‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 2)Chapitre 26 sur 85 · ROBERT DE BLOIS · texte numérisé non relu

ROBERT DE BLOIS

Si le surnom de Robert nous indique sa patrie, on peut dire que, dès le XIII 6 siècle, Blois était le séjour du beau langage, du bon goût et de la politesse.

Ce gracieux trouvère était le protégé du célèbre Thibaut , comte de Champagne , et composa, à son exemple, plusieurs chansons qui sont restées manuscrites.

Mais l'ouvrage qui lui a valu une mention spéciale dans l'histoire littéraire des Bénédictins est le Casloiement des dames.

Ce poème n'est autre chose qu'un manuel de civilité à l'usage du beau sexe.

Il enseigne courtoisement aux châtelaines quelle est la contenance et le maintien qu'elles doivent toujours avoir. Si elles parlent trop , rient et folâtrent, elles donneront d'elles une idée peu avantageuse ; si , au contraire , elles gardent le silence et ont l'air froid et fier, les hommes les appelleront orgueilleuses et dédaigneuses. La conséquence est qu'il faut qu'une dame ne soit ni trop rieuse, ni trop prude , et ce précepte n'est pas nouveau. En voici un qui l'est peutêtre plus :

Gardez qu'à nul homme sa main Me laissiez mètre en votre sain , Fors celui qui le droit i a :

Sachiez qui primes controuva AÛche (épingle), que por ce le fist Que nul hom sa main n'i meist En sain de famé où il n'a droit , Qui espousée ne li soit.

Cette idée du poète, au sujet de l'invention des épingles, est assez originale , et comment croire à la simplicité des mœurs du bon vieux temps quand le moraliste ajoute :

Aucune lesse deffermée

Sa poitrine , por ce qu'on voie

Com fetement sa chair blanchoie !

D faut croire que le costume du temps facilitait cette coquetterie.

Le code moral que Robert de Blois voulait imposer aux femmes conseille, entre autres maximes :

i° De ne pas regarder trop souvent le même homme ; il se croirait aimé ;

2° De ne pas accepter de joyaux , si ce n'est d'un parent ; 5° De ne pas jurer, ni trop manger, ni trop boire :

Fi du la dame qui s'enyvre !

Elle n'est pas digne de vivre.

4° De chanter lorsqu'on les en prie; mais de ne pas trop chanter,

Biaus chantcrs anuic souvent.

Il faut supposer que du temps de Robert de Blois les femmes pé-

itë LES IIOMMES ILLUSTRES DE L' ORLÉANAIS.

chaient par une excessive curiosité , car il leur défend de s'arrêter, lorsqu'elles passent devant une maison, pour regarder dans Tintérieur; et , lorsqu'elles y entrent , elles doivent toujours s'annoncer en toussant.

Robert arrive enfin a la partie la plus importante de son code à l'usage du beau sexe. H s'agit de prescrire des règles de conduite en amour. « La dame ne doit ni rebuter un amant par une trop dure réponse , ni lui donner trop d'espérances. » Il ne sait trop s'il doit blâmer ou approuver les dames d'aimer. Il leur conseille seulement de cacher leurs amours le plus long-temps qu'elles pourront; mais personne ne connaît mieux que lui la force irrésistible de cette passion :

Amors ne craint ne perc ne merc, A mors ne prise seur ne frère, Amors ne craint foible ne fort , Amors ne craint péril de mort.

GUILLAUME DE LORRIS et JEAN DE MEUNG.

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