CHAPITRE VI
Départ. —Voyage à Providence. — Maître d'hôtel Irlandais. — Arrivée. — Physionomie de la ville. — Édifices. — Maison en .construction. — Dîner à l'hôtel. — Rencontre du capitaine Bennet. — Voyage à Boston-Pawtucket. — Arrivée à Boston. — Esclavage des Américains. — Hôtel-de-ville. — King's Ghapel — Service divin. — Unitairianisme à Boston. — Université de Cambridge. — Bunker 1 Skill. — Prison de Gharleston. — Architecture de la prison. — Maison de travail. — Règlement des prisons. — Travail des prisonniers. —
; Anecdote. — Discipline des prisons.
J* m'embarquai le 8 décembre, à quatre heures, sur paquebot le Chancelier Livingston, «V. \vw\a levâmes «ré quelques minute* * nou%W^&\afc%\*
rivière de l'Est ainsi que le canal qui sépare Long Iitand du continent; j'avais beaucoup entendu parler du périlleux détroit nommé Ilell-Gate, formé par la projection de masses énormes de rochers qui, obstruant le passage de la rivière , la font sortir de son lit en agitant ses eaui avec furie. Lorsque nous traversâmes, la marée était haute et le détroit n'offrait rien d'effrayant. Le courant était très-rapide, mais une double machine , dont la force égalait celle de 90 chevaux, suffit pour en triompher; le Chancelier, en dépit de ses terreurs , poursuivit gaîment son cours, sans perdre de sa vitesse. Cependant plusieurs vaisseaux ont échoué à cet endroit; il y a moyen, dit-on , de l'éviter, en passant par un autre canal. Les impositions à bord étaient si bien prises , que le voyageur le plus exigeant ne pourrait trouver l'occasion de se plaindre. Les deux immenses poêles de la chambre y répandaient une grande chaleur; mais l'atmosphère avait heureusement conservé une portion suffisante d'oiigène, pour soutenir la vie au milieu des boult'ées d'haleiues qui s'échappaient de la bouche d'une centaine de passagers. L'heure du thé arriva : chacun put donner la mesure de son appétit. Le repas fut dévoré aussi promptement qu'on pouvait le souhaiter, mais les odeurs de poissons, d'oignons, de graisse réunies, se firent sentir long-temps après. Je ne pus décider dans le moment si ce mélange était nuisible ou non à l'atmosphère; je crois bien que maintenant je ne résoudrais jamais la question. Il était impossible de songer à se coucher ; la seule Misée des draps et des couvertures me faisait. trémiï", ph de livres, et je ne me souciais ça»
rendre part à aucune des conversalions que j'« dais autour de moi. Je demandai monécrïloire et mon papier. Si j'étais de mauvaise humeur eu écrivant, ce n'était pas sans motif : j'avais à ma droite deux individus qui discutaient vivement le bill du tarif; à ma gauche un vieux monsieur sans chaussure, dont la toux et l'expectoration ne rappelaient guère le séjour des bouris; derrière moi j'entendais le bruyant ronflement d'un homme dont j'enviais le bonheur, puisqu'il oubliait pendant un instant les peines de ce monde. En face je voyais un autre individu sans culotte, qui , avant de sauter dans son lit, racontait à son ami, avec détails, les succès d'une entreprise • l'huile de baleine; à côté de stre qui, tout en lisant totto échiel , lançait a chaque instant e que j 'écrivais.
Il faut avouer que le tableau n'est pas gracieux; cependant les plaisirs d'un voyage doivent, comme tous les autres, s'acheter aux. dépens de quelques ennuis. Ij 'homme que la plus légère contrariété rend de mauvaise humeur, ferait beaucoup mieux de rester cl lui, et si je sois entré dans ces petits détails, cen que pour apporter plus d'exactitude dans la pein des mœurs de la société.
Je me suis trop long-temps arrêté sur les désagrémens du voyage pour ne pas en donner fa contrepartie. La mer était calme, le vent excellent , j'étais choyé par un maître d'hôlel irlandais, qui, pour rendre mon lit plus confortable, y avait entassé des coussios dérobés à mes voisins. 3e V intéressais , disait-il , parce <jue j'étais de son pavs; cçù auiavt cm tnJYte.
qu'il venait de faire s moi était assis un mi, voce un chapitre d'Ezé n regard furtif si
er chu ce n'est cinture
que le faible lien de fa nationalité pût avoir de l'influence sur un homme de cette dusse. Je causai avec lui : il m'apprit que vivre en Irlande était mourir de faim dans un autre pays ; quoique retenu dans ses paroles, je m'aperçus qu'il était ennemi juré de la société et de ses lois; que, n'ayant pas un sou à sa disposition , il était venu aux États-Unis pour éviter la prison dans son pays. Le jour où il quitta l'Irlande devrait être le plus beauilesa vie. Sa position actuelle est heureuse ; il avoue qu'il peut mettre de coté, qu'il mange et qu'il boit bien , qu'il a des vétemens chauds pour se couvrir, qu'il n'a plus rien à craindre des receveurs d'impôts et de dîmes. Qu'ya-t-il donc sur la physionomie d'un Anglais qui puisse exciter dans un tel homme les sentimens qu'on éprouve pour ^un compatriote? On croirait que sa mémoire ne devrait conserver du passé que le souvenir de ses infortunes , et qu'il serait livré tout entier à ses jouissances prédentés vers lesquelles son imagination n'aurait osé a élever à l'époque de son vasselage. Cependant, à l'entendre, il regrette son toit, il pense qu'il se serait tout aussi bien tiré d'affaire en Irlande*; il n'a rien à reprocher à l'Amérique, c'est un pays excellent pour l'homme sans fortune; l'eau-de-vie, le pain, les viandes y sont moins chers; mais sa vieille mère, ses MEtira et Tim Regan qu'il aimerait tant à revoir. Enfin s'il plaît à Dieu , c'est dans son pays qu'il veut être enterré à coté de se» pères.
