‹ Les hommes et les moeurs aux États-UnisChapitre 28 sur 31 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

West-Point.— Hyde-Park. — Village des Trembleurs.— Sermon des Trembleurs.— Chants et danses. — Le baptême. — Les chutes de Trenton. — Voyage sur le canal.

— Jemina Wilson. — Chute de Genesée. — Le chemin de Ridge. — Histoire du Mormonisme. — Queenston.— Arrivée au Niagara. — Première impression des chutes

— Forme de la grande chute. — Arrivée derrière la cascade.— Bruit de la cataracte. — Les courans. — L'île du Goat. — Le Bassin. — Caractère des habitans.

Je ne trouvai plus New-York comme je l'avais laissée; la saison des p\a\$\t& &\ai\, passée ^ il n'était plus question de bals ou dfc Tfewîvw»\ \*% >va& ^a^vee*.

pour la campagne, les antres se disposaient à faire une excursion au Canada ou à Boston. Cependant je lus assez heure»* pour retrouver quelques-uns de

Le plaisir que j'en éprouvais me persuada qu'il me fallait quinze jours de repos avant de réaliser mon voyage au Magar et à Québec. Rien d'extraordinaire ne m'arriva pendant cet intervalle; le temps s'écoula rapidement et me ramena Lientât au jour de mon départ.

Le trente mai, je suivis t'Hudsoii, jusqu'au West- Foint, à cinquante milles environ de New-York. La verdure de l'été répandait partout son éclat ; rien n'est comparable aux belles lignes du paysage qui s'offrait à mes regards; pris en détail, il devient très-ordinaire; tout le monde a vu de plus beaux rochers, de plus hautes montagnes , des scènes plus grandioses; ici le charme se trouve dans la combinaison , dans celte harmonie exquise dont l'effet est admirable.

L'Hudson est à la vérité un des chefs-d'œuvre de 1s nature; chaque eboae y est à sa place; tontes les dimensions en rapport avec les différens objets qui s'y trouvent réunis. Augmentez l'étendue de la rivière, et vous détruisez l'effet des montagnes. Il résulte de ce qui est une perfection sur laquelle le ciel aime à se reposer et le cœur à méditer; l'impression qu'elle vous laisse vient embellir vos songes , et même dans les pays éloignés, son souvenir viendra caresser avec délices votre imagination.

Il y a à W est-Point un établissement national pour l'éducation des jeunes gens destinés à l'armée. ,1' •)pt Jettres pour te chef, colonel TViavev

; partie de sa vie à l'état:

la tactique militaire. Il me conduisit dans l'établis ment, et le système de discipline et d éducation offre de bonnes choses. Les cadets portent l'uniforme', et doivent remplir les charges désagréables; je pensai alors qu'ils sont destinés à aller en garnison. Le soir, les jeunes gens déployèrent leurs talena dans l'art de manier le fusil ; ils s'exercèrent à pereer un bouclier placé de l'autre côté de la rivière, à huit cents pas de distance. Je ne remarquai pas l'agilité et la régularité nécessaires dans le maniement de cette

J'ajouterai que la tournure des cadets n'est rien moins que guerrière ; leurs dos ronds auraient grand besoin d'être redressés. Cette remarque peut s'appliquer â toute la population ; le colonel Thayer est le seul officier que j'aie rencontré en Amérique avec la tournure militaire. Le sergent-major des gardes le plus sévère n'aurait pu le critiquer.

Après avoir passé une journée agréable à West- Point, j'allai faire une visite au docteur Hosack, à trente milles de là. Je n'avais vu Hyde-Park qu'au milieu de l'iiiver; je le trouvai orné de toute la riebesse d'une brillante végétation. Rien ne pouvait être plus digne de l'admiration du poète ou du peintre; plusieurs maisons de campagne , habitées par des familles charmantes, se trouvent dans les environs; s'il avait été de toute nécessité que je mangeasse le lotos aui Etats- Unis, j'aurais choisi Hyde-Park pour le lieu de mon rtfpas; mais j'avais résolu de retourner en Angleterre avant la fin de Vttê*, jiAa\*\v.it cumulent pressé de continuer mon voy)^ .Vi'At«\^«w\ww\i;'^'*wn

;t je m'embarquai de

*liX ÉTVTS-CSI9. 177

de mes bons a l'IIudson.

