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ASIE ET MALAISIE

Dans toutes les contrées habitables du grand continent asiatique, on observe des monuments des âges de la Pierre. Partout il s’y rattache des légendes ou des superstitions; de même qu’en Europe, les armes de pierre sont regardées comme des produits du ciel, de la foudre, ou sont employées à des pratiques magiques, pour guérir des maladies.

ASIE ANTÉRIEURE. Les premières trouvailles scienti¬

fiques ont été faites dans l’Asie antérieure, dont le littoral n’est que la continuation de notre littoral méditerranéen et où, par suite, il n’est pas étonnant de constater des faits très analogues à ceux de la plus vieille préhistoire européenne.

Dès 1864, Louis Lartet (1) retrouva, dans le Liban, une station préhistorique découverte trente ans auparavant par Botta et dont le contenu, ossements d’animaux et silex taillés, lui rappela tout à fait les stations du Périgord que son père Edouard Lartet commençait alors à faire connaître. Depuis cette époque, la Palestine et toute la Syrie ont été visitées par de nombreux archéologues ; quelques fouilles ont été faites dans des grottes ou des gisements en plein air ; des collections ont été constituées. C’est par centaines qu’on peut compter aujourd’hui les localités préhistoriques déjà repérées ou signalées dans cette région de l’Asie antérieure par Richard, Cazalis de Fondquce, Morestin, Arcelin, Chantre, de Morgan, Zumoffen, Blanckenhorn, Arne, Desribes, Neophytus, etc.

Au point de vue archéologique, on retrouve ici toutes les formes d’armes ou d’instruments de nos âges de Pierre : types chelléens ou acheuléens (fig. 213), moustiériens, aurignaciens et même magda-

(1) Lartet (Louis), Note sur la découverte de silex taillés en Syrie (Bull, de la Soc. géolog. de France , 2e série, t. XXII, 1865).

LES HOMMES EOSSILES HORS DE L'EUROPE

léniens ou aziliens. Le Néolithique n’est pas moins riche en haches polies et pointes de flèches semblables aux nôtres (1).

Le Paléolithique en place est, comme en Europe, accompagné d’une faune ancienne, comprenant des espèces éteintes ou émigrées. Les brèches osseuses à silex taillés sont parfois des roches dures comme celles de nos grottes françaises. Dans l’antiquité classique, ces brèches ont fourni des moellons pour construction. Les Romains

ont taille une route à travers les brèches de Ras el Kelb en Phénicie. Dans la plaine de Raphaïm, au Sud de Jérusalem, des silex taillés, chelléens ou acheuléens, se trouveraient dans des graviers anciens. Tout, dans le dispositif géologique, dénote donc qu’il s’agit bien de gisements remontant aux temps pléistocènes.

Quand le Néolithique apparaît, on est en présence de l’état

(1) Zumoffen (G.), L’âge de la pierre en Phénicie (L’A., VIII, 1897). La Phénicie avant les Phéniciens. Beyrouth, 1900. — Blanckenhorn (M.), Ueber die Steinzeit und die Feuersteinartefakte in Syrien-Palestina (Zeitschriftfür Ethnologie , XXXVII, 1905). — Neophytus (Frère), La Préhistoire en Syrie-Palestine. (L'A. XXVIII, 1917).

Fig. 213. — Silex tailles de Syrie. (D'après F. -J. Arne.)

physique actuel. Ce Néolithique, très abondant, n’est pas toujours de surface. Pour le trouver en profondeur, c’est à la base des tells , c’est-à-dire des collines artificielles produites par les décombres des villes et villages de l’antiquité classique ou préhistorique, qu’il faut le chercher. Ces faits, et d’autres encore, s’élèvent victorieusement contre les idées surannées des archéologues classiques déclarant que notre Paléolithique ne saurait être plus ancien que les vieilles civilisations de la Chaldée ou de l’Egypte.

Les découvertes, d’abord localisées en Syrie, n’ont pas tardé à s’étendre et à se multiplier. Dès 1878, Cartailhac (1) a pu dresser un inventaire de l’âge de la Pierre en Asie. Depuis cette époque, cet inventaire a considérablement grossi. Je ne puis signaler ici que les faits les plus importants,

L’Asie mineure et la Perse, pays de montagnes et de hauts plateaux, en grande partie recouverts de glaces ou de neiges pendant le Pléistocène, se montrent fort pauvres en Paléolithique. J. de Morgan a exploré sans résultats de grandes masses d’alluvions anciennes descendues des montagnes. Mais il a été plus heureux dans les plaines basses, où des stations renferment à la fois du Paléolithique et du Néolithique. Celui-ci s’observe partout, au Sinaï, en Arabie, en Mésopotamie, et jusqu’à Suse où il a été révélé par les belles fouilles de J. de Morgan et de Mecquenem (2).