Si jamais Put revient en Irlande, je lui prédis d'avance qu'il n'y restera pas long-temps. Il a m;iiii\<: wvvA oublié te* premières prîvathnê; mais s'il est cAA'igé 4e *'r tomneltre encore, il comprendra bien n»«ftX W
gem épo,
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différence qui existe eolre le pays de son adoption el celui qui le vit naître. Mais disons-le avec reconnaissance, les malheurs une Ibis passés , notre souvenir ne s'arrête plus que sur les jours heureux de la vie. Nous arrivâmes le jour suivant à Providence, où plusieurs diligences attendaient sur le quai les personnes qui se rendaient à Boston. Quoique je fusse muni de lettres d'introduction auprès de différente* personnes de la ville, je n'avais pas l'intention dem'y arrêter; ma place était déjà retenue dans une de ces voitures. Mais, étourdi par la confusion de tous ces •écipitaient pour avoir des places, je fui ouvanlé à la vue de huit gros individus, déjà ens dans la voiture que j'avais choisie , el je chnnde résolution. Je préférai sacrifier mon argent, l'espoir de voyager plus agréablement le lendemain. D'ailleurs le temps était désagréable et orageux, j'étais en outre mouillé jusqu'aux genoux, par la neige à moitié fondue dans laquelle j'avais été obligé de marclier en débarquant. La perspective d'un bon hôtel dans la ville, me sourit davantage que celle d'un voyage de huit heures pour me rendre à Boston. L'intérieur de l'hôtel, que je voyais de loin ne me parut pas magnifique. Rien n'indiquait au dehors que ce lut une maison garnie: on voyait au rez-de-chaussée une rangée de boutiques. L'escalier qui menait aux étages supérieurs était fort étroit: peut-être aurait-il passé pour propre à Rome , mais en Angleterre on l'aurait trouvé peu convenable. En entrant, j'adressai plusieurs questions aux personnes de la maison qui /lassaient près die moi , sans pouvoir en obtéréponse. Je m'approcbai A» comç\ovc , «.'yt
\i» l'hole ai occupé à faire u h mélange d'eau-de-vie et d'eau, pour une bande de fumeurs, qu'un étranger de ma tournure ne pouvait espérer d'attirer ses regards. Je me tournai donc vers une femme qui, malgré son air indifférent, paraissait disposée à m'écouter, et je la suppliai de nouveau de vouloir Lien me dire s'il j avait moyen de me loger pour la nuit. Je ne fus pas plus heureux cette fois, et il y avait quelques minutes que j'attendais, lorsque, dans un de ces moraeos où les demandes des buveurs étaient moins pressantes, on trouva le loisir de m'écouter etdemerépondre. Enfin, j'augurai mieux de ma posïtiop. Je trouvai non-seulement ce qu'on peut raisonnablement désirer, mais encore un luxe auquel je n'avais pas osé prétendre ; un salon particulier, communiquant avec une chambre â coucher trèa-commode , et de plus la liberté de fixer les heures de mes repas.
Après avoir changé de toilette et donné quelques ordres , je sortis pour visiter la ville. Providence est la capitale de l'état de Rhade Island, et renferme environ lingl-cinq mille habilaus. Elle s'élève sur le penchant d'une montagne qui domine tonte la vue de eette superbe baie. On aperçoit de temps en temps quelques édifices en briques, d'autres dont la façade au moins est en pierres; mais les maisons , en général, font toutes en bois. Les manufactures de colon y sont Iri'vniHiibrouses; comme je n'entends rieu à ce genre rietablissemens, je ne fus pas tenté de les vi collège, situé sur une hauteur des environs, me parut très-beau à l'extérieur ; mais les chemins pour y ;
r élaifal tellement obstrvés par la neige, ' - ' M t/es périh au-dessus de mon courage. \\ «
Jodc décidé que je ne verrais pas Brown collège.
f> originelle Providence est encore une triste preuve de la mobilité de» destinées humaines. Les Ptrei Pèlerins, tomme on les appelle, avaient lui leur pays pour chercher, dans les déserts du nouveau monde, cette tolérance religieuse qu'on leur refusait dans l'ancien; mais à peine les victimes de la persécution furent-elles installées dans la Nouvelle Angleterre, que foulant aux pieds toutes les régies de la morale et les divins préceptes de la religion chrétienne, à leur tour ils devinrent persécuteur!. Les Socinienr, les Quakers, tous ceux enfin dontles opinions différaient des leurs , furent chassés sans pitié. Parmi eux sd trouvait Roger fViltiams, ministre puritain , qui osa , dans les églises de Massachussets, expliquer sa manière de voir sur l'apostasie. Le clergé chercha d'abord à le ramener par les argumens et les remontrances; mais voyant qu'il ne réussissait pi violence pour délivrer la population orthodoxe d'i théologien aussi habile.
Roger Williams fui banni;suivi d'un petitnombi ses disciples, il erra dans le désert, et arriva a . droit appelé par les Indiens Mooshausic, où Us établirent Providence.
Telles furent les causes principales de la fondation de l'état de Rhode Island. Le jour sous lequel elles nous présentent la nature humaine ne sauraitlui être favorable; elles nous prouvent, plus que jamais , que la bigoterie et la persécution marchent ensemble, et qu'il ne manque souvent, aux victimes de la tyrannie politique et religieuse , que \e powftnt , \io«li devenir oppresseurs.
de
caile est le seul édifice qui offre quelques beaui architecture ; à chaque extrémité s'élève un e d'ordre ionien. La lige des colonnes, à en r l'apparence, est construite dans les propor- Ire dorique grec , ordre magnifique en lui-même , mais qui ne saurait «allier à un entablement ionique sans blesser la vue. Je ne connais rien, en Amérique, où le défaut Je goût soit plus sensible que dans les édifices. Les maisons de campagne des plut riches citoyens sont pour la plupart ornées de piliers, qui s'élèvent depuis le bas de la maison jusqu'au haut; ces piliers supportent, ou, pour mieux dire, ne supportent rien, et pourtant plusieurs de ces maisons ont trois ou quatre étages. Il en résulte que ces colonnes, dont les proportions ne sont guère plus gracieuses que celles d'un tuyau de pipe , sont loin d'exciter l'admiration. Quoique dans la plupart de* édifices publics ou découvre une ignorance totale des régies les plus simples d'architecture, les Américains s'étonnent de l'indifférence des étrangers â la Tue de monumens donl les défauts ne peuvent échappera l'œil le moins exercé.
Il est assez d'usage, dans une ville maritime, d'aller chercher sur le port une idée souvent incomplète de l'activité de son commerce. L'itinéraire de Providence assure que ses rapports avec l'étranger sont très-étendus : cela peut être; mais je ne vis sur ta baie que deux grands vaisseaux, et une vingtaine de petits bateaux a de goélettes.
is pas oublier de parler de la singulière opération â laquelle j assistai. Il ne s'agissait tvea 'a sottJever un grand hùlimeuA çout ^
LES B0WM1S ET LES HIEl'DS
jouter un étage au-dessous; il était bâti en bois, avec des cheminées en briques , et se composait île ileui maisons réunies par le toit. La partie inférieure Je l'une formait un magasin rempli de tonneaux et de balles de coton. Je m'arrêtai quelque temps pour suivre les progrès de l'entreprise. On souleva d'abord l'édifice par le moyen île plusieurs leviers qu'on introduisit sous les fondations. Ayant réussi à l'élever à quelques pieds de terre ; on posa de» supports aux quatre coins pour le soutenir. Bienlot l'édifice parvint à la hauteur de cinq pieds et les échelles devinrent nécessaires pour ceux qui voulaient entrer ou sortir. Je pus m'aperce voir, en regardantaux fenêtres, que les ha bi tan s de la maison se livraient, comme à l'ordinaire, à leursaflàiresjournahères^nss'inquiéter de leur nouvelle position dans l'atmosphère. Il en était de même du magasin où la vente et les achats ti avaient pas été interrompus. Cette opération, toute simple qu'elle fût elle-même, annonçait une grande habileté dans l'art mécanique.