Le paysage au-dessus de Ilyde-Park prend un aspecl différent; la rivière traverse une contrée passablement variée, ses bords sont entourés de jolies propriétés. Je m'éloignai des montsCalskill avec regret. La vue en est majestueuse et imposante; on m'avait beaucoup vanté la perspective qu'on aperçoit de leur sommet; j'étais sur le point d'y monter, lorsque l'appel du dîner me détourna de mon projet. Quand je ns sur le pont, nous avions passé l'endroit où débarque à Catskill , et je poursuivis mon chemin vers Albanie.

Albanie est la capitale de l'état de New-York; elle est bâtie sur le sommet d'une montagne qui s'élève au bord de la rivière. L'hôtel-de-ville, auquel on donne nom pompeux de Capitole , est placé sur la hauteur. Cet édilice , quoique vaste , n'a rien de remarquable ; est de ïat-taa de tous les autres. La ville conserve pparence antique très-rare dans ce pays , et reu- : quelques vieux monumens érigés par les IIolis. La propreté des rues me frappa.

J'avais beaucoup entendu parler d'un villagede [remhleurs ; je m'y lis conduire un dimanche , afin d'avoir idée de leur culte. Ce paisible lieu se nomme Niskayuma; ses bahîtans possèdent un domaine de deux mille acres, qu'ils cultivent avec beaucoup de succès. Tout est en commun parmi eux; rien n'est plus curieux que leurs dogmes.

ils ont une vénération toute particulière pour Ai Lee, femme qui vint s'établir en Américçic \V"j n int) nombre tl'années; comme cl\e frofh&Vrôta&V

f'rantl i

lait plusieurs langues, elle réussit sans peine à fonder une secte. Madame Lee , quoique femme d'un honnête serrurier, imposas ses parti sans la nécessité du célibat, comme indispensable au salut. Tous les plaisirs des sens furent expressément défendus. Ces institutions étant peu capables de séduire la jeunesse et la beauté. mère Anne ne put rassembler autour d'elle qu'une société composéede vierges délaissées , et de tous ceu« qui, après avoir survécu à l'âge des passions, se faifaient un mérite de renoncer aux plaisirs dont ils ne pouvaient plus goûter.

Des enthousiastes moins sévères augmentèrent par la suite le nombre de ses disciples. On parle d'un certain accouchement qui donna lieu à de grandes plaisanteries de la part des profanes. Mère Anne n'existe plus depuis long-temps, mais elle vit encore dans tous les souvenirs, et ses disciples la regardent comme un ange de pureté.

Lorsque j'arrivai , la cérémonie était déjà commencée ; tout le monde chantait. Ln musique était monotone et les paroles insignifiantes. Les hommes se tenaient d'un côté de la chapelle , les femmes de l'autre. Je n'ai jamais rien vu de plus hideux que cette assemblée ; les femmes laides et vieilles , à l'exception d'une seule, dont l'œil brillant annonçait un tempérament peu capable de suivre les réglemens de sa secte; les hommes , créatures chétives , avaient encore meilleure tournure que les femmes.

Tous se faisaient remarquer par la plus grande propreté; les hommes ne portent pas d'habits, mais des pantalons et Aes g\\e\» cwe.w\t At tabac, avec un mouchoir blanc a«\wt 4ttcoY\«*tasssME* ws.iAsk^

AD* KTATS-EN1S.

, te mouchoir de mousseline i

la robe gr

Le chant l'ut suivi d'une espèce de sermon; frères s'avança au milieu de la chapelle en ces termes : « Nous ne pouvons rien par nousmêmes , les biens viennent de Dieu seul ; mais tous se plaisent à compter sur leurs propres forces , c'est là le défaut des grands hommes , depuis l'origine du monde. Cependant il est de toute vérité , mes frères , que le don de la grâce nous est indispensable, et que nous ne pouvons, sans commettre un grand péché, tirer vanité des sacrifices que nous faisons à Dieu , en nous éloignant du monde et des tentations. Ce péché nous serait moi ris «ensable que pour tous lesautres hommes, puisque nous sommes les plus éclairés. Je voudrais donc vous persuader de ne pas Être fiers de la faveur dont vous jouissez près de Dieu , mais de poursuivre votre route avec calme, humilité et reconnaissance, sans regarder à droite et à gauche, vous rappelant que votre royaume n'est pas de ce monde. Remerciez Dieu, mes frères, de ses bontés, mais n'en soyez pas orgueilleux. »

Un chant tout aussi monotone que le premier recommença, et fut suivi d'un autre sermon; la mine prospère du second prédicateur formait un contraste avec la figure blême du premier. Ce qui me frappa le plus dans le discours, fut la péroraison qui s'adressait à ceux qui, comme moi, venaient à l'assemblée poussés parla curiosité.

