CHAPITRE IV
New-York. — Education des collège*. — Discipline des écoles. — Pension pour les enfans de 'couleur. — Nombre des élèves. — Préjugés de l'opinion. — Condition des nègres. — Anecdote sur un jeune Haïtien. — Les gens de couleur.
Le professeur Griscomb, membre de la société des amis , eut la bonté de me faire visiter un grand collège dont il avait la principale direction. Le plan d'éducation généralement adopté dans les EtaU-\5ms* e$t celai qne nous suivons surtout en Ecosse \ onrf^
a apporté aucun genre d'améliorations. Cet usage de former des classes de 50 et 100 jeunes gens, me paraît contraire au bon sens, l'avancement des élèves studieux et habiles devant être retardé par la paresse et le peu de moyens des autres. On a cherché à remédier à cet inconvénient, en confiant la surveillance et renseignement d'un subdivision aux plus avancés, qui prennent le nom d'instructeurs de la classe, ou de moniteurs. Dans ce règlement les avantages sont balancés; les élèves apprennent, il est vrai , plus facilement; le travail du maître devient moins fatigant; mais ces petits professeurs sont injustement responsables de l'incapacité et de l'ignorance de leurs camarades. On m'a assuré qu'en Angleterre , comme à New-York, ce système avait eu de grands succès; il peut être en effet profitable à la moitié des jeunes gens qu'on instruit de la sorte ; cependant je ne puis m'empécher de répéter que cette idée de sacrifier à l'avancement du plus grand nombre , les progrès de quelques-uns , me paraît sujette à de nombreuses objections. De tous les élablissemens qui ont adopté ce mode d'éducation , celui du professeur Grlscomb m'a paru le mieux dirigé. Le talent et le zèle du maître n'ont rien épargné pour que les études y fussent en rapport avec les moyens et 1 âge des élèves.
11 existe unedifférence marquée entre le mode de punir et de récompenser chez les Anglais et les Américains. Ces derniers ne tolèrent ni les corrections personnelles, ni les violences d'aucun genre. Je ne saurais dire encore jusqu'à quel point ce système est Jouable^ et à en juger par l'institution de Mi Griscomb, je serais porté à croire k de bon* twàVaU» ** ^à
jamais pu me rendre compte Je l'antipathie que témoignent les Américains pour nos collèges anglais, dont les usages sont ait moins aussi en harmonie avec lesidées républicaines, quedansleurspropres collèges.
Le rang n'yj. uit d'aucun privilège ; il n'y en a que pour les qualités personnelles. La régie nui oblige le* élèvesà se servir eux-mêmes les révolte au dernier point, et je n'ai pas encore rencontré d'Américain qui ait pu aborder celte question de sang-froid. Rien ne me semble plus plaisant que ce cnni-iranle. Un jeune Anglais de famille qu'on en voie étudiera Westminster, brosse ses babils, lave les tasses, tandis que le plus petit marchand américain croirait entacher son sang plébéien en permettant à son fils de remplir de telles fonctions.
Tâchons cependant d'e*pliquer cette bizarrerie. En
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'ion d'idées, les habitudes et la position soci; ceux qui les remplissent, les ont rabaissées. Ce pré' jugé ne peut avoir autant de force dans un pays où ces services sont l'apanage d'une classe de geno prctables, dont l'intelligence n>a relie de pair ■ celle des autres artisans ; mriis il ne saurait existe nueune manière dan» un pays où, pei.dant longtemps, * princes du sang royal étaient les seii\s e\ceçXè* Laissons maintenant de coté V'uYéfc
vers
•nidation personnelle, et posons simplement ci question : cet usage établi en Angleterre est-il làvorable ou non aux progrès du caractère moral? En Angleterre, l'expérience a prouvé que ce système réussit à merveille. Personne ne dira que les Anglais qui ont été soumis à celle discipline sont dépourvus de grandeur et de noblesse dans le maintien. Personne ne peut trouver mauvais que l'homme destiné à réunir un jolirles avantages de la naissance et de la fortune, ait été dans sa jeunesse placé de manière h ne pouvoir se distinguer de ses camarades que par ses qualités personnelles.
Peut-être celle coutume ne convient-elle qu'au pays où la distinction des rangs forme une partie intégrale de la constitution. Dans les Etats-Unis, oïl l'orgueil de la naissance et du rang ne peut exister, elle doit nécessairement perdre de son efficacité. Je ne me permettrai pas de prononcer à cet égard. J'ajouterai seulement que ce sujet n'ayant jamais été sérieusement discuté dans ce pays, mon opinion d'un autre monde ne peut être d'aucun poids.
J'avais consacré ma journée à l'inspection des écoles , et je quittai le professeur Grîscomb, pour aller visiter une pension destinée aux eufans de couleur. J'y trouvai réunis une centaine déjeunes gens, les trails desquels j'aurais pu suivre toutes les digradaiions de couleur qui séparent l'Ethiopien de 1 homme d'Iùuope. Quelques-uns l'iiiient si blancs qu'il m'eût été difficile de retrouver les traces du sang " icain. Leur personne était propre et bien tenue,
quoique appartenant aux classes les plus pauvres, l'indiquaient pas ïa ntt&fcte. VTwiuâôj
aux États-Unis. 67
geuce et la bienveillance du professeurme frappèrent. Il répondit franchement à toutes mes questions, et semblait orgueilleux des progrès de ses élèves.
