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ARGENTINE

AMEGHINO.

(1) Rivet (Dr), La race de Lagoa-Santa chez les populations précolombiennes de l’Equateur {Bull, et Mém. de la Soc. d' Anthropologie de Paris, 1908).

Florentino Ameghino, directeur du Musée d’Histoire naturelle de Buenos Aires, mort en 1911, fut un grand travailleur. 11 s’était fait connaître de bonne heure par des publications sur la paléontologie et la préhistoire. Après avoir consacré un grand ouvrage à la description des animaux des terrains pampéens, il s’appliqua à Tétude

{Anthropops

Homunculus

Fig. 247. — La généalogie humaine d’après Ameghino.

des fossiles plus anciens que son frère, l’explorateur Carlos A meghino, extrayait pour lui des terrains tertiaires de la Patagonie. Il a fait, dans cette direction, d’importantes découvertes paléontologiques sur lesquelles il n’y a pas lieu d’insister ici.

Dans Je domaine de la préhistoire, nous l’avons déjà vu, Ameghino ne fut pas moins actif. Il s’attacha, dès le début de ses recherches, vers 1875, à démontrer l'existence de l’Homme fossile dans l’Amérique du Sud, En 1881, il publia un important ouvrage, en deux

volumes, intitulé : La antigüedad del Hombre en el Plata , où il exposait une foule d’observations et de faits. Nombreux sont les mémoires qu’il a écrits depuis sur toutes sortes de découvertes, celles que nous avons déjà rapportées et celles dont nous allons parler (1).

Ameghino avait fini par se convaincre que l’Amérique du Sud est le pays d’origine de tous les groupes de Mammifères. L’Homme, lui-même, n’ayant pu apparaître simultanément sur toute la surface de la terre, disait-il, « doit avoir eu un commencement et un point de départ. Or, comme dans les autres régions de la terre, on n’a pas trouvé d’ossements humains d’âge tertiaire, nous en concluons que l’origine et le centre de dispersion de l’Homme est la moitié méridionale de l’Amérique du Sud où ses débris fossiles de l'époque tertiaire se trouvent en abondance ». Cette théorie s’était cristallisée dans son esprit et il cherchait à faire tourner à son profit ses nouvelles observations de toutes sortes, soit stratigraphiques, soit paléontologiques, soit archéologiques. Ameghino avait fini par dresser un arbre généalogique des Hominiens partant de ses Homunculidés , Singes minuscules du Tertiaire inférieur de la Patagonie (voir p. 81), pour aboutir au genre Homo, en passant par plusieurs genres intermédiaires : Tetraprothomo, Triprothomo , Diprothomo, Prothomo (fig. 247). Après avoir imaginé ces formes de transition, Ameghino s’appliqua à les découvrir réellement dans les terrains pampéens.

Passons maintenant en revue les découvertes d’ossements humains en allant des terrains les plus récents aux plus anciens. DÉCOUVERTES Aux dépôts du Pampéen supérieur, ou

D ANS LE PAMPÉEN Bonaréen, qui affleurent, nous l’avons dit,

SUPÉRIEUR. un Peu partout, se rattachent de nombreu¬

ses découvertes d’ossements humains.

En 1864, un voyageur naturaliste, Seguin, trouva, sur les rives du Rio Carcarana, au Nord de Rosario, province de Santa-Fé, les débris de quatre squelettes qu’il vendit au Muséum de Paris avec

(1) Amegilino a résumé lui-même ses divers travaux dans : Geologia, Paleogeografia, Paleontologia, Antropologia de la Repüblica Argentina (n° extraordinaire du journal La Naciôn, du 25 mai 1930). — Ambrosetti (J. -B.) a publié une biographie et la liste complète des travaux d’Ameghino ( Anales del Museo de Buenos Aires, XXII, 1912).

une collection d’ossements fossiles d’animaux de même provenance . Gervais (1) a décrit et figuré neuf dents humaines isolées et quelques pierres taillées, identiques d’ailleurs à celles des Indiens. Cette trouvaille est facile à critiquer. Moreno, Burmeister, Hrdlicka nient son antiquité, tandis que Ameghino, Roth, Lehmann-Nitsche affirment la contemporanéité des ossements humains et des espèces éteintes du Pampéen supérieur. La découverte de Seguin est la première de ce genre qui ait été faite dans l’Argentine.

Les suivantes, dues à Ameghino, ont été effectuées, en 1870 et 1873, dans une terrasse de la petite vallée de Vcirroyo deFrias , près de Mercédès. Elles consistent en ossements humains fort détériorés, trouvés avec des débris de Glyptodonte, des os d’animaux perforés, incisés, des pierres taillées, du charbon, etc.

