LES FOSSILES DE WEIMAR
LES DENTS Aux environs de Weimar, le village de
DE TAUBACH. Taubach est assis sur une terrasse de
l’Ilm, dont les graviers fluviatiles sont surmontés de tufs calcaires, sableux ou compacts. On recueille depuis longtemps dans ces tufs, avec des ossements de grands animaux de la faune chaude du Pléistocène ancien, des silex taillés, des os cassés, brûlés, peut-être utilisés. Le gisement, avec traces de foyers, paraît correspondre à la station et au lieu de campement d’une peuplade contemporaine de l’Eléphant antique.
Dès 1871, le propriétaire du gisement présenta aux anthropologistes un crâne humain qu’il disait avoir trouvé dans la couche fossilifère, mais il fut reconnu par Virchow comme néolithique. En 1892, un naturaliste, le Dr Weiss, retira lui-même, du dépôt à faune chaude, une dent qui fut envoyée à Nehring, de Berlin, avec une autre dent dont la provenance, moins certaine, paraît cependant être la même. La première est une molaire inférieure de lait ; la seconde, une molaire inférieure, définitive, la première du côté gauche.
Après des études comparatives, Nehring (1) les considéra comme des dents humaines, tout en faisant observer qu’elles s’éloignent de ces dernières par de plus grandes dimensions et par
quelques autres traits pithécoïdes.
La molaire vraie, notamment, est remarquable par son allongement, la disposition des denticules de sa couronne, son émail très ridé, tous caractères qui la font ressembler à une dent de Chimpanzé (fig. 80).
A propos de cette dent, Duckworth (2) a dit depuis : « Il est difficile de décider si c’est une dent humaine ou une dent d’un précurseur pithécoïde. »
Les zoologistes américains Miller et Gregory (3) n’hésitent pas à l’attribuer à l’espèce de Chimpanzé fossile à laquelle ils rapportent également la mâchoire de Piltdown dont nous parlerons tout à l’heure. Mais il est possible qu elle ait appartenu à un homme voisin du type de Néanderthal.
FOSSILES Ehringsdorf est une autre localité
D’EHRINGSDORF. voisine de Weimar, et où les mêmes ter¬
rains quaternaires qu’à Taubach sont surmontés ici d’un dépôt de lœss et d’un tuf ou travertin supérieur.
Une mandibule humaine a d’abord été trouvée, le 8 mai 1914, dans le tuf inférieur, à 11 ni . 90 au-dessous du sol. Scbwalbe, l’anatomiste allemand qui l’a décrite, la désigne sous le nom de «mâchoire de Weimar » (4).
Deux ans après, en 1916, quelques os d’un squelette d’enfant, âgé de dix ans environ, notamment une mandibule et des dents isolées, furent recueillis au même niveau. L’étude de ces nouveaux documents a été faite par Hans Virchow (5). D’après cet anthropo-
Fig. 80. — 1 , dent de Taubac (première arrière-molaire inférieure gauche) , vue par la couronne et de profil (côté lingual) ; 2, première arrièremolaire inférieure gauche d’un Chimpanzé. Grandeur naturelle. (D’après Nehring.)
(1) Nehring (A.), Ueber fossile Menschenzàhne aus dem Diluvium von Taubach. (Na turwissenschaftliche Wochenschrift, 4 août 1895).
(2) Prehistoric Man, p. 23. v
(3) Studies on the évolution of the Primates, loc . cit., p. 313.
(4) Ueber einen bei Ehringsdorf in der Nàhe von Weimar gefundenen Unterkiefer des Homo primigemus (Anatomischer Anzeiger, XLVII, 1914).
(5) Virchow (Hans), Die menschlichen Skeletreste aus dem Kâmpfe’schen Bruch im Travertin von Ehringsdorf bei Weimar. Iéna, 1920.
LES HOMMES CHELLÉENS
logiste, le travertin inférieur renferme ici, avec des silex taillés, pointes et racloirs d’un type moustiérien, des ossements du Rhinocéros de Merck, de l’Ours brun, d’un Cheval, du Cerf élaphe, de
l’Elan, des coquilles de Mollusques et des empreintes de plantes, le tout dénotant un climat analogue à celui de la Thuringe actuelle.
Fort mutilée, privée de sa branche montante gauche, la première mâchoire, ayant appartenu à un individu adulte, n’a conservé qu’une faible partie de la branche droite. Presque toutes les dents sont en place (fig. 81)
Ellen’a pas de menton, et cette absence est d’autant plus frappante qu’elle s’accompagned’un prognathisme alvéolaire très prononcé. Il s’ensuit que la région symphysienne interne est très inclinée d’avant en arrière et bien visible quand on regarde de haut la mâchoire posée sur un plan horizontal. La région génienne offre certaines particularités que nous retrouveronschezl’J/bmo Neanderthalensis . Les empreintes digastriques sont très vastes. Il n’y a
pas de sillon mylo-hyoïdien. Les trous mentonniers sont grands et situés directement au-dessous des premières arrière-molaires (à peu près comme chez Homo Neanderthalensis). Schwaibe insiste sur l’étroitesse de l’arc mandibulaire, mais il suppose que la pièce a subi une déformation post mortem , ce que confirme H. Virchow ; d’après ce savant, une correction apportée dans
Fig. 81. — La mandibule d’adulte de Weimar, vue de profil et en dessus, 2/3 de la grandeur naturelle. (D’après H. Virchow.)
l’arrangement des dents diminue également le prognathisme alvéolaire.
