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WOODWARD

En haut, vue de la face externe. La canine a été ici figurée comme appartenant à cette mandibule. On la considère parfois comme une canine supérieure.

Au milieu, vue de la face interne ; c.d ., col du condyle ; cor., apophyse coronoïde; t. , surface d’insertion du muscle temporal ; d., canal dentaire ; mg., sillon mylohyoïdien ; i.pt., insertion du muscle ptérygoïdien interne; s., symphyse; m.l. s m. 2 ., première et deuxième arrière-molaires.

En bas, vues en dessus et en dessous ; m.J?., alvéole de la troisième arrière-molaire ; autres indications comme ci-dessus.

conformément au dispositif présenté par Y Homo NeancLerthalensis et, à un plus haut degré, par les Chimpanzés.

Des os nasaux, trouvés dans un excellent état de conservation, ont des caractères très humains ; relativement petits et larges, ils sont plutôt d’un type mélanésien ou africain que d’un type eurasiatique Le crâne, tel qu’il a été reconstitué en dernier lieu par M. Smith Woodward, devait être mésaticéphale, presque brachycéphale, avec un indice céphalique de 78 et une voûte légèrement aplatie.

Sa capacité, d’après la dernière évaluation du même auteur, ne serait plus de 1 070 centimètres cubes, mais de 1300 centimètres cubes, comparable, dès lors, à la capacité moyenne de beaucoup de populations sauvages modernes : Australiens, Boschimans, Andamans.

En somme, et en dépit de quelques particularités d’un type primitif, de l’épaisseur extraordinaire de ses os, le crâne nous offre une morphologie hautement humaine. L’individu auquel il a appartenu, loin de représenter un genre différent, pourrait tout au plus être considéré comme le témoin d’une race primitive de V Homo sapiens. Le Professeur Ramstrom (1), d’Upsal, a essayé démontrer l'étroite ressemblance du crâne de Piltdown avec le crâne aurignacien de Combe- Capelle dont nous parlerons plus tard. L’ENCÉPHALE. Le moulage intracrânien, étudié par

Elliot Smith, est asymétrique, l’hémisphère gauche étant plus développé que le droit. Les circonvolutions cérébrales paraissent avoir été relativement simples ; celles qui se développent en dernier lieu chez l’Homme modernesont remarquablement réduites. Le pôle frontal, malgré sa petitesse, montre de grandes analogies avec la partie correspondante des moulages intracrâniens des Hommes de Néanderthal. D’après Elliot Smith, on serait en présence de la structure la plus simple et la plus simienne qu’on ait observée sur un cerveau quelconque de la famille humaine.

LA MANDIBULE. Mais il y a la mandibule. Et c’est ici

que l’histoire de la découverte de Piltdown devient vraiment extraordinaire.

Cette mandibule est, au contraire, très simienne!

Elle se présente dans les mêmes conditions de minéralisation

(1) Ramstrom (M.), Der Pildown-Fund (Bail, of lhe Geolog. instilute of Upsala XVI, 1919).

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que le crâne, auquel elle paraît correspondre assez bien comme grandeur. 11 lui manque le condyle et la partie supérieure de la

moitié antérieure de la branche horizontale. Les deux premières

arrière-molaires sont en place (fig. 96).

La branche montante est large ; l’échancrure sigmoïde est peu

Fig. 97. — Photographies permettant de comparer les bords inférieurs de diverses mandibules : C, Chimpanzé, d’après nature ; P, mandibule de Piltdown, d’après un moulage ; H, de l’Homme d’Heidelberg, d’après un moulage; F, d’un Français, d’après nature. 2/3 de la grandeur naturelle. Les mandibules servant de termes de comparaison ont été mutilés artificiellement à la manière de celle de Piltdown.

Le Chimpanzé et Piltdown forment un groupe très différent à première vue du groupe comprenant l’Homme le plus ancien qu’on connaisse et un Européen actuel.

profonde et le col du condyle doit avoir été court. L’insertion pour le muscle temporal est vaste. Le sillon mylo-hyoïdien est situé audessous du canal dentaire, comme chez le Chimpanzé, au lieu de partir de celui-ci comme chez l’Homme. Il n’y a pas de crête mylohyoïdienne (ligne oblique interne).

Le bord inférieur symphysaire n’est pas épaissi et arrondi comme chez l’Homme; il forme une sorte de lame mince, projetée en dedans comme chez les Singes, et notamment chez les Chimpanzés.

Fig. 98. — Mandibules vues par leur face interne. 1/2 de la grandeur naturelle.

A, de Chimpanzé ; B, de 1 ' Eoanthropus ; C, de l’Homme de Mauer ; D, d’un Homme moderne, c., canine ; m.l première arrière molaire ; t., apophyses géni; m.g., sillon mylo-hyoïdien ; m.r., crête mylo hyoïdienne (ligne oblique interne). (D’après Smith Woodward.)

La restauration de cette région ne peut conduire qu’à une symphyse très fuyante, avec absence complète de menton.

Un simple coup d’œil sur les figures 97 et 98 suffit pour permettre d’apprécier, d’une part, l’étroite ressemblance de la mandibule de Piltdown et d’une mandibule de Chimpanzé ; d’autre part, la grande différence qui les sépare du second petit groupe formé par la mâchoire de Mauer et celle d’un Homme actuel.

LES DENTS. La canine trouvée par M. Teilhard (fig. 99) diffère d’une canine humaine par ses plus grandes dimensions, par la forme plus élevée, plus conique, plus comprimée de sa couronne et par son mode d’usure qui implique l’existence, à la mâchoire opposée, d’une dent analogue et peut-être d’un vide ou diastème correspondant. Cette canine a

d’abord été attribuée à la mandibule par S. Woodward qui a

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noté ses ressemblances avec les canines de Singes et avec la canine inférieure de lait humaine. Gregory et Miller pensent qu’il s’agit d’une canine supérieure gauche, très semblable à celle d’un Chimpanzé femelle.

Les première et deuxième arrière-molaires, conservées en place sur la mandibule, sont relativement longues et étroites. Leur collet est bien marqué; leurs racines ne sont pas soudées. Leur couronne

Fig. 99. — EoanJhropus Dawsoni. Canine inférieure droite, vue par ses faces externe (2a), interne (2b), antérieure (2c) et postérieure (2d). Grandeur naturelle.

(D’après Smith Woodward.)

a cinq tubercules ou cuspides bien développés et disposés comme chez certains Singes anthropoïdes, le Chimpanzé par exemple, où le cinquième tubercule est plus important et plus saillant au bord postérieur de la dent que chez l’Homme. Quoi qu’on en ait dit, il est certain que ces molaires sont beaucoup plus simiennes qu’humaines et quelles ressemblent tout à fait à celles des Chimpanzés.

Dans l’ensemble et dans les détails de sa morphologie, la mandibule de Piltdown reproduit donc exactement une mâchoire de Singe et, pour préciser, une mâchoire de Chimpanzé. Je n’ai pas hésité à le dire dès que j’ai pu étudier le moulage de la pièce : « Si cette mandibule avait été trouvée seule dans les graviers de Piltdown, avec les débris de Mammifères pliocènes, on n’eût pas manqué de l’appeler Troglodytes Dawsoni et de déclarer qu elle témoigne de l’existence en Angleterre, pendant le Pliocène, d’un Singe anthropoïde » (1).

Ainsi, nous sommes en présence d’un petit lot de pièces osseuses qui nous montrent l’association paradoxale d’un crâne essentiellement humain avec une mandibule essentiellement simienne.

(1) Boule (M.), La paléontologie humaine en Angleterre (L’A., XXVI, 1915, p. 60).

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