DIVISIONS ARCHÉOLOGIQUES
^ Age du Fer.
Période des métaux Age du Bronze.
( Age du Cuivre.
Période néolithique.
Période paléolithique.
DIVISIONS DE LA La période pléistocène peut être divi-
PÉRIODE PLÉISTOCÈNE. sée en trois époques correspondant à PLEISTOCENE autant d’étages. Voici leurs principales
INFÉRIEUR. caractéristiques, sur lesquelles je revien¬
drai plus longuement, à propos des Hommes fossiles de chacune de ces époques.
Au Pléistocène inférieur correspond d’abord une nouvelle extension glaciaire, celle qui paraît avoir été la plus importante et dont les moraines se sont étendues le plus loin des centres montagneux (phase Rissienne de Penck).
A cette phase glaciaire a succédé une grande phase interglaciaire, marquée par une faune composée d’éléments indiquant un climat chaud : Elephas antiquus , Rhinocéros Mercki , Hippopotamus (fig. 31), Machairodus ,
Singes, etc. Les débris de ces animaux se rencontrent, soit dans les alluvions les plus anciennes du système hydrographique actuel, soit dans les dépôts les plus profonds ou les plus inférieurs des cavernes.
C’est aussi dans les terrains de cette époque qu’on recueille les plus anciens instruments en pierre unanimement reconnus comme authentiques, les silex amygdaloïdes. Au point de vue archéologique, c’est le Chelléen] dénomination tirée de la localité de Chelles en Seine-et-Marne, et que je considère comme excellente, au moins dans l’état actuel de la science.
Fig. 31. — Tête d’ Hippopotame fossile.
l/10e environ de la grandeur naturelle. Galerie de Paléontologie du Muséum.
Jusqu’à ces dernières années, on ne connaissait aucun débris osseux de l'Homme chelléen. Nous aurons à étudier deux trouvailles récemment effectuées dans des terrains que tout porte à considérer comme datant du Pléistocène inférieur. Il s’agit de quelques morceaux de crâne et de mâchoires auxquels on a donné les noms d 'Homo Heidelbergensis et d ' Eoanthropus Dawsoni.
PLÉISTOCÈNE MOYEN. Le Pléistocène moyen est caracté¬
risé, au point de vue géologique, par un retour des grands phénomènes glaciaires qui ont laissé les
moraines les plus fraîches, ordinairement situées à l’intérieur de la limite des moraines de l’extension glaciaire précédente (phase Wurmienne de Penck), et par la formation de nouvelles nappes d’alluvions, parfois superposées à celles du Pléistocène inférieur, le plus souvent situées en contre-bas de celles-ci et formant des terrasses inférieures par rapport aux terrasses moyennes. C’est l’époque du principal remplissage des cavernes et de la formation des grandes masses de limons ou lœss de
Fig. 32. — Squelette de Mammouth delà notre pays, les Origines de Ces Berescwka (N.-E. de la Sibérie), au Musée y
de Petrograd. (Hauteur : 3 m. 25.) deux sortes de terrains étant
tout à fait analogues. C’est aussi l’époque du creusement ou du remblaiement finals des vallées", de l’avant-dernier modelé de la topographie actuelle.
La faune est très différente de celle du Pléistocène inférieur. Il
n'y a plus d’Hippopotame dans nos pays. L’Eléphant antique est remplacé par le Mammouth (fig. 32). Le Rhinocéros de Merck persiste un peu plus longtemps ; le Rhinocéros à narines cloisonnées lui succède, et l’on sait que cette dernière espèce, comme le Mammouth, était adaptée aux rigueurs d’un climat glaciaire. Le Pléistocène moyen a vu, dans nos pays, le règne des grands Carnas-
LA CHRONOLOGIE
siers : Ours, Hyène, Lion des Cavernes (fi g. 33). Il correspond assez exactement à lepoque archéologique dite du Moustiérien (du nom de la grotte du Moustier, dans la Dordogne) (1), l’époque dite Acheuléenne (de Saint-Acheul, près d’Amiens) se plaçant entre le Chelléen et le Moustiérien.
Dans les dépôts de remplissage des grottes de cette époque, on a trouvé de nombreux ossements humains, parfois même des squelettes à peu près complets, qui nous ont révélé un type d Homme fossile très différent des Hommes actuels, V Homo Nean-
Fig. 33. — La vitrine des Carnassiers quaternaires à la galerie de Paléontologie du
Muséum.
De gauche à droite : squelette d’Hyène des Cavernes ; trois squelettes d’Ours des Cavernes; deux squelettes de Lions des Cavernes. Au premier plan, à droite, Loup des Cavernes.
derthalensis , que nous étudierons longuement sur des matériaux français d’une exceptionnelle valeur.