Depuis mon arrivée dans les Etats-Unis, j'ai souvent entendu des hommes graves et inlelligens, soutenir que le nègre est d'une race inférieure, et forme l'anneau qui sépare riioninie de la brute. J étais heureux de nie trouvera même d'ajouter de nouvelles observations à celles que j'avais déjà laites en Angleterre. Je priai doue le maître de me dire si ses remarques confirmaient l'opinion que les enfans noir» apprenaient moins facilement que les blancs. Il m'assura le contraire, et me dit que. pour la sagacité, l'aptitude et l'intelligence des sciences, ces raallieu-
Ireui enfans ne le cédaient en rien aux autres. Mais, hélas! s'écrîa-t-il, à quoi leur serviront ces connaissances, puisque les préjugé» <Ic l;i société leurdéfendent d'en l'aire usage ! Quels que soient ses talens, le nègre sera toujours uèf-re, toujours un cire Vu né à la dégradation et privé de toulce qui Halte l'ambition desautres hommes.
Je croyais, lui répondisje, que celte ligne de démarcation n'existait pas dans les Etals oii l'esclavage était aboli. Dans celui de New-York , par exemple, les hommes de couleur ne sont-ils pas appelés à exercer tous les emplois?
• Votre question me prouve, répliqua t -il , que tous n'ites pas Américain : cette exclusion n'est commandée par aucune loi. mais ta force tyranuique de ce préjugé a seule fondé l'opinion généralement admise sur l'infériorité des malheureux nègres, le nixmU ne» à répondre; ces observation» s'accc,viXa.K
fitiL
trop avec celle» que j'avais déjà faites à cet égard, j que je ne fusse pas convaincu de leur vérité.
Après m'avoîr expliqué sa méthode d'éducation , le maître me donna les preuves les plus satisfaisantes des progrès de ses élèves. J'assistai à la classe de navigation, et je lus témoin de l'intelligence et de la rapidité avec lesquelles plusieurs de ces jeunes gens parvinrent à résoudre quelques problèmes difficiles. La plupari étaient déjà loris sur l'arithmétique, d'autres se distinguaient même dans l'élude des hautes mathématiques. On en vint ensuite à un long et sérieux examen sur la géographie; ces enfans répondirent sans peine à des questions qui m'auraient fort embarrassé
Cette petite troupe m'intéressait tellement que, prenant ma première conversation , je demandai professeur quel pourrait être le sort de ces eofaus entrant dans le monde? 1 1 me répondit que le nombre des emplois auxquels il leur était permis de prétendre, était très-borné. Ceux qui étudient la navigation sont destinés à la marine; mais quelle que soit la supériorité de leurs lalens, ils ne pourront jamais obtenir des places d'officiers, même sous les ordres de capitaines plus ignorans qu'eux. La brillante carrière du cuisinier ou du maîlre-d'liôlel est à la vérité ouverte devant eux; mais la place de simple contre-
re-
au
en
ilillid
ii ulilei
elle de chancelier d'étal. Les mêmes obstacles
pierres, le mortier et la truelle ; mais quant a devenir e maçon, les mêmes raison» i^uî Leur défendent e professer la philosophie le.» êtotgoftnt eatoiftie*»
un LTATS-rsis, 09
noble emploi. Quel est le blanc qui voudrait obéir à un maître homme de couleur? L'état de cordonnier, de menuisier, de tailleur, leur est également défendu. — Ils pourraient sans doule les exercer pour des gens de leur casle ; mais quel est le gentleman qui voudrait porter des vélemetis Ih briqués par un être d'une couleur différente de la sienne? Ils pourraient être épiciers; mais quelle ménagère distinguée consentirait jamais à se fournir de llié et d'épicerie chez un vil nègre!.-.. Ils son! plus heureux dans l'étal de barbarie : comme tels, il leur serait permis de saisir par le neile président des États-Unis. En Amérique, le service domestique leur appartient exclusivement; cependant les émigrés irlandais qui, depuis quelques années, arrivent par bandes , sont devenu» leurs
H n'est donc pas juste de dire que l'esclavage soit aboli dans les Etats du Nord. Seulement on ne peut plus forcer un nègre ait travail, et ses sueurs et ses nerfs ne sont plus une propriété particulière. Mais est-ce donc là le seul bienfait de la liberté;' Si cette eipression n'est pas un vain mot, elle doit signifier que les droits sont égaux, et que chacun est libre i faire usage des facultés qu'il a reçues de la nalui Dans ce sens, on peut soutenir sans crainte que cet classe dégradée est encore dans la servitude, et qn tous le joug le plus affreux , il lui est impossible de vaincre un fnvjii;;é iiiiivcrscMeaienl répandu. I. lie marque plus les épaules du nègre, mais il semble encore gémir sous les chaînes, et l'humiliation se Ut
■ son Iront. Itesi-ce pas un abus île Unça^e (vue "l liberté d'on homme
H privations. La loi nu l'a-l-elle pas réduit à la p des conditions, en créant pour loi celle u'bsclàve s»n*
On ne peut nier que la population nègre ne soit particulièrement destinée à remplir, auprès de leurs concitoyens, les fonctions les plus pénibles. 11 y a Vraiment quelque chos': do dérisoire dans l'application de ce mot de citoyen , à ces malheureui parlas. — Quels droits leur coulèrent <je litre? ^onl-ils admis à être jurés? Peuvent-ils s'enrôler dans la milice? Peuvent-ils s'asseoira la laide d'un blanc, ou lui tendre la maio en signe d'amitié ? Hélas ! si ces hommes sont libres, qu'appelez-vous donc esclaves?