Après cette excursion je revins à l'hôtel où m'attendait un assez bon diner. C'était la première lois que je mangeais seul depuis mon départ d'Angleterre, et j'ai cela de commun avec mes compatriotes, que j'attache une grande importance nu privilège de choisir mon dîner et de fixer l'heure à laquelle je le mangerai. Ce n'est que dans la solitude que l'homme peut jouir de la satisfaction qu'il éprouve à l'idée de former un être complet dans la création. Sans un repas publie, il n'est qu'une fraction, un décime au plus , un centième peut- Are de ce monstre manjjeanV dont, l'appétit égale celui fie» maslodon et des Behemolh.W t.Tavaiu.e H
il est tourmenté par l'idée qu'il perd en dignité ce qu'il gagne en profusion. C'est par hasard qu'il se trouve dans une société qu'un h esoin passager a réunie et avec laquelle il n'aura peut-être jamais d'autres liens que ceui Cormes par un appétit brutal. Jamais l'Américain, dont l'esprit a été ainsi avili dès sa jeunesse , ne connaîtra ces hautes pensées qui se présentent à l'imagination de l'homme solitaire! A la fin d'un bon dîner eet homme se complaît dans la dignité de sa nature et dans les brillantes destinées vers lesquelles il se croit appelé. Il est en paix avec le genre humain, car il est mollement couché sur un sopha, et ■a table est couverte de vins et de liqueurs. Il est content de lui-même; il s'arrête avec complaisance sur les succès qu'il a obtenus soit dans les armes, dans la littérature ou dans la philosophie. S'il cherebe à lire dans l'avenir, l'horizon est brillant et sans nuage; s'il jette un coup d'œil sur le passé, il se hâte d'en effacer les peines , pour ne songer qu'aux jours heureux. Il est dans ses pantoufles , enveloppé de sa robe de chambre, que lui importe le inonde et toutes ses ambitions? .T'en appelle au philosophe; qu'il réponde?
J'étais dans ces momens de jouissance physique et
intellectuelle, lorsque m lom es tique entra pour me
dire qu'il venait de rencontrer le capitaine Bennet sur l'escalier, et qu'il se disposait à venir me rendre visite après mon dîner. Je lui lis répondre que rien au monde ne pourrait m'être plus agréable ; quelque» minutes après, j'eus la satisfaction d'échanger avec l'intelligent et aimable marin mille témoignages d'amitié. Dan» notre téteà tête il m'apprit qu'il vo-p^ea'A — » femme pour se rendre à Boston, venant
w-Bedfort, m ville natale. Le capitaine posa Ue me présenter à sa famille ; je l'accompagnai de suite à son appartement où je passai une soirée agréable. J'appris, non sans plaisir, que nous ferions ronte ensemble, le lendemain. Ce voyage, avec le capitaine Bemirt , m'offrait de grands avantages. Habitant la Nouvelle- Angleterre, il put me donner, sur celte province , de ces détails précieux qui échappent souvent aux observations du voyageur.
Le jour suivant nous étions sur pied de bon matin. Après un déjeuner passable, nous quittâmes Providence à sept heures, et je fis connaissance, pour la première fois, avec une diligence américaine, L'Anglais, habitué au luxe des malles-postes et des chemins ferrés, pourrait avec raison trouver cette voiture horrible ; cependant il n'eût pas été permis à un Français ou à tin Italien de la trouver telle. Les proportions de celle voiture étaient lourdes; sa charpente, de la grandeur d'un charriot ordinaire, était soutenue par des courroies énormes, qui se rattachaient à des morceaux de 1er massif que personne , aux mou ve mens de la voiture, ne pouvait prendre pour des ressorti. Cetttt diligence n'est fermée que par de simples rideau» en cuir, qu'on a le privilège de lever a volonté , lorsque la chaleur vous incommode. En hiver, cependant, les avantages de cette invention sont plus qu'illusoires. Le vent s'introduit par mille crevasses , et , avec le thermomètre au-dessous de zéro, il arrive que cette liberté de circulatioD n'ajoute guère aux agrémens du voyage. L'intérieur pouvait contenir ne\i( passagers çlacés sur trois rangs; au tiége du milieu élan. aAaç\i
tt» ETATS-UNIS. 101
■ o levait à volonté et qui serrait , au besoin , de i voyageurs. Le conducteur peut admettre une personne sur ie siège ; le prii <le cette place est le même que dans l'intérieur. Toute la machine enfin était aussi grossière que possible; les chemins mal entretenus, qu'elle avait à parcourir, exigeaient pentelre une semblable construction; les chevaux, quoique très-laids, étaient i'orts et capables de remplir leur pénible tâche. Je souriais en moi-même en pensant à l'effet que produirait un pareil attelage sur un chemin anglais. La vue d'un ballon , s' élevant dans les airs, attirerait moins la curiosité. Si on a voulu donner l'idée de ces voitures englouties i l'époque du déluge , cl découvertes , il y a peu de temps, par le professeur Buckland, celle-ci peut passer, sans difficulté, pour l'équipage qui conduisit a l'arche Noé, M famille et tout son établissement. L'automédon Jéhti. homme vélude la manière la plus ignoble, avait l'air d'un fossoyeur relire, et jamais cocher de son espèce n'avait respiré dans les quatre parties du monde. Il nous fallut huit heures de marche pour arriver à Boston qui n'était éloigné que de quarante mille*. Je me rappelle avoir dit, dans le temps, que ce chemin cLiil le plut mauvais qu'on pût rencontrer ; je ne lardai pasà me rétracter, lorsque j'eus voyagé davantage dans les Etals-Unis. 11 était obstrué par des ornières profondes, des pierres énormes , que le marteau aurait pu convertir en matériaux exccllens. Les lecteurs anglais peuvent rïre, lorsqu'on leur parle sérieusement des secousses de la voiture; il n'en est pas moins triste d'arriver toutnieurtri et avec les membres çet- , j'avoue que, me rappelant toulcft
que j'ai souffert dans mes excursions sur le continent d'Amérique , je ne lirai jamais , sans le plus vif intérêt, le récit de pareilles infortunes. Dans la circonstance actuelle , je ne parlerai que de la manière violente avec laquelle je fus plus de vingt fois enlevé jusqu'au haut de la voiture , qui n'était pas mieux bourrée que les coussins qui nous. servaient de sièges; aussi ai-je tremblé que ce choc n'opérât quelque révolution dans mon système phrénologique. Un des voyageurs, grave valétudinaire, m'assura que rien n'était meilleur, pour guérir la dyspepsia^ que ce genre d'exercice; chaque fois, disait-il, qu'il éprouvait une attaque de cette maladie, il venait se faire secouer de la sorte. Le remède me semble pire que le mal, et je le plaignais de toute mon ame. '
Comme il avait dégelé pendant la nuit, la neige avait presqu entièrement disparu. Le pays que nous traversâmes est assez varié , mais le sol en est aride et pierreux, et l'étendue immense d'un terrain, autrefois labouré, aujourd'hui couvert de bois, montre que ses produits n'ont pu compenser les frais de culture. Nous passâmes àPawtucket, à quatre milles de Providence ; c'est le village des Etats-Unis où l'on fabrique le plus de coton. Je comptai jusqu'à douze manufactures. Les maisons des ouvriers paraissent propres et commodes; cependant j'ai su depuis que tous ces établissemens avaient fait banqueroute dans l'espace de 18 mois, ce qui ne prouve guère que le système du tarifait obtenu de briÙans résultats.
