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LES ÉOLITHES

Dès que l’existence de l’Homme quaternaire fut scientifiquement démontrée, on voulut découvrir des preuves de l’existence d’un Homme encore plus ancien, d’un Homme tertiaire.

EKPOSÉ DU PROBLEME. Nulle recherche n’est plus légitime, il

faut s’empresser de le dire. Ce que nous a appris la Paléontologie, sur l’évolution et le développement progressif des Mammifères en général, nous autorise à croire et à proclamer que l’Homme on son précurseur immédiat ont pu vivre vers la fin ou même dès le milieu de l’ère tertiaire.

Nous avons vu (p. 31) que, pendant les périodes éocène et oligocène, les Mammifères différaient encore tellement, dans leur ensemble, des types modernes que les paléontologistes éprouvent souvent de grandes difficultés à les incorporer dans les ordres ou dans les familles établies par les zoologistes pour classer les formes actuelles. Il y avait bien déjà des représentants de l'ordre des Primates, mais ces précurseurs ne dépassaient pas le stade évolutif représenté aujourd’hui par les formes inférieures du groupe, Lémuriens ou Singes à queue. L’existence de l’Homme pendant la première moitié des temps tertiaires, du moins avec ses principaux attributs (1), nous apparaît donc comme à peu près impossible.

Pendant la période miocène, la plupart des familles actuelles sont nettement différenciées. Beaucoup de genres miocènes sont

(1) Je fais cette restriction parce que les Hominiens devaient déjà exister en puissance dans quelque forme primitive de Primate. Nous avons vu le rôle attribué à cet égard au Propliop thecus du Fayoum (voir p 82).

éteints, mais il y avait déjà des représentants des genres actuels. Les Singes anthropomorphes étaient nombreux. L’existence d’un Homme ou plutôt d'un pré-Homme est très possible.

Pendant la période pliocène, presque tous les genres actuels existent ; beaucoup d’espèces sont voisines des espèces actuelles et peuvent être considérées comme les ancêtres de ces dernières. L’existence d’un Hominien et même d’un véritable Homo est tout à fait probable (1).

Du côté paléontologique, il n’y a donc pas d’objection de principe : physiquement, l’Homme est très voisin des Singes anthropomorphes qui existaient, bien caractérisés, dès le Miocène inferieur au moins. Pourquoi ne serait-il pas, comme eux, géologiquement très ancien? Sa longue survie peut s’expliquer, suivant la remarque de Quatrefages, par sa supériorité intellectuelle, qui lui aurait permis de résister aux diverses causes de destruction des autres espèces et de s’adapter, mieux que ces dernières, à des conditions nouvelles.

L’archéologie préhistorique vient aussi à l’appui de cette manière de voir. Nous savons aujourd’hui que, dès le début des temps quaternaires, l’Homme occupait sinon le globe entier, du moins une grande partie de la surface du globe, ayant partout une industrie lithique assez grossière, mais remarquablement uniforme, et plus ou moins semblable aux industries dites de Chelles ou de Saint- Acbeul (fig. 64). Il semble même, nous le verrons bientôt, qu’il était déjà représenté par plusieurs types physiques. Cela implique forcément un état de choses antérieur, un état de choses tertiaire. L’origine de l’Humanité doit certainement remonter à un passé plus lointain encore que celui que nous lui connaissons réellement.

Ainsi, non seulement on ne saurait nier a priori l’existence d’un Homme tertiaire, ou, si l’on veut, d’un ancêtre immédiat des Hommes quaternaires, mais encore tout conduit à affirmer cette

(1) Je disais, il y a trente ans ( Revue d’ Anthrop ., 1889, p. 217) : « Les genres de Mammifères actuels sont, pour la plupart, bien anciens. Dès le Miocène supérieur, nous avons de vrais Chats, de vraies Hyènes, de vrais Cerfs, de vrais Rhinocéros, etc., c’est-à-dire des représentants des genres actuels. Même certaines espèces sont bien voisines des espèces actuelles. Ces cas deviennent fréquents pendant le Pliocène et je ne vois pas pourquoi le genre Homo , avec tous ses caractères, n aurait pas été le contemporain des genres d’animaux que je viens d’énumérer, Je suis parfaitement convaincu que les paléontologistes trouveront, quelque jour, les restes osseux de notre ancêtre tertiaire. »

LE PROBLEME DE L'HOMME TERTIAIRE

existence. Un être, déjà en possession des principaux attributs physiques et même psychiques des Hominiens, a dû vivre quelque part pendant le Pliocène, et peut-être pendant le Miocène.