ASIE CENTRALE. ‘ Dans le Turkestan, les recherches de

SIBÉRIE. Pumpelly (3) lui ont permis de retrou¬

ver les traces de cinq civilisations successives, allant du Néolithique à nos jours. La plus ancienne daterait de 8 000 ans avant notre ère. Dans le Turkestan chinois, le Dr Vaillant a signalé des dessins rupestres et des haches polies.

Vers le Nord, nous avons à enregistrer en Sibérie diverses découvertes dues aux explorateurs russes. La plus importante est celle d’Aphontova, près de Krasnoïarsk, au Nord de l’Altaï, massif riche en cavernes à ossements. Le gisement décrit par Savenkov, de Baye

(1) Cartailhac (E.), L’âge de la pierre en Asie ( Congrès des Orientalistes, 3e session, Lyon, 1878).

(2) Morgan (J. de), Les premières civilisations. Paris, 1909.

(3) Pumpelly (R.), Explorations in Turkestan... Washington, Carnegie Institution, 1908.

et Volkov (1) est une station paléolithique en place, dans une terrasse supérieure de l’Iénisséi, à 15 ou 18 mètres au-dessus du fleuve. Les graviers de cette terrasse, utilisés comme bàllast, sont surmontés d un dépôt de limons, ou lœss , renfermant une riche faune pléistocène, avec Mammouth, Rhinocéros tichorhine, Renne. Les pierres travaillées se trouvent en abondance à la base des limons, à leur contact avec les graviers. Ce sont des instruments fabriqués avec des galets de quartzite, taillés sur une ou deux faces,

Fig. 214. — Racloir en quartzite d’Aphontova-Gora. Grandeur naturelle. (D'après

De Baye et Volkov.)

suivant les modes moustiérien ouchelléen (fig. 214). Avec ces objets en pierre, il en est d’autres en os, en bois de Renne, en ivoire de Mammouth. Ce niveau, essentiellement paléolithique, analogue au point de vue géologique à nos gisements alluviaux européens, est tout à fait indépendant du Néolithique de la région qui a laissé des témoins caractéristiques dans la terre végétale recouvrant le lœss. Krasnoïarsk, situé par une latitude d’environ 56°, paraît être la station paléolithique pléistocène la plus septentrionale qu’on connaisse. Ici les grandes nappes glaciaires ne se sont pas avancées aussi loin vers le Sud qu’en Europe.

(1) Savenkov, Sur les restes de l’époque paléolithique dans les environs de Krasnoïarsk ( Congrès inter n. d’Anthrop. et d’Archéol. de Moscou, t. I, 1892). — Baye (Baron de) et Volkov, Le gisement paléolithique d’Aphontova-Gora (L’A., X, 1899),

Savenkov a relevé, sur des rochers de la Sibérie occidentale, de curieuses gravures et peintures qui sont parfois d’un joli caractère et rappellent alors les produits de notre art paléolithique.

Parmi les autres localités intéressantes de la Sibérie, au point de vue qui nous occupe, on peut encore citer les environs de Tomsk, Irkoutsk, les bords du lac Baïkal. Dans le gouvernement d’Irkoutsk, Vitkovsky a fouillé des tombeaux à mobilier néolithique de caractère archaïque, et dont les cadavres humains avaient été recouverts d’ocre rouge comme ceux de notre âge du Renne. Plus au Nord, dans la Sibérie orientale, près de Olekminsk, les terrains qui bordent la Léna renferment des pointes de flèches en silex, des outils en ivoire de Mammouth, modestes monuments d’un âge de la Pierre qui règne encore, ou régnait naguère, chez les populations circumboréales dont nous venons d’atteindre les territoires.

Revenant vers le Centre du continent, nous avons à signaler les recherches de M. et Mme Torii en Mongolie orientale, couverte d’une incroyable quantité de vestiges et de ruines. Les objets en pierre, haches, couteaux, racloirs, flèches, sont néolithiques. D’après les auteurs, celte région et aussi la Mandchourie, la Corée, le Japon et même la Chine n’auraient pas de Paléolithique. En Asie, la période de la pierr‘e polie serait moins nettement séparée de la période de la pierre taillée qu’en Europe (1).

