CHAPITRE XVI
Voyage à la Nouvelle-Orléans. — fiagerstown. — Montagne sauvage. — Route nationale. — Médecin de Virginie. — L'Ohio. — Cincinnati. — Mistress Trollope. — Dîner dans un bateau à vapeur.— Habitudes des passagers. — Louisville. — M. Glay. — Les Kentuckians. — Départ de Louisville.) — Réunion de l'Ohio et du Mississipi. — Paysage du Mississipi. — Société du bateau à vapeur. — Navigation sur le Mississipi. — Ghangemens progressifs. — Transition rapide du climat.
De Washington je revins à Baltimore où je fus de nouveau accueilli avec cette hospitalité dont J&a!\& i\ reconnaissant à mon premier voyage. On irf«s^v\. &>V
que le meilleur moyen de continuer mon voyage vers le sud était de traverser Baltimore, d'aller jusqu'à Wheeling par FOhio, et de m'embarquer à cet endroit sur un bateau à vapeur pour la Nouvelle-Orléans, aussitôt que la rivière serait navigable. Pour suivrecet avis, il fallait que j'attendisse à Baltimore ; j'étais loin de me plaindre de la nécessité où je me trouvais de rester quelques jours de plus dans cette charmante ville.
Le sort me favorisa; les journaux annoncèrent bientôt que la glace s'était rompue, et que l'Ohio était navigable. Ayant eu le bonheur de rencontrer un Anglais , qui avait déjà voyagé avec moi sur le New- York , et qui se rendait aussi à la Nouvelle-Orléans , nous convînmes de faire route ensemble, et montâmes, le 6 mars, dans une voiture qui devait nous conduire à dix milles de Baltimore. La forme de cet équipage était nouvelle pour moi ; elle me rappelait ces maisons roulantes qui servent aux marchands ambulans en Angleterre. Notre marche ne fut pas rapide ; notre cheval ne faisait que quatre milles par heure ; aussi , nous çn fallut-il prés de trois , pour arriver à Ellicot- Mills, où nous trouvâmes un assez mauvais déjeuner.
Après avoir fait honneur au repas, nous remontâmes dans ce qu'on appelle la diligence commode, ainsi baptisée, par dérision sans cloute, car cette voiture n'offre aucune de ces commodités que s'attend à y trouver le voyageur. Le pays que nous parcourûmes était couvert de neige ; les habitans elles habitations indiquaient la pauvreté ; le sol pierreux et stérile , que nous apercevions de temps en temps, me confirma dans cette idée. La voiture s'arrêta , pour Ate -> dans un grand village nommé Frédérikatowa^ mùft^ttrifoerçp <&wra»
MB BTITS-IIN.S. 97
étions descendus me |i.iri]i si sale, que je ne pus me résoudre à manger. J'arrivai à flagerstown avec un appétit dévorant. Nous limes dans culte ville une halte pour la nuit; nous avions déjà parcouru une distance de quatre-vingts milles. Nous continuâmes notre chemin le jour suivant , a trois heures du matin ; les routes étaient beaucoup plus mauvaises que la veille, la neige plus épaisse, et notre marche, par conséquent, beaucoup plus lente encore. A mesure que nous avancions, cette apparence de pauvreté que j'avais remarquée , me frappait davantage : on voyait ça et là des esclaves déguenillés, occupés à travailler près de la misérable cabane de leurs maîtres. Les maisons désertes dispersées sur le chemin, de vastes champs sans culture, prouvaient que les premiers habita n s de ce pays l'avaient abandonné pour aller vivre sur une terre plus fertile. Nous déjeunâmes à Ctearspring, village insignifiant, et commençâmes à monter la cdle de l'est des Alleghanies, appelée montagne de Sideliiij'f. H faut avouer que les montagnes d'Amérique , en général, ne sont guère pittoresques ; ce sont des masses énormes dépourvues de cette majesté sauvage qu'on aimerait à lililllIMIlHIl Los Alléchâmes offrent cependant quelques beaux paysages; la nature que 1 homme a respectée est toujours digne de notre admiration. On découvre , dans les endroits les plus retirés de ces monts , les traces d'un ravage barbare. Une iùule d'arbres sur les chemins ont été multilés pour le plaisir de détruire. Les objets les plus sublimes n'ont aucun prix aux yeux d'un Américain ; il ne se contente pas de la jouissance, il veut encore exercer le privilège de r; fjrr suai but.
Notre marche Je la journée se termina à Flinstown, ! solitaire, près do laquelle se trouve une source d'eau minérale, dont chaque voyageur but plusieurs pintes, sans en éprouver le moindre effet. Quant à moi, je ne regrettai pas l'inefficacité de ces
Les difficultés que nous avions à surmonter ne commencèrent que le troisième jour. Nous approchions des côtes les plus élevées des Alieghaiiies; les chemins devenaient plus mauvais, et nous marchions plus lentement. Le paysage ressemblait encore à celui que nous avions déjà vu. Les montagnes, depuis le pied jusqu'au sommet , étaient couvertes de bois entrecoupés d'une quantité de kalmiaa, de rhododendrum et autres arbustes en fleurs.
Le jour suivant, nous avions à gravir la hauteur qu'on appelle la Montagne Sauvage. Nous enfoncions de plus en plus dans la neige, et lorsque nous arrivâmes enfin aune misérable auberge, l'hote nous apprit qu'aucune voiture n'avait traversé la montagne depuis six semaines. Nous demandâmes inutilement un traîneau , et tous les gens du pays nous assurèrent que nous ne pourrions jamais effectuer notre voyage en voiture. L'hôte s'étendit beaucoup sur la profondeur de la neige , sur les périls qui nous attendaient sur l'obscurité de la nuit, et nous engagea avec in stance à profiter de son hospitalité jusqu'au lendc main. Mais tous les voyageurs étaient impatiens d'ar eus se trouvant propriétaire de la voiture, le conducteur se décida d'assez mauvaise grâce à tem ter l'aventure. Nous repartîmes donc, A peii
i roulé pendant un iwW , <ç« V w\s«e. **■
i Atats-onis.
arrêtée par des monceaux Je neige mus lesquels les chevaux avaient complètement disparu. Ce ne fut qu'après deux heures de travail que les hommes et les chevaux du petit village, que nous avions appelés à notre secours, parvinrent à nous tirer d'embarras.
Nous arrivâmes sans accident à l'auberge suivante; mais la description qu'on nous fît des chemins que nousavionsà parcourir, n'était guère rassurante. La majorité des voyageurs ayant ranimé le courage du conducteur en lui administrant une forte dose d'eaude-vie, il résolut de ne se laisser effrayer par aucun danger, et nous partîmes envers et contre tout. La nuit était d'une obscurité profonde; une grosse pluie survint, lèvent sifflait avec violence parmi les arbres dépouillés des forêts d'alentour. La route longeait une foule de précipices , dans lesquels la moindre distraction de notre cocher, à moitié ivre, pouvait nous engloutir; malgré tous ces dangers , nous arrivâmes sans accident à la fin de la journée. Nous fîmes une halte de nuit dans un petit village situé entre la côle
que
i ..vil,
lait encore à gravir, nous félicitant mutuellement du
Nous étions déjà sur la route avant le lever du soleil, nous employâmes plusieurs heures à parvenir jusqu'au sommet de la montagne du Laurier d'où nous aperçûmes une vue très-étendue, mais sans variété. Nous espérions maintenant jouir de nos travaux et n'avoir plus de difficultés à vaincre. Nous étions dans l'erreur ; quoique la neige fut peu de chose du côté du l'ouest des montagnes, le* chemins étaient aïïtsMv, <i les secousses surpassaient toutes cette» op* 5 !»?»»*
insupportées. Noire promenade du jour »
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, ville assez peuplée, dont la tavet
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les nous avions i'lé condamnés depuis quelque tem Le pays i|iie nous traversâmes le dernier joar é: plus riche, maïs je ne remarquai aucune améliora dans ce chemin national, ainsi nommé, parce q construit aux Irais du gouvernement (plierai, t construction de ce chemin a clé inspirée au codj par quelque maligne intention contre le peuple verain . le projcl a compîi'-toincnt réussi. Le» princi reçus pour !a formation d'une route sont tous l versés. Ici une colonne, élevée en honneur de M. Clay, indique aux voyageurs reconnaissans que c'est h ee grand ingénieur qu'ils sont redevables du leurs fractures et de leurs contusions.
L'ennui de celle journée l'ut diafipd n la présence d'une jeune et jolie personne très-corn nicalive, qui retournait à Alesandric, sa ville natale; elle me donna Ions les renseiguemons possibles snrles manières cl les meurs de ces pays de montagnards. Cette jolie personne avait l'ait la conquête leur de Virginie, un de nos camarades de voya qui, selon l'habitude du pays, buvait e manière la pins dégoûtante; presque toujours ivi il crachait :i gauche et à droite dans la voilure, et surtout, quand la nuit venait, il se déch.u;, salive sans s'inquiéter des voisins. Une nuit je fus éveillé par les cris perçans d'un quater qui venait d recevoir dans les yen une gorgée de jus de t l'i'lli'.ipplicalionstimulantccauEa, dansnnorganea .A//V.-.(.rined<iuli'ura'iv 1 ««.\,c l vx»VctwMi»™ "
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l'habit qu'il portail. , maudit le docteur , l'appela vapabond ; sou ici! irliiil a !a vériLé fort malade de l'aveulure. Connaissant alors les habitudes du docteur, j'eus le soin de me placer derrière lui dans la voiture , et je n'eus à souffrir que de la mauvaise odeur qu'exhalait sa personne, et de la brutalité de sa couversa-
Nous arrivâmes à Brownsville dans le milieu de la journée, ville manufacturière assez considérable, située sur le Monongahela ; cette rivière en se réunissant avec l'Alleghany forme celle defOliio. Brownsville paraît sombre et mal tenue , ses rues sont sales et dépavées; ses maisons annoncent plutôt la pauvreté que l'opulence. La rivière est très-belle, aussi large que la Tamise à Westminster. Nous parcourt! me s, après l'avoir traversée , un pays assez agréablement ■ et nous arrivâmes le soir à Wheeling, ayant fait trente milles dans la journée, non sans pein
Impatient de 'jouir de la vue de l'Ohio, je m'étais placé près du conducteur au dernier relai ; le jour commençait à tomber lorsque nous gagnâmes le i met de la montagne qui domine Wheeling. On apercevaità peine la rivière dont les nobles Ilots roulaient avec un calme majestueux; mais comme l'obscurité nous surprit avant d'atteindre la ville et que la lune ne paraissait pas , je fus obligé d'attendre au lendemain pour satisfaire ma curiosité.
Je me levai de bon matin. Le cours de l'Ohio, juste en face de Wheeling , est divisé par ui sidêrable; sa largeur en cet endroit, est semblable; celle du Rhin à Mayence. On ne peut vraiment ço s'eitaiier sur h beauté du paysage. Je Vis 4c» 1
LES HOMMES HT LES NtEU
vapeur de toutes les dimensions , rangés le lonj isj elle bruyant sifflement des pompe:
de nombreux préparatifs de départ.
La ville de Wbeeling, sale et barbouillée de fumée, n'avait rien d'attrayant; et mon compagnon anglais ayant retenu des places sur un paquebot qui partait dans quelques heures pour l.ouiaville, nous y envoyâmes de suite nos bagages; en attendant, je me transportai dans l'île, afin de jeter un coup d'oeil sur le pays d'alentour. Le propriétaire m'apprit qu'elle renfermait cent acres de terrain. Je remarquai des arbres magnifiques, mais les beautés naturelles de ce lien avaient été. en partie dcGgurées par la culture.
Nous partîmes à deux heures. Notre paquebot n'était pas des plus renommés, mais tout y était commode , et le courant lui étant favorable , notre marche fut très-rapide ; je restai plusieurs heures sur le pont, occupé à examiner un spectacle tout nouveau pour moi. La rivière est bornée par une foule de hauteurs boisées, qui laissent entrevoir par intervalles une plaine étroite et fertile , où quelques habitaos délaissés sont venus s'établir ; leurs maisons, grossièrement construites , ne sont en général que des cabant bois, qui ne paraissent guère plus commodes celles des paysans irlandais.
Le grand défaut de l'Obio consiste dans le variété que présentent ses tableaux ; j'étais ravi le premier jour; mon admiration allait toujours en diminuant , et je finis par être ennuyé de celte monotonie. Les objets les plus beaux, sans cesse répétés , perdent tous leurs charmes et finissent par rassasier la vue. jVoms arrivâmes kQiwàHW>»wilM»*'4*4«sw.V<'*W
:ment eu de
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c'est une ville de trente mille âmes, agréablement placée en amphithéâtre, près de la rivière. Les rue» et les liâtimciis sont assez remarquables et bien supérieurs à ce qu'on pouvait s'attendre à trouver dans un pays éloigné de la mer de six cents milles, et que l'on regardait encore dernièrement comme étant à peine civilisé. Le commerce y est très-actif; le quai était couvert de marchandises. N'ayant rien de mieux à faire, je flânais dans la ville, sans que l'impression favorable qu'elle avait faite sur moi au premier abord en fût diminuée ; plusieurs de ses rues et de sus églises me parurent dignes de New-York et de ( Pbiladelphie; les maisons sont en général ornées avec soin au dehors.
