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RACE DE GRIMALDI

SON AGE GÉOLOGIQUE. Comme son nom l’indique, cette

race a été établie par le professeur Verneau d’après des documents provenant de l’une des grottes de Grimaldi, la grotte des Enfants. Les squelettes humains,

(1) Verworn (M.), Bonnet (R.) et Steinmann (G.), Der diluviale Menschenfund von Obercassel bei Bonn Wiesbaden, 1919).

LES HOMMES DE L'AGE DU RENNE

trouvés dans cette excavation par M. de Villeneuve, gisaient à trois niveaux. Les deux squelettes supérieurs appartiennent, comme les squelettes des autres grottes, comme le fameux « Homme de Menton », à la race de Cro-Magnon dont nous ferons bientôt l’étude. Les deux squelettes de la race de Grimaldi gisaient à un niveau inférieur. Découverts le 3 juin 1901, ils furent exhumés soigneusement et transportés au Musée de Monaco.

Il importe de se rendre compte exactement des circonstances de ce gisement. La figure 178 montre la coupe des terrains de remplissage de la grotte des Enfants, telle que j’ai pu l’établir d’après les indications de M. de Villeneuve et d’après mes observations personnelles. Ce remplissage se compose de toute une série de couches, superposées sur 10 mètres d’épaisseur et principalement dues à des apports humains, de cendres mélangées avec quelques cailloutis provenant de la désagrégation des parois rocheuses ; les foyers distingués par les explorateurs ne sont que des zones plus cinéritiques que les zones voisines. La totalité de ce remplissage est pléistocène, car le Renne a laissé des restes osseux jusque dans les couches tout à fait supérieures. Ce premier résultat, auquel conduit l’étude de la faune, est des plus important au point de vue de la solution du problème, tant discuté, de l’âge des squelettes humains de l’ensemble des grottes de Grimaldi.

Les couches les plus profondes, reposant sur le plancher rocheux de la grotte et renfermant le Rhinocéros de Merck, m’ont paru devoir être considérées comme formant le passage du Pléistocène

Fig. 178. — Coupe de la Grotte des Enfants.

N, niveau primitif du sol ; F, foyers; -f- 1, point où gisaient les Négroïdes, -f- 2, -f 3, points où gisaient les squelettes du type de Cro-Magnon.

inférieur au Pléistocène moyen. Les squelettes de Négroïdes, situés à 8 m. 50 de profondeur dans un foyer qui surmonte directement ces dépôts, appartiendraient donc au Moustiérien, et c’est la conclusion à laquelle je m’étais d’abord arrêté. Or, comme nous avons affaire ici à un type humain tout à fait distinct de celui de Néanderthal et offrant, avec certaines races africaines de Y Homo sapiens , beaucoup de traits communs, cette coexistence en Europe occidentale, à une même époque géologique, de deux formes humaines si différentes, serait un fait très important.

Mais il y a lieu de faire quelques réserves. Il résulte, en effet, des observations consignées dans le journal des fouilles deM. de Villeneuve, que les Négroïdes reposaient dans une fosse de 0 m. 75 environ de profondeur. Ils n’étaient donc pas contemporains du foyer au niveau duquel on les a rencontrés, et que j’ai cru devoir considérer comme remontant au Pléistocène moyen, mais plutôt d’un foyer supérieur qui limitait supérieurement la fosse et dont l’industrie est déjà nettement aurignacienne d’après M. Cartailhac. Les Négroïdes seraient donc des Aurignaciens, tout comme les Hommes de Cro-Magnon. Au changement assez subit que les archéologues les mieux informés constatent aujourd’hui entre les industries moustiérienne et aurignacienne, correspondrait donc un changement anthropologique non moins important, et cela paraît aller mieux ainsi.

Il ne faut pourtant pas se payer de mots. Il n’en reste pas moins établi que les squelettes de Négroïdes remontent aux débuts de l’âge du Renne, à une époque qui confine au Moustiérien si elle ne se confond pas avec ce dernier. La race que ces squelettes nous révèlent est donc nécessairement beaucoup plus ancienne; elle devait être florissante quelque part, dans une région différente de celle qu’occupait Y Homo Neanderthalensis , et notamment sur la Côte d’Azur où YHomo Neanderthalensis n’est peut-être jamais parvenu. La culture aurignacienne, d’origine probablement méditerranéenne ou africaine, est peut-être plus ancienne ici qu’en France. Si donc nous étudions la race de Grimaldi dans ce chapitre, consacré aux Hommes du Pléistocène supérieur et avec lesquels elle forme d’ailleurs un bloc, celui de YHomo sapiens fossilisi j’aurais pu tout aussi bien en parler à propos du Pléistocène moyen.

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