CHAPITRE XIV
Washington. — Importance de l'éloquence. — Influence des gazettes en Amérique. — Moyen d'acquérir l'éloquence orale. — Longs discours au congrès. — Style des orateurs du congrès. — Manque d'organisation.
— Réclamations de M. Monroë. — Réclamations du commodore Décatur. — Débats sur les réclamations. — Débats au congrès. — Eloquence des Américains. — Éloquence de congrès. — M. Randolph — M. Tristram Burgess.
— Discours de M. Burgess. — Talent du congrès. — Législateurs américains. — Discussion dans le Sénat. — Gouvernement purement électif. — Dépendance de la législature. — Burke. — Élection du Président. — Message du gouverneur Chiston. — Registre annuel de l'Amérique. — Inconyéniens d'une magistrature suprême élective.
Si le sol des Etats-Unis n'est pas favorable aux propre* de la philosophie et de \a\\\.\&Tatawe,> ceux de l'éloquence doivent y être rapvAev^t , Aau%\u^v\*
où les dépositaires du pouvoir sonlsi nombreux, elle est indispensable aux succès de l'ambition. Sous un gouvernement despotique, l'éloquence de la chaire est la seule qui puisse se faire remarquer. Aucune sympathie n'existe entre les [jouvernans et les gouvernés; cette habitude d'obéissance passive est incompatible avec l'exaltation de la pensée et du sentiment qui caractérise la véritable éloquence. Haïs dans une république, les interdis de tous sont sans cesse discutés; l'orateur se trouve toujours placé sur un grand théâtre ; tout ce qui respire dans l'univers est soumis â son empire et obéit à l'impulsion de son génie.
En Amérique, l'avancement politique ne s'obtient que par la persuasion. Eu Angleterre, ce genre de talent trouve aussi le» moyens de s'exercer; maïs son influence est diminuée par mille autres avantages , tels que le rang, la fortune, les alliances , les droits héréditaires, qui ouvrent à l'ambition une carrière brillante. On sait combien le pouvoir de prérogative se faitsentîr; est-ce un bien, est-ce un mal? je l'ignore. Rien de tout cela n'existe aux Etats-Unis, le rang y est inconnu , les grandes fortunes y sont rares, et souvent les premières charges de la république mit été accordées plutôt en vue d'intérêts particuliers, que pour satisfaire au bien général. Ou ne peut se former une idée du nombre de candidats qui sollicitent les places du gouvernement; et comme chaque individu veut l'emporter sur son rival, en donnant une preuve de supériorité , il en résulte que l'opinion politique est disséquée avec un soin qu'il serait difficile au plus habile métaphysicien de surçasaM. Sais tous entrent duos la lice, couverts icioifeme^ -tvùs»
cïtoyi twnt
déployant la même bannière, s'en rapportant ai arbitre et aspirant aux mûmes récompenses. Toute» les protections possibles sont entre les main» du peuple , lui seul distribue les honneurs et décide îles affaires les plus importantes.
Aux Etats-Unis, ce n'est que par l'éloquence orale et parles journaux qu'oit peut espérer d'obtenir quelque inQuenee sur cet arbitre irresponsable. On ne peut se l'aire une idée de l'empire que ces gazette» exercent sur le peuple, et de l'activité avec laquelle on [6i répand de tous côtés. Les neuf dixièmes de la population ne lisent pas autre chose, et on ne peut travailler les esprits que par ce moyen. Chaque village, je dirai presque chaque hameau , possède une presse qui répète les nouvelles , et sert d'arène à tous les gladiateurs politiques qui veulent exercer leurs talens et propager leurs idées. Les directeurs de ces journaux sont en général des hommes sans éducation , mais dangereux , exagérés dans leurs louanges comme dans leurs critiques , habiles à faire valoir tout ce qui peut être utile à leur intérêt , îndifférens pour toui le
Le public se laisse volontiers conduire par cette classe d'écrivains. Les livres circulent difficilement dans un pays où la population est clairsemée , et l'homme le plus solitaire ne consentirait pas à donner la moindre portion du fruit de son travail pour s'en procurer. Les journaux, aux États-Unis, pénètrent partout; les lieux les plus reculés trouvent moyen de correspondre de cette manière avec leurs con* citoyens. C'est ainsi q\ic \;i dmaKOt du monde parrient à l'oreille de VhoTnme Aw AéieW, «At -à™v
sans cesse an courant de tout ce qui s'y passe.
Les journaux ont une influence toute particulière. Ils constituent l'existence du moment; ils forment une chaîne entre le passé et l'avenir; ils deviennent indispensables à la vie ; ils ne froissent jamais les intérêts. Ils sont lus, mis de côté jusqu'au lendemain; tout leur pouvoir est Jointe sur la distraction continuelle qu'ils procurent, et comme dit un vieux proverbe; la goutte d'eau qui tombe finit par user la pierre.
Maïs la presse sert plutôt à défendre et à répandre les principes d'un parti, qu'elle n'est favorable à l'ambition individuelle. Il est rare qu'un journal soit utile à son directeur; il circule daris mille endroits dilïërens, où le nom et l'existence de cet homme sont tout-à-fait inconnus ; il devient pour la masse de ses lecteurs plutôt un être aérien et mystérieux, qu'un homme, buvant, mangeant, et s'habillant comme eux.
