AMÉRIQUE DU SUD
GÉNÉRALITÉS. L’Amérique du Sud, avec son très an¬
cien massif ou Plateau brésilien , avec ses immenses bassins fluviaux, avec ses 8000 kilomètres de Cordillères, que jalonnent et couronnent d’énormes volcans actifs, réalise, au point de vue physique, une unité continentale très particulière et d’une grande autonomie.
Cette autonomie n’est pas moins marquée au point de vue des phénomènes de la vie. L’Amérique du Sud constitue une des principales divisions biogéographiques du globe, la région néo-tropicale. Ses forêts vierges et ses plaines herbeuses offrent, sur de vastes étendues, des associations végétales particulières ; elle a aussi ses formes d’insectes, de Poissons et de Reptiles; elle est le domaine d’une multitude’ d’Oiseaux au plumage éclatant, Colibris, Perroquets, Coqs de roche, etc. ; elle est la patrie à peu près exclusive des Ouistitis, des Singes à queue prenante, des Chauves-souris vam-
pires, des Sarigues, des Pécaris, des Lamas et surtout des Edentés : Fourmiliers, Paresseux, Tatous.
Cette physionomie spéciale est un legs du passé, car on la voit s’affirmer quand on remonte le cours des âges géologiques. Pendant
les temps quaternaires et tertiaires, il y avait à côté d’Edentés énormes, Mégathérium (fig. 241), Mylodon , Glyptodon (fig. 242), qui ont tant étonné les premiers paléontologistes, mais qui
ne sont que des formes géantes des Paresseux et des Tatous actuels ( 1 ) , une foule d’autres Mammifères étranges et si différents de ceux de l’hémisphère boréal qu’il a fallu créer pour eux des ordres spéciaux : tels les Typotherium , les Toxodon, les Macrauchenia. .. et, plus anciennement, les Astrapotherium , les Pyrotherium, etc. Par contre, on n’a jamais trouvé, dans les riches gisements fossilifères du Tertiaire de la Patagonie, la moindre trace d’animaux pouvant se rapporter à nos Proboscidiens, à nos Artiodactyles, à nos Ruminants, à nos Solipèdes, à nos Carnassiers placentaires, à nos Singes
Fig. 241. — Squelette de Mégathérium. Hauteur vraie : 3 m. 60. — Galerie de Paléontologie du Muséum national d'Histoire naturelle.
supérieurs. Vers la fin, pendant le Pliocène et le Pléistocène, il y a bien des Mastodontes, des Tapirs, des Chevaux, des Cerfs, de grands Félins, mais ce ne sont pas des autochtones ; ils sont venus d’ailleurs, principalement de l’Amérique du Nord, Albert Gaudry a pu dire qu’après le début de l’ère tertiaire, l’évolution des Mammifères ne s’est pas faite ici comme dans l’hémisphère boréal.
(1) C’est notre grand Cuvier quia reconnu la vraie nature du Mégathérium , en étudiant un squelette envoyé à Madrid en 1789. Le roi d’Espagne, Charles III, ordonna alors aux fonctionnaires de la colonie de lui expédier un de ces animaux vivant ou tout au moins empaillé. Ce désir royal ne fut pas réalisé, et pour caiise-
Il y a là un fait considérable au point de vue de l’histoire paléontologique de l’Homme. Puisque l'Amérique du Sud a toujours été dépourvue de Primates perfectionnes, de Singes supérieurs, ce n’est pas sur ce continent qu’on peut s’attendre a découvrir des représentants des premiers Hommes ou de leurs ancêtres immédiats. Nous allons voir cependant qu’un naturaliste de grand mérite, Ameghino, a édifié tout un système de genealogie humaine en prenant le contre-pied de cette proposition.