Les dents sont très usées. Comme les prémolaires le sont moins que les canines, Schwalbe a pu supposer que les couronnes de celles-ci dépassaient le niveau des couronnes des prémolaires. Il n’y a pas de diastème entre la canine et la première prémolaire.
Fig. 82. — La mandibule d’enfant de Weimar, vue de profil et en dessus 2/3 de la grandeur naturelle. (D’après H. Virchow.)
La deuxième arrière-molaire avait cinq tubercules ou denticules. Un fait assez inattendu est la petitesse de la dernière arrièremolaire. Il semble prouver que la tendance à la disparition de cette dent est beaucoup plus ancienne qu’on le suppose.
La mâchoire d’enfant, décrite par H. Virchow (fig. 82), est du même type, mais avec atténuation de quelques caractères. L’arc alvéolaire est relativement plus large, le prognathisme dentaire moins accentué. Elle est remarquable par la même absence de
LES HOMMES C HELLÉEN S
menton, la même épaisseur du bord inférieur, la même disposition horizontale des empreintes digastriques (voir plus loin, p. 155). Ici l’une des branches montantes, bien conservée, ressemble aux branches montantes des mandibules de Y Homo N eanderthalensis . Les dents sont intactes. La canine n’est pas plus élevée que les dents voisines. Les molaires sont, par tous leurs détails morphologiques, essentiellement humaines. La dernière arrière-molaire n’est pas réduite.
Pour H. Virchow, comme pour Schwalbe, les mâchoires d’Ehringsdorf rentrent dans le type humain de Néanderthal que nous étudierons bientôt . Elles diffèrent considérablement de la mâchoire de Mauer. Tout porte à croire, d’ailleurs, qu’elles sont bien plus récentes et qu’elles datent de la fin de l’époque acheuléenne, tandis que le fossile de Mauer doit remonter au début de l'époque chelléenne.
LA MACHOIRE DE MAUER (HOMO HEIDELBERGENSIS )
A la fin de 1908, Otto Schoetensack, de l’Université d’Heidelberg, publia un mémoire intitulé : La mâchoire inférieure de V Homo Heidelbergensis retirée des sables de Mauer près d’Heidelberg (1). LE GISEMENT. Le village de Mauer est situé à 10 kilo¬
mètres au S.-E. d’Heidelberg, sur l’Elzenz, affluent duNeckar (fig. 83). Le sous-sol de cette région est formé par les terrains du Trias, recouverts de place en place par un manteau de formations pléistocènes et notamment de sables fluviatiles représentant l’ancien lit du Neckar. Dans une des carrières exploitant ces sables, la « Sandgrube Grafenrain », le 21 octobre 1907, on trouva une mâchoire inférieure, à 24 mètres au-dessous de la surface du sol.
Voici la photographie et la coupe géologique du front d’attaque de la carrière relevée par Schoetensack (fig. 84). La partie inférieure de cette coupe est formée par les sables dits de Mauer , dont la base présente des graviers avec des lits de cailloux roulés et dont le sommet, séparé de la base par un banc d’argile, est composé de
(1) Schoetensack (O.), Der Unterkiefer des Homo Heidelbergensis aus den S$.nden von Mauer bei Heidelberg. Leipzig, 1908.
sables fins. La partie supérieure de la coupe est formée par des limons, ou lœss, présentant : un niveau inférieur ou ancien, brun,
sableux, et un niveau supérieur, plus récent, avec petites concrétions calcaires ou poupées.
Les sables de Mauer, très fossilifères, renferment des coquilles de Mollusques terrestres et fluviatiles indiquant, dans leur ensemble, un climat plus continental que le climat actuel.
Sur trente-cinq espèces, huit ont émigré vers l’Est.
La faune de Mammifères comprend :
l’Éléphant antique, le Rhinocéros étrusque, un Cheval, qui serait
Fig. 84. — Photographie et coupe géologique de la carrière Grafenrain, à Mauer. + , point où fut trouvée la mâchoire humaine, à 24 mètres au dessous de la surface.
du sol. (D’après Schoetensack.)
une forme de passage entre le Cheval pliocène (Eqaus Stenonis) et VEqaus caballus actuel ; un Sanglier, le Cerf élaphe, le Chevreuil,
Fig. 83. — Position géographique de Mauer, près d'Heidelberg.
LES HOMMES CHELLÉENS
un Elan, un Bison, deux Ours ressemblant à YUrsus etruscus pliocène, un Chien, deux Félins, le Lion et le Chat sauvage, le Castor. Cette faune a les plus grandes affinités avec celle du Pléistocène français tout à fait inférieur, telle que nous la connaissons, des graviers les plus anciens des vallées de la Somme (Abbeville) et de la Seine (Chelles), des dépôts et foyers les plus profonds de la grotte du Prince à Grimaldi, de quelques formations archaïques des grottes pyrénéennes. Elle en reproduit les mêmes nuances zoologiques (Cheval voisin de YFquus Stenonis , petit Ours voisin de Y U rsus etruscus, etc.).