PLÉISTOCENE Le Pléistocène supérieur est mal ca-
SUPÉRIEUR. ractérisé aux points de vue géologique
et stratigraphique. Les dépôts qui lui correspondent accusent une topographie et une hydrographie très voisines de la topographie et de l’hydrographie actuelles, en même temps qu’un climat plus sec, surtout vers la fin. Dans les grottes, les
(1) On écrit généralement : Mousiérien, Il me paraît plus correct d écrire : Mous tiérien.
dépôts sont principalement constitués par des apports humains, cendres de foyers et débris de cuisine .
Malgré quelques retours offensifs, d’importance de moins en moins grande et considérés par certains auteurs comme des phases glaciaires, cette période marque le recul général des grands glaciers de la période précédente ; aussi la qualifie-t-on souvent de postglaciaire.
La faune est encore essentiellement celle du Pléistocène moyen : les grandes espèces sont les mêmes (Mammouth, Rhinocéros à narines cloisonnées. . .) ; et, à cet égard, Pléistocène moyen et Pléistocène supérieur pourraient être considérés comme formant un seul bloc géologique au regard du Pléistocène inférieur. Mais la stratigraphie des cavernes permet généralement de distinguer plusieurs niveaux successifs renfermant des faunes un peu différentes, sans qu’on puisse toujours affirmer que ces différences ne tiennent pas à l’intervention humaine. Cette intervention a dû, en effet, introduire dans les foyers, à l’exclusion de beaucoup d’autres, des ossements de certains animaux qui n'y seraient peut-être pas arrivés par le simple jeu des phénomènes physiques. Le Renne est d’abord accompagné d’une faune très froide, dite des toundras , parce qu’elle renferme les principaux éléments de la faune des contrées glacées et désolées qui portent aujourd’hui ce nom (Bœuf musqué, Glouton, Renard bleu, Lemmings, Hibou des Neiges, etc.), et dont on trouve les débris associés, dans certains gisements, à des Mousses arctiques. Puis vient une faune moins froide, indiquant un climat et un habitat analogues à ceux des steppes russes et sibériennes (Antilope Saïga, Spermophiles, Gerboise, etc.), (1), tandis que nos plaines basses sont envahies par des espèces de hautes montagnes : le Chamois, le Bouquetin, la Marmotte, et que partout abondent les grands Ruminants, Bison et Bœuf primitif. Mais le Renne (fig. 34) est toujours l’espèce dominante pendant toute la période, depuis longtemps désignée sous le nom d 'Age du Renne.
C’est surtout l’archéologie qui conduit à une séparation très nette des deux grandes époques du Pléistocène moyen et du Pléistocène supérieur. La distinction, faite d’abord par Lartet, d’un âge du Mammouth et d’un âge du Renne, est justifiée par l’archéologie
(1) Voir divers travaux de Nehring (A.), notamment : Ueber Tundren und Steppen der Jtezt- und Vorzeit, Berlin, 1890.
LA CHRONOLOGIE
bien plus que par la paléontologie. Elle se retrouve dans les expressions à peu près correspondantes de Moustiérien et Magdalénien crées par G, de Mortillet. Aujourd’hui les préhistoriens divisent volontiers le Paléolithique en Paléolithique inférieur comprenant le Chelléen et le Moustiérien et Paléolithique supérieur , ou Age du Renne, affirmant ainsi l’indépendance archéologique et anthropologique de deux époques difficiles à distinguer par les seules ressources de la géologie et de la paléontologie (1).
L’ethnographie permet même d’introduire dans l’Age du Renne,
Fig. 34. — Le Renne actuel.
ou Paléolithique supérieur, plusieurs divisions d’une importance réelle, au moins pour l’Europe occidentale, et auxquelles on a donné les noms de : Aurignacien (d’Aurignac, dans la Haute-Garonne, où se trouve une grotte fouillée par Lartet) ; Solutréen (de Solutré, Saône-et Loire) ; Magdalénien (de La Madeleine, Dordogne) (2).
Les Hommes fossiles de ces époques sont assez nombreux et très différents de Y Homo Neanderthalensis. Ils ont déjà tous les carac-
(1) Les expressions géologiques : Pléistocène supérieur, moyen, inférieur ne devraient pas être absolument confondues avec les expressions archéologiques : Chelléen, Moustiérien... Celles-ci ne peuvent avoir qu’une signification locale ou régionale ; les premières devraient être, en principe du moins, universelles. Il sera utile d’employer, suivant les cas, l iane ou l’autre des deux nomenclatures, afin d’éviter des confusions que commettent souvent les préhistoriens.
(2) Breuil (H.), Les subdivisions du Paléolithique supérieur et leur signification Congrès international d’ Anthropologie , Session de Geneve, 1912).
tères des Homo sapiens actuels, dont on ne saurait les distinguer qu’à titre de races ou de variétés ancestrales.
Quelques gisements, dont le type a été fourni par la grotte du Mas d’Azil, correspondent à une époque dite Azihenne et qui présente, nous le verrons plus tard, tous caractères de transition du Pléistocène à l’Holocène.