L'Amérique du Sud n'a jamais été ensevelie sous les glaces quaternaires. Celles-ci, même dans le Sud du continent, sont restées
Fig. 242. • — Squelette de Glyptodon, Longueur vraie ; 2 m, 90- — - Galerie de Paléontologie du Muséum national d 'Histoire naturelle.
localisées dans la chaîne des Andes ou dans son voisinage, Mais les grands phénomènes climatériques des dernieres époques géologiques n’y ont pas moins joué leur rôle et laissé d imposantes traces. Ce sont d’abord, provenant de la démolition de la Cordillère et s’étalant au pied, de la chaîne, de vastes amas de dépôts fluvioglaciaires et torrentiels; ceux-ci passent peu à peu à des formations qui recouvrent toutes les parties basses du continent d’un immense manteau détritique : sables, argiles, limons, etc., produits soit par les cours d’eau, soit par des ruissellements de pluies diluviennes, soit par des transports éoliens de cendres volcaniques, soit par des incursions momentanées de la mer et souvent par l’action combinée de ces divers facteurs.
LES TERRAINS Les terrains auxquels appartiennent
PAMPÉENS. les dépôts pampéens , très analogues en
somme à nos limons ou lœss, nous intéressent particulièrement comme ayant fourni la plupart des découvertes anthropologiques dont je dois donner un aperçu.
Tous ces depots sont riches en fossiles. Malheureusement, à cause des différences de faunes, qui ont ici un cachet tout spécial, les synchronismes avec l’Amérique du Nord et, plus encore, avec l’Europe sont difficiles à établir. Les paléontologistes ont d’abord été vivement impressionnés par le caractère étrange et le gigantisme des animaux fossiles découverts dans les dépôts superficiels de l’Amérique du Sud et, par analogie lointaine avec l’Europe, ils ont été portés à vieillir ces dépôts. C’est la direction suivie par le savant argentin Ameghino. Aujourd’hui on est plutôt porté à les rajeunir, ce qui est conforme aux données purement géologiques. Beaucoup des curieuses bêtes fossiles du sous-sol des pampas peuvent avoir vécu jusqu’à une époque relativement peu éloignée de nous. Cela semble même démontré, nous le verrons bientôt, pour quelquesunes d’entre elles.
Les terrains pampéens ont d’abord été considérés en bloc. Puis on a cherché à les diviser en se basant, d’une part, sur leurs caractères physiques, d’autre part, sur leur contenu paléontologique. La division a été poussée à l'excès par Ameghino qui distinguait une douzaine d’étages. Mais de bons géologues, tels que Roth, Steinmann, Burckhardt, Bailey AVillis, loin de suivre cet exemple, ne font qu’un petit nombre de coupures dans l’épaisseur des terrains pampéens.
Les premiers observateurs, d’Orbigny, Darwin, croyaient ces terrains de formation récente, Ameghino les vieillissait beaucoup, en faisant remonter les plus anciens jusqu’à la période miocène. Aujourd'hui, géologues et paléontologistes paraissent d’accord pour y voir un complexe allant du Pliocène à Factuel. Voici comment on peut diviser en quatre étages les terrains superficiels des pampas et résumer les caractères de ces étages (i).
H olocène o a Récent . . PosEpampéen.
„ , „ , ( supérieur, Bonaréen.
Pleistücene . Pampeen . ^
( inferieur, Rnsenadeen.
Pliocène . Prépampéen ou Hermoséen.
Au-dessous viennent, en Patagonie, des terrains plus anciens, miocènes et oligocènes.
(1) La bibliographie est abondante et trop spéciale pour être donnée ici. Je signale simplement aux anthropologistes le clair résumé qu’ils trouveront dans un charmant petit livre d’ÜUTES et Bruch, Los Aborigènes de la Repüblica Argentina, Buenos-Aires, 1910.
L’ Hermoséen, bien visible au monte Hermoso, près de la baie de Bahia Blanca, est parfois rattaché au Pampéen, comme Pampéen inférieur ou Prépampéen. Il est formé de couches de couleur brune, pain d’épice, sableuses ou argileuses, et de cendres volcaniques. Ameghino le croit d’âge miocène; la plupart des géologues l’attribuent au Pliocène.
Le vrai Pampéen recouvre l’Hermoséen et constitue presque partout le revêtement de la plaine argentine. D'origine essentiellement terrestre, subaérienne, de coloration aux tons chauds, il représente,
Fig. 243. — Coupe schématique des terrains pampéens entre Buenos Aires et La
Plata. (D'après Outes et Bruch.)
avec ses concrétions calcaires (fosca), une formation analogue à notre lœss, mais on y observe parfois quelques dépôts d’eau douce, des lits de cendres volcaniques et, vers le littoral, des intercalations de sédiments marins. Il se laisse assez facilement diviser en deux étages.