Mais toutes ces contrées sont riches en reliques préhistoriques allant de l’âge de la Pierre à l’âge du Fer. Le littoral de la Mandchourie (Port- Arthur), ce l’Amour, du Japon, possède de nombreux amas de coquilles et de débris de cuisine analogues à ceux du Danemark. Parfois fort élevés au-dessus du niveau actuel de la mer, ils renferment un outillage néolithique d’un caractère spécial.

Ces mêmes pays, ainsi que la Corée, sont couverts de monuments mégalithiques.

La. préhistoire chinoise est encore à peu près inconnue; nous savons cependant qu elle a connu une phase néolithique.

(1) Torii (R.), et Torii (Kimico), Études archéologiques et ethnologiques ( Journal of College of Science , XXXVI, Tokyo, 1914).

ASIE MERIDIONALE. L’Asie méridionale est beaucoup plus

riche. Les vieux âges de la Pierre y sont représentés par de nombreux gisements dont quelques-uns remontent à un lointain passé géologique.

Un géologue anglais, Nœtling, a signalé la présence de silex taillés

dans un conglomérat pliocène de la Birmanie centrale. Ce ne sont probablement que des éolithes naturels (voir p. 129). Mais un peu partout, dans l’Inde, des pierres taillées de style paléolithique se rencontrent à la surface du sol. Dès 1866, Foote (1) découvrait

(1) Foote (R. Bru.ce), Diverses publications, notamment dans le Congrès iniern . d’A ch. et d’Anthrop ., 1868, p. 224.

des quartzites taillés en amande dans les dépôts de latérite (1) des environs de Madras, dont la formation remonte au moins aux temps pléistocènes (fig. 215). Depuis cette époque, les trouvailles de ce genre se sont multipliées. Seton-Karr attribue aux quartzites des latérites une antiquité de 250 000 ans.

D’autres pierres taillées ont été trouvées en place dans les alluvions anciennes de nombreux cours d’eau : la Nerbudda, la Godavari, les affluents de la Kistna, etc., dans des cavernes du district deKarnul. La faune qui accompagne les objets est en grande partie composée d’espèces éteintes et plusieurs de ces espèces remontent aux temps pliocènes. Le problème de l’antiquité de l’Homme se présente donc ici sous le même aspect qu’en Europe (2).

Les musées des principales villes de l’Inde sont déjà riches en collections d’objets préhistoriques de toutes sortes et en ont publié des catalogues (3).

Des industries lithiques tout à fait semblables à celles de nos époques chelléenne, acheuléenne, moustiérienne, aurignacienne et même solutréenne sont répandues en surface, surtout dans le Sud- Est de l’Inde. Les environs de Madras, de Cuddapah, particulièrement riches à cet égard, représentent une région où la technique s’est perfectionnée peu à peu, et comme un grand centre de diffusion de la culture paléolithique (4).

Les cavernes de la région de Karnul, encore mal explorées, ont fourni un outillage qu’on rapproche de notre Magdalénien , mais qui paraît remonter à une époque plus ancienne. On peut encore distinguer dans l’Indeune dernière phase paléolithique représentée par les silex pygmées, de forme tardenoisienne (voirp. 337) du Banda et des collines Vindhyan, et qui passe sans hiatus au Néolithique,

(1) La latérite est une terre rouge, argileuse, produite par la décomposition des roches sous-jacentes et très répandue dans les régions tropicales.

(2) Ball (V.), On the forms and geographical distribution of ancient stone implements in India ( Proceed . of the Royal Irish Academy, 1878). — Logan, Old chipped stones of India, 1906. — Oldham (R. D.), A manuel of the Geology of India. 2e éd., Calcutta, 1893.

(3) Foote (R. Bruce), Catalogue raisonné of the Foote collection in the Madras Muséum, 1914. Notes oq the âges and distribution of the Foote collection of prehistoric and protohistoric antiquities in the Madras Muséum, 1916. M. A. ReFs Catalogue of the prehistoric antiquities from Adichannallur and Perumbair, 1915. — Brow n (J. Coggin), Catalogue raisonné of the prehistoric antiquities in the Indian Muséum, Calcutta, 1917.

