INTERPRÉTATIONS DES FAITS
M. Smith Woodward attribue le crâne et la mandibule à un même individu, probablement de sexe féminin ; et c’est parce qu’il a été frappé des caractères pithécoïdes de la mandibule qu’il a fait de cet individidu le type d’un genre primitif d’Hominiens qu’il a appelé Eoanthropus. Cette opinion a été généralement acceptée en Angleterre, même par un anatomiste comme M. Keith (1). Pourtant, M. Waterston avait émis des doutes. Il lui paraissait difficile d’admettre que crâne et mandibule pussent appartenir à un même être. Il faisait observer que la fosse glénoïde du temporal n’est pas conformée pour s’adapter à une mâchoire de Singe. « Il est tout aussi impossible, disait-il, d’attribuer au crâne cette mandibule que d’articuler le pied d’un Chimpanzé avec les os de la jambe d’un Homme » (2). Ce scepticisme a gagné d’autres naturalistes. Le mammalogiste américain Miller (3) s’est appliqué à démontrer, avec un grand luxe de preuves, que la mandibule représente une espèce pléistocène de Chimpanzé et il l’a dénommée Pan vêtus (Pan étant la désignation générique employée en Amérique pour les Chimpanzés). Un autre savant de NewTork, qui connaît parfaitement l’anatomie des Mammifères, Gregory, a également adopté cette manière de voir (4).
EOANTHROPUS Nous serions donc en présence d’une
double découverte : celle d’un Homme et celle d’un Singe. Le terme Eoanthropus désignerait un être artificiel, composé de deux êtres naturels : un Homo Dawsoni , un Troglodytes Dawsoni.
Après avoir longtemps hésité, c’est la conclusion à laquelle j ’avais cru devoir m’arrêter dans la première édition de ce livre, en m’appuyant sur les faits anatomiques. Je reconnaissais d’ailleurs que les circonstances de gisement plaident en sens contraire. Il est en effet bien difficile d’imaginer la présence, sur un même point, au sein d’une antique formation alluviale, de débris appar-