Quelques personnes reconnaissent pourtant l'injustice de ce préjugé, tout en le partageant. Quoique ce mépris pour les gens de couleur soitporté souvent à un degré tel qu'un Anglais nesaurail le comprendre, il existe des hommes éclairés qui montrent plus de modération; c'est à eeui-là que je m'adresserai, ils ont déjà cherché a porter quelque soulagement au malheur de cette race infortunée. Mais qu'ils ne s'en tiennent pas aux avantages trompeurs que donne aux nègres le droit de snll'rngc , récemment voté par la législature de New-Yorli (1). Ce n'est pas l'hostilité de la loi qu'il faut combattre, mais celle de l'opinion.
, de concert avec les ministres delà religion, ils dent travailler à vaincre lit préjugé par la raison ,
(1) La législature de New-York a accordé, en 1829,1e de suffrage à tout homme de couleur possédant une propriété ou un établissement valant doux cent cinquante piastres. Belle cou cession, sans douAc,Toaiit\ràiy;4i>\\^».i ucotip auxélcclions'.
l'ignorance par le talent , la vanité des grands par la ■Jouce bienveillance du christianisme, ils ne peuvent manquer d'inspirer à leurs compatriotes des idée* plus saines. Un siècle se passera peut-être avant le succès de cette entreprise, maïs le jour du succès arrivera. Ceux qui auront opéré ce miracle seront les bienfaiteurs des nègres et des blancs : ils auront rendu à tous la liberté ; car l'homme dont l'esprit est dominé par un soi préjugé n'est guère plus libre que celui qui en est la victime.
A cette occasion, je cède à l'envie de placer ici une anecdote caractéristique, quoique le l'ait m'ait été raconté beaucoup plus tard. Dînant nu jour à la table d'hôte de mon auberge, je me trouvai par hasard à coté d'un marchand anglais de Saint-Domingue , qui jtiujfit le récit suivant.
Le fds d'un général haïtien, très eu faveur auprès ie Bojer vint dernièrement à New- York pour son instruction.
Ce jeune homme, qnoiqne mulâtre . joignait ù des manières agréables plus d'esprit que n'en ont ordinairement ses compatriotes. Habitué dans son pays aux hommages dûs à son rang , il partit pour New-
York, savourant davanc
e tons le
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i'i.ni-iii l'attendre dans un
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dente.
En débarquant, il fit
porter
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Tels à l'hôtel
qu'on lui avait indiqué ce
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neilleur ; mais
on lui en refusa brutalem
eut l'enl
celui en vain
qu'il s'adressa aux autres
Enfla,
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trop heureux
de trouver une chambre
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nue par unené/;resse. ).:
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jeune UaiViem\u\,
aoit iii< eo panant , ne le cédait en rie
» an dani-j \c
plus élégant, lut tout d'abord blessé par temps; mais l'expérience de toutes les :
tarda pas à lui prouver qu'il était un êlre dégradi yeux même du blanc Ici plus obseur. Le soir, rendit nu spectacle , donna son argent à 1'
i la lui faire comprendre que les gens de sa coule placer dans le» dernières galeries.
Le jour suivant, mon compatriote qui dîné chez le père du mulâtre, vint lu ; il trouva ce jeune homme désespi ;de plaisir s'étaient évanouit ner dans son pays, bien décidi
r devaient
■ Etats-Unis
se bàia de ri jamais ru
Qu'il aille en Europe. Et si jamais il voyage en Angleterre , il peut être sûr d'être bien accueilli partout où il se présentera avec les poches pleines ; églises, les théâtres, les opéras, les concerts, les tures, les ballons eux-mêmes luiseronlonverts.il peut se reposer sur des canapés de duvet, charmer ses oreilles par les sons de la musicjue, se procurer les mets les plus exquis. Il peut voyager en prince ou en roturier, selon sa fantaisie; il peut jouir îles honneurs qu'on accorde aux têtes couronnées, pourvu qu'il puisse payer en roi. En un mot, tant qu'il aura delor, tout ira bien; s'il devient pauvre, il est condamné au sort le plus Irrste. 11 fera bientôt connaissance avec les douceurs ^ui attendent les vagabonds, M. Ballanline lui prescriront des exercîutilesà sa constitution. Il n'aura qu'à se montrer
rr alarmer tous les surve'ulaiis île la (paroisse. La
le.
