‹ Les hommes fossilesChapitre 41 sur 96 · RÉGIONS · texte numérisé non relu

RÉGIONS

Après cette vued’ensemble, entrons dans

Fig. 121. — Schémas géométriques d'un crâne de Chimpanzé, du crâne de l'Homme fossile de La Chapelle-aux-Saints et du crâne d’un Français actuel. 1/4 environ de la grandeur naturelle.

A, prosthion ou point alvéolaire incisif ; N, nasion (origine du nez) ; Br, bregma (point de ren- 1 examen des contre du frontal et de deux pariétaux) ; L, lamb-

détails morphologiques. da (p°ïtde rTencontre^es de"x fariéta"x ,et de

^ ^ 1 occipital) ; I, mion (base de la protubérance

Vus d’en haut ( norma occipitale externe) ; O, opisthion (bord postérieur

a du trou occipital) ; B, basion (bord inférieur du

vei ticalis), tous les crânes trou occipital) ; E, éphippion (bord antérieur de

de Y Homo Neandertha - la selle turci(lue) ; Fe> fosse ethmoïdale ; Ct, plan

supérieur du cervelet.

lensis paraissent remarquablement uniformes (fig. 122). Iis sont tous dolichocéphales ; leur

(l1 Huxley (T ), Evidence as to Man’s place in nature. Londres, 1863. — Topinard (P.), La transformation du crâne animal en crâne humain (L’A., II, 1891).

indice céphalique (1), allant de 70 à 76, répond bien à la moyenne humaine, ce qui est naturel pour un type archaïque. Les boîtes crâniennes sont bien plus renflées en arrière qu’en avant, où le frontal se rétrécit beaucoup, au delà de l’énorme bourrelet des arcades orbitaires.

La figure 123 offre une comparaison intéressante du crâne fossile avec un crâne de Chimpanzé et un crâne d’Homme actuels photographiés suivant la même orientation.

L’aspect latéral du crâne (norma lateralis) est celui sous lequel se dévoilent les caractères principaux de la région cérébrale. Il permet d’apprécier l’importance de la face, la saillie en visière des arcades orbitaires, le profil très fuyant du front, l’aplatissement général de

Fig. 122. — Superposition des profils de diverses calottes crâniennes du type' de Néanderthal. 1/3 delà grandeur naturelle.

Fig. 123. — Photographies permettant de comparer les faces supérieures d un crâne de Chimpanzé, du crâne de l’Homme fossile de La Chapelle-aux-Saints et d'un crâne

de Français,

la voûte, la forme en bourrelet comprimé de la région occipitale, etc. La platycéphalie, ou aplatissement général du crâne, est un carac-

(1) Voir la définition de ce terme, p. 99, en note infrapaginale.

L'HOMME DE NÉANDERTHAL

tère de premier ordre par lequel, à première vue, toute la série si uniforme des crânes moustiériens (fig. 124) s’écarte beaucoup des crânes actuels pour se rapprocher des Singes anthropomorphes sans cretes sagittales, tels que les Gibbons et les Chimpanzés, et même pour s’incorporer dans ce groupe.

Pour la fuite, on pourrait presque dire l'absence du front, le type de Néanderthal occupe encore le degré le plus inférieur de l’échelle humaine et se rapproche singulièrement des Singes anthropomorphes, comme le montrent les divers procédés imaginés par les anthropologistes pour mesurer le développement du front.

Les bosses pariétales sont saillantes et situées très en arrière. Les

Fig. 124. — Superposition des profils latéraux de diverses calottes crâniennes du type de Néanderthal, orientées suivant la ligne glabello-iniaque. 1/3 de la grandeur

naturelle.

lignes temporales ne sont pas plus marquées que chez les Hommes modernes.

La ligne suturale de l’os temporal et du pariétal est peu arquée ; on sait qu’elle est à peu près rectiligne chez les Singes et les enfants nouveau-nés, et plus ou moins arquée dans les diverses races humaines, où elle arrive à former, chez les types élevés, une belle courbe arrondie. Les apophyses zygomatiques sont massives, plus inclinées en avant que chez les Hommes actuels ; les apophyses postglénoïdes, souvenir d’un état ancestral, sontplus développées. La crête sus-mastoïdienne est aussi plus saillante. Les apophyses mastoïdes sont d’une extraordinaire petitesse. La portion pétreuse, par son étendue considérable, par sa disposition en une large surface oblique, formant avec les surfaces pariétale et occipitale voisines un plan unique, rejeté en dedans et en arrière, ressemble bien plus à cette

même région des crânes de Chimpanzés qu’à celle des crânes humains modernes.

La région occipitale a un profil assez étrange. Déjà, Huxley avait dit : « Aux yeux d’un anatomiste, la partie postérieure du crâne de Néanderthal est même plus remarquable que la partie antérieure ». Les spécimens nouveaux, de La Chapelle, de La Ferrassie, complets et bien conservés, se prêtent admirablement à l'étude de cette région qui forme une sorte de chignon

mais très com sens vertical. On cet arrière-crâ pendant du ca du frontal.