En 1876, Santiago Roth observa d’abord un squelette humain à Saladero , près de Pergamino, et dans des conditions qui font soupçonner une sépulture. Cinq ans après, en 1881, Cari Vogt (2) annonça que Roth venait de retirer des dépôts de Fontezuelas, ou Pontimelo, près du rio Arrecifes (province de Buenos Aires), un squelette à peu près complet, de petite taille et gisant sous une carapace conservée de Glyptodon, ou tout au moins à proximité. Le crâne appartient au Musée de Copenhague. S. Hansen l’attribue à la race de Lagoa-Santa et déclare que, d’après la relation même de Roth (3), on ne saurait regarder comme absolument prouvée la contemporanéité de cet Homme et du Glyptodon. Cette opinion, partagée par Hrdlicka, n’est pas celle de Lehmann-Nitsche qui croit à l’antiquité du squelette de Fontezuelas.

En 1889, Ameghino rapporta la découverte, dans la même région et dans le même terrain, d’un crâne dit d 'Arrecifes. Les conditions de gisement sont mal établies ; le crâne, assez fortement minéralisé, est du même type que le précédent (4).

La même année, Ameghino décrivit le squelette dit de Sambo rambôn , trouvé par un voyageur naturaliste du Musée de Buenos Aires dans un dépôt lacustre intercalé dans le Pampéen. A un

(1) Journal de Zoologie, II, 1 73.

(2) Vogt (C.), Bull, de la Soc. a Anthrop. de Par is, 1881.

(3) Voir cette relation, texte original et traduction française, dans Lehmann-Nitsche, Nouvelles recherches...

(4) Pour cette découverte et les suivantes des terrains pampéens, on trouvera la bibliographie dans les ouvrages de Lehmann-Nitsche et d’Hrdlicka.

niveau supérieur, on recueillit des restes d’un grand Edenté fossile (Ucelidotheriu.nl). Le squelette humain, actuellement au Musée de Valence (Espagne), présente cette double particularité d’avoir 18 vertèbres dorso-lombaires et le sternum perforé. K obéit l’a nommé Homo pliocenicus .

Le squelette de Chocori , décrit par Lehmann-Nitsche en 1907, fut trouvé dix-neuf ans auparavant par un employé du Musée de La Plata, près de Varroyo Chocori , sur le littoral atlantique. Seules, quelques incrustations calcaires plaident en faveur d’une certaine antiquité, qui ne saurait être précisée.

Plusieurs séries d’os humains, recueillis sur divers points des environs d’Ovejero (province de Santiago del Estero) se rapporteraient, d’après Ameghino, à deux races distinctes, dont une race pygmée (1 m. 30), voisine des Négritos d’Afrique et d’Asie. D’une enquête faite sur place par Hrdlicka et Willis et au cours de laquelle ces savants ont trouvé eux-mêmes un nouveau squelette, il résulte que ce sont là des sépultures d’indiens dont les descendants vivent encore aux mêmes endroits. Le matériel ostéologique ne représente pas deux races et ne rappelle en rien les Négritos, Le terrain qui le renfermait est une formation éolienne d’âge récent.

Si nous revenons vers le littoral atlantique de la province de Buenos Aires, nous aborderons une nouvelle série de trouvailles rendues fameuses par les interprétations d’ Ameghino.

C’est d’abord le squelette trouvé en 1910 près de la station de Villanueva, dans une harranca (berge) de Varroyo Siasgo, affluent du rio Salado. Au rapport d’ Ameghino, le crâne de ce squelette, très petit, très allongé, très bas dans sa partie antérieure, très élevé dans sa partie postérieure, offrirait ainsi des caractères très primitifs et même simiens. Son possesseur devait tenir la tête inclinée vers le bas, d’où le nom d 'Homo caputinclinatus qu’ Ameghino a donné à cette espèce nouvelle comprenant également le crâne de Samborambôn. Malheureusement, Mochi, Hrdlicka n’ont vu, dans cette pièce, qu’un crâne d’enfant déformé artificiellement, et Willis déclare qu’il s’agit d’une sépulture dans un terrain récent, d’origine éolienne.