(4) Mitra (Panchanan), Prehistoric cultures and Races of India ( Calcutta University Journal of the department of Letters , vol. I, 1920). Prehistoric Arts and Crafts {Ibid., vol. III, 1920).

Les découvertes de cavernes peintes et gravées sont maintenant relativement nombreuses et des plus intéressantes. Des peintures rouges, sur rochers situés près de Singanpur, district de Raigahr, représentent des scènes de chasse, des danses avec personnages masqués, et ressemblent à celles de Cogul (Espagne). L’une d’elles figure des Kanguroos, animaux actuellement relégués en Australie.

Fig. 216. — Peinture d’une caverne de Mirzapur représentant une cliasse au

Rhinocéros. (D’après Mitra.)

Des gravures rupestres à Ghatsila, district de Singbhurn, sort remarquables par leur caractère australien. Ces faits indiquent, d'après Mitra, l’existence d’une ancienne culture indo-australienne allant du Paléolithique supérieur au Néolithique.

Cockburn a découvert de nombreuses peintures dans les cavernes du district de Mirzapur. Des scènes de chasse montrent ici des hommes armés de harpons avec pointes de trait en pierre et attaquant des Rhinocéros (fig. 216). On peut les attribuer à la fin du Paléolithique représenté dans la même régionpardes industries capsienneet azilienne. On connaît, dans le district de Bellary, plus de vingt groupes de figurations animales et de scènes de chasse, avec des hommes

armés de javelines et de boucliers et qui sont probablement néolithiques.

Le Néolithique se rencontre un peu partout eu Asie méridional. Dans Flnde, le district de Bellary était alors un grand centre où s’observent de nombreux et grands tumulus cinéritiques de cette époque. Dans le Nord-Est du Béloutchistan, il y a aussi des collines artificielles avec instruments en pierre et armes de bronze. Les haches polies, les pointes de flèches, etc., sont abondantes dans l’Inde, la presqu’île Malaise, au Cambodge, au To ikin, etc. Je ne citerai que pour mémoire les monuments mégalithiques si nombreux dans le Dekhan et jusque dans les montagnes de l’Assam .

L île de Ceylan a été étudiée, au point de vue anthropologique, par F. et P. Sarasin qui ont trouvé dans ses cavernes, où vivaient et où vivent encore les misérables Veddas, un outillage en quartz, rappelant notre industrie paléolithique de La Madeleine (1). D’après Wayland, le Paléolithique de cette île comprendrait des formes chelléennes, moustiériennes, aurignaciennes, et représenterait une période antérieure à l’arrivée des Veddas (2).

Les cavernes de Célèbes et de Sumatra ont livré un matériel lithique semblable à celui de Ceylan et comparable à celui de nos grottes de l’âge du Renne. Ces diverses îles auraient été habitées, à une époque reculée, par une race primitive, de petite taille, dont les descendants, plus ou moins métissés, constituent les groupes résiduels des Veddas de Ceylan, des Kubus de Sumatra, des Toalasdes Célèbes, des Senois du continent (3).

En somme, le peu que nous savons de la préhistoire asiatique nous permet d’affirmer qu’elle remonte, sur certains points tout au moins, aussi loin dans le passé qu’en Europe, Les quelques faits que je viens d’énumérer montrent déjà une diversité accusant, dans les grandes lignes, une succession d’époques ou d’états comparable à la succession européenne : Paléolithique, Néolithique, du Bronze et du Fer. Il n’y a peut-être pas synchronisme, mais il y a homotaxie. Un jour viendra où la science pourra établir, pour chaque grande région de l’Asie, une succession plus détaillée, avec des parallélismes

(1) Sarasin (Paul et Fritz), Ergebnisse naturwissenschaftlicher Forschungen auf Ceylon. Bd. IV. Die Steinzeit auf Ceylon. Wiesbaden, 1908.

(2) Spolia Zevlanica (vol XI, part 41, 1919).

(3) Sarasin (P. et F.), Versuch einer Anthropologie der Inseln Celebes,'1905. — Neue thochrone Funde im Innern von Sumatra. Bâle, 1914.

et des synchronismes d’une région à l’autre. On lira avec le plus vif intérêt les tentatives déj à faites dans ce sens par un savant de nationalité indienne, M. Panchanan Mitra, qui s’est efforcé, dans les mémoires cités plus haut, de systématiser la préhistoire de l’Inde, depuis les temps les plus reculés, avec celle de l’Eui ope. Tout porte à croire que l’Asie occidentale et méridionale, si riche en fossiles tertiaires et quaternaires, nous fournira tôt ou tard des découvertes précieuses, sinon décisives.