Ce qui me frappa le plus dans Cincinnati fut un bâtiment grec-moresque-gothique-chinois , qui, par le mélange de ces différentes sortes d'architecture, produit l'effet le plus ridicule. Cet édifice eut été vomi sur la terre par quelque volcan de la lune, qu'il ne serait pas plus grotesque. Tandis que nous étions en contemplation devant celte monstruosité , cherchant à nous représenter la figure de l'homme qui l'avait enfantée, une jolie personne sortit de ce bâtiment et nous invita à entrer; nous acceptâmes volontiers, et nous trouvâmes l'intérieur en parfaite harmonie avec la magnificence extérieure. Au premier était un salon très-vaste, destiné à former un bazar; au-dessus on avait disposé des salles de bal , d'autres pour les soupers , avec des chambres particulières pou mes, amplement pourvues de miroirs et de tables de toilette ; rien enfin n'avait été épargné pou» ïéçwaitt v lieu l'éclat, le Jtueet Ucoiwno&Vê.
Tout cela piqua notre curiosité. On aurait dit que le fondateur de cet édifice avait plutôt songé aux htsoins futurs d'une génération à venir, qu'à ceu* des hommes sages et travailleurs habitant aujourd'htii Cincinnati. Notre guide nous donna toutes le» explications r|ue nous détirions ; il nous apprit que lYdilke avait été élevé par madame Trollope , Jame anglaise, qui- soit par plaisir, ou pour affaires, avait demeuré à Cincinnati pendant plusieurs années; que son essai de bazar n'avait pas réussi; que le salon du bal n'était occupé que le 4 juillet, époque de la célébration de la fête d'usage; que les sobres habitans de Cincinnati se contentaient de deux bals par an, et ne voudraient, sous aucun prétexte, en augmenter le nombre ; qu'en un mot , tous les projets de la propriétaire e bà tinieiit avaient éciioué, cl qu'elle avait inaînte-
Je nav Trollope ; j'e New- York,.
s pas encore entendu parler de madame e plaisir de la rencontrer plus tard â 't je remarquai dans sa conversation cette grâce et cette vivacité qui ont répandu tant de charme dans ses ouvrages. Ce n'est pas à moi à décider si la peinture que nous a donnée madame Trollope, sur la société en Amérique, est tout-à-fait conforme à ta vérité, quoique je puisse avouer que ses descriptions sont en général très-fidèles. Mais ses droits a la reconnaissance des Cincinnations sont incontestables. Sm lalens en architecture ont embelli leur ville; ses ouvrages littéraires l'ont rendue célèbre. Cincinnati , pcnàoùri près de trente ans, avait augmenta peu à peu ses richesses , les homme* a-iaieot tiàti des mai- , les femmes mis ai\mowie 4e»sa&M 1 «Ocafto
tence de celte ville était a peine connue ; son nom n'était jamais parvenu ausoreillesde l'homme civilisé; mais la présence de madame Trollope a environné Cincinnati d'un rayon de lumière. Les habitant ne sont plus des êtres ignorés; leurs usages et leurs mœurs sont familiers à toute la terre. N'est-il pas singulier que la place du marché, à Cincinnati , ne soit pas ornée de la statue de sa bienfaitrice? Dans miel pays se trouve donc la reconnaissance ?
Les produits de tous les genres abondent dans ces régions de l'ouest. La vie y est à si bon marché , que personne ne songe à l'économie. Aussi, notre table, sur le paquebot, était-elle couverte de plats nombreux serrés les uns contre les autres comme un bataillon carré. Quoique nous ne fussions que vingt passagers, il y avait assez à manger pour cent. Les rôtis , les dindes, les jambons, les côtelettes étaient jelé» pélcmèle sur la table. Les bouteilles d'eau-de-vîe n'étaient pas oubliées; on pouvait se procurer du porter en payant. J'avais demandé du vin inutilement; mais, comme j'étais fatigué de ce poison qu'on appelle eaude-vie, j'envoyai chercher a. l'auberge une bouteille de ebampagne. Ce Champagne ressemblait tellement à de mauvais cidre , qu'il ne me fut pas possible de le boire. Mais la l'orme étrangère de ma bouteille causa parmi les voyageurs une espace de rumeur. Aucun d'eux ne connaissait peut-être ce vin, et plusieurs résolurent de ne pas laisser échapper l'occasion d'en goûter. ■ Je désirerais essayer un peu de votre vio, si vous le permettez » , me dit mon vieil ivrogne de docteur. Je lui poussai la bouteille, il remplit son reme jttêqnan boni; les voisins sumrcrA *oo «msmJ«
sans cérémonie, cl le contenu delà bouteille dispar bien vile.
Je suis obligé de parler ici des manières anli-sociales des voyageurs avec lesquels je me trouvais; je n'avais jamais vu chose pareille : ce froid égoïsuie, ce mépris des convenances , perçaient à travers leurs paroles et leurs moindres actions. J'aurais voulu que ces hommes ajoutassent, au volumineux catalogue de leurs vices, celui de l'hypocrisie. La dissimulation u'estpas leur défaut; ils tiennent de sang-froid et de propos délibéré les conversations les plus indécentes. La présence d'un prêtre qui se trouvait là ne les retenait pas. Les scènes de taverne se renouvelaient du matin au soir. Le capitaine du vaisseau, loin de blâmer cette conduite, se livrait le premier à tous les excès, et son état d'ivresse l'obligeait quelquefois à renoncer à la direction du vaisseau. Le peu de femmes qui voyageaient avec nous ne paraissaient qu'aux repas; elles se renfermaient prudemment dans leurs cabines le reste du temps.
Pour donner une idée des habitudes américaines, je citerai quelques détails dont je fus témoin : chaque paquebot est muni d'un peigne et d'une brosse à cheveux que l'on suspend au plafond de la cabine, à l'usage général de tous les passagers. La plume de Swift pourrait seule l'aire une description fidèle de ces ustensiles. La brosse à dent n'est pas comprise , par la raison, sans doute, que cet objet n'entre jamais dans la table de toilette d'un Américain. Une servielte se passe de main eu main, et suffit aux ablutions imparfaites Je toute la sociélé à boni. Je réussis difliit à obtenir la jouissance, Xane ieWwM* ^dmï
plu.
jour.
moi seul , et je vis que ma demande , p( produisait le plus mauvais effet.
Mou compagnon anglais, qui avait i sieurs années aux Etats-Unis, me demanda à dîner, si j'avais remarqué la poignée d'ivo arme, qui sortait à moitié de la poche d'un en face de nous. Je lui répondis affirmativement. Il m'apprît alors que toute la population du sud et de l'ouest des Etats-Unis était ton joursarmée de poignards. Comme j'avais l'air de douter de son assertion , il me fit observer une foule de bâtons relégués dans un coin de la cabine, et paria avec moi qu'ils renfermaient tous, soit une épée, soit un poignard. Je soutins la gageure, et je perdis. J'eus lieu de voir plus tard, par moi-même , combien celte remarque est juste ; et lorsque je voyageai de nouveau dans l'Etat de New- York, je m'aperçus qu'un grand nombre de passagers, dans les diligences , portaie barbares, et laites pour les assassins.
Il est toujours d'usage aux Etats-Unis de demander à un étranger s'il n'est pas émerveillé du respect que le peuple porte à la loi. Quelle que soit l'étendue générale de ce respect, il n'en est pasmoins vrai, d'après ce que je viens de raconter , que chaque individu se méfie de son voisin.
Nous quittâmes Cincinnati à deux heures e et nous nous trouvâmes lelendemain de bot Louisville, dans le Kenlucky. Rien de nouveau dans les sites de la rivière ; je fus seulement frappé de des masses énormes de bois BBtvaîIléM par le courant; des arbres gigantesques semblaient a'
v Dota, (fu lieu où ils vivaient. t\eçu\i àes v
\ de bois, sur h rivière, peuvent o ; grands aceidens; les roues îles bateau* à vapeur pourraient se rompre par un choc. Des hommes sont toujours là pour prévenir une rencontre aussi funeste.
Le bateau termina sa course à Louisville. Le commerce est plus «tendu dm» cet endroit qu'à Cincinnati, quoique la population soit moitié moins nombreuse. Etant fatigués de la vie du paquebot, nous déjeunâmes à l'auberge. Cent personnes au moins se IroU' valent rassemblées dans le même but. La cloche sonna, et cotte foule se précipita sur l'escalier qui menait à la salle à manger, comme poussée par la lamine. Le repas était détestable : le pain fait avec delà graisse, et la vue des plats assaisonnés suffisaient pour nous en rassasier; je priai un monsieur de me servir un morceau de volaille froide qui se trouvait en face de moi ; il la découpa , garda tout pour lui et m'envoya les os.
Nous allâmes, après déjeuner, à la recherche des paquebots pour la Nouvelle-Orléans ; aucun ne parlait avant le lendemain au milieu de la journée. Nous retînmes nos places, mon compagnon et moi, sur la Huntress, et moyennant cinquante dollars , je me procurai un cabinet séparé pour moi et mon domestique ;
-chose importante, car dans ces régions, il n'est pas permis à un blanc d'en servir un autre sans se faire huer. A Wliecling/e fus obligé de le faire passer pour mon secrétaire; il se cachait alors derrière un rideau pour nettoyer mes habits. La faveur que j'avais obtenu!? me fit préférer mon çelit ça<\uobot à tous les au-
rre».
raille milles de I ,u
ville se trouve la ri t dans le Kentucky, ;
e de M. Clay. En entrant vais formé le projet de faire homme remarquable ; j'appris qu'il venait de s'embarquer pour la Nouvelle-Orléans, mais qu'il devait quitter celte ville la semaine suivante. Je ne pus résister à l'envie de voir le rival du président actuel, et je renonçai à inon tourdans le Kentucky, pour arriver plus lôtà la Nouvelle-' Irlraiis. G;ll(; décision me fut défavorable, elle m'empêcha de visiter un desElals les plus intéressant et de profiter des invitations que j'avais reçues de ce pays à New-York et â Washington. Pour comble d'infortune, M. Clay était parli delà Nouvelle- Orléans lorsque j'y arrivai.
On peut appeler les Kentuckiens ha Irlandais de l'Amérique. Même légèreté, même indécision dans le caractère, même ardeur dans la haine comme dans l'attachement. Les Kentuckiens sont les seuls Américains qui entendent la plaisanterie. Cette gaîté naturelle qui les distingue lus rend fort aimables.
A un mille au-dessous de Louisvillc sont les chutes, ou plutôt lescourans de l'Oliio ; lorsque la rivière est basse, la navigation devient très -dangereuse ; c'est pourquoi on a construit un canal près de l'endroit nommé Shipptng-Port, afin d'éviter ces périls. Ce travail difficile n'a été exécuté qu'avec beaucoup de irais. J'appris à regiTt que la quantité de dépôts, apportée par le flux de la rivière, menaçait de détruire ce bel ouvrage. Cependant, puisque ce canal ne doit servir qu'an moment où la rivii'iv i j st basse il libre d'impureté», je ne puis croire que les moyens de prévenir ce malheur a,' sniviil faciles à trouver.
t bateau» à vapeur de la Nouvelle-Oi ment construits que les autres; leur est beaucoup plus vaste, parce qu'ils sont destinés porter de fortes cargaisons ; tout le vaisseau , proprement dit, est consacré à cet otage, taudis que les biuels des voyageurs sont disposés en rangs au-des du pont. La chambre du bas est destinée aux hommes; elle est en (jénéral spacieuse et bien ornée, entourée de trois côtés par une galerie et une véranda. La bane des femmes se trouve au-dessus; elle est j petite, mais aussi jolie que l'autre; le pont qui lève au-dessus offre aux voyageurs des plaisirs d ils peuvent profiter, si cela leur convient. On ' près de la proue , à la même élévation , l'endroit où se placent les pilotes. Ces paquebots représentent des vaisseau» à trois ponts, et peuvent contenir plus do 500 tonneaux.; leurs pompes sont construites de manière à agir avec tant île force , qu'elles éclatent ait moins une fois par an, et placent chaque fois une vingtaine de passagers dans une mauvaise position de l'atmosphère.
Le jour suivant nous commençâmes notre voyage de quinze cents milles, pour nous rendre à la Nouvelle-Orléans; le temps était délicieux, et je pouvais jouir du plaisir de lire et d'écrire sans être dérangé. Les passagers, quoiquasseï grossiers , étaient moins impertinent et moins débauchés que ceux dont j'ai déjà parlé; ils buvaient et jouaient comme les antres; mats javaia au motus la possibilité de m'éloigner de ers soèues dégoûtantes.
de ne Jiil que trois jours après notre dépari de f-oiiisville que nous arrï\&mt» "aïcafcovv oîx"
ACÏ ÉTATS-UNIS. 111
sissipi se réunit â l'OIiîo. Ce dernier fleuve est considérablement augmenté parles eaux du Tennessee, du Cumberland, du Wabash, etc., qui viennent se jeter dans les siennes. Nous longeâmes les étals d'Indiana et d'Illiuoia. Je ne les visitai pas; les écrivains ont déjà entretenu le public du climat, du sol, des avantages et désavantages commerciaux de ces pays, beaucoup mieux que je ne pourrais le l'aire.
