la paix et le bon accord des

Un de mes amis, compagna dans la Brooklyn. Le comn ce poste, est un de

pelle ot le Benbow ; il porte le visage haut et la trine ouverte comme un homme qui a cent fois bravé le canon et la tempête. J'ai vu dans les chantiers une de» plus belles (régales qu'on puisse imaginer ; toute* lescouslruclions sont en chêne vert, le plus fort et le meilleur des bois connus. Tout, dans cet arsenal, est disposé avec une grande sagacité ; aussi, le peuple ne ■e méle-l-il jamais de ce qui s'y l'ait. Et, en effet , que deviendrait la marine, si l'esprit démocratique suivait le» matelot» à bord , où le despotisme le plus absolu est indispensable pour que la discipline soit observée? Je ne comprends même pas comment des homme» aussi libres but le rivage , peuvent abdiquer aussi proniplemetit leurs habitudes les plus chères.

Je visitai également, dan* la même compagnie, tou» le» établissent os de la ville. La maison de refuge pour les jeunes criminels, h-s Sourds et Muets, l'hôpital des Cous. La plus grande sagesse a présidé à la fondation de tous ces lieux où l'humanité a déployé le léle le plus éclairé. Le premier de ces établissemens est surtout remarquable dans son objet et dan» le» plans qu'on y suit. Les jeune* criminels, renfermés dans les prison» ordinaire», ne se corrigent presque jamais, et en sortent, pour devenir plus coupables encore. Ici, au contraire, ils prennent ÏViaVAoà» r. puisent des principes Ae reYi^vwi ,

fia iolé

et sont rendus à la société, tout disposés:!

une vie plus honnête.

Les filles qui sortent de cet établissement , sont presque toutes employées comme domcsliqitesou couturières. On les envoie toujours clans les lieux où l'on n'a pu avoir connaissance de leur vie passée, et, par celte précaution, elles peuvent jouir de tous les avantages d'une conduite irréprochable. Ces institutions «ont d'ex ce lien les écoles pour l'industrie. Chaque enfant y choisit le genre de travail pour lequel il se *ent le plus de goût. Les uns sont tailleurs, les autres', cordonniers; ceux-ci, forgerons, ceux-là, charpentiers, etc. , etc. Disons-le à la louange des fondateurs, la critique n'a rien , ou bien peu à reprendre dans ces asiles du crime ou du malheur.

Je n'ai pas encore parlé det partît politiques qui divisent cette contrée. Ce sujet est si compliqué, si mêlé d'opinions, d'intérêts, qui varient selou les lieux, que je n'ose espérer de pouvoir me bien faire comprendre du lecteur. Tout le monde sait que deux opinion* partagent les Etats-Unis : celle des fédéralistes et celle des républicains; ces termes expriment mal ma pensée, car, il y a dans ces deux partis, un peu de l'une et de l'autre opinion. Mais celui qu'on appelle fédéraliste demande plus de force, plus de pouvoir pour le gouvernement; il veut que l'autre pouvoir s'étende jusque sur les Etals particuliers, combat pour le maintien de la constitution, contre tous les empiéteinens démocratiques, en un mot, donne au pouvoir assez d'autorité pour protéger la paix à f intérieur, et défendre, à l'extérieur, l'honneur elle* iolérêls du pays. Le parti ripstfta

veut donner au peuple toute l'influence. Il réclame le suffrage universel , une magistrature élective, et soutient que la constitution doit Être littéralement interprétée; que le lieu fédéral n'est qu'une association volontaire des Etats, qui ne leur enlève aucun de leurs droits particuliers, et leur donne le pouvoir d'examiner et de contrôler toutes les mesures du gouvernement général. Le fédéraliste regarde les Etals-Unis comme un tout indivisible, et le républicain les considère comme une pièce de mosaïque, où les pierres ne restent fixées qu'autant que cela leur convient. L'un accorde aux Etats le droit de se séparer; l'autre prétend que le gouvernement général pourrait traiter en rebelle l'état qui refuserait de se soumettre aux décrets du congrès.

Pendant la première période qui suivît la révoluliou , leshabilana de la Nou velle-Àngleterre , comme étant les plus riches , imposèrent leurs principes aux autres Etats de l'Union. Les deux présidens qui arrivèrent les premiers au pouvoir, étaient fédéraliste»; mais il se forma contre eux une opposition tellement croissante et tellement virulente, que Washington lui-même, malgré son nom et les services qu'il avait rendus, fut en butte aux attaques les plus grossières et les plus scandaleuses. Adams leur succéda et fit ce qu'il fallait pour mériter le blâme qu'on avait fait injustement peser sur ses prédécesseurs. La loi sur les •éditions était mauvaise; il en porta la peine, car il fut , après son temps , renversé , pour ne plus revenir au pouvoir.