DOCUMENTS Nous connaissons la richesse des dé-

OSTÉOLOGIQUES. pots fossilifères des collines sub-hima-

layennes, qu’on nomme les Siwaliks, en Mammifères de toutes sortes, et notamment en restes de Singes anthropomorphes. Il est surprenant qu’on n’y ait encore trouvé aucun débris osseux pouvant se rapporter à l’Homme ou à son précurseur immédiat. Il est vrai que Pilgrim considère le Sivapithecus comme réalisant une forme ancestrale, mais nous avons vu que cette opinion n’est pas suffisamment fondée (voir p. 87).

Il est à désirer, et il est très possible, que l'avenir nous réserve d’heureuses surprises, car, pour le moment, en dehors du Pithécanthrope de Java, auquel j’ai consacré un chapitre spécial, je n’ai à signaler, pour toute l’Asie et la Malaisie, qu’un très petit nombre de trouvailles vraiment paléontologiques (1).

Zumoffen a extrait de la grotte d’Antelias, en Phénicie, quelques ossements humains se rapportant à plusieurs individus et peut-être d’âge aurignacien.

En 1915, le paléontologiste japonais Matsumoto(2) a décrit un sacrum humain trouvé dans un dépôt de lœss de Ho-nan (Chine) avec des ossements d’animaux, notamment d’un Eléphant voisin du Mammouth. Les caractères les plus remarquables de ce sacrum seraient une faible courbure et une diminution très graduelle des dimensions des vertèbres sacrées, de la première à la dernière (fig. 217). Il différerait ainsi des sacrums d’Hommes actuels pour se rapprocher du sacrum de Y Homo Neanderthalensis . Le principal intérêt de cette découverte consiste dans l’espoir qu’elle

(1) Il y a, dans l’un des mémoires de Mitra, cités plus haut, l’indication, sans détails, de crânes humains trouvés par M. Réa à Adichannallur.

(2) Matsumoto (H.), On some fossil Mammals from Ho-nan, China ( Science Reports of the Tcnoku Impérial University , 1915).

fait naître pour l’avenir. Elle prouve qu’il y a des restes d’Hommes fossiles dans le Pléistocène chinois.

On a décrit un certain nombre de crânes recueillis dans des sépultures antiques ou des gisements préhistoriques de diverses régions de l’Asie, mais ces documents ne paraissent pas remonter au delà des temps actuels. Ils se rattachent tout au plus au Néolithique. Ils nous apportent cependant une notion intéressante que l’archéologie pouvait nous faire prévoir, c’est que l’Asie, comme

Fig. 217, — Sacrum humain du lœss de Ho-nan. 1/2 de la grandeur naturelle.

(D’après Matsumoto.)

l’Europe, a été le théâtre de grands changements de population. La plupart de ces crânes, en effet, appartiennent à des races différentes de celles qui occupent actuellement les pays où ils ont été découverts.

C’est ainsi que deux crânes des stations préhistoriques de la Transbaïkalie sont dolichocéphales ; ils rappellent les crânes des kourganes ou tumulus de la Russie méridionale et diffèrent totalement des types brachycéphales actuels de la région.

Les kourganes de la Sibérie, d’âges très divers, renferment des crânes de formes très différentes. Avec des spécimens semblables à ceux des Mongols et des Ostiaks, il y a des formes dolichocéphales analogues à ceux des kourganes russes (1). L’anthropologiste américain Hrdlicka (2) croit avoir retrouvé, dans

(1) Zaborowski, Bail, de la Soc. d' Anlhrop. de Paris 1898.

(2) Hrdlicka (A.), Congrès intern . d' Anthrop. et d’Archéol. Genève, 1912,

LES HOMMES EOSSILES HORS DE L'EUROPE

les kourganes de la Sibérie, de la Mongolie et du Tibet, les squelettes des représentants de la race qui a peuplé l’Amérique.

Les squelettes récemment exhumés des amas de débris de cuisine japonais, à industrie néolithique, offrent, d’après Matsumoto (1), avec des différences qui permettent de distinguer au moins trois types, un fonds commun de caractères qui les rapprochent des squelettes d’Aïnos, mais qui les font ressembler, plus encore que ces derniers, à certains Hommes du Paléolithique récent et du Néolithique européen.