J'étais trop mal à mon aise pour prendre part à la
conversation animée qui se soutint pendant toute la
roote. Cependant je me diver^%Y>«*ûR««v ^^vûk**-
n jeune fermier du Conncclicut, auquel le aine Bennet ue put jamais l'aire croire que le bouleau blanc, regardé dans son pays comme un arbre inutile , était cultivé avec aoirl en Angleterre. Maïs il ajouta foi, sans la moindre difficulté, à toutes les absurdités qu'on lui débitait sur lea lois, la politesse et les mœurs de mes compatriotes.
A mesure que nous approchions de Boston, la population augmentait. Nous gravîmes une hauteur d'où on pouvait apercevoir la baie , et bientôt, je me trouvai de nouveau dans le tourbillon d'une grande ville. Cette perspective bizarre , celle irrégularité d'architecture me frappèrent moins dans Boston que dans New- York. Celte dernière ville, il est vrai, s'est accruc très rapidement; elle fui bâtie, en grande partie, dans l'espace de 50 ans. Les progrès de la population et des richesses ont été plus lents dans Boston. La partie neuve ne forme que la plus petite portion de la ville ; mais le temps a , pour ainsi dire , effacé les difformités de l'autre, en y attachant cette idée de respect qu'on a toujours pour tes édifices anciens.
Tout est grave et solide à Boston, rues, peuple, maisons, tout porte ce cachet. On peut comparer New- York à une jeune femme qui, malgré ses formes colossales, est eucore légère et fringante. Boston se présente comme une rivale; ses manières sont plus graves, elle semble avoir perdu la fraîcheur de ses plus belles années, mais elle conserve assez de beauté pour esciter l'admiration ; la première est d'une gaîté bruyante, prenant, chaque année , un nouvel embonpoint. La seconde . grasse , i'orle , helle et Sê.conift ,
Un vieux proverbe prétend que toutes comparaisons clochent, et que, par conséquent, il ne faut jamais les pousser trop loin.
Heureux le voyageur qui peut se délasser des fatigues de la route dans le bel hôtel de Trémont ! Cet établissement est monté sur un grand pied 3 je me procurai facilement un appartement commode où se trouvait réuni tout ce que peut exiger un homme seul. Je jouissais en outre de la félicité de disposer de tous mes momens ; je pouvais boire , manger et dormir à l'heure et de la manière qui me convenaient.
Les Américains se disent libres , et cependant ils subissent le joug le plus humiliant. Chez eux ils sont peut-être moins esclaves ; mais y a-t-il beaucoup de domestiques qui voulussent se soumettre à l'innovation barbare de déjeuner à onze heures et de dîner à sept. Quoiqu'il en soit, personne n'est moins libre qu'un Américain sur les grands chemins et dans les hôtels garnis de son pays. C'est Boniface , le plus cruel des despotes , qui dispose des heures du sommeil et de celles du repos. Jamais un monarque puissant ne put se vanter de gouverner des sujets plus patiens et plus soumis. Il agit avec eux comme avec des troupeaux. Il sonne la cloche, et tous accourent , comme des chiens à la voix de leurs maîtres* Tous acceptent, sans murmurer, ce qu'il lui plaît de leur servir ; ses décrets sont irrévocables comme ceux du destin ; il a choisi , pour devise , ces mots : obéir ou mourir (de faim.) »
Tout homme qui voyage dans les Etats-Unis , doit se munir du meilleur chronomètre de Baraud. Ici , plus qu'ailleurs, les moindres esteux* fatt&\e* çata&st
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du temps sont suivi»! de désajrémens sons fin. Malheur à celui qui, retenu par «es plaisirs ou ses affaires, oublie l'heure du dîner ! II ne retrouvera plus la côtelette fumée, et devra se contenter d'une soupe àmoitié gelée, d'un reste de poisson , du morceau de porc, tiré, tout exprès pour lui, du baril, oit bien faire le sacrifice de son dîner. Telle est la règle; il est libre de choisir (1).
Le lendemain de mon arrivée, je fis porler mes lettres d'introduction à leur adresse, et j'allai me promener dans la ville. Boston, bornée de trois côtés par la mer, s'élève sur une riante colline ; le port forme un vaste bassin environné d'une contrée magnifique. Ce qui me frappa le plus , c'est la ressemblance qui eiiste entre cette ville et un de nos ports en Angleterre. Le pins grand nombre des bàlimens sont de granit ou, pour mieux dire, de siénite. Cependant la
(I) J'avouerai cependant que , dans les hôtels de la plu. part des grandes villes, on se procure facilement des chambres particulières. Le prix de ces faveurs est aussi élevé qu'en Angleterre. Pour donner au lecteur une idée des dépenses qu'entraîne ce genre de vie dans les Etats- Unis, je dirai qu'à Kew-York , je payais, pour moi et mon domestique , dix-huit dollars par semaine , quoique je n'eusse qu'une petite chambre et que je mangeasse à table d'hôte. J'en donnais trente-cinq à Iloslon pour trois belles chambres, les repas séparés , et tout compris, le vin excepté. A Philadelphie vingt-sii.ù Baltimore vingt-huit, à Washington quarante. H est d'usage de payer par semaine, ou on nefait aucune déduction aus voyageurs ponr l«s repas qu'ils ne prennent pas à l'hôtel ; au<
"É que mes dépensée égalaient celles que j'auvaw çn • Londres datas /es premières (liaisons garnie».