Une constitution, quoique parfaitement Aé&iûe, elui qui en ïai\\»ç-

176 LES dOÏMÏS El L B S HODU

plication. Sous ce point de vue, l'arrivée de Jeïïer» au pouvoir opéra un grand changement dans la direction des affaires , qui furent dès-lors administrées d'après les principes démocratiques ; une révolution secrète s'y opéra; les principes, les opinions, les habitudes du peuple, se prononcèrent pour l'extension des droits politiques , et après la conclusion de la guerre entre les États-Unis et l'Angleterre, les fédéralistes turent convaincus de l'impossibilité d'atteindre le but qu'ils s étaient proposé. Tontes lesdiscordes cessèrent , le nom de fédéraliste devint odieux au peuple, ou ne le prononça plus, et personne n'osa, en se présentant aux élections , manifester l'opinion de soutenir le pouvoir exécutif et les intérêts de la grandepropriétéjContrelesprétentionset les préjugés de la populace- Celte fusion apparente des deux partis a fait disparaître toute discordance dans les principes politiques. Il n'y a plus d'opposition sur les doctrines fondamentales ; le nombre l'a emporté sur la propriété , le peuple a été reconnu comme la seule source du pouvoir et des honneurs, et le gouvernement, au lieu de réprimer les préjugés et les exigences populaires, les étudie et les prend pour guides de ses actes et de sa politique. H n'est choisi que pour prendre les mesures et professer les principes que lui dicte le peuple. Rien ne me parut plus étonnant, en arrivant aux Etats-Unis, que la coïncidence générale des opinions, relativement aux principes fondamentaux du gouvernement. Dès qu'il s'agissait des moyens à suivre et des homme* à nommer, le désordre et la. confusion étaient par- "^ul. Le candidat d'un part» éla»lïoVifc\ift\i\ia»\ft4ft

parussent reposer s a observateur il

* motifs capables Je partial. 11 y avait doue évidemment des partis, mais aur quoi reposaient-ils? Il eit difficile de le dire. Je demandai de quel eôlé étaient les fédéralistes, et l'on me répondit qu'ils avaient disparu comme la race des Mammoihs et des Megatkerions ; de que! côté étaient les démocrates , et l'on médit qu'il s étaient partout. Ceci ne suffit pas pour me convaincre do l'anr.inLi.-is^meot d'un parti que je regarde comme le plus sage, d'autant mieux que je crois peu aux conversions politiques.

du milieu de ces ténèbres, je ne me hasardai pas à porter un jugement , mais je me décidai à prendre quelques informations. Je m'adressai à un des hommes les plus éminens des États-Unis, dont les opinions avaient été fédéralistes autrefois. • Comment, luidisje, se fait-il que le parti que vous défendiez avec tant de talent, soit entièrement disparu? est-ce l'expérience, le cours des événemeus, des vues plus éclairées et plus larges, qui voua empêchent de professer le même système, ou bien, l'opinion publique s'estelle prononcée sans retour? * Voici sa réponse que je ne puis oublier : « Mes opinions et celles de mes amis sont toujours les mêmes, et les événemeus n'ont pu que nous y confirmer. Mais dans l'état actuel des esprits, nous n'osons les exprimer. Un homme qui professerait de semblables idées serait non-seulement écarté de toutes les charges publiques, mais il serait mal vu parues concitoyens. Ses paroles et ses actions deviendraient l'objet d'une inquisition des çUv» iXèate> et des plus alTreutet. Et serait i\ ju*« An »«

LES UOMMES ET LES UQ

ier à tous ces désagrémens , pour le plaisir soutenir des opinions absolument i m praticables d l'état de choses où nous vivons? Les Américains ne peuvent donc trop se vanter d'une unanimité qui repose sur le châtiment prononcé contre les opposaus rjui oseraient se montrer ouvertement. Cet ostracisme n'a pas détruit le fédéralisme , mais a défendu de le professer en public; il n'est plus question de savoir si l'on accordera plus on moins d'autorité au gouvernement général , mais si ce gouvernement s'arrogera cette autorité. Ce n'est pas sur les principes qu'on discute, maïs sur les moyens, les mesures indirecte

eut tendre à les établir en faveur (1

directes lin paru

mrd'liui

û que l'on discute fortement aujouril pour savoir si le gouvernement a ployer, en améliorations intérieures, i lions du capital national. En 1830, une loi votée par la législature, pour la confection d'une grande route nationale, ne put obtenir l'approbation du président. l'ar la constitution , le congrès peut établir des bureaux et des routes de postes ; mais la question est de savoir si le mot établir donne le privilège de conta bien , s'il veut seulement dire que le con- :s aura le droit de convertir en routes de postes les Jiemius déjà existana. Ces mots soulèvent une grande question , celle de savoir si le gouvernement a on n'a pas le pouvoir de concevoir et d'eiécuter un plan général d'amélioration dans l'intérêt du pays. Ce droit donnerait au Congrès une influence très-grande, ce qui a créé i'oppositioii qui se prononce chaque fois •jiie l'on aborde cettt: matière. lacVaon mY Suo tîft*,

aux fatlWM 17!)