C'est pourquoi, en Amérique, l'influence de la plume, quoique très-étendue, n'est que secondaire on comparaison de celle de la parole ; l'écrivain qui fera valoir les opinions de son parti avec beaucoup d'habileté , les soutiendra avec une grande force logique, ne sera peut-être qu'un orateur médiocre; et cependant le suffrage des électeurs ne s'obtient guère que par 1 éloquence. Ainsi la plus grande partie de la législature fédérale se compose d'avocats , tous hommes babil ml-s par leur profession à parler en public. Les marchands , les grands capitalistes do New- York, Boston, Philadelphie et autres grandes villes , que je regarde comme les citoyens les plus éclairés du pays, sont exclus de la représeutatid'a, parce qu'ils manquent de taleiis oratoires , ftV "fe. »«\\
,-ec autant de rigueur que si la loi en I
r nui électeurs.
L'acquisition d'une l'acuité aussi importante d le but principal de l'éducation en Amérique. Le fesseurs d'éïoculion, qui trouvent moyen de d leurs phrases ampoulées à des hommes médiocres, abondent de tous côtés. L'enfant américain s'exerce à parler dès la première année de ses études ; au collège, il prononce des discours en publie; plus tard il se lait recevoir dans des sociétés parlementaires, et bientôt il se fait connaître des électeurs dont il aura peut-être besoin de briguer le suffrage. 11 exerce ensuite les fonctions d'avocat ; et le chemin qui mène à la gloire et à la faveur s'ouvre devant lui. 11 ne tardera sans doute pus à être nommé membre de la législature d l'Etal où il est né j s'il ee distingue dans cette d velle carrière il devient député au congrès , voirs législatifs prennent une plus grande exlensl mais quel que soit le degré de supériorité qu'il atteint, il n'est jamais sûr de conserver la faveur de ses constituons ; il a tout à craindre de la jalousie. Les habilans de chaque district sont en mouvement j pétuel, tant ils ont peur que leurs pas défendus à la législature; ils attachent aussi h coup de prix au rang qu'occupent leurs représenta au congrOs , et se croiraient très-humiliés si les affaires importantes s'y traitaient sans leur participation. Le joug de pareils électeurs n'est vraiment pas facile à porter. Quand lus papiers publics ne l'ont pas souvent mention de lonj-s discours de leurs représentons, le meconlcntement est ùsao comble-, de laces torrent, de paroles inutiles i\u\ ué\>oïieiA\« t
.ure de e uousesde.
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nt pere soient sibe*,.
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, plus qu'aucune autre assemblée délibérative. La réélection dépend de la faconde ; il faut donc tolérer les discours sans fin et sans but, les déclamations et les divagations des orateurs. On lit continuellement dans les journaux les annonces suivantes ; « La séance d'hier, à la chambre des représentans, a été remplie par la suite de l'improvisation brillante de M. Tompkins, il remontera demain à la tribune. On pense qu'il terminera son discours vendredi ; mais, à cause de la multiplicité de» affaire* , M. Jefferson-Bagg ne pourra sans doute commencer la réplique avant mardi prochain ,* elle se prolongera peut-être jusqu'à lu fin de la semaine. >
En effet, les discours, au congrès, se prolongent, souvent pendant dix-huit à vingt heures. L'orateur, après avoir donné une si belle preuve de fa force de ses poumons, iàit circuler sa harangue sous la forme d'un pamphlet de cent cinquante pages environ, d'une impression très-fine; un nombre considérable d'exemplaires sont destinés aux constituans, qui mordent à l'appât ; le députe , à la fin de la session , revient dans son paya natal , où il est loué , fêté , encensé et réélu.
Le peuple américain jouit en Amérique d'une grande réputation de jugement; mais ceux qui ont l'avantage d'assister à ses assemblées législatives, perdent beaucoup de cette bonne opinion. La manière de discuter les affaires au congrès est une violation flagrante des règles les plus simples du sens commun; te style de l'orateur est toujours lâche, jamais de suite dans h idées, jamais concluant. Ni lui, ni ses auditeurs ■ s'inquiètent du sujet de la diacussion.jlesdéç\il.*;ft,i
prennent part aux débaVs (yue AaJifcXes
poir d'y briller personnellement. H a que les affaires pressantes , qui ont donné lieu à la convocation de l'assemblée, sont les seules dont il oc soit pas question.
Il est clair que cette manière de discuter, si toutefois on peut appeler cela discuter , ne pouvait lîlre admise que dans une assemblée qui a du temps de rente à prodiguer à ce* intermèdes oratoires. Elle ne pourrait être tolérée dans le parlement anglais , que les affaires multipliées de l'Etat obligent à être si économe de ses momens. Les intérêts d'une grande nation sont trop graves pour être traités en jouant, et le temps est trop précieux pour l'employer à de vains discours. Il faut croire que le congrès américain n'a pas grand'chose à régler. Tous les petits détails de localité et de législation municipale forment les attributions du gouvernement de ebaque Etat ; il ne lui reste donc à s'occuper que du commerce intérieur et des affaires étrangères. Les membres du congrès ne sont jamais pressés de retourner dans leurs provinces, car ces heures qu'ils accordent aux affairée publique» leur sont assez largement payées ; les plaisirs de Washington, de beaux appointe mens , l'avantage cle briller aui yeux ile leurs constîtuans, tout cela, réuni, engage les députés à prolonger la session autant que possible, et la farce se joue d'un commun accord. Les discours interminables sont tolérés, sans être écoutes; et toutes les manœuvres employées pour traîner les affaires en longueur , sont toujours couronnées de succès.
l'explication des (ails donV i'ai ttyjà çarlé; ceiithnt on peut les aUr'iWct encoTiTa «C\\\% ^
Ul ims-isis. SI
circonstances. Quoique l'esprit de parti te dessine faiblement, il est vrai, dans les deux chambres, et que les débals politiques y soient discutés avec vigueur, le manque d'organisation se fait sentir dans l'attaque comme dans la défense. Personne ne sait ni s'entendre ni se réunir; les mouvemens de chaque parti se font sans régularité et sans préméditation ; au lieu de former un corps bien organisé, de proclamer ■les principes fortement raisonnes, pour attirer des partisans, les assauts sont livrés par des combattait» détachés et sans influence , qui mêlent leurs idées personnelles à l'opinion du parti qu'ils représentent, ce qui rend impossible tout système général de coopération- On s'aperçoit toujours, quelles que soient les affaires qui occupent les chambres , que chaque individu agît pour lui-même , cherche avec avidité l'occasion de déployer, devant ses collègues, toute l'originalité de ses pensées.