Isanceavec les douceurs et M. RoéouM. Ballan ces utiles à sa conslitut •onr alarmer tous les •■
échappé, le maître de la plus mince auberge lui fermera sa porte s'il ose s'y présenter; s'il demande l'aumône, on luidira de travailler; s'il demande du travail, on le renverra sans lui répondre; s'il vole, on lui paiera son voyage à Botany-Bay , ou on lui fera cadeau d'un habillement jaune tout complet ; s'il assassine, on l'enverra dans un autre monde où , l'or ne lui étant plus nécessaire, il y Terra sans doute la fin de ses peines.
CHAPXT&S V.
New-York. — Maisons. — Domestiques. — Usages de la haute société. — Aristocratie des richesses. — Réunions.
— Vins. — Observations. — Préjugé centre les Anglais.
— Les commerçons. — Opinions héréditaires.
Lance depuis mon arrivée dans un cercle assez
vaste , je crois pouvoir maintenant hasarder quelques
observations sur l'état de la société à New- York. Les
-maisons des riches y sont en général bâties en bri-
qttes, arec une façade de pierre ou <V& ro&tacfe ^ *x
iMMEB ET IFS MŒURS, TTC. 75
it aux distributions, à peu près semblables à celles Angleterre. Les salles à manger et les salons sont ordinairement an rez-de-chaussée , et communiquent par des portes à coulisse qui s'ouvrent quand ou annonce le diner. Ces salles a. manger ne diffèrent pas des nôtres, mais les salons portent un cachet plus ancien. Ils ne brillent pus par les ameubleranus, mais tout y est commode et simple. Ici point de tables de roule, de pendules d'or moulu , de grandes glaces, de boîtes du Japon , point de draperies de soie ou de velours, aucune de ces mille recherches élégantes que les dames anglaises se plaisent à réunir dans leurs appartemen». En un mot, l'aspect de ces maisi républicain. Les besoins y sont prévus; mais le goût du luxe ne se montre nulle part. Il y a cependant eu Amérique beaucoup d'hommes assez riches pour consacrer quelques sommes à des acquisitionsde tableaux, de vases turcs ou chinois; mais chaque shellingdevanl produire un intérêt, ils sont incapables de sacrilier ai goût des arts un argent qui peut, augmenter leur for lune. Ils aiment mieux être assis sur du cuir ou su du coton, avoir un livre de banque portant balance ei leur laveur , que tic s'èleudi-c mollement sur du damai en foulant aux pieds de riches tapis de Perse.
L'abolition du droit d'aînesse est cause de cet état de choses. Une homme qui se trouve â la tête d'une nombreuse famille, se voyant obligé de donner à chaque enfant une portion égale de sou héritage, ne saurait placer de gros capitaux dans des objets de In qui ne peuvent ensuite Être convenablement divi 11 arrive même rarement qu'un frère laisse à ses
* une fortune itidépeaduitc . (Jtte serail-ee , »'\\
Hait,
> la plac
d'actions sur le canal de l'Erié o
AI
•ait
tableaux
objets d'art?
; autre raison de la simplicité des goûts amérise trouve dans le peu de soins des domestiques, it Ions choisis parmi les gens de couleur, et ces ie», habitués dès l'enfance a être traités comme êtres inférieurs . manquent tout-à-l'ait d'énergie morale. Toutes les femmes reconnaissent la supériorité du pétrie* e ■ besoin dune surveillance de tous les instans. Il exécute et ne raisonne jamais. Quelle sollicitude pour une maîtresse de maison! Du grenier à la cave elle doit tout ordonner, tout diriger, et suivre elle-même ces mille détails minutieux qui s'exécutent machinalement en Angleterre tans qu'on soit obligé de s'en occuper.
Le maître de maison a également ses soins. Il est d'abord son sommelier, et aimerait mieux que les fussent au Tond de l'Ondson que dans poche d'un nègre, qui pourrait ainsi se trouver quelreluis en présence du Martton et du Bint/ham, et l'on sait que son énergie ne va pas juseju à pouvoir résisà une pareille tentation. Tous ces Jésagrémens porté quelques personnes à prendre pour domestiques, des lubilins de I lie Emérald. Je doute que ce changement ail eu partout de bons résultais. Dans les Etats-l i.is, on regarde la domesticité comme un état dégradant, et le président lui-même, malgrétoute sa popularité, ne trouverait pas, parmi ses concitoyens, un homme qui voulût brosser son babit 011 monter derrière sa voiture. Les Ecossais et les Anglais arrivent arec l'id** de m
?es préjugés. En débarquant sans chapeau et sans linge , ils cherchent un maître ; mais dès qu'ils ont gagné quelqu'argent, ilsprenoenl Icurcongé, et vont, pleins d'orgueil et d'espérance, se Taire fermier on marchant! dans l'intérieur du pays.
Un domeslique n'est jamais long-temps et! pince ; il arrive ignorant, et quand il commence à rendre quelques services, il Tant lui donner son compte et en chercher un autre. Je suis liien persuadé que les Américains , qui sont si jaloux ert politique de leur» perpétuelles réélections , s'abonneraient volontiers a ce que Je corps des domestiques lût autrement constitué.