, *od rival, de l'autre. Le premier , appuyé sur ils du Sud et de l'Ouest , le second , sur ceux du Nord , renforcés par une grande partie des provinces centrales. Il est hors de doute que le parti fédéraliste soit pour l'affirmative dans ce débat, qui ne tend qu'à donner une nouvelle force au pouvoir exécutif, qu'à l'investir d'une autorité qui doit produire, pour la société américaine, des avantages dont les Étais en particulier, n'essayeraient jamais de doter le pays. Ajoutons à ceci que des questions telles que celle du tarif, par exemple, dont nous venons de parler, ne sont jamais exclusivement décidées par des motifs d'intérêt public. Les intérêts particuliers se montrent partout, et quelles que soient les opinions, on change de parti pour les soutenir : d'où il résulte qu'on supporte souvent un candidat de l'opposition , par cela seul qu'un sait qu'il doit détendre tel ou tel point. Les négocia us sont eu laveur du droit d'améliorations nationales donné au gouvernement, parte qu'ils en attendent une roule , un port de plus , un nouveau marché , qui changeront tout l'aspect commercial d'une province ; aucun autre principe ne les décide. Dans un pays aussi vaste que les États-Unis , oes intérêts varient à l'infini, et lorsque l'on nomme des représentais , les électeurs n'exigent pas seulement l'identité d'opinion sur certains points , mais souvent encore des sympathies particulières. En voici un exemple frappant :

Il y a quelques .-mut l'État de New-York, crets de la maçonnerie ( Crée wasonry ). Des assa&ww.

Eeat de lui et le firent disparaître \ Au uwmw

n M. Morgan publia, dans e rpii révélait tous les

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it le prouve. Ils le conduisirent dans les Niagara , où il est constant qu'il passa mit depuis on oe l'a pas revu. La police se mit sur les traces de cette affaire, et bientôt commença un procès criminel. Le& débats compromirent gravement deux "ividus; ils comparurent devant la cour. La majodu jury se prononça pour la cnlpabililé , mais la orité l'emporta, et les deux prévenus furent acquittés. Cette minorité étant formée par des maçons, l'indignation publique fut à son comble. Cette société secrète avait ordonné le crime et absous les exécuteurs. On examina alors si une association aussi perverse pouvait être tolérée dans un pays chrétien. Le peuple se prononça ouvertement contre les maçons; leurs affiliations Jurent regardées comme dangereuses et inconstitutionnelles, et l'on fit les plus grands efforts les détruire. De leur côté, les maçons, qui comptent dans leurs rangs une moitié de 1 , i populalion île rtt.it Je New- York, prirent avantage de leur nombre de leur unité d'action, pour résister à la clameur presse se rangea sous les deux bannières. Dans les candidatures, il fallut être maçon ou anti-maçon avant toute «mire chose. Les maçons l'emportèrent dans les dernières élections, et je ne doute pas que celte question n'exerce une grande influence dans celles qui auront lieu pourle choix du nouveau président. Cette manie macunique s'étend tous les jours : confinée autrefois dans le seul État de New- Ile envahit maintenant les provinces de la ■Angleterre et de la Pensylvanie. Toutes ces stances embarrassent beaucoup celui qui veut [ement sur l'étal des ÇMft*,\W«Sfe«S*

ADI itWtMflU. 181

■ découvrir les principes politiques , et rencontre partout de maçons, ou L'homme et ses intérêts per- «onnels. Ce n'est qu'en conversant souvent avec les hommes les plus éclairés du pays , qu'on peut parvenir à fixer les divers points cardinaux vers lesquels se dirigent les opinions.

Les Américains se regardent comme un des peuples les plus difficiles à comprendre pour les étrangers, et ils se trompent en ce point, car tout chez eus esta la surface. Leurs traits caractéristiques sont profondément marqués ; il n'y a qu'en politique qu'il ue soit pas aisé de les pénétrer. Ce qui est évident, c'est que, depuis la révolution, les principes démocratiques ont fait d'immenses progrès. Tous les hommes éclairés, avec lesquels j'ai discuté pendant mon séjour ici, m'ont avoué que , si la lettre de la constitution de 1 789 était toujours la mime, l'esprit en était entièrement changé. II est hors de doute que Washington et Ilamilton s'étaient proposé de contrebalancer la démocratie par une aristocratie de talent et de fortune. Il n'y a plus maintenant de contrepoids. Qui peut dire où s'arrêtera celte effrayante progression? A New-York, la société s'est divisée en deux classes: les ouvriers (the Workies)en opposition à ceux qui jouissent de la viesans avoir besoin de leurs liras. Les idées de cette société se montrent partout, dans les journaux et dans les affiches j leur première exigence , c'est l'égalité et t'univeriatité de l'instruction. Ils soutiennent qu'il y a une aristocratie, une classe privilégiée, partout où cette égalité n'existe pas; queceuxqui sont tenus de t ra mil n'ayant ni le temps, ni les mc-ven» Sacvent (orcèuictA es.-