Personne ne peut donc jamais deviner, d'après le sujet, quelle tournure prendra la discussion; un mot, un argument , une allusion , suffisent pour amener les débats sur un terrain étranger à la question , et souvent il m'a été impossible de découvrir, pendant toute une séance , sur quoi la chambre se trouvait divisée. On est sûr, au moins, en Angleterre, qu'une proposition sur le code criminel ne vous entraînera jamais à discuter sur les chemins , les eaux de Plymouth, la charte de la compagnie des Indes, etc. ; mais en Amérique, une discussion au congres est u pèce de chasse au clocher : personne ne connaît le pays qu'il va parcourir.
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idage de style , c'est de lenir le» membres si
continuel. Chaque représentant d'un distriel doit toujours être prêt à répliquer à son adversaire. Aucun membre (à la chambre des communes surtout) ne peut s'absenter pendant une heure, arec sécurité . lorsqu'un orateur du parti hostile, selon l'expression américaine, est en posseision du parquet. Souvent. en entrant au Capitole, j'ai demandé à plusieurs représentons si In discussion serait intéressante ce jourlà ; ils me répondirent tous qu'il n'était pas possible de le prévoir ; que le sujet le plus insignifiant pouvait lout-à-coup amener une discussion des phiB vives. Mal» je me suis étendu trop long-temps sur ces matières j cependant , je veux citer encore quelques cirrap portent.
Les premiers débals auxquels j'assistai roulaient réclamation faite aux Etats-Unis par le prési- I Monroê, pour obtenir la somme de soixante millu celte réclamation avait été long-temps repoussée, puis renvoyée aux commissaires de la cbuodes représentans qui , après un sévère examen , firent un rapport en laveur de la demande. La quesvint enfin à être discutée : « La dette réclamée M. Monroè est-elle juste ou non? « Bien ne pouut £tre plus simple ; ce n'était qu'une affaire de chiffres à régler. Devinez comment elle fut traitée à la chambre des représentans? On parla à peine de la validité réelle ou non de la réclamation. Quoique les comités eussent fait plusieurs rapports en faveur du président, personne ne songea à prouver l'injustice île leur décision. Maison \wrU beaucoup du caractère pnlitiqitp de M. Monroë , Ae*ç
de ta Virginie, des tentatives de ce pays pour gouverner l'Union, et de sa politique égoïste. Puis, une chaleureuse discussion s'éleva pour décider lequel de M. Monrofi ou de M. Lïvingston, avait contribué à la cession de la Louisiane. On s'échauffa de part et d'autre ; un membre turbulent de la Virginie fut souvent rappelé à l'ordre. Un député déclara qu'il avait toujours désapprouvé l'administration de M. Monroê, et qu'il s'opposait maintenant au paiement de la dette; personne ne répliqua. Un autre pensa que M. Monroë serait très-heureux d'obtenir la moitié de ce qu'il demandait; il proposa un amendement à ce sujet, qui passa , je crois , après beaucoup de déclamations et de bruit.
Une autrp discussion pareille fit sur moi une vive impression, et achèvera de donner une idée de la manière dont se traitent les affaires à la chambre des représentais. Le commndore Décatur, à la tête de sou équipage, s Y-lait distingué sur la Méditerranée, et sa veuve réclamait la somme due à son mari , en récompense de sa belle conduite. J'ai oublié les détails de cette affaire; mais peu importe. Le commodore, n'ayaut pas de famille , avait léjjué tout ce qu'il possédait à sa femme, que des circonstances malheureuses avaient réduite depuis à la misère. Lorsque j'arrivai, les débats avaient déjà commencé, et tout le monde semblait disposé à faire droit à la réclamation. Tout cela était très-intéressant, mais ne suffisait pas pour captiver l'attention d'un étranger; j'eus l'idée devoir ce qui se passait au sénat. Pendant que je causais avec un de ses membres , la discussion o,ue j'aNawVùwM. , » ^iman et donna lieu à de nombreuses oççosvVS
On des membres prétendit que cet argent étant p dpaleraent destiné à secourir la veuve du commodore, on devrait s'écarter des relies ordinaires, et accorder une somme plus considérable au chef de la Hotte; la mnjoritû repoussa cette proposition. La discussion devînt plus calme ; tout faisait espérer qu'elle se terminerait promptement et d'une manière satisfaisante. Tout-à-coup un député se leva et dit que toute conclusion était impossible ; car le commodore, en léguant tout ce qu'il possédait à sa femme, croyait laisser peu de chose; qu'on ne pouvait donc pas savoir quelles auraient été ses intentions, s'il avait prévu l'accroissement de sa fortune. Il s'opposait avec force à ce qu'on accordât à la veuve la jouissance de biens aussi inattendus. Cependant, celte dernière ne manquait pas d'avocats zélés et habiles à faire valoir ses droits ; ils vantèrent son amabilité et sa bonté et soutinrent que ta chambre n'avait pas à s'inquiéter de ce qu'aurait pu faire le commodore , mais devait se borner à remplir les dernières volonté» exprimée* dans son testament. L'affaire devint de plus en plus embrouillée; de nouveaux sujets de dispute s'élevèrent. En admettant que M™° Décatur eût la jouissance de cet argent pendant sa vie, était-il convenable qu'elle put en dis posera sa mort , au détriment des parens de son mari? ceci fut chaudement discuté. Un monsieur prit la parole , et , dans un discours pathétique , vanta les perfections de deux jeunes personnes , filles d'une sœur ipitaine, dont les malheurs égalaient le mérite. Voisin de campagne de ces filles accomplies, il refu- ['( d'accorder le9 bietw âXa^ewie, si les nièces du i ne devaient cas en wksvo»\«m \>*A. '