Beaucoup plus au Sud, sur le littoral allantique, à l’Ouest de Miramar et de l’arroyo de Chocori dont j’ai déjà parlé, coule Varroyo del Moro. Sur sa rive désolée, un marinier exhuma, en 1909,

LES HOMMES EOSSILES

deux squelettes humains. Ameghino les a décrits comme révélant une espèce différente des espèces déjà créées par lui : Y Homo sinemento. L’Homme del Moro offrirait un curieux mélange de caractères primitifs et de caractères par lesquels il dépasserait Y Homo sapiens dans son évolution. Avec une petite taille et une mandibule sans menton, il aurait présenté une dentition orthognathe sans dent de sagesse. Cette espèce serait éteinte. En réalité, les anthropologistes y ont vu des squelettes de femmes indiennes avec menton peu prononcé, mais réel. Willis regarde le terrain où ces squelettes étaient enfouis comme indépendant du véritable Pampéen et comme étant d’origine récente.

Au total, même d’après Ameghino, tous les Hominiens du Pampéen supérieur appartiendraient au genre Home, mais celui-ci serait déjà représenté par plusieurs espèces.

DÉCOUVERTES Le Pampéen inférieur, ou Ensé-

DANS LE PAMPÉEN nadéen, est moins riche en docu-

INFÉRIEUR. ments anthropologiques, ce qui tient

évidemment à ce que ses affleurements sont beaucoup moins étendus.

Il faut d’abord signaler le squelette exhumé par Roth, en 1887,

près de Baradero (localité située sur le Parana, à 130 km. environ

en amont de Buenos Aires). Ce squelette, mal conservé, est à l’Ecole

polytechnique de Zurich. R. Martin ne le trouve pas différent des

squelettes d’IIommes actuels de l’Amérique du Sud. Le fait que

ses divers éléments avaient gardé leurs connexions anatomiques est

favorable à l’hypothèse d’une sépulture.

PROTHOMO. Revenant encore sur le littoral atlan¬

tique, nous aurons à enregistrer de nouvelles découvertes qui ont permis à Ameghino d’établir encore une autre espèce d’Homme fossile, Y Homo pampaeus. C’est d’abord un crâne trouvé accidentellement en 1888 près de l’arroyo de la Tigra , au Sud de Miramar. Ce sont ensuite trois crânes, accompagnés d’autres ossements, qui gisaient à une faible profondeur près de Necochea, dans un terrain considéré comme du Pampéen inférieur (et pair suite pliocène) par Ameghino. L 'Homo pampaeus , caractérisé par un front très fuyant, très surbaissé, très différent ainsi de Y Homo sapiens , serait peut-être un véritable Prothomo .

L’étude de ces documents par des anthropologistes experts, Lehmann-Nitsche, Mochi, Hrdlicka, ne révèle rien de semblable. Les crânes, déformés artificiellement, à la manière des crânes de Patagoniens et de Péruviens récents, ressemblent, par ailleurs, â ceux de Lagoa-Santa. Ils renferment encore beaucoup de matière organique ; leur mode de gisement indique plutôt des sépultures et, d’après Willis, ces sépultures ont été pratiquées dans un dépôt d’âge récent, nullement pampéen. L 'Homo pampaeus n’a jamais existé que dans l’esprit d’Ameghino.

DIPROTHOMO. L’imagination de ce savant est allée

beaucoup plus loin. Au cours de travaux effectués en 1896 dans le port de Buenos Aires, pour l’établissement d’une cale sèche, les ouvriers trouvèrent plusieurs crânes humains.

L’un deux, réduit à une portion de la voûte, fut remis longtemps après à Ameghino. Le terrain d’où il a été extrait appartiendrait à l’extrême base du Pampéen et remonterait ainsi, d’après Ameghino, au Pliocène inférieur. Quant à la pièce ostéologique, elle parut, aux yeux du paléontologiste argentin, si différente des types déjà connus qu’il y vit le représentant non seulement d’une espèce nouvelle, mais encore de son genre Diprothomo jusque-là hypothétique, et il nomma son nouveau fossile : Diprothomo platensis (1)

Cette fois encore, Ameghino s’est gravement trompé. C’est parce qu’il avait mal orienté ce morceau de crâne qu’il lui trouvait d’étranges ressemblances avec celui d’un Singe inférieur ou Arctopithèque. Dès qu’elle est correctement présentée, la calotte crânienne prend tous les caractères de celle d’un Homme actuel. De nombreux anthropologistes (2) n’cnt pas eu de peine à le prouver et Schwalbe a montré que le frontal du Diprothomo est exactement superposable à celui d’un Alsacien !

L’âge exact du document est plus difficile à établir, car il a passé successivement des mains du terrassier qui l’a trouvé aux mains d’un contremaître, et de celles-ci aux mains de son chef pour n’arriver que trois ans après en la possession d’Ameghino.

(1) Ameghino (F.), Le Diprothomo platensis (Anales del Museo de Buenos Aires,

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