dus des charges publique», et qu'ainsi ces charg deviennent le partage d'une certaine classe de la société, tandis que ceux qui eu font la force peuvent â peine voter dans les élections. Ces workiet font donc tous leurs efforts pour détruire ce genre de monopole injuste et odieux : ils déclarent qu'ils ne seront satisfait» que lorsque tous les Américains auront la même instruction et les mêmes droits d'arriver aux emplois, et font prévoir que bientôt il y aura, pour l'instruction, un degré qu'il ne sera pas permis de franchir * a n» encourir le blâme de ses concitoyens. Ceux qui bornent là leur» prétentions, sont encore parmi les plus modérés. D'autres invoquent la loi agraire et demandent, pour la propriété, un partage progressif. C'est là {'extrême gauche du parlement de» ouvriers. N'est-il pas honteux, disent-ils dans les termes les plus violens, qu'un homme aille en voiture, tandis qu'un autre marche à pied; qu'eu rentrant, l'un trouve une bouteille de Champagne, et l'autre à peine un verre d'eau. En divisant également le» propriétés, toutes ces anomalies ne blesseront plus les yeux, on ne boira plus ni vin, ni eau; mais tout le monde aura du brandy (eau-de-vie) à discrétion.

Je suis loin de prétendre cependant que toutes ces folies soient assez fortement appuyées pour alarmer sur le sort de New-York ; maïs je les fais remarquer , parce que leur influence se l'ait déjà sentir dans les élection» , et qu'elle ne peut qu'augmenter avec la population. Les paresaeux, le» pauvres, les mauvais tujetB, embrasseront cette cause qui, comme la boule de neige, grossira en roulant et retombera plus tard *ur le pays en effroyable» «»Y

l terrain fertile pourra sans doute éloigner (

"l seulement pour un temps; rien ne peut en arrêter le cours. Je suis comme le voyageur qui voit couler à ses pieds leruisseau d'où sorlleMississipi à*asource,ctS3il,à n'en pas douter, qu'il ira, grand fleuve, se jeter dan» l'Océan. Alors commencera l'épreuve de la constitution américaine ; ce temps n'est peut-ètrepastrès-éloiçné; la population double tous les vingt-quatre ans, de sorte que , dans moins d'un demi- •iècle, les Etats-Unis compteront cinquante millions d'habilans, dont dix mille esclaves , ou gens faisant partie d'une classe privée de tous les droits de citoyen. Avant cette époque, les moyens d'existence deviendront très-rares dans les Etats qui bordent l'Atlantique. Le prix du travail tombera, tandis que la valeur des objets de première nécessité s'élèvera en proportion , ct,les malheureux ne trouveront que très-difficilement les moyens d'aller chercher leur vie dans do contrées moins habitées et plus fertiles. La misère se fera sentir partout, et la grande majorité du peuple, n'ayant pour propriété que leurs bras, nommera des législateurs sous l'influence de. leur malheureuse position. Il faudrait être bien aveuglé par l'esprit national pourvoir, dans un pareil avenir, une grande sécurité pour la propriété. Le gouvernement encourage, autant qu'il le peut, le génie manufacturier de la nation; se» efforts sont aneï inutiles, car tout homme qui voudra considérer les ressources intérieures de ce pays, les productions variées de son sol, le cours immense de ses rivières, les mines de charbon et de fer qui s'ouvrent de toutes parts, verra, sanaçawiw <i douter, queles Américains sont sppeV-* \> 4«WÔ*

une des premières nations manu lac luriOrcs. Dés q l'an gmcntati ou îles liras aura l'ait descendre le prîide la ma in-il 'œuvre au taux où elle est dans les autres paya, l'Amérique rivalisera l'Angleterre dans plusieurs branches de l'industrie, et la surpassera dans beaucoup d'autres. Des villes mi:i n n IVic Li i r i C-rea s'élèveront de tous côtés, la population s'y augmenter*, et avec elle tous les vices qui en sont le cortège obligé. Des milliers d'hommes seront dans l'abondance ou dans la misère, selon que les demandes augmenteront ou diminueront. Ces variations, on le sait, dépendent seulement d'une guerre, d'un caprice de la mode, de ■cille incidens qu'on ne saurait prévoir et qui «ont pourtant inévitables; et, qu'on se le rappelle, ici ces populations mécontente* auront entre les mains tout le pouvoir politique; aucune puissance civile ni militaire n'aura assez de force pour les maintenir ; où sera alors la protection pour les personnes et pour les propriétés? Tout cela cependant pourra se faire sans commotion violente. Les- ouvriers (workies) n'auront qu'à choisir parmi eu» les représentons de leurs principes , et organiseront un système général de spolialion légale et constitutionnelle. Ce n'est pas au congrès qu'ils s'adresseront; c'est dans h's Etats particuliers qu'ils établiront victorieusement leurs doctrines, lorsque la majorité sera en leur laveur. Qui pourrait alors les empêcher de voter une loi agraire? J'ai discuté tous ces points avec les hommes les plus éclairés de l'Union, et ils sont tous convenus que celte épreuve •le la constitution était une chose inévitable. Plusieurs espèrent que l'éducation , qui se rvpao4 çïrtout, en préviendra les trislea effets-, mais \\» wi "