Le voyageur qui se borne à étudier la forme de la société n'a pas grand'cliose à exploiter sur un territoire à peine peuplé. Celui qui a vu une habitation dans les bois en a vu mille. Ces hommes qui , par amour du gain ou du l'indépendance , vont se réfugier dans la solitude des furets, roulemplent chaque jour les mêmes objets, connaissent les mêmes privations, surmontent les tufiut» difficultés, visent aux mêmes récompenses, y arrivent par les mêmes moyens, et n'offrent par conséquent ries d'intéressant à observer.
rencontrer avec plusieurs \* cherchais jamais, ear je l'homme dans ses rapports me rendre compte des in-
a souvent de n de ces hommes; je ne 1 veux, avant tout, étudie; sociaux les plus étendus.
fluenecs morales et politiques par lesquelles le 1ère national s'est formé ou modifié; mes pas se dirigeaient donc toujours vers les cités, et non pas vers le solitaire Shanlce, vers les lieux occupés par des masses d'hommes, et non pas dans ceux où des aventuriers se disputent la forêt avec l'ours et la panthère. Le second jour après notre départ de Louisville, j'aperçus un changement dans l'aspect de la rivière qui m'annonça que nous approchioc Mhshsipi. Les cinquante mines ipù 1
L'offrent aux regards qu'un payi plat, I,que la largeur de FOIlio s'est accrue du double; on dirait que te dieu des fleuves a voulu déployer toute la richesse de ses eaux au moment de se présenter devant son rival. Les neiges qui s'étaient tondues le long de sa course lui donnaient, à cette époque, un grand avantage sur le Mississipi.
Placé sur la hauteur la plus élevée du vaisseau , je me tenais depuis des heures sur la pointe des pieds afin de saisir la première vue de ce spectacle si impatiemment attendu. Le Mississipi m'apparut enfin. Les deux fleuves à cet endroit avaient chacun deux milles de largeur; mais l'Ohio me sembla plus large et plus puissant que son rival. Je me reprochais alors mon injustice envers ses beautés; sa physionomie ne change lis, mais qu'elle est noble et imposante! J'avais s eaux limpide» rouler avec calme pendant I esde neuf cents lieues, je le ijuittais maintenant avec tristesse.
La Huntress poursuivait sa roule griment. Nous passâmes devanl le petil établissement du Caire , situé sur un isthme entre les déni rivières; peu de minutes après nous voguions sur le fleuve le plus majestuenx que l'Océan reçoive dans son sein.
On est surpris de voir que le Mississipi , après avoir absorbé t'Oliio , ne présente pas d'accroissement dans le volume de ses eaux. La rivière . au-dessous de l'endroit de la réunion , n'esl pas plus large que l'Ohio ne l'était à lui tout seul. Quoique ces deux fleuves roulent dans le même li! , ta différence de leurs eaux se distingue pendant plusieurs milles : celles de l'Olii > Htitt limpides, celles il» TftwwWivi to^ia™ tndwN
ItlX KTiTS-UNlS.'
et troubles. A l'heure de h marée, le Mlssissipi semble arrêter le cours de l'Ohio et ne lui accorder qu'une petite portion du fît commun ; souvent le eu est différent. Pour me servir d'une expression parlementaire, l'Ohio forme encore une minorité assez redoutable.
Après avoir quitté la Rcllf-Riv'tùre , c'est ainsi que les Français ont désigné l'Ohio, on s'aperçoit qu'on n'a rien gagné à l'échange. Le pays qu'arrose le Slississipi est plat, ces hauteurs qui s'élèvent de temps en temps, pendant l'espace de douze cents milles, ne suffisent pas pour en détruire la monotonie. Les arhres croissent jusqu'au bord du fleuve. La dimension du bois de construction, pendant une centaine de milles, ne me parut pas extraordinaire; mais, à mesure que le Mississipi descend vers le sud, ce bois devient plus beau , le degré de richesse dans la vé(;çtation ne fait que croître, et surpasse tout ce qu'on peut imaginer.
L'absence du bois taillis, daus les forêts américaines, donne au voyageur à pied, et même à cheval, la facilité d'y pénétrer; mais, dans le voisinage du Mississipi , elles sont au contraire encombrées par un taillis épais, formé par les cannes de toutes les dimensions, depuis quatre, cinq et vingt pieds de haut, selon la richesse du sol. On m'a assuré que les Indiens trouvaient moyen de marcher plusieurs lieues de suite dans ces bois toul'lus; je ne comprends pas comment ils peuvent se guider ainsi , en dépit de l'obscurité la plus complète.
Les paquebots s'arrêtent deux fois par jour çaut r leurs provisions de bois. t«* "*<&
•ont devenus si nombreux, que beaucoup d'habi trouvent plu» avantageux de les approvis de cultiver la terre. Mais le climat est mortel. Tous ceux que je voyais étaient blêmes ou jaunes; ou regarde les fièvres comme une chose toute simple. Quant à la médecine, ils n'en connaissent pas. Quand les yeux rencontrent ces chétïfs en fans à côté de leurs mères égarées, on se sent ému de compassion pour ces malheureux Parias.
Le mot de Paria est juste. Plusieurs criminels ont fui dans ces lieux pour se soustraire au pouvoir de la loi; d'autres, dépouillés de leur fortune, de leur réputation, privés- même de l'espérance, sont venus s'y réfugier pour se dérober, non à la justice, maïs an mépris. Un de ces hommes m'avoua qu'il avait connu des jours plus heureux, mais qu'on l'abandonna quand il devint pauvre, et qu'il était venu cacher sa misère dans ces forêts désertes . Cet homme a dû être beau ; ses manières étaient non-seulement agréables, mais distinguée), Mes compagnons de voyage m'apprirent cependant qu'il était du nombre de ceux qui vous poignardent en souriant. Aussi, n'étais-je guère disposé à accepter l'hospitalité dans son réduit solitaire. Les liabilan» se imminent Squatters; ils se logent partout où cela leur convient, sans s'inquiéter du propriétaire des domaines qu'ils occupent. Si un rival bûcheron vient s'établir trop près de son voisin , une lutte s'engage; l'un des deux devient la proie du vautour, et le survivant continue tranquillement ses affaires. Nous rencontrâmes , touslesjours , pendant le cours e voyage, un grai\d nombre de radeaux (l)con- (l)Ces radeanx s'onpeUcnl <\ea cfcoluus tamAc v>"i*-
AUX ÉTàTS-tmiS. 115
slruits rie planches grossières, cloutes ensemble, en forme cle boîtes carrées , dans lesquels les petits propriétaires , dans le haut du pays, envoient à h Nouvelle-Orléans le produit de leurs terres. Ces bateaux sont lancés, presque tuus les jours, sans voiles; il suffit, pour les conduire, de se tenir au milieu du courant. Le temps n'est pas encore bien éloigné , où l'on ne connaissait pas d'autres moyens de transports que sur ces radeaux. A cette époque, il fallait neuf mois pour aller et revenir de Louisville ; quinze jours suffisent presque aujourd'hui |>our réaliser ce voyage. L'application de la vapeur à la navigation a créé , pour les Etats du centre de l'Amérique, des richesses immenses. Les Cincinnaiiens devraient placer, à côté de la statue de madame Trollope , celles de Fui ton et de James Watt. Ils doivent leur célébrité à la première; aux deux autres, un marché pour la vente de leur lard et de leur farine.
Quoique le temps ne se passât pas tres-agréablemcul sur le paquebot, nous étions assez tranquilles. On buvait, fumait, querellait, on jouait et juraitcomme à l'ordinaire ; les convenances sociales n'étaient pas mieux observées que partout ailleurs ; mais comme ce spectacle se renouvelle à chaque instant, je m'y étais habitué. Deux choses cependant me révoltaient encore: l'esclavage et la nécessité de faire société avec un marchand d'esclaves.
Cet homme se trouvait justement à cillé de moi à table; je fus surpria de voir que, malgré son ame brutale, il se conduisait comme le reste des Américains : il buvait, mangeait , fumait, av.a\a\t àftWwx- </(■-! ïe à chaque instant de la journée, wlim&fcVWo»
1IC Ut HOMMES ET LES MOECHS
le» eicës pendant une partie de In uuit. On voyait dut les cabines supérieures sa malheureuse troupe d'esclaves ; les hommes étaient chargés de lourdes chaînes, les femmes couvertes de haillons qui su (lisaient à peine pour satisfaire à la pudeur. Je causai arci-, cui. Les femmes me parurent très-intelligentes; elle* sont iières. en général, des somme? élevées rju V-llr-% rapportent â leurs maîtres. L'une de ces femmes Dur raconta avec un air de dignité (]iie le sien avait réfuté de la donner pour trois i.:ent* dollars. Qui usera nier maintenant que la vanité ne soit une des al tribu [ions particulières de la femme?
L'état misérable des hommes faisait pitié; leurs mains n'étant pas libres, ils ne pouvaient se soigner, et cette négligence forcée avait produit une espèce cette peinture peu gra-
r que personne ne parlai!
Iiand d'esclaves; il partit de nous une figure plus
de croûte u cieuse; qu'il suffise d plus de liberté que ci enfin, et tout prit a riante.
Les voyageurs ont tous reproché nus sites qui environnent le .Mis*i*sîpî de manquer de grandeur et de beauté. Celte remarque est juste; rieu n'est plus capable cependant île Irapper l'imagination, que ce spectacle. Des lieuv sohlairi-t. et pestilentiel*, que les Indiens sauvages ont seuls parcourus, l'absence de tout être vivant, excepté celui codile, que l'on voit flotter endormi si de bois, les arbres agitant dans les airs leurs sombres draperies de mousse, ce fleuve géant roulant le volama immense de se* eau* à travers ces contrées déjertes, donnent à tout ce ça-jsa^ew
indéfinissable, qu'il serait impossible à l'homme de retrouver ailleurs.
Ceux a 11 s quels tous ces objets ne suffisent pas sont loin de sympathiser avec moi. Les rochers et les montagnes n'ajouteraient rien à la vue sublime du Missis- ■îpi; quand bien même on pourrait entasser les uns sur les autres les monts les plus imposans, l'impression unique que produit ce fleuve à l'imagination du spectateur n'en existerait pas moins. Kien ne saurait lui être comparé) aucun fleuve ne dévore une plus grande surface du globe; il parcourt plus desdeuxtiers du diamètre de la terre. On se demande d'où viennent ses eaux, et où elles finissent; elles s'échapper régions éloignées de ce vaste continent , où le pied de l'homme civilisé n'a jamais abordé; elles se jettent dans un océan plus vaste encore, qui cependant reconnaît le pouvoir de son influence. On se demande quels sont les difi'érens pays que ce fleuve baigne sur son passage, s'il a pénétré les forints qui servent de refuge au bisou , dans eelles où le mammuth marche fièrement vers sa couche raboteuse; s'il connaî les allées ombragées (l'une épaisse verdure, dont les bruyans houras du chasseur n'ont pas encore rompu le silence; et lorsque le voyageur aura satisfait s curiosité à cet égard , il sera temps île songer ;ï l'effet que produirait la présence des rochers et des n lagues sur les bords duMississipi ; il commencera peutêtre à douter de la nécessité d'une combinaison d'objets opposés pour former un grand spectacle. Peut-être l'imagination n'est-elle susceptible que d' impression tres-vive à laibis. Le sublime , en (ténésal, se rend par va seul objet; si la beuftfa uïîrt. àeVvtêx
niun de détails harmonieux , le dernier ilo( sublime doit être produit par quelque chose de s naturel qui, d'un seul coup, fait sentir son influence sur tout ce qui l'entoure.
Une sombre mélancolie distingue surtout le Mississipi; j'ai parcouru les Alpes et les Apennins, mais rien ne m'a donné une idée de la nature imposante comme mon voyage sur ce fleuve, h travers un pays désert et inhabité. Nous approchions toujours avec rapidité vers le sud; notre vaisseau, semblable à un monstre sauvage, consumé par le feu, répandait sur l'interminable forêt, des nuages de fumée qui s'échappaient de ses narines. Je ne sais quelle mine avait alors le dieu des fleuves , ni ce que pensaient les crocodiles, de se voir éveillés aussi brutalement; quant à moi, je n'avais jamais éprouvé une sensation pareille; toute conversation m'était odieuse , et je nu: livraisà une espèce de contemplation rêveuse. Le soir, je montais sur le pont, les yeux, fixés tantôt sur le ciel, tantêt sur la forêt et les eaux, au milieu du silence, qui n'était troublé que par lebruit des pompes. Rien n'était plus agréable ; la plaisanterie la plus gaie
1 pu i.
hati,
navigation sur le Mississipi n'est pas sans danger. parle pas de la chance de l'explosion , qui n'est mépriser, maisdn péril oc. asioné par \e$ptant les mxcyert. Ce sont des arbres fortement en- :s au fond de la rivière, contre lesquels les vaisseaux risquent de se briser. Les premiers s'élèvent t droits; les autres sont couchés dans l'eau. Un de p/anters, dont la ifeVe vt Itouvait cachée par la hauteur 4e l'eau, battit, om»vswwt» w.™™ \™ t .
AUI ÉTATS- r.V<S. 119
Les tôles du Mississîpï sont tellement régulières, qu'un hydrographe pourrait en lever le plan sans être obligé île suivre le fleuve dans son cours. Il est facile de calculer avec précision la marche de» eaui qui «'étendent dans un bassin aussi vaste nue celui du Mississipi , sans rocher et sans montagne pour les en détourner. Toutes les fois que le conrs d'uni; rivière ne suit pas une ligne droite , la ftirce du courant est inégale j si l'impulsion augmente d'un côté, elle diminue de l'autre; les sinuosités s'étendent de plus en plus, et bientôt le lit du ileuve ne présente plus a d'angles satllans et rentrans.
souvent que les isthmes qui se trouvent i du Mississipi sont engloutis et forment s baies. On en citait un exemple qui venait d'avoir lieu tout récemment, ce qui épargnait quarante milles de navigation.