rique domine; les maisons de bois peu dan» les quartiers bien habiles. Les mes sont étroites et souvent irrégpjlières. En architecture, rien de remarquable. L'Hôtel-de-ville est bâti sur une hauteur qui domine tout Boston. Imaginez un bâtiment carré . très-massif , ayant de rustiques arcades pour portique, une rangée inutile de colonnes qui ne supportent rien ; et, sur le devant, un fronton d'où ne lanterne e idée eiacte de celte slrui
clore :Tré-
en Amérique, de l'hôtel deTl
située dans la même rue, comme
dignes d'eue iler, chezles étrangers, toute l'admiration
dont ils peuvent disposer. L'architecture de celte
lise est pourtant bien ordinaire. ÏY>ule la façade est garnie d'une rangée de colonnes ioniques, plaquées contre le mur, qui , malgré cela , n'en est pas moins visible. Four comble d'absurdité, on a surmonté ces colonnes d'une tour carrée , sans aucun ornement , dans l'intention, sans doute, de représenter unbeffroi.
Ce lieu saint me rappelle une anecdote digne d'être rapportée. D appartenait autrefois à une congrégation professant la religion anglicane, et se nommait chapelle du roi. Un vieux monsieur fort riche vint à mourir, léguant, par testament, une somme considérable pour payer les frais d'un certain nombre de discours annuels sur la Trinité. Le testateur étant mort dans la religion anglicane, personne ne pouvait former de doutes sur ses dernières intentions. Mais lu révolution éclata, <?l cmaiii Va naii fui rétablie, il 'vaque cette congrégalion anawiûiKia w»\t<A, wi
croyances religieuses , pour adopter les principe» républicains et les dogmes des unitaire*. Dans une circonstance pareille, que devait-on faire à l'égard du testament? La question fut bientôt résolue. On découvrit que l'ooitairien pouvait tout aussi bien prêcher des sermons sur la Trinité que l'orthodoxe le plus ardent. Ainsi ie zèle dn testateur pour la propagation de la vraie loi ne servit qu'à encourager l'établissement des doctrines qu'il regardait comme fausses et pernicieuses. Ce vieux monsieur aurait mieux fait de ne pas frustrer ses béritiers de cette
Ce n'est pas sans peine que je me décide à parler désavantage sèment de l'architecture Ue l'hôtel Trémont, où j'ai été ai bien traité. Si je n'avais pas entendu des gens de mérite louer cette construction, comme celle qui faisait le plus d'honneur au genre américain, je ne nie serais permis aucune réflexion a ce sujet. L'édifice est en sienite magnilique.il serait difficile, je crois, de trouver de plus beaux matériaux pour construire. La façade est un portique dorique , formé de quatre colonnes assez bien proportionnées, niais sans fronton, selon l'habitude. Ces colonnes n'étant pnsasseï saillantes, elles ont l'air d'avoir été incrustées dans la murailie de l'édifice , par la pression de quelque gigantesque pompe à vapeur. Le réfectoire, qu'on admire par-dessus tout, est défectueux «ras le rapport du goût et des proportions. D'abord, le plafond est trop lias; puis les rangées de colonnes ioniques, placées autour de la. salle, sont surebat^âes d'orncinens Je l'ordre composite. Ce mélange Au çpîrt. italien et <les belles formes grecques défigure; touftAs
lie. C'est perdre ion temps que Je s'arrêter sur il semblables matières.
Mes lettres île recommandation me valurent bientôt une loule de visites et d'invitation*. Il me semble que les manières de la société, à Boston, différaient de celles que j'avais remarquées à New-York. Au premier abord , je les trouvai» moins aimables ; mais je ne tardai pas à changer d'opinion. Maintenant je regarde mes amis de Boston comme les hommes les plus éclairés et les plus agréables que j'aie jamais rencontrés dans ma tournée.
Ma première visite fut a une société littéraire , qui, sans être publique, comptait parmi ses membres plusieurs hommes remarquables de l'état. Ha réception fut des plus aimables. Quelques-uns de ces messieurs, en apprenant le but démon voyage, offrirent de m'ai der dans mes recherches. Je vis que New- York ne pouvait se vanter seule de son hospitalité envers les étrangers.
Le jour suivant étant un dimanche, j'allai entendre la messe dans une des églises épîscopales. Le service se fit de la manière la plus convenable. Le soir , j'accompagnai une famille charmante h une paroisse dont le célèbre D' Cbanniug est le pasteur. Ce dernier était parti pour la Havane, avec sa femme dont la santé exigeait un climat plus doux que celuide la Nouvelle- Angleterre. Les dogmes de celte congrégation sont unitairiens , le service est le même que celui de la religion anglicane; mats ou eu bannit toutes les expreasiom qui attribuent la divinité à J.-C. Celte croyance est soutenue par les uns etïejeVéeçM tesautrcs.C'est •oiirquoî, afin de réunir , dan^n mfemeè^\ae ,Vya\x*
4fl «ATg-DICIi. 109
les sectes différentes , on a établi un service qui peut convenir à tous, et ne décide rien sur des doctrines qui ont donné lieu à de si nombreuses disputes.
Quoique l'intention soil bonne, je doute que les inveilleurs de ce service aient été guidés par des idée» justes et philosophiques.
Le bien qui résulte des prières publiques, cette charité ardente, ce sentiment de fraternité, ne peuvent exister entre des hommes qui ne partagent pas la même croyance. Il est sur qu'en présence de Dieu, toute distinction doit cesser ; maisquand ces différences d'opinion s'étendent au-delà de certaines limites , et attaquent les dogmes les plus sacrés de la croyance religieuse , je ne comprends pas les avantages de la commune adoption d'une liturgie ainsi mutilée, et qui exclut toute expression de cette foi et de ces doctrines sur lesquelles les chrétiens fondent toutes leurs espérances. La valeur de la prière consiste moins dans l'influence qu'elle peut avoir sur les décrets d'un Dieu immuable, que dans celle qu'elle exerce sur te coeur de l'homme qui implore. Pour que cette influence se laisse sentir, il faut que la prière puisse s'approprier à nos besoins personnels. Elle ne doit pas reposer sur des principes vagues et généraux , ni se borner à sollicilerces biens qui intéressent également tout le genre humain. Semblables aux objets matériels , les senliracns s'affaiblissent à mesure qu'ils s'étendent. Il est impossible à l'homme de prier pour tous ses semblables avec la ferveur que lui inspire son pays ou sa famille, qui s'accroît toujours à mesure que l'intérêt s
rapproche de nous-mêmes. fJe n'est qu'en "imç\oTMA
Kpoar une personne chérie , tp» tioa sev.-
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part long.