3X KTATS-UNIS. 185

* misère augmentant avec la population, le désir rt les moyens Je s'instruire doivent nécessairement diminuer en proportion. L'homme qui a besoin d'employer toutes les facultés de son esprit et du son corps pour vivre, trouve peu de propension pour les études, et encore moins de temps à leur consacrer. Certes, si les masses étaient plus sages et plus éclairées , lesgou- Ternemens n'auraient plus d'inquiétude; mais quel est l'homme d'état qui se hasarde à compter sur les vertus eL les lumières de la multitude? La réponse qu'on fait générale ment à ces lugubres prévisions, - c'est que l'événement est encore fort éloigné. Chaque génération a bien assez de sa propre conservation; c'est à ceuï qui viendront à prendre les mesures nécessaires pour défendre leurs intérêts et leur tranquillité. Qu'importe ce qui arrivera aux enfans? la liberté, la paix et la confiance se maintiennent encore sous la constitution actuelle.* Quant à moi, je crains que l'époque Je ce grand conflit ne soit pas aussi éloignée que les Américains semblent le croire; et si l'on convient que la démocratie conduit inévitablement à l'anarchie et à la spoliation, comment sa persuader que cette transition poisse être lente el tardive? Elle variera selon le génie Je chaque peuple; en Angleterre, elle vole sur un chemin de 1er; en Amérique, elle pourra se montrer plus paresseuse, mais finira toujours par arriver. On peut douter de l'époque , mais l'événement est certain.

Avouons-le, pour le moment il n'y a pas un pays qui soit plus à l'abri des révolutions quclesEtats-Unis. #-privi}ége repose sur une seu\e t'vrccmsVMV-.fc -. ieh grande majorité? se composait o.ex>Toxvtw-

Iroiive fore qui pour-

iliance. Cette garantie actuel. Heureux les

ter sur de semblables bonheur ae eonuaî-

188 LES HMH M

taires, chacun apporte son ei ment en opposition avec touli raient tendre à troubler la c fkjl la force! du goui états ipii parviendraient à bases : leur prospérité et traient plus de limites! Mais cet état de choses ne saurait durer a vécu ne population qui, s' accroissant tous les jours, jettera dan» lus élections une majorité formée de citoyens sans propriété, sous t'influence de tons les besoins, et chargés de décider le grand débat social. D'un coté, la lai m , la rapacité et le nombre ; de l'antre , In raison , la justice et la faiblesse : le combat ne peut pas être loin;. ^c nesl qu'après ce choc que l'on pourra parler de la stabilité du gouvernement ; quarante aus ne suffisent pas pour prouver la vitalité d'une constitution.

Il est bon de faire remarquer ici que tout ce que je viens de dire doit s'appliquer plutôt au principe démocratique qui prévaut dans les différens Etals, qu'au gouvernement fédéra! dont il est très-difficile de fixer avec précision l'esprit et les bases. Je croîs que c'est lord Kldou qui a dit qu'il n'y avait pas un acte du parlement , quelque laconique qu'il fût, sur lequel on ne pût, par des explications, faire rouler un carrosse à six cbevaux. Lespublicîstes américains sont tout aussi habiles quand il s'agît d'interpréter la constitution. Personne ne sait précisément ce que c'est, mais tout le monde convient que ce doit Aire quelque chose de Ires-sage. C'est un évangile où o.bacun croît relrouver ses préjugés et ses opinions. C'est pour l'habitant de \a TScwfette-frt

de la Carolin

AUX Ér.TS-UTilS. 187

3 pour le cultivateur Je laGéorgî' e congres lui-même retentit îles disprincipes [nmhiiioiilïiux. Le président Jackson vous dira que c'est un flou ve même ni Ue consotidation , ayant tout pouvoir Ue làire exécuter ses décrets ; le vice-président, au contraire, soutiendra que c'est une conj'édëracion , dont l'anlorité dépend des délibérations de chaque? Elal on particulier; M. Clay ou M. H rbster prél-eiidronL que les pouvoirs de la constituliou vont jusqu'à taxer à volonté le commerce du pays et eonsaercr cet impôt à dos améliorations intérieures; le ;;.:i n'-i-;il Hayne , OU M. Van Duren, repousseront ces doctrines comme pernicieuses et fondées sur .te fausses interprétations delà loi; et cependant, malgré tout, rien pour eux n'est plus admirable, plus prévoyant, plus parlait , que la constitution fédérale ! Qu'ils permettent aux étrangers de suspendre leur admiration jusqu'à ce que celte loi présente un sens mieux défini et plus intelligible. Ou qui C6t ('■vident , c'est que des fermens de discorde se montrent de Ion tes parts ; c'est que les hommes opposés par les mœurs, les intérêts et lesusages, séparés par des climats djlférens , réu hair , se trouvent placés sousi les pouvoirs sont chaque jour ce là des élémens de durée, ot les avant-coureurs d'un Eu esaminaut les rein

sulement pour si n gouvernement dont lis ea question, Sonlne sont-cc pus plutôt inévitable décadence?