En entrant dans une maison américaine, vous ne trouver jamais un domestique pour vous annoncer. Dès que vous paraissez, îl prend la fuite et vous laisse à votre étoile pour vous conduire dans des appartement que vous ne connaissez pas, et où l'on ne rencontre que les chapeaux elles ombrelles de ceux qui vous ont précédés. Marchant en aveugle, on heurte à tontes le» portes; on entre souvent dans la chambre à coucher d'une jeune femme, et l'on est réduit à s'échapper par où l'on est venu. C'est le parti que j'ai pris dan* une maison respectable , où j'avais accepté une invitation , et je ne sais vraiment pas ce qu'on aura pensé (le ma retraite précipitée.
Quoiqu'il en soit, les usages sont à peu près les némes à New-York , que dans nos grandes villes de commerce, même but dans les efforts, même aristocratie de fortune, même entraînement vers des disridicules et déraisonnables.
<le mode d'appeler les Etats-Unis \e fta^J* </c l'égalité. Si le mot ègaUte. -ve«\
78 LES HOMMES ET LES MQÎimS
simplement dire qu'il n'existe pas d'ordre privilégié en Amérique, l'application en est rigoureusement juste (!)■ Mais sous un point de vue moins large, ce n'est qu'un mot vide de sens. 11 existe autant d'égalité pratique à Liverpool qu'à New- York. Les hauts barons de la bourse ont autant d'orgueil dans l'une que dans l'autre cité ; leurs filles et leurs femmes déploient les mêmes prétentions et la même morgue. Quepeuvent les lois contre la vanité de l'homme et son désir inné de se distinguer des autres? Arrêtez-les sur un point, ils se précipitent sur un autre avec plus de violence. L'esprit le plus libéral et le plus élevé a toujours en réserve une qualité du corps ou de l'esprit, une vertu, nu caractère, une fortune, un je ne sais quoi de réel ou d'imaginaire, qui le place à ses yeux au-dessus de ses semblables. Le riche méprise le pauvre, l'homme à talent l'ignorant ; l'orateur doué du don des langues et né dans une classe élevée , regarde en pitié ce roturier <\m , par ses talens et l'estime dont il jouit, a peutêtre encore plus de vrai mérite que lui.
Les hommes sont ainsi faits, et le beau seie ne le leur cède en rien. Une femme qui a quelque attrait ne peut pas être républicaine dans lecoeur. La beauté est despotique , elle veut étendre son pouvoir partout, et n'abdique jamais ses privilèges. Les Améri-
ins disent souvent que tous les hommes sont égaux;
n'ai jamais entendu une femme le dire. La femme
(I) Pas Irts-rigoureusemenl car, clans certainn états, U droit de suffrage n'csl accordé qu'à ceux qui possèdent une certaine fortune. Dans la Virginie, ceUe <yiotiié est
AC* KTATÏ-CHIS. 79
veut, an contraire, qu'on lui accorde tous les droits i la préférence et à l'admiration , et n'est satisfaite que longue ses prérogatives sont reconnues. Sa vanité n'a pas de bornes; un trait gracieux, une main douce, une boucle, un bonnet, une plume, un colifichet, un sourire, un geste, iin rien devient le signe de la capricieuse suprématie. Ne parlons plus de femmes républicaines; on ne saurait eu trouver nulle part: la nature humaine est la même dans tes deux
Au milieu de celte communauté marchande, l'aristocratie exerce tout son empire. On la retrouve partout. Pendant uu bal , j'ai eu une assez longue conversation avec une belle daine qui passe pour une puissance dans le monde fnsbionable. Elle medemanda ce que je pensais delà société, et je répondis que j'avais rarement rencontré autant de jolies femmes réunies.
— Vraiment! reprit-elle avec surprise, cela me ferait penser que les Anglais ne sont pas três-dilficiles; mais enfin que dites-vous des usages et des manières ?
— Oh! je Depuis, madame, en faire un aussi pompeux éloge; mais ce n'est pas dans une assemblée aussi brillante de jeunesse, de beauté , de gsilé et d'esprit, que je voudrais me permettre la moindre remarque désobligeante.
— Cependant, répondit ma belle causeuse, il ne faudrait pas être d'une bien grande rigidité et d'une finesse bien délicate , pour l'aire une différence entre le cercle vulgaire qui nous entoure el les uame*tçvt
frAjaententiiea sociétés plus disl influées. Hislres**"
une bonne vieille qui semble se faire un point •I honneur île rassembler dans ses bals tout ce qui se présente , et vous resteriez dix ans à New-York que vous ne rencontreriez ces figures-là nulle part ailleurs. 11 n'y a pas ici douze femmes que je voulusse admettre chez moi.
Je me permis alors de lui adresser quelques questions sur de jolies personnes qui dansaient autour de nous; questions qu'elle éludait selon la circonstance. ■ Quel est ce joli petit pied? — C'est la fdle d'un marchand de tabac. — Et cette danseuse si pleine de grâces? — C'est une femme tle ri cation. i D'autres étaient tellement i n'en savait ni les noms, ni l'origine. En un mot, un comte de l'empire, achevai sur ses soiian te quartiers de noblesse , ne se serait jamais exprimé avec autant de violence et de mépris sur ces charmantes plébéiennes. Ainsi que le lecteur apprenne qu'il y a au monde des femmes encore plu» exclustvet que les patronesses d'Almaclt.