On a voulu faire remonter à l’époque pliocène le dépôt dessables de Mauer. C’est exagéré. La faune de ces sables n’est guère différente de celle de divers gisements européens, Süssenborn et Mosbach en Allemagne, Forest bed du Norfolk en Angleterre, Solilhac et Saint-Prest en France, qu’on place à la limite du Pliocène et du Pléistocène, maislesplusétroites ressemblances sont avec nos faunes dites chelléennes, d’autant qu’il n’est pas démontré que les débris de ses éléments les plus archaïques n’aient pas été empruntés à des terrains plus anciens.
AGE DE LA MACHOIRE. Comme les conditions topographi¬
ques et stratigraphiques de la formation fluviatile de Mauer corroborent cette interprétation, il y a tout lieu de croire que l’antique possesseur de la mâchoire humaine extraite des graviers est un représentant des plus vieux tailleurs de pierres paléolithiques. On ne saurait douter que la mâchoire ait été trouvée bien en place, qu’elle soit exactement de l’âge des graviers, indiqué par les ossements d’animaux avec lesquels elle gisait, et dont elle présente elle-même tous les caractères de fossilisation.
La découverte de Mauer est d’une importance capitale puisqu’elle nous met en présence d’un des rares débris humains les plus anciens que nous connaissions. Elle mérite d’être étudiée avec quelques détails.
SES CARACTÈRES La mâchoire de Mauer est à peu près
complète et bien conservée. Elle frappe, au premier coup d’œil : par ses fortes dimensions, son aspect massif, extraordinairement robuste ; par la grande largeur de ses branches montantes ; par l’absence complète de menton (fig. 85
et 86). Ce sont là des traits simiens, ou, si l’on préfère, des traits de bestialité.
Par contre, la dentition est tout à fait humaine; les canines sont petites, lesmolaires ont des dimensions et des caractères faciles à retrouver chez des Hommes actuels. Aussi Schoetensack a-t-il rangé son fossile dans le genre Homo , en l’appelant Homo Heidelbergensis , tandis que Bonarelli (1) a créé pour lui un nouveau nom de genre : Palœoanthropus .
Fig. 85. — - Mâchoire d’Heidelberg, vue de profil. 3/4 de la grandeur naturelle.
(D après une photographie de Schoetensack.)
Examinons de plus près cette morphologie.
Les branches montantes sont extraordinairement larges et basses. Elles mesurent 0 m. 060 de largeur (au lieu de 0 m. 037 en moyenne chez l’Homme actuel) ; leur hauteur est deO m. 066; elles ont ainsi, vuesdeprofil (fig. 85), une forme à peu près carrée. L’échancrure sigmoïde est très peu profonde; l’apophyse coronoïde est obtuse, arrondie et se tient à un niveau inférieur à celui du condyle; celui-ci présente une grande surface articulaire. Parmi les Anthropoïdes, c’est le Gibbon qui se rapproche le plus de notre fossile par ces trois derniers caractères.
(1) Rivista italiana di P dlceoniologia , 1909,
LES HOMMES CHELLÉENS 153
L’angle de la mâchoire est comme tronqué, ce qui s’observe chez les Anthropoïdes, notamment l’Orang, et aussi chez Y Homo Neanderthalensis , que nous étudierons plus tard.
Les branches horizontales sont hautes et robustes ; leur épaisseur atteint 0 m. 023 au niveau de la dernière molaire ; au niveau du trou mentonnier, elle est encore de 0 m. 018, tandis que, chez les Hommes actuels elle ne dépasse guère 0 m. 014.
Fig. 86. — Mâchoire d’Heidelberg, vue en dessus. 2/3 de la grandeur naturelle.
(D’après Schoetensack.)
Leur bord inférieur est concave, comme chez beaucoup de Singes cynomorphes, contrairement à ce qui a lieu chez les Anthropomorphes et chez l’Homme. Sur la face interne, la ligne oblique est peu marquée, ce qui dénote de faibles muscles mylo-hyoïdiens.
La figure 87, où j’ai représenté la mâchoire d’Heidelberg, superposée à une mâchoire de Chimpanzé et à une mâchoire d’Homme moderne (Français), montre et résume clairement les différences que présentent ces trois pièces vues de profil.
La symphyse est très épaisse (0 m. 017) ; son profil externe a une courbure convexe et fuyante, voisine de celle des Singes et tout à fait différente de celle des Hommes actuels (fig. 88). Il n’y a vraiment
ici aucune trace de menton. Or, le menton est un caractère essentiellement humain.
Vue de face, la région symphysienne présente à son bord inférieur
Fig. 87. — Profils superposés de la mâchoire d’Heidelberg, d’une mâchoire de Chimpanzé et d'une mâchoire d’Homme actuel (Français). 2/3 de la grandeur
naturelle.
une échancrure sous-mentale très marquée ; cette disposition se retrouve chez les Gibbons et, à un degré moindre, chez quelques mâchoires humaines fossiles ou actuelles (Australiens).
