DE MATERIAUX
PALÉONTQLOGIÇUES.
râbles, A part le Mesopithèque et le Dolichopithèque, dont nous connaissons à peu près tout le squelette, et qui sont relativement peu intéressants au point de vue qui nous occupe en ce moment, parce que très voisins des Singes à queue actuels, nous n'avons que de menus fragments, tout au plus quelques mandibules incomplètes. Cette pénurie n'est pas regrettable seulement en elle-même; elle peut entraîner à de graves erreurs. Nous apprenons pour ainsi dire tous les jours, souvent aux dépens de notre amour-propre de paléontologistes, qu’il faut interpréter les documents incomplets avec beaucoup de prudence; que la fameuse loi de corrélation des caractères, formulée par Cuvier, et dont on a dit si souvent qu’elle lui permettait de reconstituer tout un être fossile au moyen d’un seul os de son squelette, est très souvent en défaut; que la nature prend en quelque sorte plaisir à varier ses combinaisons de la manière la plus imprévue et qu elle produit des associations de caractères bien faites pour dérouter les naturalistes qui auraient encore une foi absolue dans la séduisante légende cuviérienne.
En réalité, pour apprécier exactement la nature d’un animal fossile et lui assigner sa vraie place dans le groupe auquel il appartient, quelques fragments osseux sont la plupart du temps insuffisants ; il faut avoir des squelettes ou, tout au moins, des crânes entiers, surtout quand il s’agit, comme dans le cas actuel, dégroupés très compacts, dont les nombreuses formes, très voisines les unes des autres, peuvent ne différer entre elles que par des nuances morphologiques ne portant pas toujours sur les mêmes parties du squelette, et dont l’importance ne nous paraîtrait peut-être pas si considérable s’il s’agissait d’êtres plus éloignés de nous que les Singes.
Il pourrait donc arriver que, le hasard des découvertes nous ayant mis en présence d’un fragment d’être faisant partie de la lignée humaine, nous ne soyons pas en mesure de reconnaître sa véritable nature d’après ce seul fragment. Réciproquement, un
autre débris du même genre pourrait présenter, par suite d'un phe= nomène de convergence physiologique, des caractères que nous serions exposés à prendre pour des caractères humains, ou à tendance humaine, alors que l’examen de pièces moins incomplètes nous garderait de cette erreur.
Ces observations ne sont pas encourageantes ; elles condamnent les paléontologistes à un sort auquel ils sont depuis longtemps résignés, mais qui ne leur est pas moins pénible.
D’autre part, les progrès de notre science sont liés au hasard des découvertes ou à l’importance des fouilles systématiques. Or cellesci sont très onéreuses. Les pouvoirs publics, du moins dans notre pays, n’ont pas encore témoigné à ce genre de travaux tout l’intérêt qu’ils méritent; leur sollicitude va plutôt, et de plus en plus, à des sciences d’un caractère utilitaire. En outre, les fouilles paléontologiques, en vue de découvrir des restes de Singes fossiles, sont particulièrement aléatoires. Même dans un gisement très riche en ossements de Mammifères, ceux des Primates sont rarissimes, à cause de la vie plus ou moins arboricole que mènent ces animaux, du nombre relativement peu élevé des individus, des circonstances qui permettent à leurs squelettes d’échapper plus facilement à la fossilisation, Filhol a fait, pour le Muséum et pendant trois années consécutives, des fouilles considérables dans l’ossuaire miocène de Sansan, avec l’espoir d’y découvrir des squelettes ou des portions de squelettes de Pliopithèques ou de Dryopithèques. Il n’en a pas rencontré le moindre fragment. Les difficultés matérielles sont donc très considérables, tandis que les ressources mises jusqu’à présent à la disposition de la Paléontologie sont des plus faibles.