discours produisit grand effet; les partisans des jeunes filles (composés de tous les hommes à marier de la chambre) étaient fort nombreux, lorsqu'un anLre membre, plus âgé et plus grave, vint fixer l'attention d'un autre cûté. 11 informa la chambre que le frère du eommodore avait élé son ami intime, et qu'il était mort, laissant très-peu de fortune à sa famille; il pensait que les fils d'un frère devaient l'emporter sur les enlàns d'une sœur, et qu'il était juste de voter en leur
Les amendement se multipliaient; chaque discours faisait naître de nouveaux obstacles. On m'assura ( et je n'eus pas de peine à le croire ) que la majorité était favorable â la demande , telle qu'on l'avait présentée dans l'origine ; mais les opinions diverses des partis opposés empêchèrent qu'on en vînt à une décision. Les uns voulaient tout donner à la veuve, les autres a la famille du frère , d'autres à celle de la sœur. Plusieurs proposèrent un partage général, tandis qu'un parti puissant trouvait convenable d'accorder la somme sans imposer de conditions. linliu , après une perte considérable de temps, rien ne fut terminé, et l'aflàire l'ut renvoyée à la session prochaine, où la farce que je viens de décrire se continuera sans doute avec le même comique.
Dans mes heures passées au Capitole. je me suis attaché à observer celte méthode par laquelle une question très-simple dans l'origine, devient pendant le cours des débats, si compliquée et si contraire â la raison , que le dialecticien le plus habile n'y pourrait rien comprendre J'ai souvent essayé de découvrir et qui occupait /assemblée, mais en vain-, me» mm*\«&-
tUM» étaient presque toujours fausses. ïl est v souvent les amendement se multipliaient au point d'embarrasser les membres eu.t-mémes. lia ae voyaient forcés de demander des explications au président, et rien ne me donne une plus liante idée de la capacité de cet homme d'état, que l'habileté avec laquelle il rappelait l'état de la question, et empêchait la chambre de se perdre dans le dédale qu'elle s'était créé.
Il ne serait pas juste de se reporter aux premiers jours de la république , pour juger de l'éloquence des Américains. A celle époque elle se faisait seatîr par les actions et non par les phrases. Ceui qui vivaient dans les camps, l'cpée toujours à la main pour conquérir la liberté, n'avaient pas le temps de songer au i ligures de rhétorique; les paroles qu'ils adressaient à leurs compatriotes étaient énergiques et dignes de la grande œuvre qui les occupait.
L'indépendance nationale une fois assurée, tout prit une figure nouvelle. Le talent oratoire, dans les occasions criliques, lorsque de puissans intérêts sont agités, que les hommes se livrent avec force à leurs eouvictions, est moins un art qu'un élan. Dans les temps ordinaires, il devient une branche de l'éducation indispensable à certaines professions. La génération nouvelle en Amérique ne voulut pas, comme «es aïeux, se contenter de la simple ««pression de ses senlimens et de ses opinions, sans fleurs de rhétorique , sans phrases étudiées ; elle voulut s'élever plus haut, mais son audacieuse ambition surpassa de beaucoup ses moyens. Ce que nous avons recueilli jus- </u aujourd'hui prouve nu manque total de goût, d'ori- U'ualiié et d'imagination, taûfa àatrt «
AUX ETATS-rail. 57
politique nouvelle, parlant la bagne, adoptant les
lois des Anglais, comptant sur leur littérature, l'Amérique a trouvé plus facile Je briser les liens de l'esclavage physique, que de se débarrasser de ceux qui retiennent encore leurs esprits sous la dépendance. La I'orce, la bravoure , ont pu rivaliser avec celles de leurs ennemis, mais les progrès intellectuels n'avaient pas atteint le degré nécessaire pour obtenir sur eux la ntpériorké d'esprit.
C'est ainsi que, dès l'origine de leur mdépendsnce, les Américains devinrent un peuple imitateur: personne tliez eus ne pouvant leur tracer de route, ils suivirent les exemples d'une antre nation , sans chercher à savoir s'ils pourraient convenir à leur pays. Entourés de tous les éléuieus delà nouveauté, dans lin monde où rien n'avait encore été exploité, ils renoncèrent àlotis les a.\aiitii;;cs qu'ils pouvaient en tirer. pour copier un peuple, qui ne leur accorde même pas le mérite d'une heureuse imitation.
L'imitation , e.n l'ait d'éloquence , excite peu l'admiration. Tout le monde sait que, pour produire del'eSet, cet art doit non-seulement se conformer à la situation générale de la société, mais à l'esprit , auv usages, aux sympathies, iu\ préjugés des auditeurs. Telles images qui agiront avec I'orce sur un peuple, ne feront aucune impression sur celui dont le climat, les habitudes et les préventions sont soumis à d'autres influences.