Chez les Hommes modernes, cette partie inférieure du corps de
Fig. 88. — Coupes verticales de diverses mandibules suivant la ligne symphysienne. 2/3 de la grandeur naturelle.
C, Chimpanzé; H, Homme d’Heidelberg; F, Français. A droite, superposition des trois profils.
l’os se termine par un vrai bord, et les empreintes d’insertion des muscles digastriques se voient, de l’autre côté de ce bord, à la face interne de l’os. Ici, le bord est remplacé par une région aplatie, une facette, où s’étalent les deux empreintes digastriques, moins
LES HOMMES CHELLÉENS
longues que chez le Chimpanzé, plus longues que chez les Hommes modernes; l’Homme de Néanderthal présentait une conformation intermédiaire (fig. 89).
La surface symphysienne interne offre aussi quelques traits particuliers. Elle est très fuyante, d’avant en arrière, comme la surface externe ou mentonnière. Elle n’est pas uniforme ; la région située vers son tiers inférieur, ou région génienne, au lieu d’être saillante comme chez l' Homme, forme une cupule comme chez les Singes anthropomorphes, où elle tient lieu des apophyses géni-supérieures pour l’insertion des muscles de la langue (fig. 90).
La figure 88 montre que par les caractères de sa symphyse, la mâchoire de Mauer est plus voisine de celle des grands Singes que de celle des Hommes actuels. Nous verrons plus tard qu’à cet égard la mâchoire de l’Homme de Néanderthal (Homo NeancLerthalensis) se place exactement entre celle de l’Homme d’Heidelberg (Homo Heidelbergensis) et celle des Hommes récents (Homo sapiens).
11 résulte de cette morphologie de la partie antérieure de la mandibule de Mauer que l’espace laissé à la langue était fort rétréci, moins que chez les Anthropomorphes, plus que chez les Hommes modernes et même
que chez les autres Hommes fossiles que nous connaissons. Le jeu de cet organe, dans le langage articulé, devait être, par suite, singulièrement réduit. Il semble bien, pour emprunter une expression dont Gaudry avait cru devoir se servir en parlant du Dryopithèque, que nous voyons ici réalisée, au point de vue anatomique, une sorte « d’intermédiaire entre l’Homme qui parle et les bêtes qui crient ».
Fig. 89. — Bord inférieur et empreintes digastriques de diverses mâchoires. 1/2 environ de la grandeur naturelle.
e. di., empreinte digastrique.
LA DENTITION. La dentition, avons-nous dit, est net¬
tement humaine par l’ensemble et par le détail de ses caractères.
Les bords alvéolaires, dessinant la courbe dentaire, ont une forme parabolique au lieu de la forme en U des grands Singes.
Les dents sont bien conservées, légèrement usées du côté gauche ; les molaires du côté droit ont été en partie brisées en dégageant la pièce de sa gangue. La série dentaire est régulière, continue, sans aucun intervalle ou diastème.
Les incisives sont normales; leurs racines sont légèrement arquées, suivant le mouvement de courbure de la région symphysienne. La canine n’est pas plus développée que chez les Hommes
modernes, même de races civilisées ; sa couronne ne dépasse pas sensiblement le niveau des couronnes voisines. Et ceci est très important, car il s’agit d’une adaptation humaine que nous voyons ainsi remonter très loin. Même au stade primitif représenté par cette mâchoire pithécoïde, les canines ne servaient plus d’armes défensives.
Les prémolaires sont tout aussi normales. Les arrière-molaires sont presque aussi larges que longues, tandis que, chez les Singes, elles sont généralement plus longues que larges. Leurs dimensionsparaissent considérables si on les rapproche de celles d’un Homme civilisé; elles sont comparables à celles que présentent beaucoup de sauvages actuels, les Australiens par exemple (fig. 91). Elles paraissent faibles, au contraire, par rapport à la robustesse de la mâchoire qui les porte.
La deuxième arrière-molaire est la plus volumineuse, ce qui est la règle chez l’Homme, mais s’observe également chez les Singes. La dernière, ou dent de sagesse, n’était pas gênée dans son développement, car le bord alvéolaire se prolonge derrière par un espace suffisant à loger une molaire supplémentaire.
L’étude minutieuse de la couronne des arrière-molaires présente
Fig. 90. — Face postérieure du corps de la mandibule de Mauer, région génienne. Photographie d’après un moulage. Grandeur naturelle.
LES HOMMES CHELLÉENS
de l’intérêt, les plus petits détails de structure sont importants à considérer, car l’Homme et les grands Singes ont des molaires qui se ressemblent beaucoup, tout en différant de celles des autres Singes (1).
Chez les Singes anthropomorphes (fig. 91), la couronne des grosses molaires inférieures est toujours formée de cinq tubercules (ou denticules, ou cuspides) bien développés. Chez l’Homme civilisé, le cinquième denticule (fig. 91, p ) s’atrophie ou même disparaît complètement, sauf à la première arrière-molaire qui est la plus volumineuse et où il persiste toujours. Chez quelques sauvages, les Australiens par exemple, chez plusieurs types d’Hommes fossiles et chezl’Homme d’Heidelberg, ce cinquième denticule persiste plus ou moins à toutes les arrière-molaires ; mais au lieu de faire saillie en forme de talon, comme chez les Singes, il est déjà diminué et encastré entre les deux denticules voisins, comme à la première arrièremolaire des Hommes de race blanche.