Mais ces considérations théoriques, si fortes qu’elles soient, ne suffisent pas pour résoudre le problème. La vraie question est celleci : Sommes-nous vraiment en possession des preuves matérielles de l’existence d’un Homme tertiaire, restes osseux, produits d’une

Fig. 64. — Instruments paléolithiques de mêmes formes, recueillis sur différents points du globe : France (Saint- Acheul, Tilloux, Toulouse), Angleterre, Espagne, Algérie, Afrique du Sud, Amérique du Nord. 1/3 environ de la grandeur naturelle.

Galerie de Paléontologie du Muséum.

industrie primitive ou traces quelconques ? J’ai le regret de déclarer qu’aucune des découvertes invoquées jusqu’ici à cet égard ne me paraît démonstrative.

En présence d’une telle affirmation, le lecteur pourra se demander pourquoi, dans ce livre sur les Hommes fossiles, je consacre tout un chapitre à un être que nous ne connaissons pas. C’est parce que si la « question de l’Homme tertiaire » n’est pas résolue, elle ne se pose pas moins avec force, et parce que plusieurs des témoignages, auxquels je ne crois pas, pour ma part, ont encore des partisans. Les discussions ne sont pas closes. Il ne faut donc pas repousser en

bloc tous lesarguments, il faut au contraire les présenter, les étaler, pour les soumettre à une critique sérieuse et préparer ainsi un terrain solide aux recherches futures.

HISTORIQUE. La première des découvertes invo¬

quées suivit de très près la victoire de Boucher de Perthes. En 1863, De^noyers, bibliothécaire du Muséum, annonça qu’il avait trouvé, dans les graviers de Saint - Prest (Eure-et-Loir), considérés comme pliocènes, des ossements de grands animaux marqués de stries ou d’incisions qui ne pouvaient être que l’œuvre de l’Homme.

En 1867, au Congrès international d’archéologie et d’anthropologie préhistoriques de Paris, l’abbé Bourgeois exhiba des silex provenant du terrain oligocène de Thenay (Loir-et-Cher). D’après lui, certains de ces silex présentaient des craquelures, de petites cupules, traces d’un éclatement par le feu, d’autres avaient été taillés intentionnellement (Tig. 65, nos 1 à 3), En même temps, son confrère, l’abbé Delaunay, montrait des os incisés à la manière de ceux de Saint-Prest et provenant, cette fois, des faluns miocènes, d’origine marine, de Pouancé (Maine- et Loire). Bientôt après, tous les grands gisements de Mammifères fossiles : oligocènes du Bourbonnais, miocènes de l’Orléanais, du Gers, de Pikermi (Grèce), fournissaient des os qu’on prétendait avoir été cassés, rayés, incisés intentionnellement.

En cette même année 1867, le professeur Issel, de Gênes, annonçait la découverte d’un squelette humain dans le Pliocène de Savone (Ligurie), et les Américains nous apprenaient la trouvaille d’un crâne humain, dans les alluvions aurifères, également regardées comme tertiaires, de Calaveras (Californie),

En 1875, le professeur Capellini, de Bologne, décrivait des ossements d’une Baleine fossile des couches marines pliocènes du Monte-Aperto (province de Sienne) et présentant des incisions d’un caractère spécial, ne pouvant être attribuées qu’à l’Homme.

Vers 1878, le géologue portugais Ribeiro fit connaître des silex taillés provenant d’un terrain miocène d’Otta, aux environs de Lisbonne (fig. 65, 4), tandis que le géologue cantalien Rames envoyait à l’Exposition universelle un carton de silex du même genre recueillis dans les alluvions d’âge miocène supérieur du Puy Courny près d’Aurülac (fig. 65. 5 kl).

LE PROBLEME DE L'HOMME TERTIAIRE

Fig. 65. — Silex tertiaires qu’on a voulu considérer comme des produits d’une

industrie humaine primitive.

1, 3, silex éclatés de Thenay ; 2, silex brûlé et craquelé de Thenay (Loir-et-Cher) ; 4, silex éclaté d’Otta (Portugal) ; 5, 6, 7, silex éclatés du Puy Courny (Cantal). Grandeur naturelle-

LE PROBLÈME DE L'HOMME TERTIAIRE

Il 7

Pendant une dizaine d’années, ces découvertes donnèrent lieu a de nombreuses discussions dans les Revues, les Sociétés ou les Congrès s’occupant d’archéologie préhistorique (1). L’existence, basée sur des « pierres travaillées», d’un Homme tertiaire ou d’un précurseur tertiaire de l’Homme, fut soutenue avec talent par de Quatrefages et Gabriel de Mortillet.

