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LA TÊTE OSSEUSE

La tête osseuse de l’Homme de la Chapelle- aux- Saints pa¬

raît étrange, même aux yeux d’un observateur peu familiarisé avec l’anatomie (fig. 118). Jclle frappe d’abord par ses dimensions très considérables, eu égard surtout à la faible stature du sujet auquel elle a appartenu (moins de 1 m. 60, comme on le verra plus loin). Elle frappe ensuite par son aspect bestial ou, pour mieux dire, par tout un ensemble de caractères simiens. Le crâne, de forme allongée, est très surbaissé; les arcades orbitaires sont énormes ; le front est très fuyant ; la région occipitale i très saillante et déprimée ; la face, longue, se projette en avant ; les

(1) Boule (M.), L’Homme fossile de La Chapelle-aux-Saints (Annales de Paléontologie, 1911-1913). - On y trouvera de très nombreuses références bibliographiques de travaux déjà publiés sur la morphologie de V Homo Neanderthalensis ou utiles à consulter pour cette étude, et que je ne saurais reproduire dans ce volume.

Fig. 118. — Le crâne de La Chapelle-aux-Saints, vu de trois quarts. 1/3 environ de la grandeur naturelle. Galerie de Paléontologie du Muséum.

L'HOMME DE NÉANDERTHAL

orbites sont énormes; le nez, séparé du front par une profonde dépression, est court et très large; le maxillaire supérieur forme, dans le prolongement des os malaires, une sorte de museau; la mandibule est robuste, épaisse ; le menton rudimentaire.

MORPHOLOGIE Examinant d’abord la morphologie gé-

GÉNÉRALE DU CRANE. nérale du crâne, nous constatons, au

premier coup d’œil, que la face est très développée par rapport à la boîte cérébrale, et c’est là, nous l’avons vu (p. 73), un caractère zoologique de premier ordre. On peut le rendre très frappant par un procédé graphique consistant à superposer les profils crâniens du fossile, d un Chimpanzé et d’un Français,

et du crâne d’un Français actuel superposés suivant les lignes basio-nasales ramenées à une même longueur. Ba , basion ; Na, nasion.

suivant une ligne représentant assez bien les séparations des portions faciale et cérébrale et après avoir, bien entendu, ramené les trois lignes basi-axiales à une même longueur Na,Ba (fig. 119). Chez le Chimpanzé, le territoire facial est presque aussi vaste que le territoire cérébral. Par contre, chez le Français, la face est rès réduite et le crâne cérébral très développé. Entre ces deux extrêmes vient s’intercaler le crâne de La Chapelle. Tandis qu’il est plus rapproché de son congénère, l’Homme actuel, par sa face, il est à peu près à

égale distance de celui-ci et du Chimpanzé par sa boîte cérébrale.

Non moins curieuse est la figure 120, montrant en superposition le ; profils crâniens de notre Homme fossile et de l’illustre paléontologiste américain Cope. Pour des capacités crâniennes à peu près égales, on voit combien sont considérables les différences de grandeur de la face chez un Homme des plus intelligents et chez notre Sauvage des temps quaternaires.

Par le développement relatif de sa partie faciale et de sa partie cérébrale, le crâne de La Chapelle-aux-Saints se montre donc fort

Fig. 120. — Superposition des profils des tetes osseuses de l’illustre naturaliste américain Cope (grisé) et de l’Homme fossile de La Chapelle-aux-Saints (trait continu). 1/3 de la grandeur naturelle.

éloigné des crânes d’Hommes actuels, même des plus inférieurs. Il

diminue, dans une certaine mesure, l’intervalle morphologique séparant ces derniers des Singes anthropoïdes. Les grandes lignes de l’architecture crânienne ne sont pas moins différentes.

Tous les crânes de Mammifères sont composés des mêmes parties, mais le développement relatif et l’arrangement réciproque de ces éléments varie avec la nature des crânes. La partie essentielle, qui représente la clef de voûte de l’édifice crânien, est la base du crâne formée, d’arrière en avant, par le basi-occipital, le basi-sphénoïde et le présphénoïde. C’est autour de cet axe basicranial, comme l’a nommé Huxley, que s’opèrent les principales modifications de la boîte cérébrale, sous l’influence du développement des diverses

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parties de l’encéphale. Et cet axe lui-même, qui est rectiligne chez la plupart des Mammifères,

arrive à s’infléchir, se recourber, se briser plus ou moins, suivant qu’on envisage des formes crâniennes plus ou moins élevées, depuis les Singes inférieurs et les Anthropoïdes jusqu’à l’Homme (1).

Voici, établies d’après ces données, les épures géométriques des coupes longitudirales et médianes des crânes d'un Chimpanzé, d'un Européen et de l’Homme de La Chapelle-aux-Saints (fig. 121).

Elles montrent clairement la position intermédiaire de ce dernier. On arrive au même résultat si l’on étudie les rapports des divers plans et lignes d' orientation dont se servent les anthropologistes.

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