Les changemens annuels qui s'opèrent sur le Mississipi sont très-remarquables. On a vu d'immenses terres surgir et disparaître ; les pilotes rencontraient des bancs de sable là où peu de temps avant ils avaient remarqué une grande profondeur d'eau. Plus loin, des acres de terre sont reportés d'une rive à l'autre. On peut attribuer ces métamorphoses à plusieurs causes, mats surtout au volume des eaux qui entraînent avec elles d'immenses dépôts. Quand les eaux du fleuve grossissent, elles se répandent dans les pays voisins, et causent ce qu'on appelle des bagous. Les rives sont tellement humides, qu'elles ne peuveut opposer qu'une faible résistance à l'action du courant qui, la plupart du temps, entraîne avec lui des ductioatdeforéU.
Ces masse* énormes de bois qui surnagent r it les
■chaînent e
e matière épaisse.
obstacles q l'eau, salurée de boue, y dépos
et bientôt on voit s'élever, de cet amas confus, des terres fertiles. Il y a dis ans, le gouvernement lit surveiller les mouvemens du Mississipi, depuis sa réunion avec le Missouri, jusqu'à sa chute dans la
Je demandai uu jour le nom d'une très-belle île que je voyais devant moi; ou me répondit que les hydrographes lui en avaient donné cinq cent soixantetreize; mais que les dêplacemens qui avaient eu lieu depuis dix ans, rendaient une nouvelle carte marine
t rares pour celui qui voyage sur ; s'arrête jamais que pour prendre rchandises , ce nue nous fîmes à
très-
Les épisodes soi le Mississipi. On e du bois ou des mi Memphis, situé sur une de ■ contre sur le fleuve ; enfin noua atteignîmes Natchex, ville assez importante de l'Etat du Mississipi. Notre halte ne dura qu'une heure, ce qui m'empêcha, de visiter la ville haute que j'apercevais de loin. Les voyageurs me la dépeignirent sous les couleurs les plus favorables; il parait que les mœurs y sont plus dépravées que dans toute autre partie de l'Amérique. Ce qui se passait dans les travernes de la ville basse, me prouva que le récit n'était pas exagéré. Des hommes, des femmes de mauvaise vie y dansaient, y buvaient, et tenaient publiquement les propos les plus indécens. On me conseilla de ne pas trop m'éloigner du l'aisseau s! je ne voulais pas être volé; je me disposais , malgré cela , à taire «via e
AUX KTATS-UMS. 121
haute, lorsque la cloebe du départ se fil entendre. Rien ne me frappa plus dans ce voyage, <|ue la transition subite de la température. Dix jours seulement s'étaient écoulés depuis que j'avais traversé des montagnes que la neige rendait impraticables, où. rien n'annonçait encore l'approche du printemps, et je me trouvais maintenant dans les régions de la canne à sucre! Le progrès de celle transition est vraiment bien remarquable. Tendant les deux premiers jours de notre voyage, je n'apercevais ni feuilles ni bonton,' le troisième, des signes de végétation se voyaient sur quelques arbres vigoureux, le nombre en augmenta à mesure que nous approchions du sud ; enfin lorsque noua eûmes passé Memphis , toute la nature se ranima ; les arbres sur le» hautenra , ceux dont la racine n'atteignait pas les marécages étaient couverts d'un feuillage épais, les bois étaient remplis de milliers de buissons surcharges de tleura. Plus nous avancions, plus le paysdeveuait éclatant de verdure. On retrouvait déjà l'été, avec ses chaleurs inconi-
Dés qu'on entre dans la Louisiane , la physionomie sauvage du Mississipi disparaît. Les rives sont bordées de propriétés cultivées, qui produisent du r«, du sucre ou du coton ; on aperçoit de loin tes maisons des maîtres , et les cabanes destinées aux esclaves ; les orangers , qui se montraient de temps eu temps, sont en trop petit nombre pour embellir le paysage.
A Bâton-Rouge, Tort assez considérable qui domine Je fleuve, nous débarquâmes un major et quelques soldats américains; le soir je me trouvais à la NoureU» Odèaot
CHAPIfUE XVÎI.
Nouvelle-Orléans. — État des mes. — Physionomie de la ville. — Législature. — Théâtres. — Églises. — Prêtres catholiques. — Fièvre jaune. — Manière d'enterrer. — Vente des esclaves à l'encan. — Esclavage. — Résultats
, de l'esclavage . — Pensées sur l'esclavage. — Conséquences de son abolition. — Manière de cultiver le sucre. — Delta du MississipL — Formation de terre.
J entrai à la Nouvelle-Orléans le 22 mars. La grosse pluie qui avait inondé la ville ce jour-là , ne me prévintpas en sa, faveur. Le% tue* qui sont presque toutes dépavées étaient remplies àft\w«,\^w»ww fcxv
LBS BOMJIES Kl LES MOHJBS, ETC. 123
brouillard répandait la tristesse sur tous les objets.
Nous eûmes beaucoup de peine à nous loger. 11 c'y avait déjà plus de place dans le meilleur hôtel, tenu par M""' Herriesj nous frappâmes à trois autres portes «ans plus de succès; les rues de la Nouvelle-Orléans sont pourtant les dernières dans lesquelles un homme bien né pourrait se résoudre à passer la nuit à la belle étoile. Enfin nous inspirâmes de la pitié à une femme qui louait en garni ; elle nous indiqua une maison voisine qui était inhabitée, elle espérait décider le propriétaire à nous recevoir , et offrait de nous admettre à sa table d'hôte pour les repas.
Ce projet réussit. Les ehambrcs étaient horribles, mal meublées , mais tranquilles ; nous avions en outre, pour nous servir, une femme esclave vieille et laide. Elle me rappelait ces hideuses sorcières qui jouent un si grand rôle dans la fiancée de Lanimermoor. Pendant mon séjour dans cette maison , j'us moyens pour lui arracher uu sourire, je ne l'obtins jamais; je lui donnai de l'argent, puis du vin dont elle buvait quelquefois deux verres de su cela produisit aucun résultat. En l'ait de conversation aimable, elle me raconta que trois personnes étaient mortes de la fièvre jaune, l'automne dernier, dans ma chambre, dont deux Anglais , ajouta-t-elle ; «je plaçai moi-même leurs cadavres sur celte table;" enfin , quoiqu'elle ne fiit pas causeuse de son naturel , elle jasait quelquefois, et j'ai remarqué qu'elle excellait dans l'art de choisir ses sujets.
La matinée du lendemain ct.iii belle, je sortis poui faire connaissance avec la Nouvelle-Orléans. Il si absurde de Ja classer dans le nonAne ie» v&ft* *
imier ordre. Les rues sont en général étroite oujours sales, La cathédrale est le seul édifice r marquable; dans les quarliers anciens de la ville, toute l'architecture est espagnole; ce goût primitif ne changea même pas à l'époque où la Louisiane passa au pouvoir de la France. Les maisons n'ont qu'un étage, les appartenons principaux ouvrent sur la rue; elles sont bâties en bois, mais on aperçoit çà et la des édifices plus soignés recouverts en stuc, et ornés de balcons qui produisent un effet assez agréable. Le plus beau quartier est occupé par les Français et les Espagnols; celui des A nglo -Américain s n'a rien d'attrayant. Les rues sont plus larges, mais dépavées; les maisons plus grandes, mais sans ornement; leur commodité intérieure est acquise aux dépens de l'effet qu'elles devraient produî re au dehors.
Les rues, dans la plus grande partie de la Nouvelle- Orléans, défigurent plus que toute autre chose. Les trottoirs sont en briques , le reste est dans l'état de nature, de sorte qu'après la pluie ( et le climat est fort humide ), il faut s'enterrer dans une bouc épaisse pour traverser la rue, ou pour arriver au pied du trottoir, s'exercer à sauter comme un cangarou , sur des pierres Irés-éloignées les unes des autres.
Sous d'autres rapports la Nouvelle-Orléans est assez agréable; tes hôtels y sont mauvais, mais on y trouve un restaurateur français dont rétablissement est dirigé avec soin; j'y dînais presque toujours lorsque je n'étais pas engagé ailleurs.
Le nom d'Orléattt, qu'on a donné à celle ville, «est pas de ceux qui portent bonheur, et qui plaisent !> l'oreille du moraliste. \\ ÎAïu.çoïitfcm\A , 5»içra«t ,'ïiv
trouvé dans celte ville beaucoup d'hospilnliié et pli Je politesse que dans aucune autre ville de l'Unie
l.o tangage et les manières sont toutes françaises. Peu Je créoles savent l'anglais, les esc lav es encore moins. Ces derniers parlent une espèce de ■patois qui ne ressemble à rien Je ce que j'ai entendu en France , où mes rapports avec les paysans ont été Irès-fré-
La position de la Nouvelle-Orléans est admirable pour le commerce. Ce port doit être le premier Jans le sud de l'Union , comme New-York t'est au nord et au centre. Les Etats de l'ouest ont l'avantage de communiquer facilement avec ces deux villes : par l'Ohio et le Mississipi , avec la première; et, au moyen Jlcanaux qui réunissent l'Ohio au lac Erié, et le lac Erié à l'IIudson, ils communiquent avec New-York. La ville s'élève derrière une chaussée, sur la rive est du Mississipi , à cent vingt milles de la mer. Sa population est de cinquante mille âmes ; les esclaves y sont très-nombreux.
On ne peut guère vanter les bonnes mœurs de In Nouvelle-Orléans ; il n'y a cependant pas de ville où le décorum extérieur soit plus strictement observé. Rien d'inconvenant ne s'offre publiquement aux rejprds. Les femmes de couleur, ai relâchées dans leurs principes, prennent les dehors de la vertu. J'avais souvent entendu parler de la beauté Je ces femmes; j'avoue que je ne partage pas cette aJmiration. Leurs tournures sont belles, eu général ; leurs physionomies rarement agréables. l'as de finesse dans les traits, la peau épaisse. On aperçoit toujours quelque reste du nègre. Le grand pied , ou le oez p\at , o\»V» «3wsWi.t.
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crépus, on Tes lèvres épaisses, ou quelque ehose particulier dans la forme de la tétc.
Les femmes créoles sont vraiment belles ; quoique brunes, leur teint est clair, leurs traits lins et gracieux, de belles dents, de grands yeux noirs brillaus; elle* «ont dignes enfin Je l'admiration que leur témoignent ceux qui les approchent- Le climat indue beaucoup sur elles. Les femmes créoles traînent leur» es ; elles font tout avec nonchalance; l'éclat de charmes augmenterait encore, si un peu de vi- ' les animait.
La législature était assemblée pendant mon séjour à la Nouvelle-Orléans, ce qui m'engagea à visiter les deux chambres. Les usages reçus dans ce pays me parurent très-curieux. Les créoles s'expriment en français, les Américains en anglais; quoiqu'ils ne se comprennent ni les uns, ni les autres, finterprèlc traduit le discours aussitôt que l'orateur a cessé de parler. Celte manière, qui fait perdre beaucoup de temps, n'a qu'un seul avantage , celui de donner membres le temps de se calmer, lorsque les dégénèrent eu personnalités.
Je fus cependant témoin d'une discussion très-ai mée, qui devint fort comique : un Français blâmait avec aigreur la conduite d'un Américain, et lançait contre lui mille invectives; ce dernier, jouissant de son ignorance , paraissait fort tranquille sur son siège. L'honorable membre se tut et 1 interprète anglais reproduisit le discours. Rien ne peut être comparable à la colère qui s'empara alors de l'Ai non-seulement il se défendit avec chaleur tomba d'une manière çlu* \é\iémcïA«
1er aux débat.
ès-ani-
adversaire, usant d'expressions dont le Français ne comprenait certainement pas un mot. Les législateurs de la Louisiane doivent apprécier plus que personne le bonheur de parler deux langues différentes.
La Nouvelle-Orléans possède un théâtre Ira lirais et un théâtre anglais. Le premier est assez bien monté; les comédiens y jouent avec esprit des opéras et des vaudevilles. La troupeanghiiae es! détestable. Je la vis représenter Daman et Pyt/iias; Danon était tellement ivre, que Pythias ne pouvait lui donner une plus grande preuve d'amilié que de l'aider à sortir de la scène.
Le dimanche, comme dans tous les pays catholiques, est consacré aux plaisirs. Les boutiques sont ouvertes, les places publiques offrent mille distraclions; les son» de la musique se font entendre partout. Le matin, le* trois quarts de la population courent à la messe ; la cathédrale est encombrée de gens de toutes les couleurs, parés de leurs plus beaux habits. Cette cathédrale, qui est le seul édifice important de la Nouvelle-Orléans , serait à peine remarquée dans une ville d'Europe; l'intérieur n'est pas mieux orné que l'extérieur; 'es décorations de l'autel sont même du plus mauvais goût.
Les dogmes de la religion catholique et protestante n'accordent à représenter tous les hommes comme égaux devant Dieu. Les catholiques seuls agissent selon leur croyance. Dans leur église, le prince et lepiiysan, l'esclave et le maître, sont confondus indistinctement au pied de l'autel. L'u même titre les rassemble, celui de pécheurs. Le rang assigné par l'église est le seul qu'on y vénère. Dans l'enceinte iaevée , sa
■rmet pas aux riches et aux grania as W*»* 1
l'encens, tandis que le pauvre ferait humilié. Le si
île l'opprobre esl effacé du front de l'cselnve, lorsqu'il se voit admis à partager le lieu saint avec les citoyens les plus riches et les plus puissans.
Il n'en eat pas ainsi dans les églises protestantes. Les gens de couleur en sont exclus, ou bien relégués dans un coin, do manière à ne pas se mêler avec le reste des assistans. L'humiliation les poursuit partout, et se multiplie pour eux sous toutes les formes; aucun protestant blanc ne consentirait à prier à ecitd- d'un nègre.