Toutes les dents de la mâchoire de Mauer ont de grandes cavités pulpaires. Chez les races inférieures actuelles, ces cavités sont aussi plus vastes que chez les Européens. 11 s’agirait là de la persistance d’un caractère infantile représentant un état primitif de la dentition des grands Primates.
(1) Voir, sur ce sujet, les lumineuses notes d’A. Gaudry : Sur la similitude des dents de l’Homme et de quelques animaux ( L’A ., XII, 1901). Contribution à l’Histoire des Hommes fossiles ( Ibid , XIV, 1903).
Fig. 91. — Morphologiecomparée des molaires inférieures d’un Chimpanzé, de l’Homme d’Heidelberg, d’un Tasmanien et d’un Français. Grandeur naturelle.
la , 2a, 3a, premières, deuxièmes et
troisièmes arrière-molaires ; E, e, denticules externes; p, denticule postérieur, très développé aux trois molaires chez le Chimpanzé et l’Homme d’Heidelberg, moins développé chez le Tasmanien et n’existant plus qu’à la première molaire chez le Français.
CONCLUSIONS. Tels sont les principaux traits mor¬
phologiques du précieux fossile de Mauer. D’après Schoetensack, cette mâchoire, si antique, représente une forme très primitive, car certains de ses caractères se retrouvent chez les Singes inférieurs et même chez les Lémuriens (largeur considérable des branches montantes, faible échancrure sigmoïde). Elle aurait ainsi conservé quelques aspects d’un stade par lequel ont dû passer les ancêtres communs des Singes anthropomorphes et de l’Homme. Ce qui est certain, c’est qu’il y a, dans cette très remarquable pièce anatomique, dans ce vénérable débris d’un de nos plus vieux ancêtres, comme un mélange savamment dosé de caractères humains et de caractères pithécoïdes.
Duckworth pense que la mâchoire découverte par Schoetensack a pu appartenir à un Pithécanthrope. C’est là une hypothèse gratuite. On peut dire cependant que le fossile de Mauer réalise, pour la mandibule, comme le fossile de Java pour la boîte cérébrale, un intermédiaire, en quelque-sorte idéal, des Singes à l’Homme.
On a voulu aller plus loin et demander à ce précieux mais trop isolé document plus qu’il ne peut donner. On a publié des reconstitutions du crâne et le portrait même de YHomo Heidelbergensis . Ces essais peuvent servir d’agréables passe-temps à des hommes de science ; ils ne devraient pas sortir de leur cabinet de travail.
Autrement justifiées sont les comparaisons qu’on peut établir entre le fossile de Mauer et les pièces analogues d’autres Hommes fossiles. Tout en réservant cet examen pour le chapitre suivant, je peux dire, dès maintenant, qu’il y a, entre la mâchoire inférieure de YHomo Heidelbergensis et celle de YHomo Neanderthalensis , son successeur eu Europe occidentale, des ressemblances en faveur de l’hypothèse d’une parenté assez étroite.
L’HOMME DE PÏLTDOWN ( EOANTHROPUS DAWSONI)
HISTORIQUE. Le 18 décembre 1912, MM. Charles
Dawson, géologue, et Smith Woodward, l’éminent paléontologiste du British Muséum , présentèrent à la Société géologique de Londres des ossements humains provenant d’un terrain quaternaire très ancien. Dès le lendemain, les journaux
LES HOMMES CHELLÉENS
anglais portèrent cette nouvelle sensationnelle à la connaissance du grand public et, depuis cette époque, la « découverte de Piltdown » a été exposée, commentée, discutée un peu partout. La bibliographie qui s’y rapporte comprend, au moment où j’écris ces lignes, plus de cent articles, notes ou mémoires.
11 y a, dans un champ situé près de Piltdown (fig. 92), paroisse de Fletching (Sussex), une petite carrière d’où les paysans du voisinage retirent des cailloux pour réparer leurs chemins. Un de ces ouvriers remit un jour à M. Dawson un fragment de pariétal humain, d’aspect très ferrugineux comme les cailloux de la carrière. Quelques années plus tard, au cours de l’automne de 1911,
M. Dawson recueillit, parmi les déblais, un morceau plus grand que le premier et appartenant à la région frontale. Cette trouvaille fut communiquée à M Smith Woodward, qui en comprit immédiatement tout l’intérêt ; des recherches sur le terrain furent effectuées d’un commun accord , au cours de l’été de 1 91 2 .
Il semble qu’un crâne humain, entier ou presque entier, ait été brisé par les ouvriers, et que les morceaux en aient été dispersés.
Quelques-uns d’entre eux ont pu être retrouvés dans les déblais, tandis que la moitié
droite d’une mandibule a été retirée par M. Dawson du gravier en place, à l’endroit même où gisait le crâne, et qu’à un mètre plus loin, au même niveau, M. Smith Woodward a extrait un fragment d’occipital. A côté des débris humains, on a recueilli des restes d’animaux fossiles et quelques silex taillés.