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limens île piété atteignent leur dernier degré d'eial lion. Je n'ai aucune foi dans le système de dévotion fondé sur les principes abstraits de la philosophie. Le culle relifjieui doit être à la portée des infirmités du genre humain. La prière qui s'adapte â toutes les sectes, ne peut exprimer la foi ou le sentiment d'au-
Le révérend D' Groennood , avec lequel j'eus le plaisir de faire connaissance, lut l'office du jour qui était simple et touchant; le sermon était élégant, mais froid et sans onction. Il est impossible qu'il en soit autrement. L'unitaire est privé de l'usage de tout ce qui remue le plus profondément le cœur, et dont les prédicateurs évangéliques savent tirer un si grand parti. Qu'y a-t-il de touchant dans un discours sur la beauté de la vertu innée, ou sur les argumens de la pureté morale, fondée sur l'harmonie de ce monde! L'homme doit prier, disnient les unitairiens, parce que les arbres fleurissent, et que les oiseaux chantent. La conduite des hommes a prouvé combien cette conclusion est de peu de. valeur eu théorie. Il vaudrait autant dire que les hommes doivent porter des lunettes parte que les ours mangent du cheval, et que les autruches déposent leurs œufs dans le sable. Admetions que la conclusion soit aussi claire que le jour. La dépravation du genre humain est trop forte pour être réprimée par de tels remèdes.
Boston est la métropole de l'uni tairiani sme ; c'est là qu'il a pris racine plus profondément, et qu'il a plus largement étendu ses branches. La plus grande partie de h population suit celte religion. 11 y avait long-temps que je cherchais a en çenéVret \a ts
▼oyage dans la Nouvelle- Angleterre nie l'a expliquée. Leshabilansdece pays Bout froids, subi ils, calculateurs, ingénieux, flegmatiques. Ou dirait qu'il manque à la composition de leur être je ne sais quoi qu i excite l'en (housi asm echei lesau Iresbommes. Il n'ya pas de pays où l'on admire plus la moralité; il n'y en a pas où le respect pour l'opinion publique soit poussé plus loin. L'argumentation peut donc seule émouvoir un peuple de ce caractère. L'homme de la Nouvelle- Angleterre ne se laisse jamais guider que par la raison; toute exaltation lui est inconnue; parlez-lui de ce qui est grand, généreux et noble, il ne vous écoulera qu'avec indifférence; parlez-lui de ce qui le touche personnellement, il prêtera de suite une oreille attentive. Ses facullés sont vives , ses passions sont engourdies; l'unitairianismcest la démocratie de la religion. Il exige moins de foi et d'imagination que toute autre secte chrétienne. Il s'adresse uniquement à la raison humaine; et tandis qu'il rétrécit le cercledes miracles, il agrandit celui de la démonstration. Ses disciples ont moins de bigoterie parce qu'ils ont moins d'enthousiasme; ils refusent de croire à la doctrine de ce grand et universel sacrifice , ainsi qu'à ces impulsii naturelles , qui donnent tant de confiance à la piété, dans les autres sectes. L'unitairien ne conn certitude que celle que lui offre sa propre n'est pas fanatique, mais dogmatique; il ■ cime distinction entre ce qui est faux et ce qui est in compréhensible.
Je ne puis m'empêcher de croire que celle religion.
et cette manière de voir, chez les Bostonien», ne ùeo-
ua calcul particulier, dont un philosopUe
prévoir le succès sans difficultés. Ils ont choisi 1, religion comme on choisit un chapeau , parce qu'elle leur con venait . Nous croyons cependant que leur tfite n'a pas atteint sa grosseur, et que son accroissement rapide pourra bien les forcer un jour â revenir à un chapeau plus orthodoxe.
Le professeur Ticknor m'accompagna dans mon excursion de Cambridge (à trois milles de distance) , dont je tenais à visiter I université. Les l>.ihmens, sans Être spacieux, sont commodes; la bibliothèque, la plus grande des Etats-Unis , renferme trente mille volumes, ce qui n'est pas imposant. Le cours académique dure trois nus ; au bout de ce temps, ceux qui se destinent au grade de bachelier sont admis à cet honneur après l'examen d'usage. Trois ans plus tard, ils ont le droit de prendre le titre de professeurs, ainsi que cela se pratique dans les universités d'Angleterre. Les vacances, accordées à différentes époque» de l'année , remplissent l'espace de trois mois. Le nombre des étudians se monte à deux cent cinquante; ils peuvent ou résider dnns le collège, ou se loger dans les maisons environnantes, selon que cela leur est agréable. On ne les instruit dans aucune religion par ticuliere ; mais 1 nnitairianisme domine dans cet établissement. Pour l'étendue et le nombre des étudians. il ne peut se comparer à la plus petite de nos universités d'Ecosse.
De Cambridge, nous partîmes pour Bunkers' Tlell, lieu à jamais célèbre par le premier combat qui s'y livra entre les troupes royales et les colons révoltés; celte position est excellente, et résisterait à un ennemi puissant, si elle était tort\ï\ée car 4wi*At»*-
i, On bâtissait sur la bailleur un monument eu ■ de Washington. L'endroit ne saurait flirt* mieux choisi ; mai» que l'ont à Washington des tribu» de marbre et de bronze! Si montimenlum qiiœrli , c!rcumipicc. Noire visite suivante lut à l'arsenal de In marine, établissement tres-vasle ; on y voyait deux vaisseaux de soixante-quatorze canons, et, autant que je puis me rappeler , une frégate et une chaloupe, un chantier presque terminé cl pouvant recevoir le vaisseau de guerre de la plus grande dimension. Je causai long-temps avec le commodore Morris, commandant du poste, et je m'aperçus bientôt qu'il possédait bien d'autres connaissances que celles qu'exigu
Le lendemain, toujours accompagné d'un ami obligeant, je me rendis à Charles Ion pour y visiter la prison d'état. La description intéressante du capitaine Hall sur celle deSiog-Sing, avait excité à un tel point ma curiosité, que je brûlais d'envie de vo" bassement dirige d'après le même plan , sauf quelques améliorations dans les détails. Ils était difficile de concevoir qu'une discipline aussi rigide fût maintenue, sans le secours d'une sévérité révollanle. Aussi est-il nécessaire de voir les choses par soi-même pour croire qu'il soit possible que des centaines d'hommes se soumettent à la règle qui les oblige à vivre et à travailler ensemble, pendant des années, sans s'adresser une seule parole. Je n'aurais donc pas v que* l'occasion de visiter la prison de Charleston. Le spectacle dont je fus témoin me frappa plus njie (oui ce que j'avais ru jusqu'alors ; ce n éta'vt cas , \\ esV. 7 xensatiou agréable ; on ne aanr;i
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a la plupart des hommes forts et UtoUit* pas de leur supériorité phisiqac »er ce gardien, et reconquérir lenr liberté? an cri, un peste suffirait : As ont des aimes, fl ne faudrait fniun instant pour rompre leurs chaînes et se délivrer de retdavage le pins affreux qu'on homme paisse sabir. Sur quoi donc est fondée la sûreté du geôlier et de se* assistans? snr une seule chose : une svrastftance continuelle, tellement stricte, qu'il est physiquement impossible aux prisonniers, soit pendant le jour, soit pendant la nuit, de se faire la moindre communication , sans être découverts. Lenr rie dépend de ce coup d'oeil. Ils comprennent toute l'importance de cette sévérité , et agissent en conséquence.