Le pauvre esclave reçoit toutes les consolations de la religion des mains du prêtre catholique. Ce dernier le visite dans sa maladie , soulage ses peines , dépose sur ses lèvres mourantes l'hostie consacrée; à l'heure de l'agonie ces paroles sublimes se font entendre à son oreille : • Monte au ciel , ame chrétienne ! " Pi' est-il pas naturel que les esclaves soient tous catholiques à la Louisiane ? Tandis qu'on ne voit dans les églises protestantes qu'un petit nombre de femmes, commodément appuyées sur de riches coussins, la cathédrale spacieuse esl remplie d'adorateurs de toutes tes classes et de toutes les couleurs.
Tout ce que j'appris du zèle des pn'-ires catholiques me parut exemplaire. Ils n'oublient jamais que l'enveloppe la plus grossière renferme une ne aussi précieuse , aux yeux de la religion , que celle du souverain pontife. Leurs bras sont ouverts à tous les pécheurs : ils connaissent certainement mieux l'étendue de leurs devoirs, que tous les autres corps religieux. Je ne suis pas oatbfltiqoe , «ia\& rân ac m'emoèchera
-endre jtislicc à la cjanaxûftA Ae tesWranK*, 4im\\
aux iWats-i.n.s. 129
te zèle n'est animé par aucun espoir de récompense dans ce monde, et dont la vie humble se passe a pandre les lumières de la vérité, et à communiquer aux êtres les plus délaissés du genre humain les bienfaits de la religion. Ces hommes ne publient pas le nombre de leurs convertis. Le succès de leurs travaux pénibles et silencieux ne sont pas inscrits dans le blason de la société des missionnaires ; ils ne font pas le sujet des brillans discours de lord Roden et de lord Beiley. Soyons bien persuadés cependant que ces moindres actions méritoires porteront leurs fruits, et qu'elles sont inscrites là où elles doivent obtenir leurs récompenses.
La Nouvelle- Orléans et la fièvre jaune sont inséparables l'une de l'autre. Cette ville n'est saine à aucune époque de l'année : les exhalaisons qui s'échappent du Mississipi , les vastes marécages qui l'entourent , corrompent presque .toujours l'atmosphère; cette insalubrité ne l'ail que diminuer pendant quelques mois. Une vapeur épaisse s'élève encore dans l'air au mois de mars; on peut à peine respirer, et l'effet de ce climat influe sur tout votre être. La peau est humide dans les morne us de repos, mais le moindre exercice vous cause une transpiration abondante. Quanta moi , je ne pouvais marcher pendaut un quart de mille sans éprouver une lassitude qui m'était inconnue jusqu'alors. Dans ces occasions il faut en venir à la diète et au sofa, en attendant qu'un vent nordouest un peu vif vienne purifier l'atmosphère et remettre le malade dans son état naturel.
La fièvre jaune ne paraît dans tonte sa força oj).'». l'époque où les chaleurs sont déjà \rfe*-MM«A**\ '
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pénètre alors dans la ville et fait ses ravagea e silence. Le ciel est sans nuages, le temps magnifique; on se livre sans crainte, comme à l'ordinaire, pour vaquer à ses affaires ou à ses plaisirs ; bientôt le bruit se répand qu'un matelot, à bord des vaisseaux qui se tiennent sur le fleuve, vient d'être frappé de cette horrible maladie; le jour suivant on entend parler de nouveaux cas, mais les habitons de la ville se bercent de l'idée que la maladie ne pénétrera pas jusqu'à eux. Ils ne tardent pas à être désabusés; le fléau parait tout-à-eoup dans plusieurs quartiers de la ville et, semblableà un ange exterminateur, j répand la désolation et la mort.
Les créoles n'ont rien à craindre de celte maladie; elle atteint surtout les Européens et les natifs du nord des Etats-Unis. Ces derniers succombent presque toujours; ceux qui survivent deviennent ce qu'on appelle acclimatés ; la fièvre ne peut plus les reprendre, à moins que leur constitution n'eût éprouvé quelque changement par un nouveau séjour dans un pays plus froid.
Aucun étranger ne devrait manquer de visiter le cimetière public , qui est tout auprès de la ville ; je ne connais rien de plus curieux. Beaucoup, ni al lieu relient, le visitent sans le voir.
C'est tout simplement une immense portion de terentouré de marécages , terrain qui suffit à peine aux besoins de la population. On y voit toujours vingt ou trente fosses ouvertes, de toutes grandeurs, avec lesquelles on spécule. S'il nous prend fantaisie de mourir subitement, on est sur d'être placé au plus >>as prix possible. So*U lu&À&on wa wataeTOw». , àa-
aux fc-wont. 131
ciin veut être enterré dans un boa terrain. La rue du cimetière de la Nouvelle-Orléans suffirait pour en donner l'envie, quand même on n'y aurait jamais songé. A peine la bêche a-t-elle remué quelques pouces de terre, qu'elle rencontre l'eau, et ce n'est pas sans beaucoup de difficulté qu'on parvient à placer les cercueils, puisque tout le voisinage ne pourrait fournir une pierre de la grosseur d'une orange.
Lea morts sont bien plutôt inondés ^n'enterrés , et l'idée de se savoir dévoré un jour par les écrevisscs qui fourmillent dans cet endroit, répugne tellement à l'imagination , que les gens riches se font bâtir de petits (Milices , semblables à des l'ours, en plâtre et en brique, placés au niveau de la terre et de l'eau, sans aucun ornement. Quoiqu'il en soit, ceui qui se t vivre à la Nouvelle-Orléans, peuvent mder de la place qu'ils y occupent après leur mort, l'avoue que je ne me sentais nullement disposé à vivre ou à mourir dans cette ville; je quittai le cimetière avec la ferme résolution de ne jamais manger d'écrevîsses , quel que lût le talent du cuisinier pour les préparer.
On voit tous les jours, à la Nouvelle-Orléans, des ventes d'esclaves à l'encan. J'y assistai plusieurs fois; le misanthrope ne trouvera nulle part de plus grands motifs de haine et de mépris pour ses semblables. La vente se fait comme pour des chevaux ; le malheureux esclave est monté sur une table ; les acheteurs qui se présentent font sur lui un sév
sant mille questions sur son âge , sa sanlé , etc. L'huit sier priseur s'étend sur sa valeur, sur ses nombreuses qualités; enfin lorsque le marcAife est tovit\« , à X
itie par sa phrase or dïnaire , que le pauvre S est donné pour rien. Quand il s'agit d'une femme , marchand égaie l'auditoire par quelques propos indécens.
La première vente à laquelle j'assistai fut celle d'une pauvre femme mourante de la poitrinejsa maigreur, sa voix faible et cassée , lui assignaient une place à l'hôpital. Elle monta difficilement sur la table : e Messieurs, dit l'huissier, voici Marie, excellente cuisinière et habile femme de ménage , qne don lierez- von s pour ce lot précieux? Elle n'a qu'un défaut , celui d'être malade imaginaire, mais elle se porte tout aussi bien que moi. Voyons, messieurs, estimez-la; dirai-je cent dollars pour commencer? Personne n'offrira-t-il donc cent dollars pour Marie, excellente cuisinière et habile ménagère? — Bien obligé, monsieur, j'en offre cinquante. »
L'huissier s'arrête un Instant, tandis que plusieurs personnes vinrent tâter les eûtes de la pauvre femme , et la questionner sur l'état de sa santé,
ci Vous portez-vous bien? demanda un homme. — Oh.' non, je suis très-malade. — Qu'éprouvez- vous donc ? — J'ai une mauvaise toux et une douleur dans le côté. — Depuisquand?— Depuis plus de trois mots, d
L'huissier voyant que celte interrogation n'augmentait pas la valeur de son lot, recommença son discours. « N'écoutez pas ce qu'elle dit, messieurs, je vous ai déjà prévenus qu'elle faisait semblant d'être malade; aa santé n'est pas mauvaise, que le diable emporte ses côtes! I) on nez -lui de temps en temps quelqa es coups de fouet, \ mis \ettei. comme elle Iraralliera. Parlez, racssients, wma «viesewsYs-Wit
descendre. Soixante-quinze dollars seulement. •> — Un acheteur se présenta, et le marché fut conclu. Chaque l'accabla de plaisanteries, u Le voilà bien loti, dit 1 un , arec sa vieille qui n'a que la peau sur les os. — Je parie qu'elle servira bientôt de pâture aux écrevisses, dit un autre, s Telle l'ut la jjaîté barbare dont fut témoin celle malheureuse créature avant de sui-
Sï de pareilles scènes se passent dans un pays chrétien , le voyageur doit en conscience les publier à tout l'univers, afin que ceux qui les tolèrent soient couvert» de mépris.
Le temps n'est plus où il était nécessaire d'écrire de gros volumes pour convaincre tout le monde de l'injustice de l'esclavage. Elle est généralement reconnue; elle est si palpable, qu'on ne saurait l'exagérer, et qu'il serait impossible au plus habile sophiste de prouver le contraire. L'opinion à ce sujet, en Angleterre , n'a plus besoin de stimulant.
Puisque j'aborde celle question, je désire que ma pensée soit bien comprise. Peut-être ne doit-on pas accuser le peuple américain de crime, parce que l'esclavage existe encore dans la plus grande partie du territoire de l'Union; mais lorsquc'ce peuple a joui depuis plus d'un demi-siêcle d'une brillante prospérité, lorsqu'il se vante publiquement de sa moralité, de sa bienveillance et de ses liantes lumières nous pas le droit de lui demander ce qu'il a lait en faveur de l'esclavage? A-t-il cherché à rapprocher l'esclave de l'être intelligent, pour le préparer à la jouissance de ces privilèges auxquels la ça ' tùt ou lard admise.
Ub mot seul exprimera la réponse, rien n'a été fait;
, aucun adoucissement pendant ces longues années n'a été apporté dans les horreurs de la servitude. Rien n'a été essayé pour affaiblir un sot préjugé, rien pour se débarrasser , eux et leur postérité , de la responsabilité d'un système qui dessèche dans l'homme les sentimens les plus délicats. La voix de la justice et de l'humanité s'est fait entendre inutilement ; les progrès de l'intelligence sont incompatibles avec l'esclavage, et il est faeile de prédire que le Portugal , la Turquie ou Alger s'en délivreront avant les Etats-Unis.
11 est vrai que l'esclavage a été aboli dans plusieurs états de l'Union, et n'a jamais existé dans d'autres nouvellement formés. Ceux-là ont au moins le mérite d'avoir su apprécier leurs intérêts. On est donc obligé d'avouer que l'esclavage n'a cessé que dans les endroits où il devenait un obstacle à l'industrie , et diminuait les ressources du pays. 11 a été conservé dans tous les états qui en tirent leur profit ; c'est là qu'on retrouve encore l'esclavage dans toute sa barbarie primitive ; et partout où la justice exigeait quelques sacrifices, le sort de l'esclave , loin d'être adouci , devenait plus cruel , et les préjugés s'enracinaient plus fortement encore dans l'esprit du peuple.
J'ai dit que l'abolition de l'esclavage , dans les états du nord et dans quelques états du centre , n'avait entraîné aucun sacrifice. Je m'explique : par exemple, lorsque la Pensylvanie abolit l'esclavage , elle fit un acte par lequel tous les esclaves de son territoire devenaient libres au bout d'un certain temps. Voici quel fut le résultat de celle \o\ \ low* les ^propriétaires du
pays emportèrent el veii^vteTjX. \ewc* *s<àss*& ^a&
d'autres états, et quaud vint le jour de l'affVftatitu ment, ceux qui en profitèrent ressemblaient assez à ces malades qui se pressaient à la piscine de Ik-lli>'sda. Il n'y avait pas grande générosité à renvoyer les aveugles, les boiteux, les infirmes, eu leur disant qu'ils pouvaient pourvoir à leur subsistance.
J'admets que l'abolition de l'esclavage, dans les Etats-Unis , présente de nombreuses difficultés, et je ne prétends pas suggérer les moyens de l'effectuer sans danger; il y a, dans le commerce des esclaves, des abus qui demandent impérieusement à être répri-
s pai
.■ parle pas de l'importation du dehors , mais du trafic intérieur permis entre les divers étals. Plusieurs, dont le climat est sain et la culture du sol facile, s'occupent de multiplier les esclaves, non pas pour leur propre consommation, mais pour celle des autres états où le climat est mortel et les travaux pénibles. La culture du sucre , à la Louisiane , cause In mort d'un grand nombre de ces malheureux; tes planteurs sont obligés d'en acheter pour les remplacer ; les étals de Maryland, de Virginie et du nord de la Caroline fournissent surtout à leurs besoins. A mon retour de la Nouvelle- Orléans par la cale je renconlrai un troupeau de ces malheureux nègres, enchaînés comme des criminels, et conduits à coups de fouet comme des bêtes. Pour l'amour de Dieu , faites cesser ce trafic barbare! N'e permettez pas qu'un état supplée aux cruautés d'un autre; frites que, par une législation plus sage, l'humanité exerce également son empire sur tous les hommes!
e serait difficile de dêcUXur si on Ao\\.
lenler sur l'injustice dont l'esclavage frappe «et tintes, que sur les tristes résultats qui s'ensuivent pour la classe d'hommes qui l'inflige. Cette question doit être résolue par un meilleur casuïste que moi ; mais je prends sur moi de certifier que l'imagination la plus exaltée ne saurait trop exagérer les maux de ce détestable syslème. A peine voudra-l-o» croire qu'il arrive tous les jours, aux Etals-Unis, qu'un père vende ses enl'ans, d'autres ses frères et sœurs, sans que ces atrocités soulèvent l'indignation de la société. H est convenu qu'une goutte de sang nègre doit rompre tous les liens, et détruire kmtl pas m'étendre plus long-temps
snjel :
•z plus ces horribles abus dans voz le mot de moralité de votre voca-
tre pays, • buta ire.