Le plus grand délaut qu'on puisse reprochera l'éloquence américaine, c'est qu'elle H'cslpas américaine. Oiiaïul un voyageur parcourt les Etats-Unis et observe la (orme de la société, qu'il voit une çoç\\Va\W\
'i oombreutQ dupenés sur un tetnôtn wkomdwWi -
un pays dont l'aspect diffère entièrement de celui dt l'Europe, l'abscnceduliixc, lesmanifreselexpress" peu polies, le manque général de science littéraire, les conséquences sans nombre qu'entraînent les institutions démocratiques, il s'attend à trouver dans l'éloquence d'un peuple semblable , des images en rapport avec sa situation. Sa première visite au congrès le confirmera sans doute dans cette opinion. Il trouvera dans le Capitole, à Washington, deux assemblées; l'une, composée de gros fermiers, l'antre, d'avocats ; des hommes dont la seule tournure annoncerait de l'aversion pour les grâces et l'élégance d'un monde civilisé , grossiers dans leurs manières et leurs goûts, exprimant le phji profond mépris pour tontes les sciences cpji ne rapportent rien ; l'impression ne serait pas aimable, mais on se féliciterait au moins de voir un cuisinier de Washington nous débarrasser, au profit du peuple ou de sa vanité personnelle, des lieux communs, des discours ambitieux el fleuris de nos orateurs anglais- Toutes ces illusions du voyageur ne tardent pas à s' évanouir; jamais ii ne découvrira dans aucun disi-ours la moindre trace d'originalité, mais ou l'accablera sans pitié de citations latines, tirées des livres classiques de quelque- académie voisine; ony ajoutera des vérités morales et politiques, soutenues avec emphase, et dont les preuves ne seront rien moins que persuasives; on le fatiguera de louanges prodi- [peuses au gouvernement et à l'intelligence du peuple; il faudra qu'il prèle l'oreille aux prétentions d'une vanité insatiable. 11 aura beau s'élever avec l'orateur jusqu'aux régions célestes , et descendre avec lui dans t'abîme, il ne verra jamais t\v'«ïieç»ToOiwnMi\ *
tée, une espèce de plagiat maladroit, une imitation gauche d'exemples inapplicables, la iàrce ridicule et burlesque d'un paysan jouant la pantomime ; enfin le véritable cachet oratoire des Américains se trouve dans la grossièreté et l'oubli des convenances sur lesquelles repose la véritable éloquence,
ï.e nombre des membres du congrès qui ont reçu ce qu'on appelle aux Etats-Unis une éducation classique, est très-borné; et la plupart de ceux-là même n'ont pas conservé de leurs études assez de souvenirs pour tirer parti des grands écrivains de l'antiquité. La majorité de la chambre ignore les langues anciennes et les chefs-d'œuvre qui les immortalisent; c'est donc perdre le temps , et pousser à bout la patience de pareils auditeurs , que de citer à chaque instant les auteurs classiques. Cependant ces citations savantes sont beaucoup plus fréquentes à la chambre des représentais en Amérique, que dans celles du parlement en Angleterre. 11 est très-curieux de voir des hommes a nli -littéraire s farcir leurs discours de pensées qu'ils ont ramassées dans leurs lectures superficielles, lin membre accusé ne répondra pas à son anglais, mais il s'écriera : tetamim* s'il trouve l'occasion de parler de , il prononcera ces paroles de Téreuce :
i, humant niliil. avec un accent pathétique, la main droite sur le cœur. En un mot, les députés, semblables au cosniognisle du Vicaire de Wakefleld , se ménagent toujours un moyeu de jeter de la poudre auxyeux.
Éi'euJiinl mon séjour a Washington m débat qui excitait dans le puWW un
adversaire e; belle et sine philantropie
térêt. 11 s'agissait de la nomination de M. Randolph , comme ministre à la cour de Russie. On parla de lui en ces termes : Fan 1830, le cabinet de Washington jugea convenable d'envoyer un ministre à la cour de Russie. M. Randolph , homme de grande capacité et doué de talens remarquables pour la controverse , fut choisi pour remplir cette importante mission. Jamais il n'a été investi d'aucune charge dans le gouvernement, cependant il a su fixer l'attention du public, en excitant l'admiration des uns et la haine des autres. Jamais homme en Amérique n'apporta dans les débats une ironie plus mordante; aucun n'aurait osé comme lui se servir d'une arme aussi dangereuse. M. Randolph ne jouit pas de la réputation d'un homme d'état parmi ses concitoyens : l'opposition est son élément. Toutes les administrations qui se sont remplacées pendant l'espace de trente ans, ont été en butte à ses attaques vigoureuses. Ses épithètes ingénieuses et énergiques pulvérisent, pour ainsi dire, eeux qui excitent sa colère. M. Randolph est aristocrate dans ses habitudes et sa manière de voir ; cependant il a toujours été l'avocat le plus zélé des principes démocratiques. Ainsi que M. Jefferson , il déteste la littérature et la société françaises, et accorde à l'Angleterre et à son gouvernement plus de louanges qu'il ne mérite peut-être. Parmi se» nombreux talens , on ne doit pas oublier de parler de ses connaissances étendues sur la généalogie des pairs de la Grande- Bretagne.