• Etrangers, je ne sais quel motif vous amène i Quelques-uns d'entre vous ont peut-être Vï de mêler ieart prières aux nôtres , mais \a ç\a

9, veulent seulement connaître nos cérémonies, sois pas d'objection, nous n'avons rien de caché, mais uous exigeons que nos solennités religieuses ne soient pas troublées par votre présence. Je vous supplie île ne pas oublier que nous sommes chrétiens comme vous, que nous adorons un Dieu suprême qui nous a tous créés; si vous n'avez pas de respect pour nous, ayez-en pour vous-mêmes; que nos exercices de dévotion ne soient donc interrompus par aucune démonstration de mépris, s

Après un pareil langage,!! était impossible de ne pas ménager ces innoeens fanatiques. Cependant, quand les danses commencérenlj'eus toute la peine du monde à garder mon sérieux. A un signal donné tous les nssistans se mirent en mouvement; j'observai que les plus jeunes et les plus lestes se permirent plusieurs pirouettes qui ne furent pas imitées do mitres. Un jeune homme se distingua par des «ml» dignes de l'opéra ; omis toute mon attention se portait sur les deux prédicateurs qui, en dépit de leur âge déjà mûr, ne cessèrent de s'agiter avec la grâce et la légèreté de nos gros chevaux de charrette.

La danse dura prés d'un quart d'heure : je ne pouvais m'empéclier de plaindre les acteurs; la chaleur était excessive et les couvrait d'une sueur abondante; l'odeur infecte qui se répandait dans l'air me fit partir avant la fin du service.

En quittant les trembleurs, je me dirigeai vers la chute du Cohoet, à cinq milles de distance. La rivière deMohawk, aussi large que la Severne, vient se rouler avec tracas dans vao -çTfecYç\w de soixante-dix pied* de proîoniexvr , AçtowwAwwkwwMw*»*

Si

jusqu'à sa réunion avec l'Hudson. Après avoir contemplé ce beau spectacle pendant une demi-heure, je repris le chemin d'Albanie.

Les Américains sont persuadés que tons les étrangers doivent être saisis d'admiration devant le canal de Champlaiu et celui d'F.rié qu'on a réunis près de la tille de Troye, je ue sais pourquoi. Je suis peutêtre trop ignorant pour comprendre tout le mérite de ce travail.

Un peu atl-dessous de Troye, je vis beaucoup de monde rassemblé près de la rivière; j'appris qu'il s'agissait d'un baptême , donné par deux prêtres anabaptistes, à plusieurs de leurs prosélytes. Ils commencèrent par une vieille dame, dont l'air transi excita ma compassion. Un des prêtres la fit descendre dans l'eau jusqu'à la ceinture ; puis , aidé de son mpagnon, saisit assez rudement la douairière par s épaules, et la fit disparaître dans la rivière au ornent où elle s'y attendait le moins. La pauvre mme ne Tut heureusement pas suffoquée; on la reirta sur le rivage où d'autres souffrances l'attenlient encore. Le mot tabac pouvait se lire d'une tue sur le nez du prêtre qui, après avoir usé de son mouchoir comme à l'ordinaire, l'appliqua sur les yeux de la patiente matrone ' C'était bien encore pis que le plongeon.

Le voyageur a Albanie peut continuer sa roule par iligence ou par le canal. Je choisis la voiture, et us ma place pour Ulica. Je ne me souviens pas avoir jamais tant souffert de la chaleur. A Schenectady plusieurs vojajji'i'i^ s'iiiii!j;ir(]iiùrentsurlecanal,ceiu»i jkw» mil plus à l'aise. Le chemin, vmi\es\>\«ï«

qu'on puisse rencontrer, s'étend le long des rires du Mohawk. à travers un pays qui offre plusieurs sites; cependant j'étais loin de m'allendre a trouver la culture des terres aussi négligée dans un district aussi peuplé. Nous voyageâmes presque toujours la nuit, permit de voir tout le

a le clair de la lui paysage.