J'avais eu l'idée de faire quelques observations sur le code noir des dîfférens étals, mais puisque j'écris pour le public anglais, ce travail devenait inutile. Cependant j'invite ceux de mes compatriote! qui s'imaginent que l'abolition, ou même l'adoucissement da l'esclavage , peut être confié à l'humanité des gens intrépides à le maintenir, de jeter un coup d'œil sur la situation des esclaves aux Etats-Unis. Je le répète , je ne reproche pas aux Américains l'existence de l'esclavage ehez eux, je les accuse seulement de n'avoir pas encore songé à adoucir le sort des nègres. Il faut avoir visité les lieux pour se faire une idée de leur position actuelle; peut-être vaut-il mieux pour eux qu'il en soit ainsi. Supposons que cet état de choses puisse durer long-temps , après que les autres peuples
se seront lavés Je cette lâche infamante, c'est te reporter à une époque où les Et ats-Unis deviendront un objet de mépris et de ridicule pour toute la terre.
J'avouerai cependant, que je n'ïi jamais abordé ce sujet avee>uo Américain, sans qu'il lût de mon avis. Les planteurs, en général, parlent de l'esclavage comme d'une vapeur infecte qui empoisonne l'atmosphère. uMais que faire? demandent-ils. Vous prétendez blâmer l'esclavage, quel plan avez-vous formé pour l'abolir? apercevez-vous un rayon de lumière à travers l'obscurité qui enveloppe cette importante question? Quoiqu'il en soit, soyez bien persuadé que nous sommes loin de maintenir l'esclavage par inclination ; nous portons envie aux états qui en sont délivrés, nous suivrions volontiers leur exemple, si nous le pouvions. Indiquez-nous un moyen de réussir , nous l'accepterons avec reconnaissance; si vous n'en connaisse» pas, cessez de déclamer contre un mal pour lequel la sagesse humaine ii'a pu encore trouver de remède. »
H y a dans tout cela un mélange d'idées fausses et raisonnables. Comme très-peu de voyageurs se munissent d'un plan sur l'abolition de l'esclavage en Amérique, cette phrase qu'on vous lance en avant , produit dans la conversation un effet merveilleux, et met un terme à toutes les objections qu'on pourrait faire. Quoiqu'il soit très- vrai que les Etats où l'esclavage est maintenu soient portés à l'abolir , ils ne voudraient réaliser ce grand projet que de la manière la plus avantageuse pour eux. lis veulent trouver moyen de ne blesser aucun préjugé, et d'enrichir le maître, tout en donnant la liberté à l'esclave. Il est
inutile de dire que le rêve SAlnatchar . dans les Nuia Ârabet , e«t impraticable. Laissez à Tesclanye le temps de le détruire par degrés, ou bien frappe* de suite an conp violent qui proclamera l'émancipation générale. Les intérêts des planteurs en souffriront dans le premier moment; mais comment réparer l'injustice de plusieurs siècles , sans passer par quelques sacrifices. Plus celle réparation sera retardée, plus ces sacrifices seront nombreux.
La cessation de l'esclavage mettrait un terme à la culture du sucre, du rîx, et rendrait inutile une vaste portion de terrain dans les Etals du sud; les deux tiers de cette population émigreraît sans doute dans l'ouest. pour se livrer à la culture du coton.
Il est donc clair que les Etats-Unis rclireraienl, comme nation , un grand profit de l'abolition de l'esclavage; mais que les intérêts des planteurs s'y opposent vivement. Je ne sais combieu de temps ces hommes l'emporteront sur la nature et les sympathies du genre humain ; mais je suis convaincu que cet état de choses ne peut changer que par une convulsion terrible. L'épée est suspendue; elle finira par tomber.
Je G» une excursion agréable pour me transporter â une plantation de sucre, à douze milles de la Nouvelle-Orléans. La route longeait les bords de la rivière dont les eaui sont retenues par des digues ; elles trouvent cependant toujours moyen de pénétrer par les crevasses et les trous que les écrevisscs et les rats oui formés; ces l'entes finissent par s'élargir, et le pays est inondé pendant plusieurs milles. Le Mississipi déborde aussi (juiAiyir.ïu'is , u\a\s ywnnie au point de cauaer de grands ravagea AansW ^*«çft*Si» "rônaan»
AUX LTÀTS-EHIS. 139
Le pays est , eu général , cultivé à un demi-mille Je l.i rivière; et c'est là que se trouvent les plantations de sucre. Celle que je visitai, quoiqu'asseï étendue, n'était pas des plus vastes. Habitée par une famille française d'origine, peu de sus membres parlaient anglais. Le propriétaire me conduisit voir les travaux , et je jetai, en passant, un coup d'œil dans les cabanes des nègres, pendant qu'ils étaient occupés dans les champs. II me donna d'amples détails sur la manière de faire le sucre, et m'avoua que ce travail coûtait toujours la vie de plusieurs hommes. A l'époque où les cannes doivent être exploitées; les nfiyres sont occupés sans relâche pendant six semaines. La fatigue est telle, qu'il n'y a que les coups de l'ouet qui peuvent les forcer à l'endurer; cette saison est, en général, suivie d'une grande mortalité parmi les nègres (1).
Le climat de la Louisiane n'est pas tout-à-fait convenable à la culture du sucre; il est trop variable. Il arrive souvent que des gelées , dans le mois de novembre, détruisent les plus belles espérances de récolte. Ceci venait d'arriver dans la saison qui précéda mon voyage, et je vis toutes les cannes du pays, pourries, abandonnées sur la terre. On ne peut jamais être sûr de sa récolte à la Louisiane, tant qu'elle n'est pas dans le moulin; c'est pourquoi lea esclaves sont accablés d'ouvrage , quand vient le moment de recueillir , et qu'ils succombent, la plupart du temps, sous le poids de leurs pénibles travaux.
La pauvreté des planteurs, en général, les empêche
(1) Ici l'auteur est dans l'erreur : l'expli
répand des odeurs balsamiques qui font que les K infiniment mieux apres qu'avauiAes'
t; une nropradc.
i l'avoir un nombre d'esclaves suffisant; u qui exigerait deux cent cinquante nègres , n'est «tarent cultivée que par deux cents. Non -seulement. If travail en «ouffre, mai» il cause la mort â nu plus grand nombre d'hommes. Aussi, la population esclave, a la Louisiane , diminue-t-elle toujours , et atteindrait bientôt, sans les importations qui Tiennent des Etals du nord (1).
Je passai un jour et une nuit sur l'habitation de ce monsieur , qui eut pour moi mille complaisances. 11 est d'image dans ce pays de vous assigner un domestique pour vous servir exclusivement. Quand je me retirai pour la nuit , je fus suivi par un jeune nègre d'assez bonne mine, qui, après m'avoir donne ma lumière et arrangé mon lit, se planta devant moi, tandis que je
rie déshabillais. Je lui souhaitai le bonsoir , mais il ne Miugea pas davantage, ie lui demandai enfin pourquoi il restait là; il me répondit qu'il voulait m'aider à me coucher. Je le remerciai, eu lui disant que je désirai] seulement qu'il me brossât mes habits le lendemain. Il me quitta, trés*surpris de voir qu'un blanc pût se résoudre à ôter ses uns, et à mettre lui-même son bonnet de nuit. On doit classer, dans le nombre des petits inconvéniens de I esclavage, celui de détruire tuiite indépendance personnelle , et de jeter un vernis désagréable sur les fonctions les plus ordinaires de la vie.
Avant de quitter la Nouvel le -Orléans , je fis une autre excursion pour aller visiter le delta du fleuve
m foftfMmfc 141
sur un des bateaux k vapeur qui vont et viennent continuellement à l'embouchure du lîeuvepour remorquer des vaisseaux ; quoique noire barque en conduisît trois énormes , elle marcha lestement à l'aide de la vapeur et du courant. On découvre le champ de bataille à sept milles au-dessous de la ville. Cette plaine, bordée d'un côté par le Missîssipi, el de l'autre par le fort , a un demi-mille de largeur. Plus loin le fleuve fait une courbure, et cet endroit s'appelle, je ne sais pourquoi, le Détour des Anglais- Viennent ensuite des plantations pendant l'espace de quarante milles. Puis la nature se montre sous les formes les plus tristes ; on voit d'abord de belles forêts dont les arbres s'élèvent du milieu des marécages, mais dans lesquelles le chasseur indien lui-même ne pourrait pénétrer. Cette vue est bientôt remplacée par celle des buissons interminables de cannes qui bonlint les deux rives. Quoique nous pussions apercevoir plusieurs lieues devant nous sur le bateau , rien ne frappait nos regards que ce large fleuve bourbeux, ces monceaux de bois nageant sur l'eau , et ces joncs immenses se balançant dans les airs.
Le Mississîpi décharge ses eaux abondantes dans le golfe du Mexique par quatre passages; deux sont navigables; mais comme il s'opère souvent deschangemens, ceux que les pilotes préféraient, il y a peu de temps , sont maintenant inabordables pour les plus petits vaisseaux. En approchantdu golfe, la verdure ne paraît que de temps en temps ; on ne rencontre guère que des régions boueuses formées par les dépôts du fleuve sur les bois, arrêtés dans leur courte l'Océan. C'est ainsi que- la terre sé\È\e-, on \>cwV t
suivre les progrès dans ces couches superposées, maintenant si riches et si fertiles. En les abandonnant, le fleuve, libre de tout obstacle, se divise dans tous les sens , après avoir circulé de mille manières dans une immense étendue de pays.
Il serait difficile d'exprimer par des mots l'effet que produit ce lugubre spectacle sur l'imagination du voyageur. L'œuvre de la création est incomplète : les eaux sont encore confondues avec la terre, l'œil ne rencontre qu'une masse interminable n'appartenant à aucun élément. Le spectateur sent qu'il est éloigné des régions habitées ; rien autour de lui ne peut sympathiser avec lui; il comprend pour la première fois de sa vie peut-être toute la sublimité du néant.
Le paquebot ayant remis son fardeau sain et sauf à la barre, s'accrocha de nouveau à plusieurs vaisseaux et reprit sa route vers la ville. Je sentis une espèce de soulagement en revoyant l'ombre de ces épaisses forêts. Les habitations reparurent ensuite. Les nuages de fumée qui s'élevaient au-dessus des masses de feuillage , me paraissaient superbes. Tous les désagrémens de la Nouvelle-Orléans s'évanouirent même à mes yeux, lorsqu'après un voyage de trois jours, je me retrouvai chez le restaurateur français et que je vis entrer le domestique avec un large plat de bécassines qui réjouit ma vue.
; Pontebarlrain. — Pascagoula. — Vers luisons. — Bon- "s. — Les opinions du boulanger.— Avis du boulanger aui émigrés. — Départ de la Mobile. — Cours de justice. — Arrivée àMontgomery. — Entrée dans le pays Crcck. — Progrès A travers ta forêt. — Chaumière indienne. — Tournure des Indiens. — Réfugiés américains. — Polygamie. — Jeu de balle des Indiens. — Manque de discipline, — Géorgie. — Caractère des Géorgiens. — Auguala. — Cbarleslon. — Description de Cbarleslon. — Climat de Cbarleslon. — Population. — Arrivée à* New-York.
Je pris congé de la Nouvelle-Orléans le 1 avril , c l'embarquai sur le canal qui lait communiquer la vîlii vec le bayon Saint-John. Ces bavons swA <ies «%\fe- ■s Je petites baies , qui tantôt supyAieuV »\yï.\«»«to»
114 LU BOa*SS ET LES MŒC
J u Mississipi, tantôt le soulageât de son fa Quanti le fleuve grossit, les bayons qui enlrecou] tout le pays sont comme îles portes de sûreté qui empêchent une inondation générale. Quand le fleuve est bas , elles restituent une portion de leurs eaui et contribuent de cette manière à égaliser, à différentes époques , le volume de ses eau*.
Oa dirait uu canal eu voyant le bayon Saint-John. II traverse un marécage couvert de cèdres et autres arbres, rjui répandent danslairunparfunidélicîeui. Il faisait nuit lorsque nous atteignîmes le lac Pootc La r train , et le bateau jeta l'ancre à quelque distance du rivage. J'aurais passé la nuit à l'auberge si elle m'avait paru convenable; maïs j'aperçus de loin une société de buveurs , qui m'indiquèrent que ce lieu n'était simplement qu'un mauvais bouebon décidai à partir de suite, en dépit de l'obscurité grand vent.
Il est peut-être ridicule de parler d'une tempi sur un lac de quarante ou cinquante milles de Longueur, sur deux ou trois de largeur : mais les lempêtet în matula, si l'on peut leur donner ce nom , me parurent fort désagréables; nous n'avions pas encore rejoint le vaisseau , que notre bateau était déjà rempli d'eau. Le voyageur doit avoir une constitution robuste, et posséder une parfaite égalité de caractère, pour supporter patiemment et sans danger de pareils iuconvéuiens. Quant à moi , la dose de ma philosophie n'était pas assez forte, pour que ma figure ne s'alongeât pas un peu, en voyant mes effets submetvét, me» papier» eX autre* choses précieuses à moitié détruits.
e lieu
npête
is arrivâmes juss maux Person-
al fut le désordre dans lequel n qu'au paquebot. Afin de prévenir nels qui pouvaient en résulter, on fameux verre d'eau-de-vie et d'eau; fumer le cigare devînt aussi d'obligation. Le lendemain, tout ce que je possédais fut étalé sur le pont, à la grande satisfaction des curieux, qui non-seulement firent un scrupuleux inventaire de m.i garde-robe, mais cherchèrent à lire mes papiers, ce qui ne me plaisait guère.