>us politiques de ce singulier peuple, on se demanda ir.iliii'elli'nicnt si dit gouvernement peut convenir à tant d'intérêts ■ »ers et opposés , et si une administration TOûia» tU;ûe serait p»t plus en harmonie aveu \e*^

des populations. Qu'un autre se hasardes soutenir li possibilité de la durée d'une semblable union-, contentons-nous d'exposer les faits. La Louisiane et la Floride produisent du sucre; le soleil du Maine peut à

lus ha bilans , Clin rapport de

comme les produits du sol, n'or caractère ni d'opinion ; la nature a mis entre eux plus de six cents lieues de pays. Ils ne sont liés que par une sorte de machine gouvernementale, grossière et lourde , qui les a privés Je toute sympathie pour le pouvoir qui les dirige. Qu'y a-t-on gagné? un peu de force , je le veuj ; mais pas plus qu'il n'en résulte des traités laits entre les nations indépendantes, et celte force est partout accompagnée d'éternelles jalousies et de conflits interminables. Je me souviens ici , qu'un jour où j'exposais mes seotïmens à cet égard , en soutenant que les fins d'un bon gouvernement seraient plus sûrement et plus facilement atteintes, si l'Union était divisée enplusieurs républiques distinctes, unies seulement pour la défense commune | un membre distingué du congrès ajouta : i Pour le moment, ce plan ue saurait réussir; maïs il est vrai de dire que l'Union américaine n'a été faite que pour nous empêcher de nous couper U gorge les uns aux autres. a Et il ue faut pas croire que ce soit là une opinion isolée; J'en ai retrouvé l'expression partout. L'homme des Etals duSord regarde la constitution fédérale comme la sauvegarde de la tranquillité; il serait à désirer que ce fût un édifice plus solide pour résister aux tempêtes qui le Chaque année doit augmenter ces donner» , et 1; voir bientôt que tout cet appweïl eïAmwi n

i en ace ni.

et laisser

{ durable. Cette <■ on si i tu lion peut résister aujourd'hui i la .| i. .h ..i du tarif, et périr demain comme Ihydropique par un estes de pléthore , uaus avoir même les honui'iirs d'un convoi décent. Déjà , la couvcuiioit d'Harlford a failli lu! porter te dernier coup , et l.i (iètre de* Orolines la travaille phi» fortement encore de nos jours. Elle résistera encore sans Joute à cet assaut; mais avec In doctrine de la nuttiftcatïon, elle ne pourra plus acquérir de force ni de consistance. Quelle sera, en effet , son autorité , eu admettant que chaque Etat ait le droit de contrôler le» acte» du gouvernement ? Accorde* à chaque province de l'Angleterre le même privilège, l'habitant du Leicestershire s'opposera à toute réduction de* droits sur les laines étrangères; Kent et Sarrey , annuleront toutes les taxes sur le houblon ; parlez de loucher ans impôts sur la soude, et Orkneys menacera de se séparer; Dorset et Wils demanderont la continuation des lois sur les grains ; et cependant , il y a peu de jalousie entre les comtés de la Grande-Bretagne ; les intérêts y sont plus homogène* qu'ils ne pourront jamais l'être dans les Etats-Unis.

Parmi les causes qui doivent troubler l'Union , j« me hasarderai à en l'aire remarquer une nouvelle dans riiitluence que chaque Etat exerce dan» l'élection du président. Cette inilueuce est en raison de la population qui augmente plus ou moins selon les Etats; New-York a jusqu'ici l'avantage sur ce point, et rien ne fait prévoir que sa supériorité en ce genre puisse diminuer. Ij'Oiiio prend aussi des aeeroïssemeoa çvodigieui ; eh le temps n'est pas éloigné où Irais ÏAaVa. s*w-r,,rk, O/iio h Pemyljaoa , appayè»*nx *n* ^

I rayante iii;iJL>iil.'iiii m. '']i.|iit-.i ouïront, àl'exclui autres vingt-un Etals, ,lu droit d'élire le président. Ce» Etals porteront-ils patiemment le joug, n'en appelleront-ils pas au congrès pour amenderla constitution ? ils le feront, mais sans succès; car ces trois Etala auront dans les chambres une majorité qui s'opposera à tout amendement. Le principe de l'élection parla majorité numérique, élan t en vigueur dans toute l'Union , ne saurait être attaqué sans ébranler fortement le pays. Ainsi, ceslroisElats seront comme des souverains qui choisiront le président , et prendront toutes les mesure» qu'ils jugeront convenables , sans s'inquiéter des intérêts du reste de l'Union. I.e sénat, il est vrai, est composé de délégués eu nombre égal par chaque Etat ; et celle chambre , quoique toujours dans une sorte d'opposition avec la chambre basse, pourra se prononcer pour le parti le plus faible. Ceux-là connaîtraient peu le caractère américain, qui prétendraient que ces peuples se verraient de sang-froid réduits à une nullité politique. Avec la jalousie qui les divise , rien ni' saurait empêcher, le cas échéant, une rupture complète de tous les liens de l'Union. Ainsi, après avoir long-temps observé l'état des choses , il m'est impossible de ne pas croire que le suffrage universel doive être un jour le roc contre lequel viendra r la liberté américaine. Les vices de ce ayant grands ; mais ils deviennent monstrueux Etals-Unis, où la qualité de propriétaire est m-seulement une garantie matérielle, mais encore e garantie morale. Car, dans un pays où le travail uvb un sa/aire aussi *le\é , \\ ïnul qu'un homme