Quand la place de ministre à la cour de Saint-Pétersbourg fut offerte à cet \iommfc Y^maxcuiable , il fit répondre au président que Y&afc fa «a. m^^\\».
permettant pas de braver les rigueurs du climat de Russie, il ne pourrait 1'accepler n moins qu'il ne lui lût permis de passer les mois, d'hiver m Londres ou à Paris. La permission fut accordée, elM.Randolph partit; il laissa derrière lui beaucoup d'ennemis. Tous ceux qui avaientété victimes de son éloquence épiaient avec avidité les occasions de se venger d'un adversaire aussi formidable.
Peu de jours avant mou arrivée à Washington, on vint à parler de cette nomination dans les débats; M. TristrnmEurgess.deRbode-Island, fit une sortie virulente contre le gouvernement et M. Randolpb ; ce qui donna lieu à la réplique de M. Cambreleng , député de New-York, et sans contredit le politique le plus habile de l'Union. Il prit chaudement la défense des ministres ; mais je dois avouer qu'il s'emporta audelà des limites imposées à lu discussion parlementaire. Par malheur, M. Tristram Enrgess, homme très-âgé, avait le nez recourbé , le haut de la léle chauve, et quelques cheveux blancs sur les côtés. M. Cambreleng, faisant allusion à ces particularités, parla des feux de l'Etna, brûlant sous les neiges du Cauease, et finit , en comparant son adversaire à un vautour dépouillé ; c'est le comble du mauvais gofit : mais je connais assez M. Cambreleng, pour élre persuadé que, s'il avait pu s'expliquer, il aurait renié toutes les expressions capables d'offenser le vieillard, demanda d'explication ; la chambre ajourna l'affaire, qui ne fut reprise que trois aprê.
A peine avais-je mis le pied danaVJas\ûnçJ.<m.,n£i t «'occupait d'avance de VatèçVvçv; '
chez tous les peuples du monde , mahométans ou chrétiens , barbares ou civilisés , tous se montraient pleins d'égards pour le vieillard. La Bible même nous apprend que la chevelure grise doit être regardée comme une couronne glorieuse. Les hommes vieilliront tous, à moins qu'ils ne meurent jeunes , et pas un membre de cette chambre n'échappera au sort commun , etc. Ainsi de suite , pendant un quart-d'heure.
Ayant épuisé tout ce qu'il était possible à l 1 homme de dire sur les cheveux gris, il en vint aux têtes chauves. Il avoua, avec candeur, que cela pouvait, en effet, passer pour un défaut, la nature voulant que le crâne de Phomme fût couvert de cheveux , ce qui est pour lui non-seulement une chose utile , mais encore une parure. Je ne me souviens pas si M. Burgess profita de l'occasion , pour faire connaître à la chambre les vertus de la graisse d'ours et de l'huile de Macassar. Je m'attendais à un épisode sur les bonnets de nuit et les perruques galloises; mais l'orateur garda là-dessus le plus profond silence. Il se contenta d'informer la chambre que plusieurs grands héros et grands philosophes avaient été privés d'une chevelure épaisse : qu'Aristote était chauve, ainsi que Jules César, etc
Enfin, il n'abandonna ce sujet, qu'après l'avoir retourné dans tous les sens , et en avoir rassasié l'auditoire. Puis le vautour fut introduit et voltigea si longtemps sur la tête de l'adversaire de M. Burgess , qu'on était impatient de le voir en possession de sa proie , pour en être débarrassé; afin de rendre justice, il faut avouer que le vautour était unokwi ^ctfkuie, redoutable en apparence , mais swas \>^ ^v <y&^fc*.
L'orateur le traita , il est Trai , avec beaucoup de légèreté; car, après l'avoir fait voler pendant trois heures dons la salle , il affecta pour lui le plus grand mépris, et annonça que lui, M. Burgess, s'élevait à la hauteur de l'aigle, et ne craignait pas d'être terrassé par un hibou stupide. H n'y avait plus moyen de tenir son aérien* ; on en était heureusement à la lia de la séance, et les membres se dispersèrent avec une gai te JoDtje fus étonné, après une pareille épreuve.
Je me suis permis peut-être une trop longue critique, et je reviendrai maintenant sur les objets qui méritent des louanges. Les hommes du congres ne sont pas saas talons; ils ont une sagacité intérieure et pratique qui, sans approcher delà dignilé philosophique, convient peut-être mieux à l'administration d'un gouvernement comme celui des Etals-Unis. Les législateurs américains parlent comme des Cous et agissent avec prudence; ils sont le contraire de Charles II, qui, selon Kochester , n'a jamais dit une bêtise , et n'a jamais rien fait qui eût le sens commun. On ne doit pas juger de ces hommes d'après leurs paroles; il faut aussi peser leurs actions avant d asseoir un jugement sur leur caractère moral et politique. Quand bien même il ne s'opérerait pas de changemem dans leur situation , ils pourraîenl faire mille bévues, mais les intérêts du peuple ne souffriraient jamais de leur opiniâtreté à les soutenir ; on juge moins des mesures , dans ce pays, par leurs conséquences futures, que par leurs résultats immédiats. Il y a au congrès beaucoup de clarté dans la manière de voir, mais pas d'extension dans les idées; une grande perspicacité. -^w* > les effets, niais rien de ce.U.« KacnAlh » V*
préroir h
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cieuse avec laquelle on parvient à lier ces effets aux causes, et à suivre les traces des conséquences bien au delà des bornes de l'expérience déjà acquise. Ils sont plutôt remarquables par la finesse que par la prévoyance ; ils ont les qualités nécessaires pour profiter des circonstances 9 mais ignorent entièrement l'art de les diriger.