Ce dernier savant, rejetant toutes les autres découvertes, se fit le défenseur ardent, passionné, de celles de Thenay, d’Otta, du Puy Courny. Comme, d’une part, ses idées sur l’évolution l’empêchaient de faire remonter le genre Homo jusqu’au Miocène et à l’Oligocène, et comme, d’autre part, la taille intentionnelle des silex présentés ne lui paraissait pas douteuse, G. de Mortillet imagina l’existence d'un être intermédiaire aux grands Singes et à l’Homme, qu’il nomma d’abord Anthropopithecus , puis Homosimius. Il alla même jusqu'à établir trois espèces correspondant aux trois gisements, Il y aurait eu, à Thenay, 1 Homosimius Bourgeoisie à Otta, VH. Ribeiroi ; à Aurillac, VH. Ramesi (2). Cette manière, vraiment un peu puérile, de résoudre un grave problème scientifique, souleva de vives critiques.

Le résultat final d’interminables discussions fut plutôt contraire à la nouvelle théorie et les partisans de la taille intentionnelle des cailloux tertiaires devinrent de plus en plus clairsemés, Puis, chacun restant sur ses positions, le silence se lit peu à peu et il y eut une période d’accalmie.

Un réveil se produisit vers 1889. Ce fut le vénérable géologue anglais Prestwich (3) qui en donna le signal par ses publications sur les prétendus instruments d’Ightham (Angleterre). Il s’agissait de silex aux traces de travail peu accusées, d’éclats ou de fragments naturels à peine retouchés, beaucoup plus anciens que ceux du type de Saint-Acheul et «remontant à l’époque préglaciaire». Le terrain à silex des plateaux du Kent pouvant être considéré comme

(1) La bibliographie relative à ces premières découvertes est si abondante que je ne saurais la donner ici. Voir Mortillet, Le Préhistorique ; et surtout Reinach (S.), Antiquités nationales, I, Alluvions et cavernes. — On trouvera aussi plus loin de nombreuses références.

(2) Mortillet (G. de), Le Préhistorique. Paris, 1883, p. 105, 3e édit, par Gabriel èt Adrien de Mortillet, Paris, 1900, p. 96.

(3,i Prestwich (J.), On the occurrence of palæolithic flint implements in the neighbourhood of Ightam... ( Quarterly Journal of ihe Geolog. Soc. of London , XLV, 1889).

pliocène, citait encore la question de I H omme tertiaire qui réapparaissait sous son aspect archéologique et, cette fois, sur le sol de la Grande-Bretagne.

LA THÉORIE Les travaux de Prestwich sur Ightham

DES ÉOLITHES firent une grande impression en Angle¬

terre, car la notoriété de ce géologue était considérable. L’exemple fut suivi. On ne tarda pas à trouver un peu partout des pierres façonnées dans le même genre. Les Anglais en découvrirent sur d’autres points des Iles Britanniques, dans leForest bed du Norfolk, par exemple, et jusque dans le Tertiaire supérieur de Tlnde. Les chercheurs du continent signalèrent de nombreux gisements en France, en Belgique, en Allemagne. Il y eut alors, parmi les amateurs de silex taillés, une sorte de mode frénétique consistant à voir des produits de l'industrie humaine dans tous les cailloux cassés et aux arêtes ébréchées. C’est ainsi que la question des « silex tertiaires » revint à Tordre du jour, bientôt affublée d’un nom nouveau :« théorie des éolithes ». Tous les préhistoriens s’en préoccupaient. Elle eut en tous pays de chauds partisans. Bientôt un ardent géologue belge, M. Rutot, se plaçait à la tête du nouveau mouvement par une véritable avalanche de publications (1).

Aux deux périodes de Tindustrie de la pierre connues depuis longtemps, les périodes paléolithique et néolithique, G, de Mortillet avait ajouté une période plus ancienne, qu’il avait nommée éoli thïque et qui devait comprendre «tout ce qui se rapporte au Tertiaire» (2), D’après Rutot, reprenant le terme créé par G. de Mortillet, mais en le détournant un peu de son sens primitif, la période éolithique ne nous montre aucune pierre taillée dans une forme intentionnelle , mais seulement des formes naturelles , utilisées directement. On doit donner le nom à' éolithes à ces outils primitifs et grossiers, à ces pierres simplement utilisées. Les éolithes se reconnaissent à la présence de retouches, c’est-à-dire de petits éclats localisés ou disposés comme s’ils avaient été enlevés d’une façon voulue, systématique, pour adapter le morceau de silex au but

(1) La plupart ont été analysées dans L'A., VIII à XVII, pjssim. — Voir notamment : Rutot (A.), Le Préhistorique dans l’Europe centrale. Coup d’œil sur l’état de nos connaissances relatives aux industries de la pierre... (Congrès d’archéol. et d’histoire de Dinant, en 1903. Namur, 1904).