Dawson a décrit les conditions géologiques du gisement. Smith Woodward a déterminé les ossements d’animaux et restauré le fossile humain (i). Comme le crâne reconstitué ne paraissait avoir, d’après une première évaluation, que 1 070 centimètres cubes de capacité, que le fragment de mâchoire a un aspect très simien,
Fig. 92. — Croquis montrant la position géographique de Piltdown.
(1) Dawson (C ), et Woodward (A. S.), On the discovery of a palæolithic skull and mandible... at Piltdown... with an Appendix by Elliot Smith ( Quarterly Journa of the Geol. Soc. of London, LXIX, 1913). Supplementary note... {Ibid., 1914). — Woodward (A. S.), A Guide to fossil remains of Man in the British Muséum, Londres, 1905; 3e éd., 1922.
et comme, d’après Elliot Smith, le moulage intracrânien révélerait le cerveau le plus simien qui soit connu dans la famille humaine, Smith Woodward s’est cru en présence d’une forme très primitive, représentant l’aurore de l’humanité, et il a donné à ces restes le nom très expressif d 'Eoanthropus Dawsoni.
Ces premières communications furent suivies de discussions portant sur l’âge du gisement, sur la reconstitution du crâne, sur l’attribution à un même être d'une boîte crânienne tout à fait humaine et d’une mandibule tout à fait simienne.
M. Keith, l’habile anatomiste du Collège des Chirurgiens de Londres, combattit, dès le début, certaines conclusions deM. Smith Woodward (i). Pour lui, le crâne a été mal restauré ; sa capacité est de 1 500 centimètres cubes au lieu de 1 070. On est en présence d’un être tout pareil à un homme d’aujourd’hui, à un « bourgeois de Londres ».
M. Elliot Smith défendit la reconstitution de Smith Woodward.
En août 1913, un paléontologiste français, mon collaborateur, M. l’abbé Teilhard de Chardin, explorant le gisement en com-
pagnie de Dawson, trouva une canine, qui fut attribuée à la demimâchoire et vint renforcer les caractères pithécoïdes de celle-ci (2).
En 1915, d’autres fragments humains ont été remis au jour; ils ont appartenu à un ou deux individus nouveaux (3). Les controverses ont continué; elles durent encore, comme on va le voir.
Après ce court historique, examinons les faits, en considérant d’abord ceux qui ont trait à l’âge géologique de Y Eoanthropus, puis ceux qui se rapportent au fossile lui-même.
AGE GÉOLOGIQUE L’âge géologique devrait nous être
DU GISEMENT. indiqué par la stratigraphie, par la
paléontologie et par l’archéologie.
Les graviers de Piltdown recouvrent un plateau de 30 à 10 mètres d’altitude, à 25 mètres environ au-dessus de la rivière l’Ouse. A Piltdown, leur épaisseur varie de 0 m. 30 à 1 m. 50. Ils reposent
(1) Keith (A.), Ape-man or modem Man? (Illustrated London News, 16 et 23 août 1913), etc.
(2) Woodward (A. S.), Note on the Piltdown Man ( Geological Magazine,
octobre 1913).
(3) Woodward (A. S.), Fourth note on the Piltdown gravel, with evidence of a second sknll of Eoanthropus Dawsoni (Quart. Journ. of Geolog. Society of London, LXXIII, 1917).
LES HOMMES CHELLÊENS
sur des grès wealdiens (base du Crétacé). Ils sont composés de cailloux wealdiens, ferrugineux, brun foncé, mélangés avec des silex anguleux et quelques quartzites, le tout enveloppé dans un sable
parfois très stratifié et forte, ment cimenté par des oxydes de fer, surtout vers la base de la formation, là où les découvertes paléontologiques ont été faites (fig. 93).
Les graviers représentent les témoins d’une formation alluviale qui occupait autrefois de vastes surfaces, avant le dernier creusement de la vallée de l’Ouse sur une profondeur de 80 pieds. Celte disposition topographique et stratigraphique me paraît analogue à celle que nous connaissons dans les vallées du Nord de la France, dont les « terrasses moyennes », se tenant généralement de 25 à 30 mètres au-dessus des thalwegs, sont rapportées au Pléistocène inférieur caractérisé par la faune à Elephas antiquus . C’est aussi l’opinion du géologue anglais ClementReid, qui a rapproché les graviers de Piltdown des graviers paléolithiques anciens de la vallée de la Tamise, les
Fig. 93. — Coupe du gisement de Piltdown.
7, sol superficiel, 0 m. 30. — 2 , sable argileux, jaune pâle, contenant, à l’état remanié, des éléments du n° 3. Un instrument paléolithique a été extrait du milieu de cette couche dont l’épaisseur est d’environ 0 m. 75. — 3, gravier ferrugineux, brun foncé, avec silex subanguleux et morceaux de minerai de fer tabulaire.
Gisement de V Eoanthropus et des fossiles pliocènes roulés. Éolithes et un silex taillé. La surface de base présente des dépressions; épaisseur : 0 m. 45 environ.
— 4, lit de sables et argiles, sorte de boue formée aux dépens des couches sousjacentes, et avec de gros blocs de silex.
— 5, strates en place des Tunbridg ■ Wels Sands (Wealdien). (D’après Dawson.)
uns et les autres étant postérieurs à la plus grande époque glaciaire des Iles Britanniques.