devenir propriétaire, et il devrait être par cela un-mu privé de tous droits politiques. Mail les législateurs de l'Amérique n'ont pas été guidés par ces considérations; ils ont pris toutes les mesures pour garait lir les droits des pauvres contre les riche» , et n'ont pu pris garde que ces derniers pourraient aussi avoir à redouter les envaliissemens des autres. La protection est toute d'un cfllé ; on a mis l'épée aux mains d'un des combatlans , et Ton a arraché à l'autre jusqu'au bouclier qui lui servait de défense.

Jefferson fut le premier champion delà démocratie dans les Élats-Cnis. Ses concitoyens l'ont appelé Grand ; ils ne le comparaient sans doute qu'à ceux qui l'entouraient. Tour le brillant cl l'activité du rjénîe, il lut inférieur à Itamillon ; niais Ilamiltou était aristocrate dans le cœur et avait trop île dignité pour sacrifier ses convictions aux vains honneurs delà faveur populaire. Ileurcnsi-nn ni [unir Jell'erson , la mort est venue le débarrasser du seul rival qui eût pu éclipser sa réputation . ou mm Lia lire avec avau(:q;e ses principes politiques. Il rencootra Adams et le renversa sans peine avec le fédéralisme , qui reçut le coup de grâce dans la dernière guerre et laissa le champ libre an parti démocratique. C'est en vain qu'on chercherait dans les écrit* de Jefferson des pensées originales et profondes : pendant son voyage en France , il avait été séduit par l'obscur philosophisme dont Diderot et Condorcet avaient été les apôtres; il l'emporta en Amérique, et l'espérienec n'a jamais pu lui persuader d'abandonner ou au moins de modifier ses opinions. U resta atatioaaaîre ; les années se succéiferev.V ,\e» v^âaération» remplacèrent le» géuêraltom , \* X'vW^*'-

française tomba noyée dans des flots de sang , cet homme demeura impassible. Dans sa correspondance , nous le voyons jusqu'à la fin prêchant ses doctrines effrayantes, qui n'ont pu être appuyées que par la guillotine et par les coteries des jacobins. L'esprit de Jeflerson était éminemment prosaïque ; jamais on ne rencontre dans ses ouvrages un éclair d'imagination. Sa bienveillance était bornée à un seul point. 11 avait vu la France , mais n'avait jamais voulu franchir le détroit. Si Bonaparte eût envahi l'Angleterre , les vœux les plus ardens de Jeflerson l'eussent suivi dans cette entreprise , et son cœur aurait plané avec délices sur nos palais détruits, nos cités en flammes et nos champs dévastés. 11 n'aurait trouvé dans son ame aucun sentiment de compassion ou de regret pour le sang, les malheurs, les larmes, les glorieux souvenirs de notre pays. Sec et sans enthousiasme , il était entièrement privé de ces sympathies vives et brûlantes , qui sont presque toujours l'apanage des grands hommes. On a dit qu'il savait haïr : sa haine n'éclatait pas d'abord en bouillonnantes colères , qui s'éteignent peu à peu dans l'indifférence ou dans le mépris ; mais elle était froide et féroce, implacable et éternelle. Les inimitiés des hommes finissent ordinairement avec la vie; la vengeance de Jeflerson venait encore se repaître sur le tombeau de ses ennemis politiques, et la manière dont il parle d'Hamilton , dans sa correspondance , fera peser sur sa mémoire une tache indélébile. 11 n'avait jamais pu oublier que Washington avait toute confiance dans la sagesse et dans l'intégrité d'Hamiltoa. On ne cite qu'un trait de douceur et d'amabilité w Jeflerson, c est sa réconciliation, avec kAaav&yçV^w-

tore peut-on dire qu'il n'y fut porté que par la commune haine que ces deux (tommes nourrissaient contre. Namillon. Le caractère moral de Jefl'erson était repoussant. Tout en prêchant sans cesse la liberté, l'égalité et l'abolition de l'esclavage, il conduisait ses enlàns naturels au marché, et spéculait ainsi sur se» débauches. A ,s;l mort iin'ine, il ne pensa pas à affranchir ses enfans nés dans l'esclavage. Une de ses filles l'ut, il y a peu d'années, vendue en plein marché, à la Nouvelle-Orléans. Quelques amis de ce grand homme se réunirent pour l'acheter et donnera la mémoire du père une marque éclatante de leur admiration (1). H ne reste plus à finir que son épitaphe; qu'un autre s'en charge.