Le Professeur Verneau (2) a décrit trois crânes provenant des dépôts d’allure néolithique d’une caverne du Tonkin. Ces crânes se rapprochent par leur disharmonie de ceux de notre race de Cro- Magnon. Ils n’ont pas appartenu à des Mongols, ce sont plutôt ces Blancs que des Jaunes.

D. Sanchez y Sanchez (3) vient de nous faire connaître un crâne humain trouvé à 2 m. 50 ou 3 mètres de profondeur, dans le sous-sol de la ville de Manille (Philippines), formé par les alluvions du rio Pâsig. 11 lui trouve des caractères de certains Négritos et le rattache à une race prénégrito en lui donnant le nom d'Homo Mcinillensis. Malheureusement, rien ne permet de dater ce document ostéologique.

D’après les frères Sarasin, Ceylan, Sumatra, les Célèbes auraient été habitées à une époque reculée par une race primitive, de petite taille, simple variété probablement du type Négrito, sur l’antiquité et l’ancienne extension duquel Quatrefages a tant insisté dans ses écrits.

Enfin, le Dr Eugène Dubois a récemment fait, à l’Académie d'Amsterdam, une importante communication sur deux crânes humains trouvés à Wadjak (Java), dans un terrain ‘d’éboulis et d’atterrissement (4). Cette découverte remonte à 1890; elle est

(1) JVLatsumoto JH.), Notes on the stone âge people of Japan (American Anthropologist, vol. XXIII, ne 1, 1921).

(2) Verneau (Dr R.), Les crânes humains dix gisement préhistorique de Pho-binh- Gia, Tonkin (L’A., XX, 1909).

(3) Sanchez y Sanchez (D.), Un crâneo humano prehistôrico de Manda (Mem Real Soc. Espaîï. Hist. nat., XI, 1921).

(4) Dubois (Eug.), The Proto-Australian fossil Man of Wadjak, Java ( Proceedings de l’Académie d’Amsterdam, vol. XXIII, n° 7, 1921). C’est la traduction anglaise d’un mémoire paru d’abord en hollandais dans les Verslagen de l’Académie d’Amsterdam.

donc antérieure à celle du Pithécanthrope que Dubois devait faire à Trinil peu de temps après.

Les crânes, trouvés à Fétat fragmentaire, sont suffisamment fossilisés pour qu’ils puissent être considérés comme d’âge pléis-

Fig. l218. — Le crâne de Wadjak I, va de profil, de face et de haut. 1/3 de la grandeur naturelle. — Au profil de ce crâne (figure supérieure), on a superposé le profil d’un crâne typique de Javanais pour montrer les différences (D’après Dubois).

tocène, malgré l’absence d’autres preuves de leur antiquité géologique.

Le premier, Wadjak I, est féminin; le second, Wadjak II, est masculin. Ils sont l’un et Fautre dolichocéphales, très différents du type malais, et offrent, avec un aspect plus robuste, tous les cara-

tères de crânes australiens et tasmaniens : voûte crânienne carénée, scaphocéphale ; front fuyant; arcades sourcilières proéminentes; orbites basses, etc. (fig. 218).

Wadjak 1 est exceptionnellement volumineux pour une femme (longueur, 200 millimètres ; largeur, 145 millimètres) ; sa capacité peut être évaluée à 1 550 centimètres cubes, chiffre supérieur à celui de la capacité maximum des Australiens et Tasmaniens et à la

Fig. 219. — Mâchoire supérieure et mandibule du crâne de Wadjak II, vues de profil et de face. 1/2 de la grandeur naturelle. (D’après Dubois.)

moyenne des femmes européennes. Le palais est vaste; l’arcade dentaire supérieure déborde l’arcade inférieure.

Les mandibules, construites sur le plan australien, sont massives (fig. 219), aussi vigoureuses, dit Dubois, que la mâchoire de l’Homme d’Heidelberg.

C’est la première fois qu’on signale de tels crânes en dehors de l’Australie. La découverte de Dubois complète d’une façon très heureuse celle de Talgai dont je parlerai tout à l’heure. L 'Homo Wadjdkensis est un proto-Australien dont l’origine apparaît ainsi devoir être Est-asiatique. Dans son étude, Dubois confirme absolument ce que j’ai cherché à établir, que V Homo Neanderthalensis et X Homo sapiens, ce dernier représenté ici par une forme très primitive, sont deux types humains très différents.

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