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LES HOMMES CHELLÉENS OU DU PLÉISTOCÈNE INFÉRIEUR

Nous connaissons déjà (voirp. 51) les principaux caractères géologiques, paléontologiques, archéologiques du plus ancien Pléistocène, correspondant à peu près à l’époque chelléenne des préhistoriens. Nous savons que ces caractères dénotent un climat chaud, une riche végétation, une belle faune de Mammifères, en somme un milieu des plus favorable à un habitat humain. Celui-ci nous est révélé par une industrie bien primitive, certes, mais dont les produits lithiques, parfois très soignés, se retrouvent en abondance en divers pays, presque dans le monde entier (voir p, 112), ce qui

ne veut pas dire, comme nous le verrons plus tard, qu’ils soient

partout du même âge.

INDUSTRIE On a cru longtemps, sous l’influence

DU PLEISTOCENE de G. de Mortillet, à la très grande sim-

INFÉRIEUR. plicité et à l’uniformité de l’outillage

chelléen. « L’industrie de cette époque, disait-on, est des plus simple, des plus rudimentaire ; elle se compose d’un seul instrument en pierre. C’est un silex, ou fragment d’autre roche, taillé sur les deux faces, et rendu par le martelage plus ou moins amygdaloïde au moyen d’éclats généralement assez forts. Cet instrument varie beaucoup de forme, de grandeur, de fini dans le travail, de matière ; pourtant, une fois qu’on a fait connaissance avec lui, on le reconnaît toujours facilement » (1).

Ces variations sont en effet très considérables, comme le montrent les dessins ci-joints (fig. 79) et, plus encore, les objets de la collection d’Acy au Musée de Saint-Germain. En outre, nous savons aujourd’hui qu’avec les silex amygdaloïdes, que G. de Mortillet a

(1) Mortillet (G. de), Le Préhistorique, lre édit., p. 133.

nommés coups de poing pour indiquer le principal usage qu’il leur attribue, et qui seraient d’après lui des outils à tout faire, l’industrie du très vieux Paléolithique comprend d’autres formes d’instruments, d’un travail différent, aux retouches plus localisées sur une seule face. On reconnaît ces derniers, en nombre plus ou moins grand, dans tous les gisements, surtout dans les gisements qui représentent d’anciennes stations humaines plutôt que dans les dépôts alluviaux de caractère plus ou moins torrentiel, et où seuls les objets les plus volumineux ont pu résister aux remaniements. D’Acy et Commont en ont figuré de nombreux exemples. Ces pièces présentent alors les plus grandes ressemblances avec les types considérés par les archéologues comme caractéristiques de la période suivante, du Moustiérien (fig. 79, nos 5, 6, 7). Aussi, les formes moustiériennes, bien caractéristiques en France de la faune du Mammouth, ont-elles été trouvées parfois, comme à Grimaldi, avec la faune chaude du Pléistocène inférieur, c’est-à-dire du Cheiléen des archéologues (1).

Ces derniers divisent, en France, le Pléistocène inférieur en deux époques. La plus ancienne, la Chelléenne , serait caractérisée par des pierres amygdaloïdes trapues, grossières, taillées à très grands éclats et dont les bords tranchants seraient, par suite, disposés en zigzag (fig. 79, n° 1). L’ époque suivante, dite Acheuléenne , fait transition du Cheiléen au Moustiérien ; les amygdaloïdes seraient moins épais, parfois aplatis (limandes des carriers de la Somme), de formes plus régulières, plus symétriques, d’un travail plus soigné et plus fin, donnant aux bords tranchants une apparence plus rectiligne (fig. 7?, nos 3, 4). Quelques auteurs distinguent même un Préchelléen , antérieur au Cheiléen et caractérisé par une industrie tout à fait grossière, sans véritables amygdaloïdes.

(1) Boule (M.), Les Grottes de Grimaldi. Géologie et Paléontologie, I, 1906. — Le fait a beaucoup surpris les préhistoriens croyant à la stabilité et à l’infaillibilité chronologique des divers types d’instruments paléolithiques. Il n’offre pourtant, après réflexion, rien d’extraordinaire. L’industrie dite moustiérienne est une des plus primitives qu’on puisse imaginer ; elle est plus simple certainement que celle des beaux amygdaloïdes de Chelles ou de Saint- Acheul, puisqu’elle ne secompose que d’éclats retouchés sur les bords. Il n’est donc pas étonnant qu’elle nous apparaisse dès les débuts de la période paléolithique et surtout, ce qui est infiniment probable, qu’il y ait eu, dès le Pléistocène inférieur, des faciès archéologiques différents suivant les régions habitées par des Hommes qui pouvaient être eux-mêmes différents les uns des autres L’homogénéité des populations humaines à l’éqoque chelléenne basée sur la grande diffusion des pierres taillées en amande, est une hypothèse souvent émise, mais n’ayant pour elle que sa simplicité et sa commodité.

LES HOMMES C HELLÊEN S

Fig. 79. — Industrie du Pléistocène inférieur (Chelléen et Acheuléen de Saint- Acheul [Somme]). 1/3 de la grandeur naturelle. (D’après Commont.)

2, instrument grossier, à grands éclats, de facture chelléenne, vu 'de face et de profil. 2, « coup de poing primitif », dont la base, ou talon, destinée à la préhension, est formée par une portion du nodule de silex primitif. J, amygdaloïde de type chelléen, vu de face et de profil ; les bords tranchants forment encore une ligne en zigzag. 4 , amygdaloïde plus plat de type acheuléen, vu de face et de profil; les bords tranchants sont moins sinueux. 5, silex taillé sur une seule face et à extrémité supérieure retouchée en pointe. 6, autre silex taillé sur une seule face 7, silex taillé en racloir.

Il est infiniment probable que les Hommes de Chelles et de Saint- Acheul utilisaient et travaillaient le bois. Ils ne paraissent pas avoir connu l’utilisation de l'os.

Quoi qu’il en soit, par suite de l’abondance de l’industrie lithique de ces premiers âges, dont la durée a dû être immense , on devrait s’attendre à de nombreuses découvertes d’ossements humains contemporains.

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