La paléontologie ne s’exprime pas très clairement. Les restes de Mammifères recueillis dans les graviers ont été attribués à deux faunes d’âges différents. D’un côté, des morceaux de dents de Mastodonte, de Stegodon , de Rhinocéros ne peuvent être que d’âge
pliocène; comme ils sont très usés par les agents de transport, on suppose qu’il proviennent d’un terrain plus ancien. Les dents d’Hippopotames peuvent être indifféremment quaternaires ou pliocènes. Les autres débris, fragments de bois de Cerfs, dents de Castors, molaire de Cheval, sont, paraît-il, moins minéralisés et
Fig. 94. — Silex taillé du gravier de Piltdown. 3/4 de la grandeur naturelle. (D’après
Dawson.)
moins roulés. On les considère comme pléistocènes et vraiment contemporains du gravier.
Reste le côté archéologique. Les silex éclatés, qu’on trouve dans le gravier de Piltdown, sont de deux sortes. Un grand nombre de pièces frustes, très roulées, appartiennent à la catégorie des éolithes et proviennent, comme les fragments roulés de dents de Proboscidiens, d’une formation géologique plus ancienne.
Quelques autres pièces, nettement travaillées, ont à peu près conservé leurs arêtes vives. Elles ne sont taillées ou ne portent des éclats que sur une face. Leur forme générale n’est guère expressive (fig. 94). On sait aujourd’hui que des silex taillés d’un seul côté, regardés autrefois comme caractéristiques du Moustiérien, se rencontrent très souvent dans le Chelléen et s’y trouvent parfois exclusivement. Rien n’est plus naturel, avons-nous dit, car les instruments réalisés avec de simples éclats sont les plus élémentaires, les plus primitifs qu’on puisse imaginer ; leur fabrication a cer-
LES HOMMES CHELLÉENS
tainement précédé celle des instruments taillés sur les deux faces, et surtout les belles formes lancéolées du Chelléen. De sorte que, malgré l’absence de types amygdaloïdes, il est possible, comme le veutDawson, que les silex taillés de Piltdown soient d’âge chelléen.
On a trouvé, plus récemment, dans les mêmes graviers, un éclat détaché d un os de Proboscidien et qui ne mesure pas moins de 0 m. 40 de longueur sur 0 m. 10 de largeur. Le caractère artificiel de cet objet, arrondi à une extrémité, appointé à l’autre bout, ne serait pas douteux aux yeux de Dawson et de S. Woodward qui en font un « instrument » (i). tandis que M. Breuil y voit un os rongé par un grand Castor ou Trogontherium, des restes de Castor ayant été précisément trouvés dans le gisement (2).
En résumé, la stratigraphie doit nous faire dater les graviers de Piltdown d’une phase très reculée du Piéistocène. Les faits paléontologiques peuvent être interprétés dans le même sens et les témoignages archéologiques ne sont nullement en contradiction avec cette manière de voir.
Les débris humains sont-ils eux-mêmes contemporains du gravier? Leur état de fossilisation, leur mode de gisement, leur dissémination dans le dépôt alluvial ne permettraient pas, dit-on, de les considérer comme plus récents. Pourraient-ils être plus anciens et faire partie de la faune pliocène ? A priori , cela ne serait pas impossible. On l’a même cru tout d’abord en Angleterre, d’où l’on nous avait annoncé la découverte d’un Homme tertiaire. Mais les circonstances de gisement ne se prêtent pas davantage à cette hypothèse. Le volume relativement considérable des morceaux du crâne, leur bonne conservation, la fraîcheur de leurs arêtes, ne présentant que de très faibles traces d’usure, contrastent avec l’aspect fragmentaire, vétuste et très érodé des débris de Mammifères. La dispersion, dans un faible rayon, de plusieurs pièces ayant appartenu à un seul crâne parle dans le même sens. On peut encore discuter sur l’âge précis des graviers de Piltdown ; il ne paraît pas douteux que les ossements humains soient contemporains du dépôt de ces graviers.
Tout ceci, dans l’hypothèse que la formation superficielle de
(1) Dawson (C.) et Woodward (A. S.), On a implement from Piltdown ( Quaier ly Journal of Geolog. Soc. of London, LXXI, 1915).
(2) Revue anthropologique, juillet-août 1922, p. 229.
Piltdown est homogène comme âge et comme composition. Or il est possible, il semble même qu’il n’en soit pas ainsi. L’origine première des dépôts peut être très ancienne, remonter au Pliocène, comme paraissent l’indiquer certains fossiles de cet âge et qui sont les plus usés. Mais les premières formations alluviales peuvent avoir subi, dans la suite, des remaniements successifs, lesquels auraient mélangé des fossiles plus récents aux fossiles anciens. Ce qui est certain, c’est que les ossements humains, aux arêtes encore vives, ne sauraient avoir subi un long transport. Quant à leur minéralisation ferrugineuse, ce caractère perd ici beaucoup de son importance si l’on considère avec quelle rapidité des eaux chargées de fer peuvent modifier l’aspect physique des objets qu’elles imprègnent. Or toute la région est constituée par des terrains wealdiens formés d’éléments très ferrugineux.