Nous arrivâmes à Ui i< Cette ville est belle, i grande richesse. Je me voiture qu'on appelli

:ndemain à onze heures.

; â l'intérieur une tai après le dîner dans une e extra exclusive pour aller voir les chutes deTrenton, à quinie milles de distance. Il faisait nuit quand j'arrivai , je ne pus satisfaire ma curiosité que le lendemain. L'auberge était commode. et après les secousses de la nuit précédente, je fus charmé de pouvoir me procurer des draps blancs et un bon matelas. Aussitôt après le déjeuner, le jour suivant, je courus voir les cascades; elles sont formées par la rivière du Wost-Canada au moment où elle traverse un vallon de deux milles de longueur, et tombe d'environ trois cents pieds. Le courant, comme il est facile de l'imaginer, s'élance avec fureur; toutes les cascades réunies dans cet endroit soûl belles; tout ce que je voyais me rappelait la vallée de Roslin, qui ne surpasse la beauté de ce lieu que par ses sites romantiques.

J'admirai surtout beaucoup l'endroit où le torrent prend un double élan , dont l'un à quarante pieds de haut. Les rochers environnant sont imposons et rapides, leurs crevasses reçoivent des arbres qui croissent sous les formes \es ç\w& \iuwccs. Devinez, lecteurs, ce qu'on a imaginé à* çVwwt wmKCvs»*!» <a»a w

I ÉTiTS-IJMS.

s capable

majestueuse? un cabaret! Rien n'était plu de détruire l'effet sauvage et magnifique du lieu que la présence de cette boutique ; c'est prendre plaisir à outrager le goût et même la décence, puisque l'hùlul ne se trouve qu'à un mille de cet endroit.

Dans ces occasions, on écrit, malgré soi, avec trop d'énergie: mais à quoi bon? Un écrivain peut en appeler au sens moral j mais il ne lui appartient pas de le créer; celui qui pense à une bouteille d'eau-de-vie, en présence des cascades de'Xrenton, doit se le reprocher à l'heure de la mort.

Etant encore meurtri des secousses de la diligence, je voulus continuer mon voyage par le canal , et m'embarquai le lendemain , à deux heures , sur le paquebot du passage. Nous étions à peu près quarante voyageurs; la chaleur de la cabine était intolérable; je montai sur le pont, sans me trouver plusà l'aise; le soleil y donnait en plein, et les planches brûlaient sous les pieds. Ajoutez à cela l'ennui de cette multitude de ponts, dont les arches sont tellement basses, que le paquebot peut à peine y passer ; ce qui force les voyageurs de descendre à chaque instant , ou de courir le risque d'être enlevés dans les airs.

Le pays que nous traversions consistait encore dans ces forêts marécageuses, comme celles dont j'ai si souvent parlé dans mon voyage du Sud. On voyait de temps en temps surgir une ville , sans intérêt pour le spectateur, qui ne voit partout qu'un but et un seul résultat : il cherche le pittoresque, et ne trouve que des calculs d'intérêt; il désire au fond du cœur i tout cela puisse sympathiser ensemble.

Les Américains sont très-recWïcXië*

noms de ville : le voyageur, en suivant le canal passera dans Troye , Amsterdam , Francfort , Maolii Syracuse, Canton, Jordan, Port Byron , Moutézum.i. Home, Carlhage, Salines, Rochester, Ogden , Geddes et Palmyre. La ville éternelle est représentée par une petite ville qui renferme une cour de justice, tine prison, et se trouve bien située sur le vieux canal. D'après la description de l'itinéraire. Amsterdam est plus heureuse, car elle possède une administration pour les postes, une église et cinquante maisons ou magasins. I'almyre est agréablement située sur le Muil-Creek. Carlhage, ainsi nommée, à caua pont qui s'écroula sous la pression de son poids; le détendu est ' Cwlhago se réalisera san: dans le nouveau monde, comme daim I ancien.