Je crois maintenant devoir donner une idée de la haute estime qu'où a pour les gens riches dans celte ville. A une réunion, qui eut lieu il y a quelques jours, mon hôte voulut bien me présenter à toutes les personnes de distinction qui se trouvaient dans son salou. Malheureusement il crut devoir faire une préface apologélique pour chaque individu, et elle portait toujours sur le plus ou le moins de fortune qu'on lui supposait. » Voyez-vous, me dit-il, ce grand sec, 'jjii a nu tuur dans l'œil el le nez crochu? Eh bien! il qu'il a gagné ceci mille gourdes, dans
seule spéculation sur les suit». C«A m
tan dé à faire votre
s d'un demi-million do piastres, a
teille de i
elje
Lnqner celle
les premiers. Si j'i a» lieu de l'être à «lé tout nus
i Enfin, il e plus riche que e été présenté aux sacs d'argent, rs possesseurs , ma soirée élit t peut-être beaucoup moins ennuyeuse.
Dans une ville dont les h a bit ans sont exclusive meut occupés à amasser des piastres, il m'eût été impossible de trouver le moindre agrément dans Ira connaissances qneje faisais eu passant. Je ne prétends pas cependant établir ici que tous les Américains donnent dans «es lottitei; mais ce qui est évident, c'est que la conversation, dans les cercles, roule presque exclusivement sur les capitaux et leurs divers emplois, (lue de renseignemeoi j'ai recueillis sur le prix du blé, du maïs, du colonel du tabac! Je connais toutes les fortunes et la dépense de chacun , toutes les banqueroutes , tous les dividendes, et si les spéculateurs de Glascow et de Paislej étaient à cet égard aussi instruits que je le suis, ils se garderaient bien de hasarder autant de marchandises sur la place de New-York.
L'heure du dîner est généralement à trois beurci ; et comme on retourne aux affaires après le dîner , ce repas n'est agréable ni pour les hôtes, ni pour leurs convives. Aussi sont-ils moins fréquens qu'en Angleterre, Delà, peut-être, les modifications qui se sont introduites dans leur caractère, et que la profusion et le luxe des tables ne peuvent dissimuler, lin dîner à New-York est loujoars servi sur une vaste èc\w\\e..
les habitudes de la famille sont troublées. L'heure du repas est retardée; la confusion est partout, depuis Pierre le mulâtre, chargé du soin des appartemens, jusqu'à Sylvie la fille de enisine.
Les maisons ne sont ouvertes aui visiteurs que pendant la soirée. Dans ces visites, il y a peu de cérémonie ; on sort, on entre sans rien dire; la musique et la conversation se partagent le temps; on fait, circuler quelques rafraîchissemens , et chacun se relire
Cet abandon dans les manières est fort commode pour les étrangers comme moi. Elle offre à l'observateur des facilités qu'il ne trouve pas ailleurs , et j'eus le bonheur d'être introduit dans des cercles où les voyageurs, mes prédécesseurs, n'avaient jamais pu pénétrer.
Les usages, pendant un dîner, sont les mêmes qu'en Angleterre. Seulement il est rare que les femmes y soient invitées ; aussi n'y voit-on ordinairement que les dames de la maison. Elles viennent toutes au thé ; c'est alors que commencent la musique et la danse, et ceui qui, comme moi, ne prennent pas une part , devisent gravement sur les les révolutions d'Europe, la re, la réforme parlementaire.
:e mettre à table, la conversation est lartomme il arrive dans tous les pays; mais il repas spleudide s'offre it épargné; a
sujets les plus paix,la B uer Avant de guissnnte , c les portes s'ouvrent enfin, à In vue du gourmet. Ici
■es quelque* mets rares, qui dans nos dîners sem-
>t courir les uns après les autres, les plats s'alignent
( triples colonnes, et il favuVraii aw moimimwaii
ici liiMn. 85
d'acajou pour les étaler en long, La vaisselle plate contribue peu à relever l'éclat Un banquet ; mais, sans ajouter au fuie, elle est cependant suffisante pour les besoins du service. La maîtresse de maison se place et chacun l'imite. Les domestiques noirs, blancs, jaunes, cuivrés, sont partout en action; les mets paraissent et disparaissent comme par magie ; la tortue, si lente par elle.méme,circule ici avec autant cl plusde rapidité que le fameux Charles Wetherell; le? jambons cl les dindes vous assiègent, le chevreuil ne fait qu'un bond d'un botit de la table à l'antre ; et toutes les facultés d'une vingtaine d'êtres raisonnables se concentrent là dans une seule et unique occupation.