Les bâtimens forment un parallélogramme de cent pieds carrés. Un côté est destiné aux cellules des prisonniers; elles sont toutes en pierres, au nombre de trois cent quatre , et distribuées en quatre étages. Ghat/uo cellule Cet fermée par une porte de fer. De ce mflmo côté, on voit des galerie* ta ^\m^ ta \m
*l'l ÉTATS-UNIS. 115
pieds de large, supportées par des pilier» Je 1er. Ces galeries s'étendent dans toute la longueur du bâtiment , et sur trois côtés bordent ces rangées de cellules. Le quatrième ne présente qu'un mur perpendiculaire, sans escaliers et sans portes. Au-dessous et au-dessus des galeries et des cellules, on a ouvert un passage de neuf pieds de large , d'où on découvre la vue de l.i prison tout entière.
Chaque cellule a sa icin'lro séparée; chacune a sept pieds de long sur trois pieds de large, et renferme un lit île fer. On a placé d'un cité, sur une grande élévation, une guérite et une sonnette d'alarme, à l'usage seulement du geôlier de service. Au milieu du bâtiment, ou plutôt entre le bâtiment et le carré central, se trouve la cuisine, com m uni quant par des fenêtres et des portes â un corridor, où les prisonniers sont obligés de passer pour entrer ou pour sortir de leurs cellules. Près de là s'élève la chapelle, où se réunissent les criminels, deux fois par jour, pour la prière.
Il m'a semblé que la meilleure manière de donner aux lecteurs une idée du système établi dans les prisons, était de citer un extrait, tiré du rapport annuel de celle de Boston , sur la discipline : « Les criminels, à l'exception du petit nombre des malades, sont enfermés, depuis le soir jusqu'au lendemain, dans des cellules séparées, disposées de telle manière que la sentinelle de service peut maintenir le silence parmi trois cents hommes. Le moindre chuchotement répété par l'écho de la galerie qui entoure les cellules, arrivant jusqu'à son oreille, lui donne les moyens àeçïti «vite, penAauXA»
u fis l:i remarque, m'ai me trompais.
'foule communication à l'extérieur est interdite aui prisonniers ; on veut qu'ils se considèrent, pendant leur séjour dans la prison, commodes êtres indignes de participer nui sympathies les plus communes île la vie. Cette rigidité, selon moi, est poussée trop loin. S'ils doivent être rendus à lu liberté , pourquoi briser tons les liens qui pourraient plus tard les ramener dans le bon chemin? Que peut-on espérer d'un homme ii humilié, si ce n'est qu'il marchera dans la même voie, ou qu'il se précipitera peut-être plus avant dans le crime. S'ils doivent rester toute leur vie enfermés , la punition porte un cachet de barbarie inutile. Ce qu'il y a de malheureux, c'est qu'elle n'atteint pas le plus endurci dans le crime j elle pèse plus lourdement sur le malheureux qui, pour èlre coupable, n'en est pas moins susceptible de quelque douée affection. Ne peut-on pas punir les pécheurs, sans attaquer inclusivement les sympathies généreuses qnî l'attachent encore à ses semblable»? pourquoi traiter comme une brute celui dont les souffrances lui prouvent, plus qu'à tout autre, qu'il est homme?
Le produit du travail des prisonniers appartient tout entier â l'état. Ils n'ont rien pour leur propre compte. Le règlement peut être juste en Amérique, où les commandes sont si considérables qu'un ouvrier trouve toujours à s'occuper. Si, en Angleterre, on mettait les prisonniers eu liberté sans argent, sans .'imis, sans crédit, en serait leur imposer l'obligation île voler ou de mourir de l'aim.
il nu s\sVfeme a
aveslir le geôlier d'un pouvoir arbitraire. Aussi lui e*t-ÏI permis Je punir la plus légère infractii règles île la manière qu'il fui plaît. Le pardon i corde jamais, quelle que soit l'olïense. Ici, comme partout, la certitude delà correction empêche qu'elle ne soit souvent nécessaire. Je regarde comme une faute grave d'avoir donné à un simple geôlier une aussi grande latitude. Le criminel injustement puni ne peut porter plainte à personne. Un homme sans éducation, livré peut-élre à des passions violentes, est investi d'un pouvoir que les plus sages et tes plus vertueux se croiraient indignes d'exercer. Je trouverais heu que des inspecteurs lussent chargés une fois par mois de venir écouter les plaintes. Il n'csl pas douteux que ce fonctionnaire , peu aimé, serait en butte à une Toute d'accusations injustes et frivoles; mais on y attacherait l'importance qu'elles méritent, elles plaintes raisonnables devraient être l'objet d'u sérieux examen. Il serait impossible de ne pas se eo vaincre de la vérité, dans nne prison dirigée ohiiii celle de Charleston. Les Taux témoins ne sont pas craindre, puisque deux criminels ne peuvent pas : concerter ensemble. La coïncidence du témoignnge i saurait manquer d'être juste. Ceci est favorable a geôlier comme au prisonnier; si le dernier est faussement accusé, il a tous les moyens possibles de se justifier.