J'ai déjà dit que le style oratoire au sénat est supérieur à celui de l'autre chambre ; tel fut mon opinion dès le premier jour; elle s'est confirmée depuis. Les défauts de ces deux corps législatifs ne diffèrent cependant qu'en plus ou en moins ; la manière de discuter est tout-à-fait semblable ; • au sénat , on parle moins pour le plaisir de briller, moins de phrases ampoulées, moins de véhémence ridicule, qu'à la chambre des représentons. Les membres du sénat dépendent du peuple , mais ils ne sont pas en butte à une foule de coteries particulières; ils dépendent surtout d'une classe d'hommes plus élevés , qui possèdent de grandes propriétés, et auxquels sont confiés les plus grands intérêts. Comme les sénateurs ne sont pas aussi nombreux que les députés, les querelles éclatent moins souvent dans les débats ; les argumens se rapprochent davantage de ceux de l'homme d'état, et s'éloignent un peu de cette déclamation d'écolier ; en un mot, tout s'y passe avec moins de fracas et plus de profit.
Le sénat renferme des hommes dont pourraient se glorifier toutes les assemblées législatives du monde* Ceux qui ont fait sur moi la plus vive impression sont : M. Livingston , aujourd'hui secrétaire d'état , et M. Webster, dont les talens, comme magistrat et orateur, sont des plus remarquables. J'aurai l'occasion
ile parler plus lard avec délai] de ces hommes distingués et de plusieurs antres avec lesquels je fis connaissance pr-ml.ini mon séjour à Washington ; j*ai entendu aussi avec plaisir au sénat les discours du général Hayne, de l 1 Amérique du Sud (étant gouverneur de cet Elat, il faillit compromettre le repos de toute l'Union), et un de M. 'fazewell, de Virginie, orateur logicien , clair, fort et précis dans ses argumens. Le général Smith, de Maryland, et M. Forsyth, de Géorgie, me parurent exempts de ces défauts si communs chez leurs compatriotes. J'étais sûr, en les voyant monter à la tribune, qu'ils avaient quelque chose d'intéressant a communiquer. Il faut avoir assisté aux débats des congres pour savoir apprécier ce mérite à sa juste valeur.
Parmi les avantages du sénat sur la chambre des représentai, il ne faut pas compter le laconisme; chaque sujet est pesé avec minutie, on s'arrête pendant des siècles sur des bagatelles, et, ce qui m'é tonna le plus, c'est que les jalousies du pays sont encore plus marquées ici que dans l'autre chambre. Il faut sans doute en attribuer la raison à la position des sénateurs; ils représentent un seul Etat, ayant ses lois, ses intérêts, ses préjugés particuliers, et forment tin des membres souverains de la confédération. Lorsque l'un d'eu* exprime son opinion sur un sujet, il parle au nom de son gouvernement ; il est naturellement jaloux du degré de respect accordé à une aussi importante mission; puis il y a toujours une antipathie cl une sympathie d'Etats , une disposition à attaquer les uns et à soutenir les autres; celte haine «uii eiisliî entre Je nord et le sud de V \mèr\(\\ve , HttfetA
dont le venin se répand sur toute la magistrature.
Rien n'est plus nuisible aux Etats-Unis que cet esprit de scission qui se glisse dans les délibérations du congrès. Le représentant d'un Etat ne se croit nul* lement obligé de veiller aux intérêts de ses voisins ; il ne songe qu'à réaliser des avantages pour son dis* trict ; des cabales , des supercheries sont employées à cet effet. Une législation sage et durable ne peut naître d'un égoïsme pareil. Jamais les mesures ne sont adoptées dans l'intérêt du bien général , mais pour satisfaire les ambitions particulières ; la moitié de l'Union est toujours armée contre l'autre. Toute sympathie paraît impossible; les jalousies se changent en haines j la mine est creusée , une étincelle tombe , et cette grande constitution fédérale se disperse en mille fragmens.
La plupart de ces fautes si graves naissent de la forme du gouvernement, c'est-à-dire parce que le pouvoir exécutif et législatif est tout-à-fait soumis à l'élection 3 les magistrats, ces dépendans serviles du peuple, sont obligés d'adopter les principes dictés par leurs constituans.il n'appartiendrait qu'à des hommes plus solidement assis que ceux du congrès , d'arrêter le torrent populaire , au moyen d'une politique ferme et éclairée. Les hommes publics peuvent, dans d'autres pays , trouver convenable de devenir les parasites du peuple, mais en Amérique ils y sont forcés ; ils sont esclaves et connaissent leur position; il faut qu'ils agissent, qu'ils parlent , qu'ils votent , selon le bon plaisir de leur maître. C'est en vain qu'ils cherchent à dissimuler leurs chaînes, elles entourent leurs membres, y laissent des meurtrissures , et paraV^nt. \c\xt* mwxN^m^as.
Quel système plus immoral que celui qui oblige l'homme jalons de la faveur populaire de suivre nue marche dé tournée ? il amasse une foule de dogmes de toute espèce, susceptibles d'être changés ou modifiés, selon le goût ou le caprine du jour.
Ou trouve cependant des yens qui s'élèvent plus haut , et dont les opinions prononcées nont aucun rapport avec celles des harangues du congrCs et des déclamations du A juillet; ces hommes ne pourraient se soumettre aux exigences de la populace.
