THÉODULPHE
Ce personnage ecclésiastique, bien que né en Italie (d'autres disent en Espagne) , appartient à l'Orléanais par le côté le plus saillant de
(1) Cet article est extrait d'un mémoire beaucoup plus étendu que l'auteur a adressé, Tannée dernière, au congres d'Orléans, en réponse à une question du programme.
7>48 LES HOMMES ILLUSTRES DE l'oHLEANAIS.
sa vie : aussi le rangeons-nous parmi les gloires de notre proviuce.
Engagé d'abord dans les liens du mariage , il eut une fille nommée Gisla. Charlemagne , juste appréciateur de son mérite , le fit venir en France vers l'année 780. Le noble étranger, devenu veuf, entra dans les ordres sacrés. L/évêcbé d'Orléans et l'illustre abbaye de Flewy (Saint-Benoit-sur-Loire) récompensèrent presqu'aussitot sa nouvelle vocation. L'empereur l'honora de diverses missions en rapport avec les devoirs du ministère épiscopal : il le chargea spécialement de réfuter les erreurs naissantes de Félix, évoque d'Urgel, en Espagne, sur la divinité de Jésus-Christ.
Théodulphe était ami des lettres et les cultivait assidûment, comme l'attestent plusieurs inscriptions en vers destinées a la porte et aux différentes cases de sa bibliothèque. Jaloux de contribuer aux progrès des études, il institua les écoles de la cathédrale Sainte-Croix, des abbayes de Saint-Àignan d'Orléans, de Fleury et de Saint-Lipkard, a Meung. Il rétablit le monastère de Mici-Saint-Mesmin , ruiné par les guerres , et obtint de saint Benoit d'Aniane quatre pieux cénobites qui devinrent le noyau d'une nouvelle communauté. Les arts lui dorent aussi, dans le même pays, l'intéressante construction de l'église de Germigny, auprès de Fleury, bâtie, dit-on, sur le plan raccourci de la fameuse cathédrale d'Aix-la-Chapelle.
L'évêque d'Orléans appartenait à la célèbre école du Palais, fondée par Charlemagne. De ce foyer sortit une phalange d'hommes remarquables qui, répandus dans les églises et dans les monastères, rendirent aux lettres une vie nouvelle. Théodulphe , nous le verrons tout à l'heure, prit part, comme théologien et comme poète, à cette louable émulation des intelligences.
En 814, il souscrivit, avec d'autres évêques, au testament de Charlemagne, son protecteur. Louis-le-Débonnaire lui continua d'abord la la même bienveillance et le choisit pour aller au-devant du pape Etienne IV qui se rendait à Reims (1). Cette députation lui valut les honneurs du pallium et le titre personnel d'archevêque. Toutefois, sa faveur ne dura pas long-temps sous le nouveau règne. Il eut l'impru-
(1) Une pièce de vers (la première de Vappendût) nous apprend aussi que Théodulphe reçut à Orléans Louis-lc-Dcbonnairc dans les premiers temps de son règne : ce pompeux dithyrambe procède a la manière île Pindare ou d'Horace.
dence de s'engager dans les dissensions de l'empire et de prendre parti pour Bernard, roi d'Italie, révolté contre un malheureux roi que ses fils et ses neveux abreuvaient d'amertume. Bernard, vaincu, nomma ses complices , Théodulphe entre autres. Le prélat subit, en conséquence, la déposition de ses dignités ecclésiastiques et fut exilé dans un monastère de la ville d'Angers , où il demeura quatre ans , captif et solitaire , jusqu'à sa mort , arrivée en 821 .. Quelques jours plus tard , il eût profité de l'amnistie générale de Thionville.
Malgré sa condamnation solennelle , le malheureux évêque protestait hautement de son innocence , comme on le voit dans plusieurs de ses poésies adressées à des confrères : par exemple, il écrivait à Aigulphe , archevêque de Bourges , ces vers pleins d'énergie :
ffoc ego clamavi, clamo, clamabo per œvum , Ifœc donec animœ membra liquor végétal :
Qui modo non crédit , cogelur credere tandem , Venlumerit ut magni judicU antè thronum.
« Je l'ai crié, je le crie et je le crierai toujours, tant que la vie « n'aura pas abandonné mon corps ni mon âme: quiconque ne me « croit pas maintenant sera bien forcé de me croire devant le trône « du grand juge. »
Il est bien difficile de ne pas sentir dans ces vives paroles le cri d'une conscience sincèrement indignée, d'autant mieux que les témoignages historiques laissent encore beaucoup de doutes sur la culpabilité du personnage. (Lecointe , Annales eccîesiastici francorum, t. 7,p, 485.)
Les copistes, et après eux les imprimeurs, ont soigneusement conservé les productions de Théodulphe. La meilleure édition de ses œuvres est celle qu'a donnée le père Sirmond, en 1696 (imprimerie royale).
Les ouvrages en prose sont des capitulaires adressés au clergé Orléanais, des traités de théologie et quelques fragments de sermons.
Les capitulaires contiennent des renseignements pleins d'intérêt sur la discipline ecclésiastique , l'administration des paroisses , les mœurs du clergé et l'état général de la société. L'instruction du peuple fut un des objets de sa sollicitude pontificale.