(2) Le Préhistorique, lre éd., p, 18,

LE PROBLEME DE L'HOMME TERTIAIRE

poursuivi, « L aspect spécial, a dit M, Rutot, que les connaisseurs aPPe^eni à juste titre la retouche, n’est attribuable quà une action

# Fig/ 66. — Quelques eolithes du « Reutélien » belge.

Les pierres éclatées, figurées ici, d’après M, Rutot, sont qualifiées parce’géologue de percuteurs, rabots, ^grattoirs, disques. 1/2 de la grandeur naturelle.

essentiellement humaine ouj intentionnelle et tous les éolithes, qu'ils soient de PAquitanien Oligocène] ou du Moséen [nom donné par M , Rutot à un niveau du Quaternaire belge ] , en passant par le Mio-

cenc, le Pliocène et le Moséen inférieur, présentant la retouche d’utilisation, doivent être admis parmi les restes authentiques des industries primitives (1). »

Les éolithes, ainsi compris, se trouvent en énormes quantités dans les graviers quaternaires, mélangés avec des instruments de formes déterminées et classiques. M. Rutot a été jusqu’à décrire, dans les graviers du Nord de la France et de la Belgique, plusieurs « industries » de ce genre : reutélienne , mafflienne, mesvi nienne , etc, (fig, 66).

Mais ces objets se rencontrent également dans des terrains beaucoup plus anciens; les pierres éclatées de l’Oligocène de Thenay, celles du Miocène d’Otta et du Puy Courny, les silex signalés dans le Pliocène de France, d’Angleterre, d’Egypte, de l’Inde sont des éolithes. Et ici la question devient beaucoup plus grave, les partisans de la théorie nouvelle croyant que quelques cailloux éclatés ou ébréchés suffisent pour démontrer l’existence, à des périodes géologiques aussi éloignées, soit de l’Homme, soit de son précurseur immédiat. Après avoir fait de nombreux adeptes en Belgique, en Allemagne, en Angleterre et même en France ; après une carrière des plus bruyante, qui l’avait partout rendue fameuse, la théorie des éolithes s'est effondrée sous les coups multipliés que lui ont portés quelques géologues et préhistoriens. De toutes parts, des observations précises, émanant de naturalistes sérieux, ont montré que le jeu des phénomènes physiques naturels peut produire des éolithes et qu’il est impossible de distinguer les prétendus éolithes humains des éolithes auxquels une intervention intelligente ou consciente est complètement étrangère. Les conversions furent presque aussi nombreuses, quoique moins éclatantes, que les adhésions du début. Pourtant la question a été reprise, en Angleterre, dans ces dernières années.

En octobre 1910, M. Moir, d’Ipswich, annonça qu’il avait extrait, de la couche de base d’un dépôt marin pliocène, dit Crag rouge , du Suffolk, des silex prouvant l’existence de l'Homme antérieurement à ce dépôt pliocène (2). Cette trouvaille fit une grande impression sur l’esprit d’un éminent biologiste, Sir Ray Lankester, qui la prit sous

(1) Bull, de la Soc. d' Anihrop. de Bruxelles , t. XX, 1902, p. 66.

(2) Moir (J. Reid), The flint implements of Sub-Crag Man ( Prehistoric Soc. of East Anglia, I, 1911).

LE PROBLÈME DE L'HOMME TERTIAIRE

son patronage (i). MM, Moir et Ray Lankester seirdéfendent de

Fjg, 67, — Silex * rostro-caréue » trouvé à la base du Crag d’ipswich,

2/3 de la grandeur naturelle, (D’après Sir Ray Lankester.)

K, la carène. Les parties grisées indiquent la surface primitive du rognon de silex .

présenter encore des éolithes, c’est-à- dire de simples cailloux utilisés et ne portant que les traces de ce travail d’utilisation. Il s’agirait,

Fig. 68. — Le plus beau silex caréné ( test specimen ) du/ Crag de Norwich, vue de profil. Grandeur naturelle. (D’après Sir Ray Lankester.)

cette fois, d’instruments d’une forme très définie, d’un type tout

(1) Lankester (Sir Ray), Oh the discovery of a novel type of flint implements... ( Philosophical Transactions , série B, vol. 202, 1912).

aussi caractérise que les types de Saint- Acheul, par exemple, mais infiniment plus anciens : le type « rostro-carinate », ou rostro-ca réné, ou bec d'aigle. Les silex chelléens, acheuléens, moustiériens sont essentiellement aplatis en forme de feuilles ; le type rostro-caréné du Crag est essentiellement comprimé dans le sens latéral (fig. 67 et 68). Il est vrai qu’on rencontrerait aussi avec lui des racloirs, des perçoirs, des lames, des marteaux et des pics.