Au milieu des premiers coups de fourchette le silence est assez général ; mais deux ou trois verres de Champagne changent bientôt l'aspect du festin. Les yeux des femmes brillent d'un plus vif éclat, et chacuu laisse apercevoir un certain air qui indique qu'un n'est pas absolument mécontent de soi et du genre humain. Bientôt apparaît le dessert avec ses mille friandises ; mai» hélas! comment y l'aire lion ueur! Après le fi les dames se lèvent, et lebordeanx elle madèrei
Le madère, dans ce pays, est partout i ai jamais bu de semblable en Eut» attribuent cette supériorité au ns particuliers dont on entoure ce n'enterre le madère dans u e est toujours la même; il est h il plein les rayons du soleil d'cl et le» froides bises de l'hiver , ce qui contribue sai; douleà lui donner celte saveur-particulière et \iain\en\ ii trouve <hi,t les États-Unis.
excellent, et je u'ei rope. Les gourmi
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Le bordeaux n'est pas meilleur qu'en Angleterre. Ou ■« ae *ert du porto que comme remède ; et il De paraît sur le» table* que pour Caire i'ête aui Anglais qui , ici comme ailleurs , ont la réputation de préférer ce vin air* autres. Quant au ïérès, je n'ai pu en trouver de passable ; il n'est pas encore bien goûté en Amérique.
Les gourmets se piquent ici dune grande connaissance dans les vins. Les femmes ont à peine quitté la table, que de larges libations commencent ; de nouveaux verres servis à chaqueconvive annoncent de nouvelles bouteilles, et chaque bouteille a son histoire particulière j origine, crû, arrivage, voyage, rien n'est oublié; chaque buveur donne son avis motivé , et ce jugement solennel recommence à chaque bouteille ; il n'y a pas moyen d'aborder nu autre sujet de conversation. Ou fait ainsi le tour du cellier, et lorsque tous le* vins ont été goûtés, les hommes reviennent au salon , et,
Je serais injuste, si je ne disais pas que j'ai souvent trouvé beaucoup d'agrément dans ces diners. Les Américains y mettent une simplicité, une rusticité de manières qui, au premier abord, étonnent un étranger. Ils adressent des questions sur la famille, les habita ri s, les intentions, les rapports : on se croirait appelé à témoigner après avoir juré sur les évangiles; mai* tout cela se lait avec une telle bonhomie, tin tel laisser- aller, qu'il est impossible de s'en formaliser. II ne faut pas juger une nation d'après les usages d'une autre nation. Ces question* paraîtraient sans doute déplacées en Angleterre; elle* violeraient toutes le» lois de h politesse el de la courtoisie -, mais il n'en est s de même dam un pays où toul W MDBta çcv^
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de curiosité. Cependant il faut avouer qu'il pas fort agréable d'être ainsi l'objet d'un examen, souvent conduit d'une manière tellement grossière , qu'a est difficile de ne s'en pas apercevoir. Je puis néanmoins assurer qu'il y a peu de pays où. l'hospitalité soit aussi générale et aussi bienveillante , ou l'on fasse un accueil plus désintéressé, et où le voyageur , qui ne cherche ordinairement que des connaissance*, trouve souvent de vrais amis.
Que de foi* on a répété qu'il existait en Amérique un préjugé insurmontable contre les Anglais; maintenant que j'ai voyagé dans cette contrée , je puis assurer que jamais assertion ne l'ut plus dénuée de fondement ; l'ignorance, la crédulité et la mauvaise foi y ont seules donné cours. Il y a certainement un préjugé contre les étrangers en général ; mais loin d'être contre le» Anglais, il est plutôt en leur faveur.
Disons-le cependant, parmi le grand nombre d'Anglais que le commerce conduit dans les Ktats-Unis , il aa est peu qui aient reçu une éducation soignée et vu la bonne société, \enant dans le pays seulement pour y suivre leurs affaires, ils n'attirent l'attontMO que sur ce point de vue, et reçoivent une hospitalité qui les met dans des rapports très-faciles avec tous les négocians.
Mais qu'un Anglais visite le pays dans des vues plus libérales, on le reçoit d'une toute autre manière et avec des seuthnens bien dil'férens. Dès qu'on s'est assuré de sa respectabilité personnelle, il est admis partout, et y trouve un accueil qu'on chercherait eu vain dans les autres pajs. Ce n'est pas sans <\«e\(ÇM> de leur part, car malgré leurs ucÏAuVi àfe
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manières et d'usages, personne ne saisit mieux qu'eu* les vices de forme, lorsqu'ils se rencontrent chei les autres. Ils prononcent sur les moindres apparences; mats leur opinion est toujours fondée sur une observation délicate et fine. Avec eut l'aplomb de l'insolence ne passera jamais pour l'aisance de la bonne compagnie; l'élégance et le bue seront prisés à leur juste valeur. Le charlatan n'est pas ici sur son théâtre , et il peut se considérer comme passé maître , s'il parvient à tromper les yeux vigilans qui le surveillent.