L’étage inférieur, ou Ensénadéen, est formé de limons cohérents, compacts, bran clair, avec concrétions calcaires disposées en lits ou ramifiées. Il a 15 à 20 mètres d’épaisseur dans la région de La Plata.
L’étage supérieur, ou Bonaréen , est constitué par un limon plus léger, non stratifié, véritable lœss éolien, de couleur jaune, avec concrétions en « poupées ». Ce terme du Pampéen est le plus facile à observer parce qu’il affleure partout sous la terre végétale ; son épaisseur peut également atteindre 20 mètres.
Au-dessus du Bonaréen, on observe, sur certains points, quelques terrains qu’ Ameghino considérait encore comme pléistocènes, mais qu’il vaut mieux paralléliser avec l’Holocène européen, car ils représentent bien les temps actuels. Ce sont des sédiments, de couleur
grise, formés dans des dépressions du sol, principalement au bord des cours d’eau. Quelques dépôts témoignent de petites invasions marines; il y a aussi des dunes littorales.
La Paléontologie montre des transitions insensibles entre ces divers termes stratigraphiques, depuis la faune pliocène de l’Hermoséèn jusqu’à la faune exclusivement actuelle du Post-pampéen,
Après ces notions générales, nous pouvons aborder notre sujet principal et, pour rester fidèle à la méthode que j’ai suivie jusqu’ici, j ’examinerai d’abord les découvertes d’ordre archéologique, puis les découvertes d’ossements humains.
DOCUMENTS Toute l’Amérique du Sud est riche en
ARCHÉOLOGIQUES documents archéologiques. Depuis la
mer des Antilles jusqu’au cap Horn, elle est couverte de monuments antiques plus ou moins grandioses ou parsemée d’objets de toutes sortes indiquant une longue occupation humaine. Ici, comme dans l’Amérique du Nord, il est très difficile de faire le départ entre ce qui revient aux Indigènes du temps de la conquête et ce qui appartient à leurs lointains ancêtres.
Cependant certaines stations humaines paraissent remonter assez haut dans le passé. Les amas de coquilles et de débris de cuisine (shell mounds ou shell heaps) sont nombreux, tant sur les rivages du Pacifique, au Chili (1), auPérou, qu’àla Guyane, auBrésil, dans la République Argentine, en Patagonie et jusqu’à la Terre de Feu. Dans cette dernière région, où les Indigènes actuels en édifient encore, ils ont été étudiés par Lovisato (2). Leurs dimensions sont parfois considérables (plus d’un kilomètre de longueur) ; les coquilles qu’ils renferment sont plus robustes que celles des mêmes espèces de Mollusques actuels ; il semble que, depuis l’origine de ces monticules, le niveau de la mer se soit déplacé. Toutes ces conditions doivent leur faire attribuer une antiquité relativement considérable, ce qui est très intéressant à cause de leur situation à l’extrême Sud, mais rien ne prouve, comme on l’a prétendu, qu’ils remontent au delà de la période géologique actuelle.
(1) Le Dr Uii le, dans le premier volume des Publicaciones del Museo de Etnolo gia y A nthropologici du Chili, a récemment décrit deux gisements de ce genre, l’un près du port de Taltal, l’autre pr< s de Constituciôn. Les couches inférieures ne renferment que des instruments de caractère paléolithique, notamment des amygdaloïdes; les pointes de flèches, de style néolithique, ne se trouvent que dans les couches superficielles,
(2) Cité par Keane, Ethnology, p. 96.
LES HOMMES EOSSÎLES
Il en est de même des paraderos , emplacements de villages et monticules funéraires des anciens Patagons (1). Leur matériel archéologique comprend de très nombreux objets en pierre, mais si quelques pièces rappellent une facture paléolithique, l’ensemble des couteaux et grattoirs, pointes de flèches, mortiers, pierres polies, poteries, etc. , correspond évidemment à la culture néolithique générale des Indiens d’avant la conquête. Il est permis cependant d’inv quer, en faveur d’une certaine antiquité, les changements de climat survenus depuis l’abandon de ces centres d’habitation, dans une contrée aujourd’hui aride et désolée.
