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ET EXPÉRIMENTAL

rivages de Riigen, par Sollas à l’île de Wight, par P. Sarasin à Nice, etc.

Actions dues à des changements brusques de température et observées par de nombreux voyageurs en Orient, par Stanislas Meunier (expériences sur les effets de lageléej, par Penck (sur les effets des glaciers), etc.

Manifestations variées de la pesanteur par chocs directs, tassements, glissements, éboulements, plissements locaux, etc. De

Fig 73. — Éolithes naturels provenant de la base du terrain éocène de Clermont (Oise'. 2/3 de la grandeur naturelle. (D’après H. Breuil.)

nombreux observateurs, Arcelin, Commont, Breuil en France, Worthington Smith, Warren, Haward en Angleterre, ont appelé l’attention des préhistoriens sur ces divers phénomènes dont ils ont observé les relations étroites avec certains gisements d éolithes (1 ).

Ils ont montré que des pressions ou des compressions dues aux poids des terrains produisent, au sein même des couches géologiques, des résultats analogues à ceux obtenus par des chocs, c’est-à-dire,

(1) Voir surtout Warren (S. H.), On the origin of colithic flints by natural causes (Journal o[ the Anthropologicai Institute , XXXV, 1905). A natural eolith factory beneath the Thanet Sand (Quart. Journ. Geolog. Soc., LXXXVI, 1921). — Breuil (H.), Sur la présence d’éolithes à la base de l’Éocène parisien (L'A., XXI, 1910). — Haward (F. N.) The chipping of flints by natural agencies (Proceedings of the Prehistoric Society of East Anglia , I, 1912). The origin of the « Rostro-Carinate Implements »... (Ibid., III, 1918-1919).

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d’une part, des bulbes de percussion et, d’autre part, les enlèvements de petits éclats, ou retouches, plus ou moins nombreux et qui sont souvent distribués avec une régularité simulant une action intentionnelle (fig. 73). On a trouvé fréquemment des blocs de silex brisés en plusieurs morceaux ayant tous les caractères des éolithes et qui étaient restés en place, les uns à côté des autres ou même qui avaient encore gardé leurs connexions (fig. 74). Les

Fig. 74. - Silex éclaté en trois fragments demeurés en contact les uns avec les autres. Couches éocènes à éolithes de Clermont (Oise). 2/3 de la grandeur naturelle.

(D’après H. Breuil.)

observations de Breuil sur l’Eocène inférieur des environs de Clermont (Oise) sont particulièrement intéressantes à cet égard. Dans une foule de cas, les blocs de silex se rencontrent fissurés, clivés et débités en morceaux susceptibles d’être transformés en éolithes par des remaniements ultérieurs, au cours desquels ils subiront des chocs dus aux actions dynamiques des cours d’eau ou des vagues de la mer.

UNE FABRIQUE Sur ce dernier point, certains faits

ACTUELLE D ÉOLITHES expérimentaux sont tout à fait probants.

Il y a, près de Mantes, une usine qui fabrique du ciment en mélangeant de la craie avec de l’argile plastique, Ces substances sont délayées dans des bassins circulaires, dont l’eau est mise en mouvement au moyen d’une roue horizontale placée au-dessus de la nappe liquide, mais aux rayons de laquelle sont suspendues des herses en fonte qui plongent dans l’eau et dans la masse crayeuse, jusqu’à 0m.20 au-dessus du fond, La

roue a une vitesse de rotation à la circonférence d’environ 4 mètres

Fig. 75. — La carrière de craie.

A droite, tas de rognons de silex rejetés par l’exploitation.

Fit?. 76. — Les <*

délayeurs où s’entrechc quent les silex.

Fig. 77. — Les tas d’éolithes retirés des délayeurs.

Fig. 75 à 77. — Usine de Guerville, près de Mantes (Seine-et-Oise), laquelle est en même temps une fabrique de ciment et une fabrique d’éolithes. Photographies de

E. Cartailhac.

à la seconde ; c’est la vitesse du Rhône en temps de crue. La

'■mis

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vitesse du liquide est moindre à cause des frottements. L’eau est

Fig. 78. — Éolithes de la fabrique de ciment de Mantes.