Ces vues ont été combattues en Angleterre par M. Sollas. J’ai moi-même discuté longuement les travaux de Sir Ray Lankester et de M. Moir en donnant les nombreuses raisons qui me font rejeter leurs interprétations (1). Je considère que les silex du Crag du Suffolk ne sont qu’une variété d’éolithes et je crois devoir les attribuer à Taçtion des forces naturelles, dont je parlerai tout à l’heure, plutôt qu’à l’intervention d’un être intelligent.

DISCUSSION DES FAITS. ' Après ce long historique, doit venir OSSEMENTS HUMAINS. la discussion des faits invoqués. Nous

venons de voir que les témoignages présentés en faveur de l’existence d’un Homme tertiaire sont de deux sortes : I. les ossements humains; IL les produits ouïes traces d’un travail intentionnel.

I. — - Les faits de la première catégorie, les plus probants, à cause de leur nature même, devraient suffire à eux seuls pour trancher la question. Malheureusement, aucune découverte d’ossements humains, faite jusqu’à ce jour dans des terrains tertiaires, n’a résisté à la critique. Les seules qui méritent d’être examinées ici sont celles de Savone, de Castenedolo en Italie et de Calaveras,

SAVONS. Le squelette de Savone (Ligurie),

trouvé en 1852, lors de la construction d’une église, dans une marne d’origine marine et riche en Huîtres ossiles d’âge pliocène, ne fut présenté, par Issel, que quinze ans après, au Congrèsde Paris de 1867. Ses débris sont assez mal conservés, au point qu'Issel lui-même les désigne sous la vague dénomination d’ « Anthropoïde » (2). L’éminent professeur de l’université

(1) Boule (M.), La Paléontologie humaine en Angleterre (L'A., XXVI, 1915).

(2) Tssei. (A.), Ligura preistorica. Gênes. 1908, p. 140

LE PROBLÈME DE L'HOMME TERTIAIRE

de Gènes est convaincu de l’âge pliocène du squelette de Savone ; il reconnaît toutefois que les circonstances de la découverte ne sont pas de nature à inspirer confiance. Malheureusement, dit-il, aucun naturaliste n’était présent « pour constater par des observations précises et rigoureuses que le terrain n’était pas remanié et que les ossements avaient été enfouis en même temps que les Huîtres >> (1).

CASTENEDOLO. Les ossements de Castenedolo, près

de Brescia (Italie), se rapportent à plusieurs squelettes d’homme, de femme et d’enfants retirés, à diverses reprises, d'une couche argileuse ou marno-sableuse, d’origine marine et d’âge pliocène. La première trouvaille date de 1860, la seconde de 1880; elles furent publiées par le professeur Ragaz» zoni (2) et aussitôt vivement discutées. Leur principal défenseur fut et est resté l’anthropologiste Sergi qui, pour expliquer la présence de cadavres humains dans un terrain d’origine marine, est réduit à imaginer le naufrage d’une famille (3). En 1889, la découverte d’un nouveau squelette humain fit l’objet d’un rapport officiel du professeur Issel concluant à la non-contemporanéité des ossements humains et des terrains pliocènes (4). En 1896, un élève de Ragazzoni, le professeur Cacciamali, a repris la question. Apres une enquête laborieuse et approfondie, il déclare que le doute doit persister. A Castenedolo, comme à Savone, nous sommes très probablement en présence de sépultures plus ou moins récentes (5). CRANE DE CALAVERAS. Le crâne de Calaveras est trop fameux

pour que je n’en dise quelques mots (6).

Il aurait été trouvé, en 1866, à 130 pieds de profondeur, dans un puits de mine creusé au travers d’une superposition de laves et de graviers aurifères, d’âge pliocène, de la colline Bald, près d’Altaville, comté de Calaveras (Californie). Cette origine est plus que

(1 ) Congrès internat, d’ archéol. et d’anthrop., lre session, Paris, 1867, p. 76,

(2) Ragazzoni, La collina di Castenedolo... Ateneo, Brescia. 1880.

(3) Sergi (G.), L’Uomo terziario in Lombardia (Archivio per l’An trop, e la Etnol. ,

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