En somme, il est très difficile de préciser l’âge géologique des ossements humains. Je les considère, avec mes confrères anglais, comme datant du Pléistocène'inférieur, mais il est de mon devoir d’ajouter que cela ne me paraît pas absolument démontré. DESCRIPTION Les restes osseux, humains ou pré-
DES OSSEMENTS. tendus tels, comprenaient d’abord une
LE CRANE. grande partie de boîte cérébrale et une
moitié de mâchoire inférieure, avec les première et deuxième arrière-molaires en place. A ces débris sont venus s’ajouter plus tard des os nasaux, une dent et quelques fragments d’un autre crâne.
Du premier crâne, quatre pièces, composées de neuf fragments, ont permis de reconstruire la boîte cérébrale. La plus grande de ces pièces comprend les régions frontale et pariétale du côté gauche. La deuxième est un os temporal gauche, presque complet et bien conservé (fig. 95). Ces deux morceaux n’ont malheureusement aucun point de contact avec les deux autres, qui appartiennent à la moitié droite du crâne : la plus grande partie du pariétal et la région médiane de l’occipital. Cette lacune explique les divergences qui se sont produites au sujet de la reconstitution du crâne, laquelle restera toujours un peu imprécise.
Ces ossements sont normaux, sans aucune trace de maladie ; la minéralisation ne les a pas déformés.
Ils sont remarquables par leur épaisseur : de 10 mm. à 12 mm.
LES HOMMES CHELLÉENS
sur le pariétal et le frontal (au lieu de 5 mm. à 8 mm. chez les autres Hommes actuels ou fossiles), et par la profondeur des impres-
Fig. 95. — Divers fragments du crâne de VEoanthropus.
En haut, à gauche, frontal gauche, vu par sa face externe; cor., suture coronale ; e.a.b., apophyse orbitaire externe; m.t., surface d’articulation pour le jugal ; sf., surface d’articulation pour le sphénoïde; t., crête temporale.
En haut, à droite, temporal gauche, face externe ; e.a.m., conduit auditif externe; gl., fosse glénoïde ; p.a.p., apophyse post-glénoïde ; mal., apophyse zygomatique ; mas b, apophyse mastoïde.
En bas, occipital, face externe ; e.o.c., crête occipitale externe; e.o.p., protubérance occipitale externe ; f. mag., trou occipital ; lamb., portion de la suture lamdoïde ; l.s. , ligne suprême ; u.c.l., ligne courbe supérieure; l.c.l., ligne courbe inférieure. 2/3 de la grandeur naturelle. (D’après Smith Woodward.)
sions des vaisseaux méningés sur l’endocrâne. En dehors de ces particularités, l’examen détaillé de chacun de ces os ne révèle guère
que des caractères parfaitement humains et même bien plus voisins de ceux de 1 Homo sapiens actuel que de ceux d’autres Hommes fossiles tels que Y Homo Neanderthalensis .
Comme il reste, dans la région frontale gauche, une partie de l’apophyse orbitaire externe ou malaire (fig. 95), on peut s’assurer que les arcades orbitaires n’étaient pas plus développées que chez un Homme moderne, ce qu’est venue confirmer la trouvaille, faite en 1915, d’un second morceau de frontal ayant appartenu à un autre individu. La suture coronale est très compliquée.
Sur les pariétaux, les lignes courbes temporales sont très élevées; la suture squameuse est aussi arquée que sur un crâne actuel, La forte saillie de la crête temporale et la robustesse de l’apophyse zygomatique annoncent un développement considérable de l’appareil masticateur. On peut noter aussi la position, à peu près au milieu du pariétal, de la bosse pariétale très accusée et la présence d’un large méplat en arrière de cette bosse.
Le temporal gauche , bien conservé ( f ig . 95 ) , est conforme dan s tou s ses détails à celui des races actuelles : la cavité glénoïde est aussi profonde ; le tympanique est resserré; l’apophyse mastoïde est volumineuse.
Pourtant cet os me paraît présenter quelques traits un peu spéciaux : la saillie très considérable de la crête et surtout du tubercule sus-mastoïdien, une grande étendue, vers l’arrière, de la région pétreuse, la robustesse de l’apophyse zygomatique, le développement assez considérable du tubercule post-glénoïdien.
L’occipital est remarquable par son développement dans le sens transversal. La protubérance occipitale externe se tient au-dessous du plan de séparation du cerveau et du cervelet, comme chez les Hommes modernes, et non au-dessus comme chez les Hommes moustiériens. Il n’en est pas de même sur le morceau d’occipital trouvé en 1915 : ici la protubérance occipitale externe est audessus des sinus latéraux ; les muscles du cou s’étendaient plus haut, comme chez l’Homme de Néanderthal. Toutefois, la saillie considérable des arcs supérieurs contraste avec le très faible développement de la protubérance occipitale externe. Ces arcs supérieurs ont pu se prolonger assez loin dans la direction du temporal. Les lignes courbes inférieures me paraissent relativement plus rapprochées des lignes courbes supérieures que dans les types actuels,
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Fig. 96. — Mandibule de Piltdown. 2/3 de la grandeur naturelle. (D’après Smith