Pièces semblables à celles que M. Rutot désigne sous les noms de percuteurs , rabots , grattoirs , retouchoirs, silex à encoches. En bas et dans le coin à gauche, silex avec plan de frappe et bulbe de percussion. Grandeur naturelle.

ainsi animée d’un mouvement tourbillonnaire, qui entraîne non

seulement les particules crayeuses ou argileuses, mais encore quelques rognons de silex échappés à l’attention des carriers et qui ont été versés avec la craie dans les délayeurs (fig. 75 à 77).

Ces cailloux de silex sont donc soumis, pendant une période de vingt-neuf heures, à des milliers de chocs mutuels, dont on entend le cliquetis, analogue au bruit d’un torrent qui roule des pierres. Lorsque l’appareil est arrêté, les silex, recouverts d’un enduit crayeux, demeurent au fond du bassin. On les retire pour les laver et les mettre en tas, car ils servent à fabriquer du béton.

Or, ces cailloux, qui ont subi dans les délayeurs les actions mécaniques d’un tourbillon artificiel comparables aux actions dynamiques d’un cours d’eau naturel et torrentiel, offrent tous les caractères des anciens graviers de rivières. La plupart sont devenus des galets roulés identiques à ceux des ballastières ; mais, comme dans toutes les alluvions anciennes à silex, qu’elles soient oligocènes, miocènes, pliocènes ou pléistocènes, il y a ici un grand nombre d’échantillons qui présentent des « retouches ». Il ne s’agit pas seulement d’éclats distribués un peu partout, comme au hasard, mais d’éclats localisés sur une seule face du silex, groupés sur tels ou tels points, comme dans un but intentionnel, c’est-à-dire de véritables retouches, au sens donné à ce mot par les partisans de la théorie des éolithes. J’ai pu faire, en quelques minutes de recherches, une belle collection comprenant les formes les mieux caractérisées d’éolithes, celles qui sont données comme typiques, des pièces tout à fait semblables à celles que M. Rutot désigne sous les noms de percuteurs , rabots , grattoirs , retouchoirs ,' silex à encoches (fig. 78). On dirait de certains échantillons, d’une perfection véritablement extraordinaire, qu’ils ont été l’objet d’un travail fini, de « retouches méthodiques et plusieurs fois répétées » (1).

Ces faits prouvent que des pierres identiques aux pierres dites taillées ou utilisées, qu’on rencontre dans les alluvions anciennes, peuvent être façonnées naturellement, par le simple jeu des forces physiques et en dehors de toute intention humaine.

La répétition, d’ailleurs peu fréquente, de certaines formes éolithiques, dans lesquelles on veut voir des types d’instruments, s’explique tout naturellement, car les mêmes causes, agissant dans

(1) Boule (M.), L’origine des éolithes (L'A., XVI, 1902). — Obermaier (H.), Zur Eolithenfrage (Archiv Jiir Anthropologie, 1905).

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les mêmes conditions et sur des matériaux originels de même configuration, comme le sont souvent les rognons de silex intacts, doivent produire les mêmes effets, aboutir aux mêmes résultats. CONCLUSIONS. Voilà, je crois, ce qu’il faut penser

de la « question des éolithes ». En somme, nous n’avons aucun moyen infaillible de distinguer des accidents naturels des produits d’une taille intentionnelle rudimentaire. Quand il s’agit de cailloux recueillis dans les terrains quaternaires, cette distinction est de faible importance au point de vue philosophique. Tous les préhistoriens instruits savent depuis longtemps qu’on trouve, dans les mêmes couches, avec de beaux instruments paléolithiques, et en bien plus grand nombre, des silex plus simples, de vulgaires éclats, portant ou paraissant porter des traces de travail ou, si l’on veut, d’utilisation. Mais ils savent aussi l’impossibilité qu’on éprouve souvent à distinguer les effets d’un travail intentionnel rudimentaire des effets d’agents naturels.