Je causai long-temps avec le geôlier sur l'effet que produisait le système sur lu moral des prisonni m'apprit qu'on ne pouvait guère compter sur un chaulent à l'égard des grands criminels -, il ajouta (\«e . ce rapport, le plan adopté dans CAiartesAon i
celui de tous les Etats-Unis qui avait le mieux réussi. Il avait remarqué jusqu'à présent que cette méthode d'enfermer un prisonnier séparément était tout-à-fait inutile, et qu'il reprenait ses coupables habitudes aussitôt qu'il se retrouvait libre. Je crois faire plaisir au lecteur, en racontant une anecdote intéressante dont le geôlier Ait témoin. \
Long-temps avant l'établissement du système actuel de la prison , un homme assez bien né , mais livré à la plus mauvaise conduite , fut arrêté pour vol avec effraction et condamné à passer sa vie en prison ; on le conduisit à Charleston. Cette punition humiliante n'avait pas l'air de faire sur lui la plus légère impression; sa conduite insubordonnée pouvant nuire au bon ordre, on en vint à l'enfermer séparément. Il fut triste et silencieux pendant la première année, et se montra inaccessible à tout sentiment religieux. Tout-à-coup un changement s'opéra en lui. Il devint doux et soumis; on le vit souvent occupé à lire des chapitres do la bible ; le geôlier et le chapelain de se féliciter d'une si heureuse métamorphose. Il parlait de ses désordres passés avec repentir ; il exprimait sa reconnaissance envers Dieu qui , pouvant lui arracher la vie au milieu de ses crimes, lui permettait de vivre pour se repentir et pour comprendre le généreux sacrifice par lequel le plus grand pécheur pouvait espérer son pardon.
Rien enfin n'était plus édifiant que la conduite et
la conversation de cet homme. Tous ceux qui le
voyaient s'intéressaient à ce chrétien si humble, et
adressaient des requêtes au gouverneur de l'État pour
obtenir «a liberté. Cette réunion de tètatàgti*^* *«**-:
* avait touché le gouverneur, et la grâce do cet homme ne pouvait tarder à ftre accordée, lorsqu'un jour, au milieu d'une conversation religieuse , il s'élança sur le gardien, le poignarda, et sedisposa à fuir. Sa tentative échoua. Le néophyte en moralité fut reconduit à son cachot et chargé de fers. Plusieurs années s'écoulèrent ainsi , sans qu'il pût espérer de recouvrer jamais sa liberté. Enfin son beau-frflre , homme riche et influent dans la Caroline du sud , eut recours aux autorités de Massachusselis, et promit, dans le cas où elles écouleraient sa demande en faveur de son parent, de le placer dans une position telle qu'il lui serait impossible de reprendre ses anciennes habitudes.
L'offre fut acceptée; le prisonnier fut mis en liberté, et le geôlier, qui me racontait l'anecdote, fut chargé de le Conduire , sain et sauf, :i bord d'un paquebot de Cbarleslon , préparé pour sa réception. Il était resté vingt ans en prison , privé de la vue du soleil et de la jouissance de respirer un air pur. Dans l'intervalle, Itoston , qu'il regardait comme une petite ville, était devenue une grand cité; l'accroissement de ses richesses n'avait pas été moins rapide. Les manières, les costumes, les pensées, les préjugés , les opinions de la génération présente, lotit lui paraissait n< Les objets, à l'intérieur, se ressentaient de < révolution des idées. Les rues étroites avaient été remplacées par des places magnifiques, les chaumières de bois par de beaux édifices en brique. Des équipages brillans , tels qu'il n'en avait jamais y s présentaient à chaque instant devanl Vù\ ta 01, B m comparait A un habitat* tXu
anète qu'on aurait lancé dans un monde ï; Mon narrateur, dont je voudrais (ranscrjre l'histoire dans le» mêmes termes que lui, me dépeignit avec grâce et d'une manière touchante, le progrés des impressions diverses chez cet homme. On lui avait envoyé une voiture pour le mener nu paquebot; il y monta sans témoigner d'émotion. Il fut occupé, pendant toute la route, à regarder par la fenêtre, cherchant sans doute à s'orienter et à reconnaître In pays, mais en vain. Au lieu de marais et de forêts, il voyait des rues. 11 s'a! tendait à passer sur un misérable bac, et tout-à-coup la voiture roulait sur uu pont magnifique. 11 croyait voir les hommes tels qu'il les avait laissés, et retrouvait des êtres qui lut étaient étrangers. 11 cherchait en vain cesgrandsbommesite l'hôtelde-vil!e et de la bourse, cette aristocratie des piastres, les Cincinn.itus de la révolution, qui apportaient au comptoir la courtoisie, les manières brillantes des camps, et donnaient la plus haute opinion d'un gentleman- eitoy en. Vieux et couverts de gloire, ils avaient rejoint leurs pères, et leurs descendons n'étaient plus que des hommes ordinaires. Les queues, les gourdins, les perruques, les boudes, les cheveux poudrés, les chapeaux à trois cornes avaient fui dans une région plus élevée. Fumer, boire, charmaient aujourd'hui leurs loisirs; les guêtres, les pantalons, les cheveiu courts, remplaçaient les anciens costumes. Ces dernières observations ne devaient pas causer au criminel icquïtté une grande tristesse; mais l'ensemble de ce nouveau spectacle ne pouvait man- 'jner d'exciter chez lui une violente émotion ; bientôt «cul dana l'imi-vera tt ïoui'A e»\wmB*.
.) fin de (histoire peut se conter en peu de mois. Il arriva à Charles ton, où son frère le plaça dansune maison respectable, lai procurant tout ce qu'il pouvait désirer. Sa conduite, la première année, fut irréprochable; maïs sa mauvaise étoile le conduisit un jour à New-York, l'eu après sou arrivée dans celle ville, il fit cûli naissance avec des hommes de mauvaise conduite. 11 ne put résister à l'impulsion de ses premières habitudes, et ne larda pas à être compromis dans une affaire de vol. Jugé et condamné, il est maintenant dans la prison de Sing-Sing, d'où la mort pourra seule l'arracher.
Le geôlier me cita un trait pour me prouver que l'emprisonnement isolé n'opérait que rarement l'effet attendu. La preuve était forte; cependant je crois que, si on avait tiré parti des circonstances et de l'impression que doit faire sur l'esprit du prisonnier cette horrible solitude , ce système l'emporterait sur tous les autres. On peut reprocher surtout à l'administration des prisons de CharlesLon et d'Auhurn de traiter les condamnes comme des finîtes, en détruisant en eu* toute dignité morale. L'homme qui a subi de pareilles humiliations no pont jamais remplir convenablement ses devoirs de citoyen. Ces inconvéniens ne se trouvent pas dans la prison solitaire; le prisonnier y est à l'abri de toute punition corporelle, et du pouvoir illimité du geôlier. S'il est rendu à la société , il revient humilié , mais non pas dégradé.
Enfin, on peut regarder le système de la prison de Charleston comme nue expérience curieuse, qui donne le degré de contrainte nécessaire pour anèaûXÀt cVet .e I influence Je s.i volonté et leréumïeWVéVaX
de machine. Je ne saurais dire jusqu'à quel point ce système a réalisé les grandes espérances fondées sur ces punitions j c'est une question que je n'ai ni le loisir, ni l'envie de résoudre en ce moment. J'aurai cependant l'occasion de revenir sur ce sujet, en parlant de ma visite au pénitencier de Philadelphie.