Du lac Pontchartraîn nous passâmes au lac Borgne , dont le bassin n'est pas plus remarquable que le premier. Tous les deux s rais, dont la vue est triste « étroit par lequel ces deux lac; par un fort ; gardé toute l'an de l'armée des Etats-Unis. 11 e rer un endroit plus désagréable; ble. Un officier qui voyageait avf eu le bonheur de passer trois a séjour, nous assura que les lo:
quesvous obligeaient à vivre neuf moi;
L'obscurité était profonde lorsque n un endroit nommé l'aseagoula , où se terminait notre voyage. Il fallut alors traverser le lac (un demi-mille de largeur) sur un mauvais pont étroit. L'expédition eut lieu sans accident, quoiqu'elle fût assez périlleuse. On n'y voyait goutte; le parapet était renversé dans plusieurs endroits; enfin arriva le moment où il fallut sauter; je me lançai, sans trop savoir a\ jfc ii;Sï™> ■une précipiter dam le lac ttorgne, n»w 'je»3\'
int réunis est dominé ; par une compagnie mpossible de se figu- ; le climat y est horri- •c nous, et qui avait ils dans cet aimable jrbilloTis do mousti-
IIS LES HOMMES ET LES M.TirllS
bonheur de me trouver quelques minutes après d une misérable taverne de bois.
Le mailre semblait désirer beaucoup qu'u des voyageurs restai jusqu'au lendemain, pour p dre une autre voiture; mais comme j'avais déjà mes places à la Nouvelle- Orléans , je ne me laissai pas tenter. A une heure du matin , je moulai dans la diligence qui se dirigeait lentement vers la Mobile. Notre chemin, à travers une longue forêt de pins, était encore tel que la nature l'avait formé. Deux maisons seulement s'offrirent à nos regards, dont l'une prenait le nom d'une taverne; nous y soupâmes à quatre heures du matin. Le prix qu'on nous demanda pour un morceau de lard et de viande froide, révolta les voyageurs; tous se plaignirent d'être volés.
Notre excursion dans ce lieu me laissa un souvenir des plus agréables. Le vent s'était apaisé , la nuit était obscure, lorsque peu d'iustans après avoir quitté la taverne, la forêt devint comme illuminée par une foule de vers luisans ; le sombre feuillage des pins s'anima au milieu de cette clarté , mais la lumière plus éclatante du malin effaça bientôt celle de ces beaux in-
A neuf heures du matin , le 12 avril, nous arrivâmes à la Mobile , ville très-importante , comme pourraient l'attester tous les marchands de I.iverpool. Elle fut brûlée il y a quelques années; mais on s'en aperçoit à peine aujourd'hui. Ayant appris que le paquebot de Montgomery ne parlait que trois jours après, je songeai à profiler de mes lettres; elles me procurèrent au tant d'aj;rémeu5<\\\i;s<;«''VSM.s\.TW).\4a da.ua tonte» les autres viHw.
s observations sur la Mobile ne méritent pas la peine d'être reproduites. Comme ville commerçante, elle rivalise avec les premières des Etats-Unis , et n'est surpassée que parla Nouvelle -Orléans j c'est le port le plnsremarquabledel'Elatd'Alabania.si renommé pour la culture du coton. Comme les marchands de la Mobile font peu de dépenses, ils doivent l'aire des fortunes rapides. Pas d'équipages, aucune recherche dans les maisons, rien que de vastes magasins, bien approvisionnés, et un port três-animé. Je ne remarquai daus la ville aucun genre d'amusement.
Mes journées se passaient à errer dans les forêts voisines, qui sont remplies d'Indiens. Ces hommes avilis par leurs relations avec les Européens , paraissent indépendans et nobles dans leurs déserts; on découvre même encore en eux cette grâce et une originalité de leurs ancêtres. Ils sont pauvres, tiens; quoique soumis, ils conservent de la dignité. J'essayai inutilement de lier convers pendant mes promenades. Je leur donnai de l'argent, ils l'acceptèrent avec plus de surprise que de i naissance. Ce sentiment leur étant inconnu, ils sont trop fiers pour exprimer ce qu'ils ne comprennent pas.
Tout le monde m'avait recommandé de l'aire à la Mobile une provision de cognac et de biscuits, pour remplacer le pain et l'eau-de-vie, qu'on trouve difficilement dans le pays que j'avais à traverser. Quoique je ue craignisse pas beaucoup cette privation, je suivis le conseil de mes amis, et m'adressai à un boulai ger écossais pour une petite provision 4e VnwÀV». Sfet compatriotes sont accuses de. portet '
sentiment de patriotisme; voilà sans doute ce q duisït de suite uu rapprochement entre moi et le In langer, et noua entraîna, dans une longue conversation sur l'émigration. Mon compatriote était natif iXli :> milton , où il avait inutilement courtisé la fortuit marié, et eu dépit des préceptes de NaJthus , «a famille augmenta à mesure que ses moyens pour la soutenir diminuaient. Il se décida alors à vendre ce qu'if possédait, pour réaliser un peu d'argent, et se confiant à Dieu et à son industrie, s'embarqua pour l'Amérique. Arrivé à New-York, il travailla quelques mois comme homme de peine; ayant appris que les boulangera étaient rares à Mobile, il vint s'y établir à «on compte; sa famille étant veuue le rejoindre, il se trou-
heureux que pouvait l'être le
aujourd'hui auss plus riche boulanger.
Dans la conversation , cet homme me prouva qu'il était partagé entre son affection pour le pays natal, et les avantages que lui avait procurés son émigration. D'abord il ne parla que des beautés de la Clyde. « Monsieur, disait-il, les bords de la Clyde ne sont-ils pas magnifiques? Aveï-vous jamais rien vu de pareil? Le pays, entre Uamilton et Lanark, u est-il pas un vrai paradis? Je parie que le monde n'a riuu à lui comparer. »
Je fus de son avis sur tout cela; mais je lui demaudai si l'aisance qu'il trouvait à New-York ne le compensait pasampleuicnt de lapertedeloutesces beautés dont il se plaisait h parler. Cette question bouleversa toutes les idées du boulanger. Il s'étendit avec enî/iouaiasme sur son \iovA\eui w,\.fte\,w«d\t.i\u'il vivait . \\ ïa\sa\\. \iora\c çVfere. , '
esclaves, pouvait payer ses dettes tous les jours de la semaine, et avait dernièrement envoyé, sans se gêner, cent dollars à sa pauvre mère. Ensuite, il exprima longuement sonopinîon sur l'émigration ; ,-, En Ecosse, r , dit le sage pétrisseur, il existe une telle 3 pour les marchands , qu'ils ue peuvent tous réussir; j'en suis une preuve : lorsque je pris une boutique à Hamilton, j'étais honnête, industrieux, et tout aussi entendu dans l'état, que les premiers boulangers du pays; malgré cela, j'avais peu de pratiques. Il faut, pour s'en tirer, pouvoir attendre que les affaires augmentent par degré» ; ce qui m'était impossible, puisque je ne possédais que cinquante livr empruntées à l'oncle de ma lënune. J'étais obligé de vendre mon pain, pour payer ma farine. Mou hist est celle de raille autres. Ceux-là feraient mieux de venir ici, que de se donner un mal inutile pour végéter chei eux. Ils peuvent ne pas devenir riches ic mais ils sont toujours sûrs d'échapper à la pauvreté, en menant une conduite rangée. Ce n'est pas tant le manque du nécessaire, monsieur, qui afflige le plus un pauvre marchand de notre pays ; ce sont les soins et les inquiétudes pour l'avenir , qui pèsent sur lui, le privent de son sommeil, l'empêchent de profiter de sa nourriture , usent sa constitution , et le rendent vieux avant le temps. En Amérique, l'homme n'a d'autre crainteque oelle qui le poursuit dans tous les pays; il a toujours de quoi nourrir sa famille; sï ses enfaus vivent, ils pourront bientôt pourvoira leur existence. • Cependant je ne conseillerai jamais à celui qui jouiL d'un revenu assuré, quelque mod\(\ue i-ç\'vV&aA, Je s'expatrier. C'est un rude sacrifice , tooïbàww -,
n'aurais jamais quitté l'Ecosse. Oh!
, les rivières de ce pays ne peuvent se comparer à la Clyde; je pense souvent qu'un morceau de pain, dans mon pays, vaudrait mieux que de splendides repas dans celui-ci. L'homme qui vient en Amérique ne fait qu'un échange de maux : il est obligé de vivre avec des geas impies et méprisables ; il ne peut pas entendre prêcher l'Evangile , comme il en avait l'habitude; il faut qu'il soit témoin de l'horrible profanation du dimanche. Il ne pourra pas donner à ses enfans une éducation religieuse, et les élever dans ta crainte du Seigneur; ils auront. dès leur plus tendre enfance, de mauvais exemples sous les yeux. Je ne sais pas , monsieur, si la pauvreté n'est pas un mal léger, en comparaison de tout cela.
» Pari erai-je ensuite de l'esclavage? les hommes sont traités ici avec plus de cruauté que les bûtes brutes en Ecosse; rien n'est plus triste, il n'y a pas moyen de ■e passer d'esclaves ; car les blancs seraient humiliés de travailler. Je fus obligé d'acheter un nègre avec le premier argent que j'avais économisé. J'en ai deux aujourd'hui ; mais je les traite comme des hommes libres; je répète à mes enfans qu'ils valent autant qu'eux aux yeux de Dieu. Après tout , ces créatures éprouvent votre patience; elles sont sales et peu inteiligentes. Fuis les manières du peuple ne sont pas celles de notre vieux pays : on n'est ici ni social , ni obligeant; on est si avide d'argent, que bien des gens tondraient sur un œuf. Un homme doit bien réfléchir avant de quitter son pays natal; jen'en ai jamais donné
le conseil à un ami, (\uo\<çie \e tasA»«<& -imi. ^laisi;
procurer tous \e* Te»*w$o*n«m v»«&3«» ».
VntSTOLV^.
me les demandent; mai) j'invite tout le monde à être
Autant que je puis m'en souvenir, je crois avoir reproduit le discours du boulanger dans ses propres termes. Le bon sens de cet homme me frappa; quoiqu'il en soit, ses biscuits étaient délicieux, et me firent souvent penser à lui avec reconnaissance , pendant mon séjour dans le pays des C>-eeks.
Je m'embarquai le 15 avril sur l'Isabelle; et nous suivîmes Ja rivière d'Alabama , pour arriver à Montgomery. Comme il n'y avait pas de femmes à bord , mon ami anglais et moi, nous nous emparâmes de la cabine qui leur est destinée. Notre appartement, situé au-dessus de celui des messieurs , cl entouré d'un balcon, nous parutfort agréable. La société au-dessous de nous se composait presque exclusivement de fermiers; leurs tournures et leurs manières peu distinguées avaient cependant quelque chose de moins grossier que celles des habitans des villes. Un Américain n'a jamais cet air rustique et cette simplicité qui distinguent le paysan des autres nations. On lit tou-
jours sur
! physi
trd.le, j
et l'inquiétude; nés regards sur les as , je me disais :
prélendent au bon-
flgui
u Est-il possible que
Dans mon voyage à l'ouest, j'avais été habitué .i une table abondamment pourvue. Il n'en est pas ainsi dans le sud; ni la quantité, ni la qualité, ne présidaient à nos dînera à bord de l'Isabelle ; les plats , les assiettes, les fourchettes, les nappes, tout était sale et àégoùtânt A part tous ces désaijrémevis
s plaindre du voyage ; l'Alabamii ni aussi large que l'Hudson ; le pays , à travers lequel cette rivière nous conduisit, était beau mais sans variété; ses deux rives sont bordées des plus beaui arbres que j'aie jamais vus, tels que le platane, le cotonïer, le dogwood, le chêne de différentes espèces, lemagnolia-grandiflora, l'érable, le copalme, etc. La nuit, j'étais frappé delà beauté des étoiles qui reflétaient dans l'eau pure de la rivière; le ciel brillait avec un éclat qu'il est impossible de peindre.
Le soir, nous passâmes devant Claîborne, petit village surune hauteur à peu de distance de la rivière ; mais comme l'Etat d'Alabama est à peine peuplé, cet endroit passe pour un des plus considérables. D'aprèi ce que j'ai vu et entendu dire de Claîborne, ce village n'est pas susceptible de grande augmentation. Le lendemain, nous arrivâmes à Fortland, qui ne renferme qu'un magasin et quelques mauvaises maisons. Nous frappâmes à toutes les portes, pour avoir du lait, mais impossible de s'en procurer.
Notre station suivante se lit à Cnhawba, qui était le siège du gouvernement de l'Etat il y a deux ans. On y voit tout au plus vingt maisons de mesquine apparence ; la cour de justice étant ouverte , j'y entrai ; les membres étaient rassemblés. Sur un siège construit avec des planches grossières sans peinture, était assis «on excellence le juge , dans un costume à peu prés semblable à celui d'un paysan anglais , mais bien audessous de lui pour la tenue et les manières. Il s'agissait du paiement d'un mémoire de médecin ; un monsieur en jaquette de futainc prononçait uu discours lorsque j'entrai ; il\\$ù\.w\M&e\ê^\daA& ^m Ui^iel
aucun médecin ub pouvait e*iger le paiement de ses soins avant d'avoir reçu i'^iilurivitinii d'exercer son art; il voulait, avant tout, que le demandeur apportât son certificat.