On peut se moquer de telles absurdités, c:

sont produites par la vanité. Les Américains ( sent la jouissance d'orner leurs villes de beau» mens qui occasioiieraicnt des dépenses; mais tention des noms ne coûte t i mi partout.

Pendant la journée, le nombre des passagers augmenta de Boisante personnes, durit vingt femmes; il n'était guère facile de Jcvîncr où loiit ce monde se placerait la nuit; je n'apercevais pas nu lit. Uu.md vint le soir, on dressa plusieurs rangées de planches; les tables, les chaises et les bancs furent convertis en lits ; un rideau nous sépara des femmes ; et pour empocher loute jalousie, le sort décida de la place qui nous serait assignée pendant la nuit. La fortune m'envoya sur une lable , où je me tïoiwoi a\et\e çpoou d'un homme

• l'estomac, et mts o\eis vcçokmA **x\»

! d'un iropre

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r elles

i. Le» draps et les couvertures n'étaient rien

irpur;

ceux qui se trouvaient près des fenêtres, insistèrent pour qu'elles fussent fermées. Il se répandit bientôt nue chaleur empoisonnée qu'on respirait avec dégoût; puis, vinrent lesmosquilos qu'on aurait dit affamées, tant elles nous poursuivirent avec acharnement. Le charme de cette nuit était enfin couronné par le son peu musical des ron démens qtii parlaient de tous côtés.

Je ne'fus pas tenté d'assister une seconde fois à une pareille scène. Désirant connaître les petits lacs dont on m'avait beaucoup parlé, je m'embarquai à Monlézuma dans un autre paquebot, sur une branebe du canal qui communique avec le lac Sénèque; je me trouvai le soir à Genève. La -ville fait un assez bel effet, étant située sur une hauteur, près de l'extrémité nord du lac; elle renferme trois ou quatre mille lia bilans, plusieurs églises, une pension qui prend le titre pompeux de collège. C'est à Genève, qu'on envoie tous les produits des pays voisins; ils arrivent parle lae, et s'embarquent sur le canal pour New-York.

Le lac Sénèque vous donne une idée d'une trèsbelle nappe d'eau ; mais le reste n'a rien de remarquable. 11 a quarante milles de longueur, sur trois ou quatre de largeur ; il est traversé par un paquebot , sur lequel je me serais sans doute embarqué , si le temps n'avait pas été aussi chaud ; mais je ne pus résister aux séductions d'une bergère et d'

Les rives du Sénèque, comme celles du. Gro«lA«3& ont été témoins de plusieurs \n\ïac\fes-\\-s ^

n balcon

années, une femme, nommée Jemina Wilkinson, i fit passer pour le sauveur du monde , et trouva moyen Je persuader un petit nombre de fous. Non content? de leur en imposer par son patois de langues inconnues , et ses prédictions inintelligibles , elle porta plus haut ses prétentions, et vou-tut opérer des miracles: • Prés de Rapelyeas, dit le touriste du nord, on voit encore le théâtre que Jemina fit construire pour éprouver la foi de ses disciples; elle descendît d'une belle voiture, à quelques pas du rivage, passa au milieu de deui rangée» de personnes agitant des mouchoirs blancs, monta sur la plate-Forme, fit connaître son intention de marcher sur les eau* du lac, y avança son pied jusqu'à la cheville; puis, s'arré tant tout-àcoup, fit un discours à la multitude, lui demanda si elle croyait fermement à son pouvoir, ce qui était indispensable à la réussite de son projet; tous répondirent affirmativement ; après quoi , elle remonta dam sa voiture, déclarant qu'il était inutile de déployer toute sa puissance, puisqu'ils y croyaient tous.

Miss Campbell , dont les prétentions avaient été à peu près semblables, agit aussi avec ta même prudence, lorsqu'il fut question de les mettre à l'épreuve.

Le lendemain, je montai dans la diligence de Rochester, et quittai Genève, Nous arrivâmes au point du jouràCanandaigun, qui s'élève à l'extrémité nord d'un lac magnifique. Canandaigua est un joli village , dont la position offre beaucoup de charmes; l'extérieur en est plus soigné que partout ailleurs. On rencontre à chaque pas de belles maisons entourées de grands arbres; mais, en géaètîA , et ça-jt, o» tnUle pas par le «ombre de cec\»'on aç^* beau* -datant* .Si***-

lll.hi

guère que (les maisons de bois, peintes ei

des persiennes vertes; ces couleurs ne se marient pas

bien avec le paysage.