Madison succéda à Jefferson dans la présidence et ne fut que la continuation de ses principes; il ne montra pas la même àpreté de caractère , mais fut aussi privé de son énergie. Son système était le même que celui de son prédécesseur , cl la démocratie ne fit que prendre de nouvelles forces et de nouveaux accroisaemens. Monroé le suivit au pouvoir et voulut prendre un juste milieu. 11 forma sou cabinet d'hommes de différentes opinions, et ne parvint à satisfaire personne. John tjuiney Adauis l'ut élu président par des manœuvres vraiment dégoûtantes; personne, pas même ses concitoyens , ne petit dire quels ont été les principes politiques de cet homme d'état. Apres ses quatre années de présidence , il ne fut pas réélu , à la

grande satisfaction de tonte F Union ; et quoique maintenant encore jouisse de tontes ses facultés physiques et morales r il ne lui reste plus de chance de parvenir à aucun emploi politique de quelque importance. Le général Jackson , président actuel , a toujours été un des membres les plus zélés du parti démocratique. Son arrivée au pouvoir, sa longue expérience, semblent avoir modifié et même changé plusieurs de ses principes. Sa politique est aussi modérée que les circonstances le lui permettent. Sur la question du tarif, ses opinions n'ont pas été parfaitement connues; mais il s'est ouvertement opposé à l'application des deniers publics aux améliorations intérieures, sous la direction du gouvernement fédéral. C'est la victoire de la Nouvelle-Orléans qui a fait la réputation du général et assuré son élection ; aussi sa popularité estelle plutôt militaire que politique. Ceux-là même qui sont ses ennemis , le regardent comme le premier stratégiste de son siècle. 11 est permis de sourire à ces éloges ; mais , faute de mieux , la Nouvelle-Orléans est le Waterloo de l'Amérique.

Puisque j'ai parlé des hommes d'état américains, je ne dois pas oublier un de ceux qui ont joué le plus grand rôle, le colonel Burr, autrefois vice-président des Etats-Unis, qui, en 1800, fut en opposition pour la présidence à JefTerson et à Âdams. On sait que ses différends avec Hamilton finirent par un duel où ce dernier succomba. Ce duel fut cause de la ruine politique de Burr. Il fut regardé comme une calamité nationale, et le vainqueur ne put jamais reconquérir la popularité quil avait perdue. Ce fut après cette malheureuse affaire qu'il se trouva m&\étaix*\mfc wfc*\fv~

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r, dont il devait devenir souverain, son* le nom et le litre d'Aaron 1", roi ou empereur du Texas. Il fut accusé , mais le plus grand mystère couvre encore celte partie de l'histoire américaine. J'ai lu beaucoup de documens sur ce point, et je n'en suis pas plus instruit après qu'avant. Qu'il y ait en conspiration, c'est un fait hors de doute. Des préparatifs furent faits pour rassembler une armée sur 101) io , descendre le Mississipi et s'emparer de la Nouvelle- Orléans. Biirr cl ses amis subirent un jugement; on ne put réunir nssez de preuves contre ce nouveau Catiliiiii, mais ses projets ne démontrent pas moins tonte l'intrépidité de son caractère. Néanmoins, son acquittement par deux jurys ne suffit pas pour rétablir son innocence aux yeux de ses concitoyens. En exécration parmi eux, son nom devint le synonyme de toul ce ipi'il y a de plus odieux et de plus immoral en politique. Il s'exila pendant quelques années de sou pays et visita l'Angleterre; il fut soigneusement surveillé par les ministres, et sa correspondance avec la France ayant pris une tournure beaucoup trop politique, on lui intima poliment l'ordre de quitter le pays, sous le plus bref délai. Burr vit maintenant retiré à New-York, où ses grands lalens et ses connaissances étendues lui donnent encore quelques cliens comme avocal consultant.

Un de mes amis me demanda s'il pouvait m'Être agréable de faire la connaiisaoce de cet homme distingué. J'acceptai; nous allâmes le chercher dans un des quartiers les phàs pauvres de NewOiorV.Y-e co\o- : aor le palier avec toute U ço\\w*sc

d'un courtisan accompli , et nous conduisit à sa petite bibliothèque, formée principalement d'ouvrages relatifs aux lois. Burr est petit de taille , et ressemble beaucoup à M. Percival. Sa physionomie est expressive et pleine de sagacité. Son œil est fin, pénétrant, très-enfoncé; le front saillant, la bouche petite, mais déformée par des lèvres peu gracieuses. Ses autres traits excluent toute idée de beauté , et pourtant je n'ai jamais vu un port plus remarquable. Son expression est celle de l'intelligence, mais on n'y saurait découvrir le mélange des passions fortes et des pensées profondes. Les manières du colonel sont celles d'un homme d'une naissance illustre. Personne ne possède plus que lui l'art de la conversation , et il sait imprimer à toutes les opinions qu'il exprime le cachet de la finesse et de l'originalité. En Angleterre , il se lia avec plusieurs des plus chauds républicains, et je l'ai trouvé parfaitement versé dans toutes les questions qui ont rapport à notre politique nationale. Ce serait manquer à la confiance que de révéler les épaachemens d'une conversation particulière; qu'il me suffise donc de dire , qu'après avoir abusé peut-être de la complaisance du colonel, je pris congé de lui, en lui exprimant tous mes regrets de' voir terminer dans l'oubli une vie aussi brillamment commencée.

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