Je veux parler des talons supérieurs. La majorité du congrès est tout-à-fait digne de la mission dont elle est chargée ; Dieu les a erées pour servir de machines, ils ohéîssent. Parmi eux se trouvent des hommes destinés à briller dans une sphère plus élevée, et dont l'activité, l'énergie et l'intelligence seraient remarquées partout. Ces hommes doivent sentir que, pour employer leurs grandes capacités au profit du vulgaire, il faut les détourner du chemin qui leur était tracé. Comment peuvent-ils, sans être profondément humiliés, assistera ces petites querelles de congrès, à ces disputes sur des bouts de chandelles et des miettes de fromage? Combien iU doivent souffrir de se voir les ogens de la cupidité de leurs sections, les simples interprètes des opinions d'autrui; de se voir privés n jamais des moyens de faire paraître leurs talens , de savoir qu'ils sont méprisés et qu'ils méritent de l'être, s'ils en jugent par ceus qu'ils fréquentent!
Us serait à désirer que les ouvrages de Iturko fussent plus connus et plus appréciés en Amérique, car l'homme d'état moderne qui a déploie, Aaw&^ic-
voirs pratiques de la législation , le plus de philosophie, né dans un siècle fécond en grands hommes, les a tous surpassés ; et tandis que les efforts et l'éloquence de ses contemporains se bornaient à surmonter de simples conjectures, Burke ambitionna la gloire de poser les véritables principes d'un gouvernement éclairé , et de léguer à la postérité les moyens d'éviter les erreurs futures et de triompher des difficultés.
Telles étaient les hautes pensées qui ont placé Burke au-dessus des hommes d'état , ses contemporains et ses successeurs. Ces derniers parlaient pour leur siècle, Burke s'adressait au temps présent et à venir; leur sagesse tendait à connaître les périls et les exigences de l'Etat , la sienne à établir des principes sages et durables, par lesquels les dangers et les obstacles pourraient être bravés. 11 en résulte que leurs paroles ont été promptement oubliées, et que les siennes retentissent encore, et exercent chaque jour plus d'influence sur l'esprit du genre humain. Quel est l'homme qui va maintenant chercher la sagesse dans les discours des North, des Chatham, des Pitt on des Fox? Quel est Phomme d'état qui oserait avouer son ignorance sur les ouvrages de Burke?
On peut admettre que les opinions de ce grand philosophe politique étaient quelquefois erronées , mais elles n'étaient jamais fondées sur des vues étroites. L'homme de génie perçait encore à travers ces erreurs, qui ne prêtaient pas moins d'éclat que ses
lia nature des rapports qui doivent exister entre les représentons et réfectems les devoirs qu'ils imp o s e nt , sont nliir iMf mnrt «xi
scieurs de Bristol. Le peuple, en Angleterre comme en Amérique , devrait lire , noter , apprendre et digérer les passages suivons, si remarquables par l'éloquence et la haute idée qui les a dictés,
v Le devoir du représentant , dit cet homme distingué, est de sacrifier son repos, ses plaisirs, sou ambition à ses constituons. Mais il ne doit pas oubb'er pour vous plaire, ni à aucun Être vivant , la justesse de ses opinions, l'expérience de son jugement et la droiture de sa conscience. La providence les lui a confiées comme en dépôt, il ne peut en abuser sans crime. Vous devez exiger de votre représentant nonseulement des talens, mais de l'expérience, et il vous trahit au lieu de vous servir, s'il la sacrifie à votre opinion. ■
Il dit ailleurs : «Si le gouvernement pouvait dépendre d'une volonté, In vôtre devrait, sans doute, l'emporter sur toute autre. Hais itn gouvernement et une législation sonlcréés par la raisouet non parle caprice. Que signifie un jugement où la décision précède la discussion j où quelques hommes délibèrent, et les autres décident ; où nm <[ui Iinniviilli conclusion sont peutêtre à trois milles de ceux qui entendent lésa rgumens'n Plus loin : «Des intentions obligatoires, des mandats, des ordres imposés aux représentons sont de» ri inconnues, dans notre pays, à noslois: c'est une erreur fondamentale qui t'est glissée dans la forme de notre constitution. Le parlement n'est pas uu congrès d'ambassadeurs envoyés par dil'l'ércus étals pour discuter des intérêts; mais le parlement est l'assemblée délibérative d'une seule nation, destinée à régler les intèrila Je loti». Vous choisissez ua memVre -, '*\ «
vrai, mais quand vous l'avez nommé, î
plus à Bristol , mais à k chambre du parlement.
J'ai encore remarque clans la Constitution un vice sur lequel je croîs nécessaire île m'arréter un instant. L'élection du président eicitc la jalousie et les passions du peuple an point de troubler la tranquillité publique. La session qui précède celle élection est remplie par les manœuvres des partis eu laveur de leur candidat privilégié. C'est alors que les invectives sur les hommes et sur les choses sont prodiguées oulre mesure. Il n'est plus question des affaires ordinaires du pays. On se remue de tout côté, pour se procurer des renseijjnemens qui pourraient servir d'armes aui zélés du parti, soit dans l'attaque, soit dans la défense. Enfin la législature d'un grand pays se transforme en comités de candidats rivaui pour " présidence.
L'agitation n'est pas moins vive au dehors les esprits sont en activité d'un bout de l'Union à l'autre. Rien n'est épargné : les plumes, les imprimeries sont à l'œuvre; ou n'écoute ni la raison , ni la justice, ni les droits d'ancienneté; les services passés, les grands talens, la conduite sans tache, ne sont plus d'aucun poids. On ne recule pas devant le plus affreui mensonge, s'il peut servir à tromper une minuie ces gens les plus ignorant de la terre; les intiniiations et les artifices les plus lâches sont employés sans honte. Le monde n'offre pas d'exemple d'une scène de dépravation politique pareille à celle qui se joue tous les ans dans ce pays de liberté.
Je sa/s qu'on m'accusera, eu Angleterre, d'avoir outré nia description ; rnion ïte ^oa.&M.\siraakw W&M
pays