Le soleil était brûlant lorsque nous arrivâmes à Rochester; un hôtel excellent, des bains froids, et la politesse de l'hCle , me décidèrent à y rester un jour. Je profitai de la fraîcheur du soir pour aller voir les cascades de Genesée ; la principale a quatre-vingt-dix pieds de hauteur ; l'eau s'élance avec assez de majesté, mais le voisinage de plusieurs moulins détruit c6t intérêt romantique qui existait à l'époque où rien ne troublait le calme imposant des forets.

Le vieux proverbe : des goûts et des couleurs on ne dispute pas se réalise dans tous les pays. Un original, appelé Sam Patch , fatigué de tous les genres d'industrie , imagina de sauter par dessus toutes les cascades du pays. 11 n'osa pas affronter celle du Niagara , mais il s'élança impunément du haut d'un rocher élevé, à peu de distance de la cascade du Horse-Shoe. Son dernier saut eut lieu à l'endroit que je viens de décrire (Genesée) , dans l'automne de 1899. Placé à vingt-cinq pieds au-dessus de ta table du rocher, il s'élança avec audace et vint tomber au milieu des eam bouillonnantes. Il disparut aussitôt; si trouvé long-temps après à l'embouchui à six milles de l'endroit où le malheui

Rochester mérite de captîv geur. On n'aurait pu découvrir, il y a vingt ans, une maison dans tout le village ; aujourd'hui on voit une ville de treize mille âmes, des églises, des banques, des théâtres, etc. Rochester doit une partie de sa ricliesse au canal Erié ; il traverse \a Vïfe w* w

n corps lut ri

que la rivière Je Genesée , au moyen d'un ai lequî, selon le touriste du nord, coûtn quatre-i mille dollars à construire. Il y a dans Roches 1er pli sieurs rues qu'on pourrait comparer avec avantage â celles de Hall, de New-Castle, sans parler de Cork , ou de Berwick sur la Tweed. Les boutiques sont assez bien fournies; celles des bijoutiers sont remplies de colifichets de Paris et de tabatières d'argent. Les femmes peuvent se passer de chapeaux de soie et de castor. On voit aux fenêtres des tailleurs des gravure? coloriées avec ces mots au-dessous : « Les modes de New- York pour le mois de mai. •

Après avoir passé un jour et une nuit fort à mon aise dans la taverne de l'Aigle, que je recommande à tous les voyageurs , je pris une place dans la voiture de I.ock-Port. Nous voyageâmes sur le chemin de Itidge, formé de sable endurci , et traversant un pays qui fut autrefois le rivage de l'Ontario. Ce chem l'ouvrage de la nature, et je soutiendrai toute e que c'est le meilleur des Etats-Unis. La voiture aussi agréablement qu'elle aurait pu le faire Londres et Saint-Albans.

Bien d'extraordinaire ne me frappa dans voyage à Lock-Port. Le soir nous passâmes devant deux camps réunis , vers lesquels se dirigeaient quelques-uns des voyageurs ; je ne fus pas tenté de les suivre. Plus loin nous rencontrâmes plusieurs bandes de Mormouites, qui allaient rejoindre I établisse ment que leur chef a fondé dans l'Etat d'Ohio. Voici les renseignemens qu'on me donna sur ces gens , dont je

n'avais jamais entendu carier. Un nommé Smith.

QWcband banqnCTCmVw ,î\\.\w smçtKwa Am.^Wv

wx KT»Ts-um». 189

indiquait un endroit où it devait aller bêcher jusqu'à uneeerlaineprofondeiir. On traita ce rfive de chimère, mai» il se répéta trois ibis de suite Comme d'ordinaire, avec la menace d'une punition sévère , si on persistait dans la désobéissance.

Smith pensa qu'il valait mieux s'armer de la bêche que de s'exposer à la vengeance de quelque malin génie. Il se transporta au lieu indiqué, se mit au travail, et trouva enfin lin livre avec une couverture et de» fermoirs en or, des lunettes antiques, mai* richement montée», ayant des verres tout particuliers, et dont la vertu aurait intrigué le plus célèbre opticien.