La question est autrement grave quand il s’agit de cailloux provenant de terrains tertiaires, où l’on n’a jamais rencontré le moindre fossile humain. Il faut alors redoubler de prudence et bien s’assurer, au préalable, que des pierres ayant tous les caractères des éolithes ne peuvent pas être façonnées par des agents naturels. Or, tous les faits que je viens d’exposer montrent que les éolithes recueillis dans les terrains tertiaires ne nous apportent pas le témoignage indiscutable de l’existence de l’Homme aux époques où ces terrains ont été formés (1).

Cette existence, je ne saurais trop le répéter, est possible pour nos pays ; elle est probable pour tels ou tels autres points indéterminés du globe, mais nous n’avons pas encore, scientifiquement, le droit de l’affirmer; jusqu’à présent nous n’en possédons aucune preuve matérielle décisive. L’opinion contraire, dans l’état actuel de nos connaissances, ne peut être qu’une opinion de sentiment. « Je suis bien fier de l’antiquité de ma famille, a dit autrefois

(1) Il est arrivé parfois aux défenseurs de l’existence de l’Homme tertiaire basée sur les éolithes de faire violence à leur modestie et de se comparer à Boucher de Perthes. Mais qui ne voit que la situation est toute différente? Boucher de Perthes avait à lutter surtout contre des idées a priori, contre un véritable parti pris de nier l’antiquité de l’Homme. Aujourd’hui, aucun naturaliste compétent ne doute de l’existence de l’Homme tertiaire ; on ne discute plus que la valeur des preuves matérielles présentées à l’appui de cette existence.

Sir John Evans ; mais j’en veux d’autres indices qu’un bulbe de percussion. »

Depuis la première édition de cet ouvrage, M. Reid Moir a poursuivi ses recherches avec une louable persévérance (1). Il a récolté, un peu partout, dans les terrains pliocènes de sa région, de nombreux silex qu’il considère comme taillés par la main de l’Homme. Il a retiré notamment des couches du Crag rouge, à Foxhall, de nouvelles pièces qui paraissent avoir fixé l’opinion, jusqu’ici flottante ou oscillante, de plusieurs naturalistes ou préhistoriens.

La plus grave de ces adhésions est celle de mon savant collaborateur M, Breuil, à qui M. Moir a montré, à la partie supérieure du Crag rouge, un niveau où « les silex sont épars, peu nombreux, à angles vifs, peu volumineux, comme dans un vrai niveau industriel », où « les éclats de taille sont bien définis, accompagnés de déchets de taille et de retouches » ; où il a noté « le débitage par tranches parallèles et successives » et où « les silex brûlés ne manquent pas » (2).

Tout en proclamant le grand intérêt de ces observations et tout en reconnaissant qu’elles apportent de nouveaux arguments en faveur de l’hypothèse humaine, je ne saurais dire, avec certains de mes confrères, à l’esprit plus enthousiaste que critique, qu’elles tranchent définitivement la question. D’une part, en effet, les caractères intrinsèques des nouvelles trouvailles, si convaincants qu’ils paraissent, ne me semblent pas de nature à échapper à toute autre explication que celle de la taille intentionnelle ; d’autre part, je suis encore sous l’influence de l’impression peu favorable à l’hypothèse humaine que j’ai rapportée en 1911 de l’étude géologique des gisements faite sur place. Bien des objections, exposées dans les pages qui précèdent, restent valables et me commandent de garder, jusqu’à nouvel ordre, la réserve qui s’impose, en pareille matière, aux hommes rendus prudents par un long passé scientifique. «Il faut savoir douter où il faut », comme disait Pascal.

(1) Parmi les nombreux écrits de M. Moir (J. Reid), voir surtout : Pre-palæolithic Man. Ipswich, 1919. — Further discoveries of humanly fashioned flints in and beneath the Red Crag of Suffolk ( Proceed . of the Prehist. Soc. of East Anglia

(2) Breuil (M. l’abbé), Les industries pliocènes de la région d’Ipswich (Revue anthropologique , juillet-août 1922, p. 228).

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