Le conseil du plaignant , dont la tournure indiquait un mélange de serrurier et d'avocat, parut stupéfait . de la demande; il chercha cependant à se tirer d'affaire le mieux possible, et, à chaque phrase, relevait , avec une grâce toute particulière, sa culotte de grosse toile prête à tomber sur ses talons. Je n'eus pas malheureusement le temps d'attendre la Gn du discours; la cloche du paquebot se lit entendre , et je me bâtai de le rejoindre.
Peu de temps après la brune nous atteignîmes Selma, endroit le plus important de l'Alabama, entre Mobile et Montgomery. On ne voit pas de quai, mais un las de marchandises étalé sur le rivage sans personne pour les recevoir. L'obscurité ne me permit pas de faire d'autres remarques sur Selma, qui est d'ailleurs un peu éloigné de la rivière.
Nous arrivâmes au terme de notre voyage le quatrième jour. Montgomery, qu'on appelle une ville considérable, n'est habitée que par quelques centaines d'hommes. Pas une maison passable; rien ne pouvait être pis que son auberge ; les trois ou quatre lits réunis dans une seule chambre étaient tous occupés, la vermine et les mosquitos y fourmillaient de la manière ta plus incommode.
Je n'eus pas de peine à me lever de bon malin pour aller visiter le pays d'alentour. Le sol est aride mais agréable à la vue; j'aperçus d'une hauteur de Im&ot. ; h rivière , quoique tris-éWvgnke te\atawi \^
paraît fort imposante. Après une promenade tic trois heures je revins à l'auberge, enchanté d'avoir trouvé moyeu de calmer la fièvre et le malaise occasionés par
LesElats du sud sont dépourvus de cet esprit entreprenant qu'on remarque dans les régions de l'ouest. Aucune activité commerciale dans les villes et dans le* villages; les maisons, mal tenues, indiquent plutôt un décroissemeot de population qu'une augmentation. Plusieurs habitations sont désertes à Montgomery, et la cour de justice semble tomber eu ruines.
Nous partîmes à quatre heures pour le fort Mitchell. Les bruits les plus défavorables couraient sur l'état des rivières qu'on disait impraticables; j'étais si habitué à l'exagération de ces périls , que je résolus de me risquer. Mon avis n'était guère prudent: il nous entraîna à quelques dangers , et retarda notre arrivée.
Nous n'éprouvâmes d'abord aucune difficulté; mais tout-à-coup nous rencontrâmes un bayou d'une telle profondeur que nous étions presque submergés. La nuit nous avait surpris avant d'atteindre Lime-Creek, courant très-peu redoutable, dont les eaux s'étaient grossies au point de former un torrent dangereux ; il faut connaître les lieux pour comprendre le péril qui nous menaçait. Je n'en avais heureusement nulle idée; mat* les deux passagers et le clocher étaient fort alarmés :l'un d'eux, planteur louisianais, menaça le batelier, en mauvais anglais, de le tuer s'il se rendait coupable de la plus légère négligence. Celte frayeur nous égaya tous , mais Sambo paru! tout aussi calme «jii'nranl. La voilure ïiaY. çoassée dans le bac, et au moyen d'une pUor\»p- idée sv» \* ™*«« , w«
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fiime s heureusement transportés sur la rive opposée.
Nous nous trouvions maintenant sur le territoire des Creeks. Les torches nous devinrent nécessaires pour nous diriger dans cette nuit profonde. Nous cherchâmes inutilement à nous en procurer dans les tentes des Indiens ; mais une hache que nous découvrîmes dans la voiture nous servit à couper des branches de pins, que nous allumâmes en guise de flambeaux. Je me suis déjà étendu sur les mauvais chemins que j'ai rencontrés en Amérique, mais cette fois je puis certifier que ceux-ci l'emportaient sur tous cens que j'ai parcourus dans mon pèlerinage. La houe arrivait jusqu'à l'essieu de la voilure ; il fallait que le cocher fût doué d'une grande habileté pour éviter les énormes crevasses qui se présentaient à chaque pas.
Personne ne ae soucia de garder sa place dans la voiture; nous en descendîmes tous; armés d'une torche de pin, nous avions l'air Je conduire un mort en terre. Rien cependant n'était plus beau que le tableau rpie nous représentait la forêt ; la clarté que répandaient nos torches, lesi'eui Indiens que l'on apercevait à travers les arbres , ces figures sauvages , cette multitudedeversluisanss'agitautau milieu des feuilles; tous ces objets réunis formaient un tout magnifique , dont la Tue nous récompensait de toutes nos peines. Nous passâmes deux marais sur une espèce de trottoir formé de troncs d arbres , que les Américains appellent un chemin corduroy. Cette dangereuse expédition s'effectua sans accident. Le pays, à mesure que nous avancions, devenait plus inégal; les roues de notre voiture se trouvaient souvent Kfsfexfc» ^«s \*
Malgré tous ces obstacles , nous arrivâmes à une taverne indienne, où nous changeâmes de chevaux et demandâmes à souper. Nous étions loin des régions où se trouve le pain j il fallut se contenter d'oeuf* , de venaison bouillie , de gâteaux de blé cuits dans une matière huileuse, à la manière des Indiens; la v t >mi son élait passable , et les biscuits de mon ami le boulanger rendirent mou sort plus supportable.
La pluie commençait à tomber comme nous allions rejoindre la voiture; des torrens d'eau s'échappèrent bientôt des nuages, les torches s'éteignirent, des courans d'eau ruisselaient dans les crevasses, inondant les chemins, et en moins d'une heure je lus mouillé jusqu'aux os,' en dépit de ma redingote et de mou manteau imperméable.
Enfin les chevaux épuisés de fatigue refusèrent de marcher; tous nos efforts pour les aider furent inutiles. Ayant perdu tout espoir de les faire avancer, le cocher partit pour chercher du secours daus les environs, tandis que nous reprîmes tristement nos places dans la voiture jusqu'à son retour.
11 serait difficile de se faire une idée de notre malheureuse situation. L'orage augmentait au lieu de diminuer. Les coups de tonnerre étaient effrayant, l'éclair fendit un pin immense à quelques pas de nous, un des voyageurs devînt aveugle pendant une heure ou deux. Le pluie pénétrait de tous côtés dans la voilure, commesielle se n\;i\sa\\ j^ouïsmUth des hommes déjà ni malheureux. îïous retiàxoe*. ùsm i»v™ ™is.
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heure du matin jusqu'à sept ; In vue ilu conducteur nous ranima un peu ; nous apprîmes plus lard qu'il avait passé la nuil fort agréablement dans une chaumière indienne; il vint suivi de quelques nègre», mais sans un supplément de chevaux. 11 était absurde de supposer que ces pauvres animaux, qui étaient restés al te lés toute une nuit sans nourriture, exposés à l'orage, pourraient maintenant remplir la tâche qui était, la veille, au-dessus de leurs forcer; on l'essaya cependant; nos bagages lurent jetés au milieu du chemin pour rendre le fardeau plus léger. Mais les chevaux, ni les voyageurs, ni les nègres ne purent changer la voiture de place. Nous avions perdu tout espoir, et nous songeâmes a demander l'hospitalité dans quelque endroit. Une chaumière indienne se trouvait heureusement à quelques pas de là ; un bon feu sécha nos vètemens ; un chariot attelé de bœufs .- 1 1 1 . ■ chercher nos effets dans la journée, et uous fûmes obligés défaire contre fortune bon cœur.
L'accueil de notre Indien , le plus beau que j'aie jamais vu, était froid, mais assez amical. Il étala devant nous sa provision d'reufs et de blé, avec les grâces de l'homme de la forêt. Les deux femmes n'auraient pas été laides , si elles avaient mis plus de recherche daus leur toilette ; mais la couverture de laine et le jupon bleu, nereliuiissaiciilpns l'éclat de leurs charmes. Leurs enl'ans avaient de la grâce dans leurs mens. Ils semblaient prendre beaucoup de plaisir dans l'exercice de l'arc.
Un des voyageurs leur montra une tabatîèi sique, qui intéressa vivement les l'enusuis elles ev\S»w let hommes étaient Irop graves et Xïoç \to\A*
laisser apercevoir ou le plaisir ou la surprise. ! hôle pai-ut cependant enchanté 'l'un fusil à vent avec lequel nous tuâmes plusieurs oiseaux pour le divertir. ]] demanda la permission de tirer, et frappa avec adresse un dollar placé à Irente pas de distance.
L'idée romantique qu'on s'est formée des Indiens, s'affaiblit en voyant que beaucoup d'entre eux se. servent d'esclaves; cependant l'esclavage, parmi ce peuple simple , prend une couleur toute particulière. Les nègres parlent anglais, et servent d'interprètes dans les relations avec les blancs. Us me semblèrent plus beaux que tous ceux que j'avais vus jusqu'alors; leurs travaux moins pénibles et le mélange du sang indien occasionent peut-être celle différence. Leur servitude est légère, disent-ils; jamais ils ne se plaignent de leurs maîtres.
Les coups de fouet leur sont inconnus. Quand ils se marient, on leur accorde une maison séparée, entourée d'un petit morceau de terrain qu'ils cultivent. Les enfans nègres et indiens sont élevés ensemble, •ans ligue de démarcation, elle gouvernement de cette grande famille est tout patriarcal.
La loi américaine lie pouvant atteindre le territoire indien , il sert de refuge aux criminels , et à tous ceux qui n'aiment pas à se soumettre aux usages d'un peuple civilise. Ces hommes se marient avec le* natifs du pays, où ils introduisent le crime et la démoralisation. La plupart sont des vagabonds, dont les mania ne sont retenues par aucun principe , ni par la crainte du châtiment.
Deux de ces hommes coVtfetCTS. «vi wmis étions et passèrent la nuit à botte. N-v-rts «w *»W^ V
liant quelques heure» leurs manières insolentes et brutales, je m'enveloppai de mou manteau et cherchai à m'endormir, pour me débarrasser d'eux; mais il n'y eut pas moyen : le bruit qu'ils taisaient eu buvant et en blasphémant devenait intolérable; enfin lun d'eui tira son poignard pour assassiner son compagnon ; ce dernier le saisît à la gorge, et tous deui roulèrent sur leplancher. Je me levai brusquement, notre hôte se réveilla en même temps; aidé d'un esclave, il parvint à sauver la vie à l'un des combatlans; il avait perdu couuaissance, ses yeux étaient à moitié hors de la tête, sa tête penchait sur ses épaules; il fit pourtant un effort convulsif, un bruit intérieur se fit entendre, et il reprit ses forces. L'autre homme fut chassé de la chaumière. Le silence ne fut plus interrompu que par le ronflement des dormeurs.
Il me fut impossible de me livrer au sommeil . les puces qui s'attachaient à moi surpassaient en nombre l'armée des Xeriês. Le jour vint, ainsi que la voilure dans laquelle nous devions poursuivre notre route. L'Indien ne voulut rien accepter pour l'hospitalité qu'il nous avait accordée, mais les femmes reçurent tout ce qu'il uous plut de leur donner. Rien ne manqua dans nos effets; je donnai, eu partant, une poignée de main à tout le monde, les nègres compris, au grand scandale de tous les voyageurs américains.
Les difficultés ne cessèrent pas même en plein jour. D'abord, vint le Creekde Rilbeedy, que nous traversâmes sur le plus mauvais pont qu'on puisse imaginer; puis le marécage l'essimon , dont le chemin rocaillenu était presque envahi par le marais. Enfin , i rames à l 'auberge tenue paru» \méViw>vïi ,ç«\n\.
qui vivait avec trots femmes indiennes. I,
«luit tout aussi mauvaisqu'on pouvait s'y attendre (L un établissement semblable : du café détestable, de la venaison gâtée, du gâteau de blé de Turquie; pis d'œufs, pas de laitage. Le goût de notre hâte pour les femmes, n'était pas des plus délicats: l'une était grosse comme une tour, l'autre n'avait que la peau sur les os; je ne vis pas la troisième.
Le repas achevé, nous reprîmes notre chemina travers une immense forêt de pins; nous passâmes dans la journée devant plusieurs cahuttes indiennes, et autres habitations plus soignées , entourées de petits treillages. Les cbemîus , loin de devenir meilleurs , nous forcèrent à descendre de voiture pour soulager les chevaux. Notre passage fut obstrué par un arbre colossal, renversé dans le chemin, ce qui nous fit perdre deux heures; peu après, nous dînâmes cbei un Indien, qui nous offrît les mets ordinaires, la venaison et le maïs.
Le soir, nous gravîmes des hauteurs d'où nous apercevions une grande étendue de pays. Le chemin sablé, quoique trés-dur pour les chevaui, était devenu agréable pour les piétons. Je n'avais jamais éprouvé tant de fatigue; je n'avais pas fermé l'œil depuis dent nuits, et lorsque nous arrivâmes , à quatre heures du malin, à une petitu taverne pour attendre le jour, je me jetai par terre, el m'endormis aussitôt.
l.c matin revint bientôt m'arracherde mon sommeil ; nous étions encore éloignés de quatorze milles du fort Milcbell,ct il fallait, la plupart du teotps, fairece trajet à pied. Le soleil «etavWt «a&era au-dessus dn somhre feuillage des pms \ mo» ŒiWçivMaaWwj».