Les gisements analogues, dits sambaquis , du Brésil peuvent aussi être fort anciens sans, pour cela, remonter au Pléistocène.
Ce sont là des gisements de surface. De nombreuses trouvailles ont été faites au sein même des terrains pampéens. Dans le court exposé que je dois en faire, je les grouperai en quatre categories : 1° les objets en pierre ; 2° les scories et terres cuites, prétendues traces de foyers; 3° les os fendus, incisés, travaillés, brûlés, etc. ; 4° les autres faits archéologiques de nature à établir la contemporanéité de l’Homme et d’animaux d’espèces perdues.
MATÉRIEL LITHIQUE. D’une manière générale, les objets
en pierre sont rares dans l’intérieur des couches géologiques plus anciennes que les terrains post-pampéens ou récents. Et c'est là un fait significatif, quand on l’oppose à
l’abondance des ossements humains exhumés de ces mêmes terrains. Outes, dans son beau livre sur « L’âge de la Pierre en Patagonie », nous apprend que les gisements superficiels d’instruments en pierre de facture paléolithique sont assez nombreux en Patagonie. Ameghino aurait retiré deux quartz taillés d’une couche assez profonde des graviers du ruisseau Observaciôn (fig. 244), ce qui permettrait d’attribuer au Pléistocène (Pampéen supérieur) l’ensemble de cette industrie à pierres ovoïdes, taillées sur les deux faces et
ressemblant beaucoup à celles de Trenton (Etats-Unis). On peut objecter que l’âge pléistocène des graviers n’est pas démontré, et que de pareils objets sont nombreux dans les terrains post-pampéens.
(1) Verneau (R.), Les anciens Patagons. Monaco, 1903. — Outes (F.), La edad de a piedra en Patagonia ( Anales del Museo de Buenos Aires , 1905). Avec un résumé en français et une bibliographie.
En dehors de ce fait, de beaucoup le plus sérieux, on a signalé un grand nombre de trouvailles isolées de quartzites et de silex paraissant présenter des caractères de taille intentionnelle, parfois même de véritables instruments, dans le Pampéen supérieur, dans le Pampéen inférieur et même dans l’Hermoséen. Tout cela est peu démonstratif : ou bien il s’agit de pierres informes, éclatés naturellement, ou de simples éclats, ou bien d’objets identiques à ceux
Fig. 2x4. — Quartz taille de l’arroyo Observaciôn. 4/5 de la grandeur naturelle.
(D’après Ouïes.)
des Indiens. Nulle part on n’a trouvé en place un ensemble d’objets lithiques répondant à une station, à un atelier.
Ameghino a décrit une industrie de la pierre éclatée ou fendue, qu’il a attribuée à son Homo pampaeus du Pampéen inférieur et qu’il a déclaré être plus primitive que les éolithes d’Europe. Dans l’Hermoséen, considéré par lui, nous l’avons dit, comme d’âge miocène, il a trouvé l’industrie de la «pierre brisée, la plus simple qu’on puisse imaginer». Toutes ces pierres ne sont pas des éolithes, comme je l’avais d’abord pensé ; les enquêtes faites sur place par Plrdlicka et Willis ont mon! ré que le gisement de ces cailloux se trouve dans des dunes de sable récentes et que les cailloux euxmêmes ne représentent que des rebuts de fabrication de l’industrie des Indiens d’il y a quelques siècles à peine, les auteilrs disent même : d’il y a un siècle !
Je dois ajouter qu’ Ameghino (1) a signalé des faits du même genre dans des terrains de la Patagonie beaucoup plus anciens, remontant
d’après lui à l’Oligocène et même à l’Eocène ! Il s’agirait des instruments rudimentaires fabriqués et employés par les petits Singes de ces époques reculées, prétendus ancêtres des Hominiens !