Smith , après avoir défait avec peine les ferraoirsde ce précieux volume, ne vit autre chose que du papier blanc; il lui vint alors à l'idée de mettre ses lunettes. et quelle fut sa surprise en apercevant sur les pages des figures et des signes inintelligibles! Ravi de cette bonne fortune , Smith revint chez lui avec le volume dans sa poebe et les lunettes sur le nez, aussi heureux que le bibliomane qui vient de se procurer à bon marché une édition rare, aux dépens d'unpetit libraire ambulant. Smith commença d'aberd par cacher ses trésors aux regards des profanes , copia une page ou deux des caractères , et s'occupa de trouver un interprète. Ses recherches lurent long-temps infructueuses ; puis il finit par rencontrer les deux individus qui pouvaient seuls le tirer d'embarras. L'un de ces messieurs lisait parfaitement les hiéroglyphes, l'autre excellait dans l'art de les expliquer. Ils lui apprirent qu'il possédait le livre de Mormon , juif converti , qui vivait du temps de Notre Seigneur ou. açiè* , t\. ïçv\ ,

t l'influence d'une inspiration lWme,tov*-'

traité pour eipliquer les mystères de la religion,

embarrasse lit encore les théologiens de nos jours.

Smith aperçut Jetant lui un avenir brillant; ce précieux volume devint pour lui une nouvelle source de fortune ; au nom de Mormon , Smith et compagnie , il eierce un empire illimité sur la crédulité Je ses disciples. Fondateur d'un établissement à peu près semblable à celui de M. Owcn, il compte déjà parmi ses croysns nnc foule de gens riches.

Nous couchâmes à Lock-Port, dans une taverne ■aie et incommode; nous repartîmes le lendemain.

Je descendis de voiture à Lewistown, village sur la frontière , et envoyai retenir une extra excluiive pour Niagara. Le déjeuner d'un voyageur impatient est bientôt expédié. Une fois dans le bac je ne tardai pas à me trouver sur un terrain anglais. Je reconnus, par l'accent, à Queenston, que ses habitant sont presque tous Ecossais; jamais la langue de mon pays ne fut plus douce à mon oreille. On voit à un mille du rivage les hauteurs de Queenston , où sir Iaaac Brock, à la tête d'un petit corps d'Anglais, se distingua contre des forces américaines dix fois plus considérable! i|iic les siennes. Si cette victoire n'avait pas été achetée par la mort de l'officier anglais , elle eût sans doute été oubliée comme tant d'autres événement remarquables; on a cependant élevé sur la hauteur une colonne triomphale de cent vingt pieds de haut , en mémoire de cette glorieuse action. La. colonne n'est pas sans défauts; le fût pèche par le manque de proportions; je ne puis mieux la comparer qu'à une fiole (TapothicÛre; «ne rtataie vj\awi «<n\<& uunuiet proîuirnit un bon effet.

toi

« Niagara, àQueenston, a nti quart de mille Je largeur. Le courant en est très-rapi de, et la profondeur, de deux cents pieds. La couleur de ses eaux forme une nuance particulière entre l'azur et le vert. Ses rives, pendant l'espace de plusieurs milles , sont escarpées et couvertes d'une antique forêt.

A peine avîons-nousatleint Çtueenston , que nous fîmes atteler des chevaux à une voiture ouverte, et poursuivîmes notre route. Nous avions la distance de sept milles à parcourir sur un chemin passable. FIus nous avancions , plus nous cherchions à anticiper sur la vue des objets qui excitaient notre curiosité; enfin la vapeur blanchâtre qui s'élevait au-dessus du feuillage de la forêt nous annonça l'approche de la grande cataracte j peu après j'entendis un bruit sourd et caverneux, comme celui du tonnerre. Cependant, quoique la distance diminuât à chaque instant, je ne m'aperçus pas que le bruit augmentât en proportion.