En avançant que les manières américaines sont audessous de celles de l'Angleterre, je n'entends établir ma comparaison qu'avec les cercles anglais de la première distinction. Car la haute société deNew-York n'est inférieure en rien à la haute aristocratie commerciale de Liverpool et Ue nos autres villes marchandes. Je me plais même à assurer qu'ils ne le cèdent à aucun négociant du monde pour la libéralité, les connaissances, la grandeur de caractère. Presque tous ont voyagé en Angleterre , et ont rapporté sur la nation des idées infiniment plus justes que celles que l'ignorance et l'envie ont répandues chez leurs compatriotes; et s'ilétail permis de juger tous les Américain* par ceux qu'on rencontre dans les grandes villes qui bordent l'Atlantique, on ne pourrait leur refuser une place vraiment élevée parmi les nations.
Mais hélas! on ne peut appliquer ces observations
qu aux premiers négocians et aux premiers ju ri scon-
iltes du pays. Hors de celte classe, tout prend un
caciiet, et l'observateur impartial ne peut que
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e garantie, ni 'I iris leur» mnnières, ni dans leur ité ; et en les comparant aux petits marchand» anglais, vous découvre! riiez eus une cupidité sans bornes, une complaisance de principes qui fait que tous les moyens leur sont himo pour arriver à un bénéfice; je serait hunluuL <lu trouver de semblables dispositions chez mes compatriotes. J'ai entendu louer, en pleine table, des opérations qui, eu Angleterre, eussent conduit à Botan y-Bay , ou tout au moins à la perte de la réputation. 11 est impossible de rester nue heure dans le salon d'un hôtel , sans entendre de ces conversations qui dénotent l'absence de tous les principes moraux. Ils ne connaissent qu'un frein, la loi; l'éviter, c'est prouver sa vocation au commerce et son savoir-faire.
On dira sans doute que, n'ayant aucune connaissance du négoce , j'ai pu me tromper eu jugeant ainsi les transactions dont j'ai entendu parler. Je le veux bien ; mais mon opinion est assise sur des preuves tellement évidentes que je ne puis la croire erronée. Je puis me tromper en matière de commerce; mai» quand il s'agit d'une fraude matérielle, il ne saurait en être ainsi. Lorsqu'un homme se vante d'avoir trompé, ou loue un autre de l'avoir fait, qu'en conclure? Que le narrateur est sans honneur, et qu'il suppose que son auditoire n'a pas plus de principes que lui. Car quel est l'homme qui consent à faire des aveux gratuits qui l'exposent au mépris de toute la société?
Il est bon de faire observer aux lecteurs que ces considérations ne sont pas fondées exc,tos\ve.nrevA
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tdei-vous où se rencontrent dos hommes de tous les Etats de l'Union. Pendant trois semaines, je me suis trouvé chaque jour au milieu de plus de cent personnes que le hasard rassemblait et renouvelait continuellement; cette réunion m'a fourni des moyens sûrs d'observation, et je dois avouer que le résultat a été de diminuer considérablement la haute estime que j'avais conçue pour le peuple américain.
Quoique j'aie rencontré à New-York des hommes vraiment distingués et instruits , je dois dire que l'éducation est bien plus répandue dans nos cercles anglais. Ils nous sont évidemment inférieurs dans les connaissances qui exigent des études longues et suivies. Mais, quant à ces talens que chacun peut acquérir par ses propres observations , ces talens qui sont d'un usage immédiat dans la vin, je ne crois pas qu'il y ait un autre peuple qui les possède au même degré que le» Américains. De là, leur goût pour les mé-
>dei analytiques, dans lesquelles ils ont assez de
Un autre résullat de cet état de choses , c'est que la conversation, daus la meilleure société, est moins relevée qu'en Angleterre. Celui qui parle suppose un tel degré d'ignorance dans son auditoire, qu'il se croit obligé de démontrer des propositions qui sont généralement admises, et que nous considérons comme les fondemens reconnus de toute discussion. Ici, ces premiers principes se démontrent encore par de longs rai sonne mena, et l'on n'arrive jamais à ce qu'il faudrait
Dans les Etals-Unis on est persuadé qu'il existe
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e de* héritages île générations en générations , t destinées â perfectionner les progrès intellectuels de ceux qui en héritent. On les reçoit de ses ancêtres comme l'argenterie, comme la canne à pomme d'or. De sorte qu'il y a des dogmes politiques et religieux qui, ayant acquis une autorité de prescription, ne sauraient être soumis au creuset de l'examen; ils deviennent des aphorismes pour tout le inonde. Les problèmes les plus ardus de la législation sont établis île telle manière que ci: serait presque un crime de vouloir élever un doute à leur égard. Demandez-leur sur quoi ils fondent cette loi aveugle , ils ne vous en donnent aucune raison solide. L'Américain se croit vraiment doué d'un sens particulier pour découvrir la vérité par intuition, sans autre moyen quelconque. Ils possèdent à un haut degré les vérités triviales les plus répandues, et croient que toute l'intelligence humaine est resserrée dans ce cercle. Cette disposition d'esprit est peu favorable aux progrès de la société et je l'ai trouvée enracinée en Amérique bien plus profondément que chez aucun des autres peuples que j'ai visités.
Demain je partirai pour Boston. Je remets â mon retour mes réflexions sur les établissemeus publics de la ville de New-York, désirant observer d'abord les Irait» généraux qui distinguent le pays.