La face posîé

très proéminent primé dans le retrouve, dans ne, comme un ractère fuyant

neure cm crâne * (norma occipita -

lis) ne nous offre pas la forme pentagonale ordinaire, mais un contour presque circulaire qui tient principalement à la platycéphalie générale (fig. 126). Un fort bourrelet tranversal, de forme arquée (torus occipitalis F»' !?' “ PhotofaPhies ff; transversus) sépare la partie supé-

raies d’un crâne de Chimpanzé, rieure de l’écaille de la partie infédu crâne de La Chapelle-aux- .

Saints et d’un crâne de Français. rieure. Ce bourrelet est beaucoup plus

développé chez les Singes, où il rejoint la crête temporale et la crête sus-mastoïdienne pour former avec elles une crête continue. Cette saillie ininterrompue existe, avonsnous dit, chez le Pithécanthrope, mais atténuée. Chez l’Homme de Néanderthal la jonction du bourrelet occipital et de la crête temporale ne s’effectue pas (fig. 58, p. 101).

Il n’y a pas de protubérance occipitale externe. On voit, à sa place, sur le bourrelet transversal, une sorte de cupule qui ne manque sur aucun des exemplaires connus. Le point central de cette cupule ne correspond pas à la séparation du cerveau et du cervelet; il

L'HOMME DE NÉ A N DE RT H AL 201

est situe plus haut. Les protubérances cérébelleuses sont très effacées.

Toute la surface de cette région est très accidentée ; les reliefs et

Fig. 126. — Photographies permettant de comparer les vues occipitales d’un crâne de Chimpanzé, du crâne de La Chapelle-aux-Saints et d’un crâne de Français.

dépressions, représentant des empreintes musculaires, sont fortement accusés, ce qui dénote un développement exceptionnel des muscles de la nuque, en rapport avec le volume énorme de la tête.

La face inférieure (norma basilaris) du crâne deY Homo Neander-

Fig. 127, — Photographies permettant de comparer les faces inferieures d’un crâne de Chimpanzé, du crâne de l’Homme de La Chapelle-aux- Saints et d’un crâne de

Français.

thalensis dévoile toute une série de caractères importants, bien que son état de conservation laisse forcément à désirer, même sur les meilleures pièces, à cause de la fragilité des os qui la constituent (fig. 127).

Le trou occipital occupe une position relativement reculée. Encore très éloigné des Singes par ce caractère, l’Homme de La

Chapelle s’en rapproche pourtant un peu plus que l’Homme actuel. La direction du plan du trou occipital est également intermédiaire.

Vus sur leur face inférieure, les temporaux sont remarquables par leur aplatissement général, c’est-à-dire par l’atténuation de leurs reliefs et de leurs creux. Cet aspect diffère de celui que présentent les temporaux des Hommes modernes et se retrouve chez les Singes à un degré plus accusé. J’ai déjà signalé l’exiguïté des apophyses mastoïdes, à peine plus développées que celles des Orangs ou des Gorilles. En avant de la région mastoïdienne, le tympanique présente une

Fig. 128. — Parties antérieures du crâne de La Chapelle-aux-Saints (a gauche) et d un crâne de Français (à droite), vues en dessous pour montrer la différence de profil de la région jugo-maxillaire. 1/3 de la grandeur naturelle.

morphologie se rapprochant de celle des grands Singes. Les cavités glénoïdes, vastes et peu profondes, rappellent un peu celles des Chimpanzés à fond presque plat.

Les maxillaires se profilent en continuation des arcades zygomatiques et accusent la forme en museau de la face (fig. 128). Le palais est remarquable par sa grande superficie, qui est d’environ 2700 millimètres carrés chez l’Homme de La Chapelle, de 1670 millimètres carrés seulement sur un crâne de Français norma1.

LA FACE. H nous reste à examiner la face anté¬

rieure du crâne ( norma facialis ), celle qui correspond au visage chez le vivant (fig. 129). C’est à l’exemplaire de La Chapelle que nous devons la première connaissance exacte et totale de la physionomie de Y Homo Neanderthalensis .

Par ses dimensions, cette face surpasse les plus grandes faces humaines connues. Si elle paraît peu élevée par rapport à sa largeur, cela tient à l’aplatissement de la boîte cérébrale et à la réduction concomitante du front (fig. 130).

L'HOMME DE NÉANDERT H AL 203

L énorme développement des arcades orbitaires caractérise

Fig. 129. — Photographies permettant de comparer les faces antérieures d’un crâne de Chimpanzé, du crâne de La Chapelle-aux-Saints et d’un crâne de Français.

tous les crânes connus de Y Homo Necinderthalensis . Elles se réunissent en un bourrelet saillant, continu, ressemblant tout à

Fig. 130. — Crâne d’un Français et crâne de La Chapelle-aux-Saints, vus de lace, pour montrer la différence de développement relatif de la partie cérébrale et de la

Page 1