A midi je me trouvai a l'hôtel de Forsyth, maison assez commode, située à un demi-mille de la grande cataracte de llorse-Shoe {de 1er à cheval) qu'on distingue parfaitement d'un balcon élevé. Cette position est loin d'être favorable au voyageur qui visite le Niagara pour la première fois , et j'avoue que cette vue , prise de l'hôtel, ne répondit pas à mon attente. On n'aperçoit, il est vrai, que le haut de la cascade. La moitié de la descente, le bassin qui bouillonne audessous, cette masse impénétrable de vapeur dontla cascade est mystérieusement enveloppée , perdu pour l'observateur.

Le temps avait été couvert toute la matinée; à çeiue élais-je arrivé à l'hôtel qu'une temficle Ae ncyA ex "

pluie éclata. Je ne me sentais pas la force de pre du repos avant d'avoir contemplé cette merveille que j'étais venu chercher si loin; et, enveloppé de mon manteau , je sortis, décidé à braver les élémens. Je me laissai tomber plus d'une fois en descendant les chemins raides et glissans qui mènent au lit de la rivière; maïs je fus amplement dédommagé des ennuis de la journée , lorsque je me trouvai sur le bord de cette imposante et magnifique cataracte.

C'est à l'endroit qu'on nomme Table-Rock (table du rocher), que je m'arrêtai pour jouir de la vue. Il est inutile d'essayer de peindre l'effet que ce grand spectacle produit sur l'homme; il semble qu'il est frappé de catalepsie; le sang, qui ne circule plus dans ses veines, vient se refouler vers le cœur et en gêner les hallcmens; il respire à peine, il est absorbé dam h grandeur sublime d'un seul objet, il oublie lu passe. >nge plus à l'avenir, il est comme pétrifié en présence de tout ce qui frappe ses regards.

On sera toujours taxé d'eiagéralion chaque bit qu'on voudra donner une idée des cataractes à celui qui ne les a jamais visi lées. Je n'espère pas échapper au sort commun; quoiqu'il en soit, je soutiendrai que ces objets doivent bisser sur l'imagination du spectateur une impression ineffaçable. Le jour . l'heure , la minute où il a contemplé la grande cataracte du fer à cheval doit être pour lui une époque mémorable; rat il a vu des beautés telles qu£ l'imagination la phi exaltée du poète ou du peintre ne pourrait les retracer. il lui reste un souvenir que le tempsuesaurait affaiblir, L-l que la mort pcul sevAc aviua.vA.Vt -, «vie minute a suffi >our agrandir ses Viêes, AVri&awsMte&Kmte.

*BX BTAM-tlltlï. 103

Je restai sur la tabledu rocher, jusqu'à ce que jeftisse mouillé jusqu'aux os, espérant toujours que la lueur d'uu de ces brillans éclairs me laisserait pénétrer les secrets de cette vapeur mystérieuse qui entoure le bassin. Je fus trompé dans mon attente. La tempête jjrondaitau loin, mais les éclairs semblaient craindre d'illuminer, dans leur brillant déchirement, des objets dont la magnificence pourrait les éclipser.

Non -seulement j'apercevais , des fenêtres de mou hôtel , les chutes du Niagara , mais j'entendais nuit et jour leur sombre mugissement. A peine avais-je fermé l'œil que je me trouvais en présence d'une vague ëcumante, ou bien devant le Ilorse-Shoe. Le bruit des cataracte» , qui se mêlait aux rêves d'une imagination frappée, rendait mon illusion complète et cette agitation continuelle me fatigua tellement que je fus réduit â errer le jour dans les forêts pour me livrerai! repos.

Le mauvais temps cessa le lendemain, et je consacrai toutes mes heures à examiner le Ilorse-Shoe , sous tous ses points de vue favorables. On voit près de là une taverne de bois, où l'homme, dont l'imagination n'est pas suffisamment excitée par tout ce qui l'entoure, peut encore se procurer de l'eau-dc-vie ; de cette taverne on descend , par un escalier de bois , jusqu'au lit du fleuve, et je me trouvais ainsi dans celle région toujours humide. Puis, à force de m'accrocher aux débris , je touchai presque à la cataracte. L'étonnemcnt qui vous saisit au même instant vous met dans l'impossibilité de rien voir en détail pendant quelques heures. Ces tourbillons d'écume, l'obscurité de l'ahïme, ces rochers qu'on dirai! prti de ^'é.irvvAW , l'elïroi que proiliti l h chute «lu lorrcvA , \n. cssM&As*

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