SCORIES ET TERRES On connaît, depuis longtemps, dans les
CU 1TES. dépôts pampéens , des scories et des roches
dures, rouges, ressemblant à de la brique ou à de la terre cuite. Ce sont ordinairement de petits cailloux, souvent de grandes masses, formant parfois de véritables lits ou couches interstratifiés.
On les regardait, soit comme des matériaux d’origine volcanique, soit comme des produits d’incendies naturels, lorsque, en 1875, Ameghino (2), constatant que les terres cuites sont parfois associées à des ossements brûlés ou striés et à des instruments en pierre, les considéra comme des traces d’anciens foyers humains, comme ayant « une origine anthropique ». Depuis cette époque, Ameghino est revenu maintes fois sur ce sujet ; il a décrit une foule de localités, où s’observent scories et terres cuites, à tous les niveaux du Pampéen et même dans l’Hermoséen (3).
L’opinion d’ Ameghino a été vivement discutée. On a fait appel au concours des minéralogistes des deux continents. Je ne saurais résumer ici cette longue polémique (4). Voici ce qui me paraît ressortir des diverses enquêtes.
Les dépôts pampéens normaux sont très riches en minéraux d’origine volcanique, ce qui n’a rien d’extraordinaire puisque ces dépôts proviennent de la démolition de la chaîne des Andes. Les scories
(1) Ameghino (F.), Une nouvelle industrie lithique ( Anales del Museo de Buenos Aires, XX, 1910;. — Vestigios industriales in el Eocene, etc. ( Congreso cientifico internacional americano , Buenos Aires, 1910).
(2) Ameghino (F.), Nouveaux débris de l’Homme et de son industrie... ( Journal de Zoologie , IV, 1875).
(3) Ameghino (F.), La antigüedad del Hombre en el Plata. 2 vol. Paris, Buenos Aires, 1880-1881. — Contribuciôn al conocimiento de los mamiferos fôsiles de la Repübliça Argentina. Buenos Aires, 1889. Et surtout : Productos piricos de origen antrôpico ( Anales del Museo de Buenos Aires , XIX, 1909). — Enumération chronologique et critique des notices sur les terres cuites et les scories anthropiques {Ibid., 1910).
(4) Voir notamment : Outes (F.), Ducloux (E.-H.) et Bücking (H.), Estudio de las supuestas e scorias y tierras cocidas... {Revis a del Museo delaPla a , XV, 1908) — Bailey Willis, Wright (E.),Fenner (N.), Hrdlicka, in Hrdlicka, Early man in South America. Washington, 1912.
sont bien d’origine volcanique, mais elles ont subi un transport plus ou moins long. Les terres cuites ont exactement la composition chimique des limons pampéens ; en dehors des cas où il ne s’agit que de morceaux de lœss agglutinés ou concrétionnés, ces terres cuites ont dû subir l’action prolongée d’une haute température (800° à 1000°). Pour les uns, ce seraient des tufs volcaniques ; pour d’autres, des produits d’incendies d’herbes ou de bois, dont les empreintes s’observent encore sur les terres cuites. Mais des incendies de ce genre sont-ils capables de produire de tels résultats? Non, disent certains spécialistes; oui, affirment d’autres observateurs. En tous cas, la question est de savoir si ces incendies ont été spontanés, allumés par le feu du ciel, ou provoqués par l’Homme. Cette dernière opinion compte peu de partisans parmi les savants qui ont étudié la question sur place.
Je suis frappé, pour ma part, en dehors de la ressemblance des échantillons de scories et de terres cuites que j’ai pu voir avec des produits volcaniques remaniés de notre Massif central, de l’abondance de ces matériaux à tous les niveaux de la grande formation pampéenne (Lehman-Nitsche dit qu « il s’en trouve à chaque pas »), de l’étendue considérable de leurs gisements, de la régularité stratigraphique de certaines couches à scories ou à terres cuites. Tous ces faits ne s’accordent guère avec la théorie de l’origine humaine. Qu’il reste encore à trouver des explications satisfaisantes de ces phénomènes, c’est certain, mais il semble que la théorie de l’origine « anthropique » doive, d’ores et déjà, être écartée.
Toute la longue série des os brûlés,
éclatés, striés, incisés, polis, « travaillés », recueillis aux divers niveaux des